Un débat exceptionnel hier entre Paul Magnette, président du PS, et Georges Louis Bouchez, président du MR. Sur le plateau de la Une TV, les deux hommes se sont affrontés durant 30 minutes. Vous nous dites, Bertrand Henne, que c’est un débat du passé. Un débat du passé, oui, ce qui ne veut pas dire qu'il est dépassé, mais un débat du passé au sens du passif, du passif que le MR et le PS ont en commun après 4 ans de route ensemble depuis les dernières élections. Et, faut-il le rappeler, ces 4 années ont été marquées par les divergences, les dissensions, les polémiques entre ces deux partis qui sont en coalition à tous les étages de la maison Belgique, sauf à Bruxelles. Le débat d'hier a été comme un concentré de ces quatre années, un concentré du passif entre les deux sur la fiscalité, l'emploi, la sécurité ou le conflit au Proche-Orient. Sur le fond, on n'a pas appris grand-chose. La plupart des arguments étaient déjà connus. Le MR accuse le PS de communautarisme sur le conflit israélo-palestinien, de laxisme sur la sécurité, de vouloir tout taxer, et d’arrogance morale… et le PS accuse le MR de défendre les riches, de vouloir instaurer l’austérité, de vouloir gouverner avec la N-VA. Un débat qui crée une situation de dissonance cognitive. Voilà deux partis qui tous les jours nouent des accords et prennent des décisions ensemble et qui en une demi-heure ne semblent pas d'accord sur rien ou à peu près. C’est un peu le problème d’une campagne permanente, c’est qu'une fois la campagne venue, elle a une impression de déjà vu. Pourtant, ce débat était une première du genre… Oui, dans cette configuration, en face à face en tout cas. Ce qui pousse à la question. Pourquoi Paul Magnette et Georges Louis Bouchez ont-ils accepté de passer du débat à distance au débat direct, ce débat que la RTBF tenait à organiser depuis longtemps. Sans doute parce que les deux n'espèrent plus grand-chose désormais des différents gouvernements. Sans doute parce que les deux partis ont besoin de s'affirmer comme les deux grands du jeu politique francophones, positions qui, pour les deux, sont plus fragiles qu'avant. Sans doute parce que Georges Louis Bouchez, récemment reconduit dans la douleur dans sa fonction de président, a besoin de débattre avec le président du plus grand parti pour relancer son autorité. Sans doute parce que Paul Magnette a besoin de Georges Louis Bouchez comme d'un épouvantail pour gagner en crédibilité comme leader de la gauche. Finalement, ce qu'il faut retenir de ce débat, c’est qu'il n'a pas tourné à la cacophonie complète. Comme ce fut le cas l’année passée dans un fameux débat des présidents à QR. Georges Louis Bouchez était plus dans son rôle de président que dans son costume de troll sur Twitter. Paul Magnette était plus dans son rôle de président que dans son costume de professeur d’université. Mais au bout du compte, la question reste. Ces deux-là gouvernent ensemble, pourront-ils encore le faire? Si c'est possible non, si c'est nécessaire oui. C'était là la conclusion du débat d'hier soir. Une conclusion qui risque bien d'être encore vraie la veille de l'élection. Notons malgré tout que ce débat d'hier portait sur le passif. Mais dans les prochaines semaines, les partis vont établir leurs programmes. Et on peut alors espérer que le débat porte enfin sur le futur. Sur les visions du monde, les propositions, les idéologies. Car le conflit qui s’est exprimé hier soir est plutôt sain en démocratie. La démocratie, c'est une expérience assumée de gestion de conflit. Mais pour l'instant, ce conflit entre le PS et le MR semble tourner en rond, car il est tourné vers le passé. Ce sont les projets, les idées pour demain qui peuvent constituer une campagne digne de ce nom. Vite, la vraie campagne…
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