En mois après l’attaque d’Israël par le Hamas, qu’est-ce que ce conflit dit de la politique Belge ? Entre le soutien inconditionnel à Israël dans les premières heures, à la demande d’un cessez-le-feu, la Belgique a-t-elle changé de camp ? Assignations identitaires Premier constat, la Belgique n’échappe pas à la polarisation. Cette polarisation s’exprime sans doute moins fortement chez nous que dans des pays comme l’Allemagne, la France ou l’Angleterre où le débat politique est plus tendu. C’est une des spécificités du conflit israélo-palestinien, il conduit à des assignations identitaires. Vous êtes soit pro-israélien, soit pro-palestinien, pro-juif, pro-musulman, pro-guerre ou pro-cessez-le-feu. Une polarisation qui a des airs de guerre de civilisation de Samuel Huntington et cette polarisation, comme toutes les polarisations, a évidemment tendance à gommer toute la complexité de la réalité politique et sociale. C’est sur cette poudrière que s’est déployée la réaction officielle du gouvernement belge. Evolutions Une réaction qui a beaucoup évolué en un mois. Au lendemain de l’attaque, la position du gouvernement belge était celle d’une condamnation des actes terroristes du Hamas, du soutien inconditionnel à Israël, une position surtout exprimée par le Premier ministre, mais qui était celle du gouvernement entre son aile gauche et son aile droite. Dans ce premier moment, c’est l’émotion face à la gravité des actes commis par le Hamas qui a dominé la réaction. La ligne était de soutenir sans réserve le droit d’Israël à se défendre. Une position qui ancrait la Belgique dans le camp du soutien à Israël largement exprimé dans les pays occidentaux. Dans les rangs parlementaires, pas d’unanimité par contre. Le PTB s’est démarqué dès le début en avec une position pro-palestinienne affirmée, en refusant de qualifier le Hamas de terroriste et de condamner ses actes et en pointant Israël comme responsable de la situation. Puis, la position belge a évolué. La violence de la réaction israélienne dans la bande de Gaza et son impact sur l’opinion publique belge a fait bouger les lignes. Cessez-le-feu Du droit d’Israël à se défendre, on est passé au rappel du respect du droit international et puis à la demande d’un cessez-le-feu humanitaire. Entre l’aile gauche et l’aile droite du gouvernement, le débat a commencé à se tendre et la position belge s’est faite hésitante. Il y a trois semaines au Parlement, la socialiste flamande Caroline Gennez, ministre de la coopération au développement, a parlé d’un cessez-le-feu humanitaire, alors que le Premier ministre évoquait une simple désescalade. Mais les images de Gaza, le décompte des morts civils, le risque d’importation du conflit chez nous, ont poussé le gouvernement à demander officiellement ce cessez-le-feu humanitaire et à relativiser son soutien à Israël. Cette évolution a été plus rapide chez nous que dans beaucoup de pays européens. Un marqueur : la Jordanie a déposé le 27 octobre une résolution à l’Assemblée générale de l’ONU demandant "une trêve humanitaire immédiate, durable et soutenue, à ce que toutes les parties respectent le droit international et à une aide continue et sans entrave dans la bande de Gaza". La résolution ne mentionne pas explicitement de demande de libération inconditionnelle des otages du Hamas, ni le droit d’Israël à se défendre. La Belgique a pourtant voté pour avec l’Espagne, la France, l’Irlande, le Portugal, le Luxembourg, Malte et la Slovénie. Tous les autres pays européens se sont abstenus ou ont voté contre. Les États-Unis ont bien sûr voté contre et Israël a dénoncé une infamie, estimant que l’ONU défendait les “Nazis terroristes” du Hamas. La Belgique fait donc partie du groupe de 7 pays européens qui exigent un cessez-le-feu et remettent en question le soutien inconditionnel à Israël. Sanctions ? On l’a compris. Nous sommes dans une dynamique. La position belge qui tente un équilibre diplomatique au nom du respect du droit international, cet équilibre évolue avec le conflit. La position belge évoluera donc encore. Caroline Gennez, ministre de la coopération au développement (Vooruit), qui fut la plus en pointe pour demander un cessez-le-feu, parle désormais de sanctions contre Israël. Autre évolution, le Premier ministre a parlé hier, c’est une première, de réaction disproportionnée de la part d’Israël dans la bande de Gaza. Or, si la réaction est disproportionnée, la Belgique doit-elle officiellement condamner l’action d’Israël ? Ce serait perçu comme un changement de cap, voire un changement de camp dans ce conflit très polarisé. Ce sera le débat des semaines à venir.