Pourquoi la N-VA ne soutient-elle pas les Palestiniens dans la guerre de Gaza ? Historiquement, pourtant, le nationalisme flamand a toujours été proche des mouvements de libération nationale. Mais le tournant idéologique imprimé par Bart De Wever a gommé cet héritage. Le camp de la lumière Depuis le début du conflit, la N-VA affiche un soutien à Israël. Quelques jours après l’attaque, Bart De Wever avait déclaré : "Aujourd’hui, il n’y a qu’un seul camp à choisir : c’est le côté d’Israël. Le côté de la démocratie, le côté de la lumière. Contre les forces de la tyrannie et des ténèbres." Une déclaration qu’il a un peu tempérée depuis, en expliquant qu’il ne niait pas pour autant la souffrance des Palestiniens. Mais la N-VA reste, dans ses différentes prises de position dans les médias ou au parlement, un fervent soutien d’Israël. Très rares sont les prises de position sur la situation humanitaire à Gaza. Bart De Wever a encore récemment relayé une carte blanche sur l’absence d’empathie morale de la gauche envers les crimes du Hamas. Le député Michael Freilich relaye intensément les témoignages des victimes israéliennes, mais aucun des victimes palestiniennes. Le chef de groupe, Peter de Roover, semble plus discret, distant et plus mesuré. On reviendra sur son cas plus tard, car il montre que la N-VA n’est pas aussi unilatérale que son président dans ce conflit. Le camp des peuples Pourtant la N-VA fut plutôt favorable à la cause palestinienne à ses débuts. La jeune N-VA reprenait la doctrine de la Volksunie, celle du nationalisme flamand d’après-guerre qui affichait un soutien pour tous les mouvements de libération nationale, les mouvements d’émancipation des peuples contre les États, même si ces mouvements usaient parfois de violence. La Palestine et l’OLP se retrouvaient un peu dans la même catégorie que le Pays basque et l’ETA ou que l’Irlande et l’IRA. La Volksunie rejetait la violence politique, mais affichait un soutien indéfectible à la lutte des peuples contre les États oppresseurs. Lors de la deuxième Intifada au début des années 2000, la Volksunie vit ses dernières années. Mais, elle prend une position favorable aux Palestiniens et à la reconnaissance de deux États. Geert Bourgeois, qui va bientôt faire dissidence et lancer la N-VA, estime que la Belgique ne peut pratiquer, le "deux poids deux mesures en matière de droits humains". Tournant conservateur Le calcul de Bart De Wever, il l’a encore récemment exprimé dans une longue interview à Wilfried, c’est de transformer la N-VA en un grand parti conservateur de droite. L’ADN du parti n’est plus le nationalisme mais le conservatisme, ce qui n’empêche pas le nationalisme, mais en fait une conséquence plutôt qu’un point de départ. Et pour Bart De Wever, le conservatisme implique de choisir un camp, comme il le dit : "celui d’Israël, celui de la démocratie, de la lumière. Contre les forces de la tyrannie et des ténèbres". Son nationalisme se borne désormais à créer les conditions d’un "nous flamand", une référence identitaire, mais ne s’inscrit plus dans une logique d’émancipation des peuples. Bart De Wever mène désormais une guerre culturelle pour ancrer le "nous" flamand dans des valeurs conservatrices. D’où les croisades de Bart De Wever envers le wokisme ou l’islamo-gauchisme, présenté comme des dangers pour le peuple flamand. Une guerre culturelle ne s’embarrasse pas de nuances, la cause palestinienne, identifiée sommairement à l’islamo-gauchisme, ne peut donc faire partie des causes défendues par la N-VA. Nuances Certains membres de la N-VA ne sont pas à l’aise avec le point de vue de Bart De Wever, mais la N-VA est sans doute le parti, qui après le PTB, observe le plus strictement la discipline interne. Un Peter de Roover, le chef de groupe dont nous évoquions tout à l’heure la discrétion sur le sujet, ne partage sans doute pas les vues de Bart De Wever. Ancien président du Mouvement flamand, il est élu en 2014 et se retrouve à la commission des Affaires étrangères. Voici ce qu’il déclare en 2015 : "Pour un nationaliste flamand, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est clair comme le jour. Il ne s’agit donc pas d’un choix entre Israël ou la Palestine, mais d’un choix en faveur de l’idée d’une solution à deux États. C’est pourquoi nous refusons systématiquement de prendre parti. La question de savoir si la N-VA porte une kippa ou une " écharpe Arafat " est une question que nous voulons transcender." Bart De Wever ne semble plus du tout vouloir transcender cette question, puisqu’aujourd’hui il n’y a selon lui qu’un seul camp à choisir.
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