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Mission encre noire tome 37 Chapitre 402. Cocorico, les gars, faut qu’on se parle par Mickael Bergeron paru en 2023 aux éditions Somme Toute. Il est plus que temps de reconnaître que rien n’est figé dans une société, que les choses bougent, que les comportement évoluent. Qui aurait cru, il y a 20 ans, qu’un mouvement social sans précédent allait naître via, notamment, les réseaux sociaux. En effet, la première campagne hashtag Mee Too en 2017 a changé la donne. De Balance ton porc à #MoiAussi, ces campagnes ont révélé l’ampleur systémique de la violence commises à l’égard des femmes. Dans cet essai édifiant à plus d’un titre, Mickael Bergeron se propose d’abattre l’arbre qui cache a forêt, de débroussailler quelques clichés au passage et de pénétrer dans l’antre de la bête: la masculinité toxique. Il est temps en effet de nous prendre en charge, nous les hommes, de se dire ça suffit; changeons de disque. Osons enfin, nous parler des affaires qui dérangent : l’image de la virilité, la paternité, l’idéal masculin dans le sport ou dans les forces armées, les attentes dans les relations amoureuses ou dans la sexualité, dans les rôles professionnels ou sociaux, les sujets ne manquent pas. Loin d’être donneur de leçon, l’essayiste se met lui-même à nu, en multipliant les anecdotes personnelles et se garde bien de juger. Il est plus que temps de faire notre juste part aux côtés des féministes, qui elles, ne nous ont pas attendu pour s’affirmer. «Vous n’êtes pas tannés, les gars, de tout ce bordel» est-il écrit en préambule ? J’accueille, ce soir, à Mission encre noire, Mickael Bergeron.
Extrait: « Cette virilité version 2023 fait aussi écho à toute sortes de sous-entendus: les femmes ne savent pas se contrôler, elles sont trop émotives, des fois même carrément «hystériques», etc. Les gars, faut arrêter avec nos rêves de pouvoir. On ne contrôle rien dans la vie. Ou si peu, tellement peu. On contrôle une partie de nos réactions, de nos comportements, pour le reste, on peut juste apprendre à jongler avec. Comme dirait Mylène Farmer, tout est chaos. Le contrôle est une illusion. C'est de la grosse bullshit. On peut apprendre à gérer nos émotions, mais on ne peut pas contrôler ce qui déclenche nos émotions. On ne décide pas si une chose nous bouleverse ou non, mais on peut apprendre à gérer les peines et les douleurs. On peut apprendre à ne pas virer fou quand on souffre. On peut apprendre à réfréner notre colère quand un truc nous fait chier. On peut apprendre à faire durer notre énergie quand on sent une explosion de joie monter en nous. Mais on ne pourra jamais contrôler ce qui, à la base, nous fait chier, ce qui nous rend heureux, ce qui nous fait mal. La méditation ne sert pas à ne plus souffrir, mais à apprendre à gérer nos souffrances. C'est une nuance importante.»
La vie fabuleuse des gens fabuleux par David Cloutier paru en 2022 aux éditions de la Maison en Feu. Que le rideau se lève sur Mado qui prend possession de la scène dans son célèbre cabaret à Montréal ! Elle regarde ce public d'hétéros de banlieue venu l’applaudir encore et encore. Pourtant, elle ne saurait dire, tant elle est célébrée dans son rond de lumière des spots, ce qui la rend triste ou heureuse ce soir là. Serait-ce l’absence subite de Léo, une jeune escorte survitaminée, celle de Mylène, cette comédienne qui aimerait vouloir danser seule comme ce voisin célibataire de son ancien quartier, ou peut-être est-ce la présence émotive de cette fille, Jessica, particulièrement éméchée, à la table près de la scène, qui semble toute retournée et perdue. Mado sourit. Après tout, comme disait Léo Ferré, le bonheur c’est du malheur qui se repose, alors il ne faut pas le réveiller. Pas sûr que la galerie de personnages qui inspire ce premier roman suivent ce conseil. L’auteur, nous régale de situations douces amères, de réflexions cocasses sur la vie des gens mornes, aligne les tirades sucrées salées. Notez toutefois que si ce livre n’est pas forcément destiné à un public facilement divertis et impressionnés du Québec et d’ailleurs(C’est dans le texte), un charme indicible nous ferre aux trajectoires, en apparence, banales de chaque protagoniste. Il se pourrait que ce premier roman puisse avoir l’effet de ces pilules du bonheur que s’enfile Léo, une sorte de béatitude qui peut parfois brûler l’estomac. J’accueille, ce soir, à Mission encre noire, David Cloutier.
Extrait: « J'ai mal au ventre. Je ne sais pas si c'est parce que j'ai bu l'eau du robinet automatisé de la salle de bain. L'eau était tiède. Eurk. Tous les gens dans les clubs dansent les bras dans les airs en regardant en direction du DJ Markus chose-bine comme si c'était un dieu. Ça commence à sentir le dessous de bras, oui. C'est niaiseux, de la musique électronique. Mon ami gai gros me dit que c'est une forme d'art qui mérite le respect. Moi, je dis que ce n'est pas parce que c'est une forme d'art que ça mérite le respect. Tout dans la vie est une forme d'art. Je respecte seulement les formes d'art qui me divertissent et qui ne sont pas prétentieuses. Je ne sais pas si les gens ont du plaisir pour vrai ou s'ils font juste semblant, en ce moment. Peut-être que pendant qu'ils ont les bras dans les airs, ils pensent à plein de choses dans leur tête. Ou peut-être que non. Peut-être qu'ils sont capables de décrocher, eux. Peut-être que ça ne leur prend pas plus qu'une petite pilule et de la musique répétitive pour taire la petite voix dans leur tête. Ils sont chanceux.»
Mission encre noire Tome 37 Chapitre 401. Le monde se repliera sur toi par Jean-Simon Desrochers paru en 2022 aux éditions Boréal. De prime abord, il serait possible de se demander comment lire ce monde pluriel qui se présente à nous. Comment se détacher du fil invisible qui relie les nombreux personnages pris individuellement, qui à force de rencontres, de coïncidences nous amènent à une lecture possible du monde d’aujourd’hui. Alors que Noémie, au sortir d’un mauvais rêve cherche encore ses mots et s’inquiète pour elle et sa fille, au chapitre suivant, celle-ci, à 12 ans, éconduit son premier amoureux, William, qui tente d’incarner un nouvel idéal de masculinité moins toxique. Au prochain chapitre, c'est sa professeure, Madame Claude qui en subira les conséquences. Elle découvre les rumeurs colportées à son sujet alors qu’elle apostrophe un idiot qui lui coupe la voie avec son VUS sur le pont en quittant Montréal, Pierre-Luc prendra toute une section de texte pour se venger...ainsi de suite. La galerie de portrait qui se déploie de Montréal à Tchernobyl, Paris, Philadelphie, Rio de Janeiro, Addis-Abeba, Christchurch et Chittorgarh, nous donne à lire les esquisses familières de trajectoires de vie qui sont autant d’étoiles filantes dans un ciel encombré et menaçant. L’auteur réussit le tour de force d’incarner plusieurs voix, plusieurs émotions, plusieurs destins de papier en mode mineur. Il en résulte un formidable casse-tête, à la mesure des moments de vie dérobés à la lucarne du monde en marche, nous offrant ainsi une profonde réflexion sur ce qui nous construit, sur les lieux qui nous habitent. Si le roman s’ouvre sur une mémoire qui flanche, il n’est pas garantie que le film réalisé avec un cellulaire au final y changera grand-chose. Le monde souffre d'un manque criant d'empathie. Il en meurt sans doute un peu chaque jour, à chaque chapitre ? D’ailleurs s’achève-t-il vraiment ce roman? J’accueille Jean-Simon Desrochers, ce soir, à Mission encre noire.
Extrait: « Pierre-Luc est persuadé que, s'il avait gardé sa Mazda3 modifiée, cette femme au pick-up n'aurait jamais osé le couper. Depuis qu'il conduit une sous-compacte électrique, ces manoeuvres agressives sont devenues routinières. Ce pick-up surdimensionné, c'était la fois de trop. Que sa conductrice ait menacé d'appeler les policiers, soit, il comprend. Quand il explose, il est préférable de se tenir loin. C'était l'un des principaux reproches de son ex: « y a des moments, j'ai l'impression que t'es sur le bord de me fesser dessus...Tu fais peur.» Pourtant, Pierre-Luc n'a jamais levé la main sur personne, pas même à l'école primaire, où les garçons se battaient régulièrement. Il est seulement « un peu trop expressif », comme le soulignait feu sa mère. De retour derrière son volant, Pierre-Luc fulmine. Une idée lui vient. Cellulaire, photo, la plaque d'immatriculation du pick-up. Why not ? Soir, maison, ordinateur, musique (Tangerine Dream, Ricochet). Malgré un joint de MK Ultra, la colère s'encrasse, pas moyen de se concentrer sur sa partie de Minecraft où un creeper vient de détruire la moitié de son étable - tant pis, aussi bien quitter le jeu, texter «le gars » dont lui avait parlé son ancien revendeur de cannabis. Juste pour voir. Message texte, réponse, «le gars » est libre en ce moment. Petite marche de santé, air frais, pas grand monde au bar. Comme un parfait trope cinématographique, le gars est à une table, au fond. Signes de tête, prise de contact. « Donne-moi le numéro. Tu reviens demain. c'est trois cents piasses. Tu payes la moitié ce soir. Le guichet est là.».»
La jeune fille des négatifs par Véronique Cyr paru en 2022 aux éditions Les Herbes Rouges. Alitée et en arrêt de travail depuis le 10 octobre 2017, Véronique Cyr vit une grossesse chaotique à l’hôpital Sainte-Justine. L’accouchement peut lui être fatal. Elle prend des notes, elle décide de porter ce projet d’écriture « La jeune fille des négatifs », son fils enfin endormi contre elle. Il en ressort des souvenirs, des récits et des témoignages mis en poème et en prose, autant de pistes qui déclenchent la récurrence d’une scène survenue vingt ans plus tôt. Nue sous la lumière crue, une jeune file pose devant un photographe. De ce long travail de réflexion et d’analyse, la césarienne d’urgence accomplie, les notes deviennent prose, qui deviennent lettre. Confrontée à la violence du scalpel, l’autrice convoque les voix d’autres mères, d’autres femmes qui ont dû se dresser devant la brutalité masculine. Au fil de l’histoire, s’ébauche une solidarité féminine, féministe, portée par une voix profonde et puissante. J’accueille Véronique Cyr à Mission encre noire.
Extrait: « 5 avril 2018 - Centième jour au bloc 11, il nous en resterait une trentaine à faire (autonomie respiratoire et alimentaire et sept jours sans bradycardies). Je déplie mon ordinateur portable, j'ai une heure pour retourner à La jeune fille des négatifs dans le salon des familles tandis qu'Anthony, en peau à peau avec Henry, lui chante du Grateful Dead à l'oreille. Je m'installe en boule dans un coin de la pièce exiguë en essayant qu'on oublie ma présence ; un couple vit le deuil de sa petite de deux semaines dont j'ai entrevu l'identité sur un formulaire près du bureau d'accueil, c'était simplement indiqué; «bb Kirouac, arrêt cardiaque, conseiller spirituel avisé ». J'imagine Kerouac bercer la mini ange vagabonde au son du jazz céleste.»
Mission encre noire Tome 37 Chapitre 400. Je vous présente mes meilleurs vœux pour cette année qui s’annonce. Une année que je vous souhaite riche en découvertes d’auteurices et d’œuvres inspirantes. Mission encre noire repart pour une saison d’hiver, la 400 ème pour être précis. Correlieu de Sébastien La Rocque paru en 2022 aux éditions du Cheval d’août ouvre le bal. Ce roman nous invite à rejoindre, la Vallée-du-Richelieu, près de l’atelier du célèbre peintre du Mont-Saint-Hilaire Ozias Leduc,et plus particulièrement dans celui de Guillaume Borduas, un vieil ébéniste approchant les 70 ans. Formé à la vieille école, il accepte, malgré ses vieux principes, de recevoir en stage, Florence, qui veut reprendre le métier après avoir subi un accident de travail. Recommandé par la CSST, elle doit faire ses preuves, ce retour aux machines est progressif, après avoir été touché par une lame rendu folle dingue à plus de quatre mille tours par minute. Même s’il a toujours travaillé seul, elle le rejoint dans le silence d’un matin blafard au milieu des grésillements d’un vieux poste de radio et l’odeur des planches brutes de pin, de chêne rouge, de peuplier, d’érable ou de merisier. Comme chaque vendredi, elle devra faire la connaissance et refaire le monde avec les vieux mononcles, fidèles en amitié, de Guillaume, et grands consommateurs de caisses de bière. C’est dans le miracle de cet atelier et de ses correspondances sensorielles que Florence s’invite à découvrir un monde éternel, qui se meurt, fait de gestes communs à apprendre, à harmoniser son souffle au rythme d’une respiration à contre-temps d’une époque à bout-de souffle. Avons-nous affaire à de la nostalgie ou à une volonté de vivre autrement, sans faire trop de concession à une modernité dévorante ? Toujours est-il que l’écho de 2012 et du printemps érable s’immisce parfois entre les ramures du Mont-Saint-Hilaire et les odeurs de gasoil de motorisés gigantesques en balades. J’accueille, ce soir, à Mission encre noire, Sébastien La Rocque.
Extrait: « Toutes les jeunes qui sortent de l'école d'ébénisterie veulent avoir une tite shop de même, faire des beaux meubles, pis gérer leurs p'tites affaires, mais je roule pas sur l'or, tsé. c'est ben beau, j'en ai eu, des stagiaires, mais y connaissent rien. Gars ou fille, même affaire. C'est qui qui va à ton école ? Des retraités qui se cherchent un hobby ou des jeunes qui savent pas quoi faire de leur corps. Va falloir que tu désapprennes ce que t'a appris. L'ébénisterie, c'est pas ça. J'ai pas de job à t'offrir, moi, mais je peux te montrer un métier. Il fouille sur la table, trouve une revue cachée sous une pile de chemises. S'arrêtant sur une page, il tapote une photo trois fois du doigt. - Checke ce que j'ai reçu dans malle. Canadian Interior. Qu'est-ce que t'as là dedans ? Un designer en habit, une designer en robe devant leurs créations, des bureaux en bois d'ingénierie. C'est du design en tabarnak, ça ! Du monde qui pense, qui dessine, that's it ! Toi pis moi, on existe pas ! »
Samedi de Christian Robert de Massy et Éric Pessan paru en 2022 aux éditions Moelle Graphik. Voici toute une expérience de lecture, avec ce premier album de bande dessinée de Christian Robert de Massy, accompagné par les mots d’Éric Pessan. Ce qui frappe avant tout, dans cette ambiance de fin du monde, c’est avant tout le silence... et le mouvement. Une jeune femme médecin doit régler son histoire avec la mystérieuse femme-tortue, son ex-amante. Elle va nous guider dans le labyrinthe d’une expérience intérieure, initiatique, pour reprendre le contrôle de sa propre vie. Le personnage principal est alors plongé dans un univers mi-réaliste mi fantastique où elle fait la rencontre de créatures et de personnages surprenant.e.s. Arrivera-t-elle à ses fins? L’énigme nous conduit vers les bas-fonds de sa psyché ou bien s’agit-il, par extension, de ceux de notre monde en déliquescence? Des dédales qui sont autant de chemins et de fausses pistes à déjouer pour éventuellement accéder à une mue salvatrice. Présenté sous un format inédit, à l’horizontale, près de 30 cm de long, cet album fascine et demeure une véritable belle découverte de fin d’année. J’accueille ce soir, à Mission encre noire, Christian Robert de Massy.
Extrait: « À tâtons, son pied trouve le premier échelon, puis le suivant, elle descend. Il lui est très vite impossible de retenir sa respiration, elle inspire de grandes bouffées d'air chanci. La question du vertige ne se pose pas, pas plus que celle d'une chute possible. Le danger n'est pas la descente ni le trou, mais bien ce qui l'attend en bas et qu'elle n'a jamais eu le courage d'affronter. Échelon après échelon, elle s'enfonce au plus profond de la terre. Très vite, elle perd la notion du temps, les minutes deviennent des heures, Alina s'étonnerait presque de ne pas ressentir de la fatigue. elle ne pense plus à rien, ses mains attrapent les barreaux rouillés, ses pieds s'assurent qu'un nouvel échelon se trouve sous le précédent. Le métal est froid au contact de sa peau, un peu humide.»
Mission encre noire Tome 37 Chapitre 400. Je vous présente mes meilleurs vœux pour cette année qui s’annonce. Une année que je vous souhaite riche en découvertes d’auteurices et d’œuvres inspirantes. Mission encre noire repart pour une saison d’hiver, la 400 ème pour être précis. Correlieu de Sébastien La Rocque paru en 2022 aux éditions du Cheval d’août ouvre le bal. Ce roman nous invite à rejoindre, la Vallée-du-Richelieu, près de l’atelier du célèbre peintre du Mont-Saint-Hilaire Ozias Leduc,et plus particulièrement dans celui de Guillaume Borduas, un vieil ébéniste approchant les 70 ans. Formé à la vieille école, il accepte, malgré ses vieux principes, de recevoir en stage, Florence, qui veut reprendre le métier après avoir subi un accident de travail. Recommandé par la CSST, elle doit faire ses preuves, ce retour aux machines est progressif, après avoir été touché par une lame rendu folle dingue à plus de quatre mille tours par minute. Même s’il a toujours travaillé seul, elle le rejoint dans le silence d’un matin blafard au milieu des grésillements d’un vieux poste de radio et l’odeur des planches brutes de pin, de chêne rouge, de peuplier, d’érable ou de merisier. Comme chaque vendredi, elle devra faire la connaissance et refaire le monde avec les vieux mononcles, fidèles en amitié, de Guillaume, et grands consommateurs de caisses de bière. C’est dans le miracle de cet atelier et de ses correspondances sensorielles que Florence s’invite à découvrir un monde éternel, qui se meurt, fait de gestes communs à apprendre, à harmoniser son souffle au rythme d’une respiration à contre-temps d’une époque à bout-de souffle. Avons-nous affaire à de la nostalgie ou à une volonté de vivre autrement, sans faire trop de concession à une modernité dévorante ? Toujours est-il que l’écho de 2012 et du printemps érable s’immisce parfois entre les ramures du Mont-Saint-Hilaire et les odeurs de gasoil de motorisés gigantesques en balades. J’accueille, ce soir, à Mission encre noire, Sébastien La Rocque.
Extrait: « Toutes les jeunes qui sortent de l'école d'ébénisterie veulent avoir une tite shop de même, faire des beaux meubles, pis gérer leurs p'tites affaires, mais je roule pas sur l'or, tsé. c'est ben beau, j'en ai eu, des stagiaires, mais y connaissent rien. Gars ou fille, même affaire. C'est qui qui va à ton école ? Des retraités qui se cherchent un hobby ou des jeunes qui savent pas quoi faire de leur corps. Va falloir que tu désapprennes ce que t'a appris. L'ébénisterie, c'est pas ça. J'ai pas de job à t'offrir, moi, mais je peux te montrer un métier. Il fouille sur la table, trouve une revue cachée sous une pile de chemises. S'arrêtant sur une page, il tapote une photo trois fois du doigt. - Checke ce que j'ai reçu dans malle. Canadian Interior. Qu'est-ce que t'as là dedans ? Un designer en habit, une designer en robe devant leurs créations, des bureaux en bois d'ingénierie. C'est du design en tabarnak, ça ! Du monde qui pense, qui dessine, that's it ! Toi pis moi, on existe pas ! »
Samedi de Christian Robert de Massy et Éric Pessan paru en 2022 aux éditions Moelle Graphik. Voici toute une expérience de lecture, avec ce premier album de bande dessinée de Christian Robert de Massy, accompagné par les mots d’Éric Pessan. Ce qui frappe avant tout, dans cette ambiance de fin du monde, c’est avant tout le silence... et le mouvement. Une jeune femme médecin doit régler son histoire avec la mystérieuse femme-tortue, son ex-amante. Elle va nous guider dans le labyrinthe d’une expérience intérieure, initiatique, pour reprendre le contrôle de sa propre vie. Le personnage principal est alors plongé dans un univers mi-réaliste mi fantastique où elle fait la rencontre de créatures et de personnages surprenant.e.s. Arrivera-t-elle à ses fins? L’énigme nous conduit vers les bas-fonds de sa psyché ou bien s’agit-il, par extension, de ceux de notre monde en déliquescence? Des dédales qui sont autant de chemins et de fausses pistes à déjouer pour éventuellement accéder à une mue salvatrice. Présenté sous un format inédit, à l’horizontale, près de 30 cm de long, cet album fascine et demeure une véritable belle découverte de fin d’année. J’accueille ce soir, à Mission encre noire, Christian Robert de Massy.
Extrait: « À tâtons, son pied trouve le premier échelon, puis le suivant, elle descend. Il lui est très vite impossible de retenir sa respiration, elle inspire de grandes bouffées d'air chanci. La question du vertige ne se pose pas, pas plus que celle d'une chute possible. Le danger n'est pas la descente ni le trou, mais bien ce qui l'attend en bas et qu'elle n'a jamais eu le courage d'affronter. Échelon après échelon, elle s'enfonce au plus profond de la terre. Très vite, elle perd la notion du temps, les minutes deviennent des heures, Alina s'étonnerait presque de ne pas ressentir de la fatigue. elle ne pense plus à rien, ses mains attrapent les barreaux rouillés, ses pieds s'assurent qu'un nouvel échelon se trouve sous le précédent. Le métal est froid au contact de sa peau, un peu humide.»
Mission encre noire Tome 36 Chapitre 399. La faute à Pablo Escobar par Jean-Michel Leprince avec une préface de Bernard Derome, paru aux éditions Leméac. Bogotà la mal encarada des villes sud-américaine se trouve en haut d'un plateau andin. Le restaurant de l'hôtel Tequendama, où Jean-Michel Leprince a pris ses habitudes, a volé en éclats, sous une bombe des FARCS. en 2002. Si comme le souligne l’ex-présentateur de nouvelles, chef d’antenne et animateur de télévision Bernard Derome, La Colombie est le deuxième pays le plus riche de la planète en matière de biodiversité, elle est aussi l’un des pays les plus inégalitaire et violent. Tout commence, pour Jean-Michel Leprince, sous les bruits d’hélicoptères, de ceux qui tentent d’arracher des dizaine de personnes à la boue meurtrière qui a englouti la petite ville d’Armero due à l’éruption du volcan andin Nevado del Ruiz le 16 novembre 1985. Armero représente un baptême du feu grave pour le reporter spécialisé en politique étrangère et en défense nationale au Parlement d’Ottawa pour la télévision nationale de la Société Radio-Canada. La Colombie et l’Amérique latine vont devenir pour lui, depuis 37 ans maintenant, le lieu de découvertes et d’aventures inédites. Car voilà, ce pays, non seulement, reste un des rare en Amérique latine à avoir presque toujours connu une gouvernance démocratique, mais il s’est également construit sur la violence, le narcotrafic et la corruption. Un nom revient sur toute les lèvres, bien sûr, Pablo escobar ; une ville aussi, Medellin, qui battait les records du monde de meurtres sous son règne. Les écrits restent, dit-on, voici le livre d’une vie, la somme de plusieurs reportages, d’entrevues de terrain, publiés ici, contextualisés, dans le but de témoigner le plus précisément possible d'un mythe, de l'influence d'un homme sur un pays tout entier voire au-delà. Le journaliste grand-reporter nous offre un récit palpitant qui nous fait fréquenter les bas-fonds du crime organisé à l’échelle continental. J'accueille, ce soir, à Mission encre noire, Jean-Michel Leprince.
Extrait:« La tragédie d'Armero, une semaine plus tard, a détourné l'attention du monde entier des assassinats commis au palais de justice et de ceux qui les ont permis. Le fils de Pablo Escobar révèle que son père amis ouvertement deux hélicoptères à la disposition des sauveteurs, interrompant ainsi pour quelques temps leurs livraisons de cocaïne. L'amnésie institutionnelle avait commencé et avec elle, le règne de l'impunité. Dans son livre The Palace of Justice, A Colombian Tragedy, Ana Carrigan écrit que la guerre a quitté Bogotà pour «retourner dans les campagnes, chez les indigènes, où on n'a pas besoin de se soucier de monuments historiques, d'archives ou de caméras de télévision, et où les victimes sont politiquement invisibles». Parallèlement, Maureén Maya conclut dans Prohibido Olvidar. Dos miradas sobre la toma del palacio de Justicia qu'il est désormais devenu «plus facile de tuer» en Colombie. Le règne de terreur de Pablo Escobar a déjà bien commencé, et il ne cessera pas de croître en horreur. Il va bouleverser l'histoire de la Colombie, et la violence qu'il inflige à son pays et au monde entier par ses méthodes innovatrices en matière de narcotrafic et de cruauté ne prendra pas fin avec sa mort en 1993, et se poursuit encore de nos jours.»
Géants aux pieds d’argile par Alain Chevarier et Mark McGuire paru en 2022 aux éditions Moelle Graphik. C’est quoi le problème avec les hommes aujourd’hui? Lance un aîné assis sur un banc près d’un parc, qui observe l’attitude d’un père avec son enfant. Pat et Mathieu sont deux papas, qui tentent de vivre leur paternité autrement que les générations précédentes. Pour éviter de répéter les mêmes erreurs, il leur faut se confronter au passé de leurs propres père et grand-père, tout en restant bien présent, dans le quotidien de leur famille. Ce qui ne se révèle pas si facile, les traumatismes ont transcendé les filiations. Si les mères poursuivent leur carrière, les hommes prennent en charge un quotidien traditionnellement réservé aux femmes. Pat est celui qui en souffre le plus. Il lutte contre une rage noire qui se faufile en lui depuis l’enfance. Personne n'y échappe, pas même sa propre famille. Ses parents se sont séparés et son père, ancien militaire, est un alcoolique notoire. Il devient urgent pour lui de trouver l’origine de cette colère pour sauver l’équilibre de son ménage. Voici une bédé chargée de rage, de colère, d’abnégation et d’acceptation qui devrait marquer, à n’en pas douter, cette année qui s’achève. Je reçois, ce soir, à Mission encre noire, Alain Chevarier et Mark McGuire.
Extrait:« Il est où là? - Dans un avion-cargo. - Ton père faisait quoi pendant la guerre? - Il nous donnait toujours la même réponse: il faisait pousser les légumes. - Regarde ça! - Je vois ; il était en train d'importer des trucs sous le manteau pour les fêtes? - Je pense qu'il faisait ça l'année longue. Ni l'oncle Sam, ni les viet-cong ne pouvaient ralentir ses activités. - Un magouilleur reste un magouilleur toute sa vie. - Ouf, ton père était tout un personnage. - Lui et mon grand-père se seraient bien entendus. Les allemands l'ont capturé quand ils ont envahi la France, pendant la deuxième guerre mondiale. Il était dans les Ardennes, ils se sont fait ramasser.»
Mission encre noire Tome 36 Chapitre 398. Von Westmount par Jules Clara paru en 2022 au éditions La mèche. Aline pointe en direction de la fenêtre, elle glisse le doigt vers le Saint-Laurent. Pour le reste, la vue est magnifique, ce versant de la montagne cachera néanmoins, toujours le quartier de sa famille. Elle se souvient, il y a un an déjà, comme chaque matin, sous un ciel gris du mois de décembre par – 24, elle embarquait pour ses quinze minutes d’autobus obligatoire. Elle appréhendait de commencer un nouvel emploi, dans un kiosque du marché de noël du centre-ville de Montréal, pour servir du vin chaud. Il lui fallait être aimable, dire merci/thank you plusieurs fois par jour à des touristes plus ou moins agréables, en espérant un pourboire improbable. Sourire et répondre parfait! à un chef d’équipe autoritaire et escroc étaient de rigueur. Il fallait bien payer les factures, le loyer et penser à son futur. Précisément son avenir immédiat étaient sombre, sa relation amoureuse avec James battait de l’aile et l'ambiance familiale ne valait guère mieux. Grâce à son amie Jasmine, elle travaille désormais pour une richissime famille russe, les Von Westmount, de leur vrai nom les Kroubetzkoy, pour s'occuper de leurs enfants, Alexander, Nikolas et la terrible Clémentine. L’autrice profite allègrement de ce portrait moderne d’une jeune femme ambitieuse chez les riches, pour inciser le canevas de nos soumissions quotidiennes si nécessaire au maintien d’une société inégalitaire. Ce n’est pas parce que la plume espiègle de l’autrice s’amuse à nous jouer des tours, à braquer la langue de Shakespeare, ou que le récit s’agite dans tous les sens, en territoire bourgeois, que nous ne sommes pas au centre du récit. Chacun.e en prend pour son grade. La rage couve, les murs de Wesmount tremblent, le feu menace au loin, l’autrice nous invite au pire, un verre de champagne à la main, le vin du diable. J’accueille, ce soir, à Mission encre noire, Jules Clara.
Extrait:« C'est qu'Aline a tendance à se méfier des livres. À la base, elle se méfie de son père et, vu qu'il vénère la littérature, elle éprouve un grand scepticisme envers celle-ci. Moins pour les mots qu'elle déploie que pour son prestige. L'effet qu'elle produit chez les autres, la métamorphose performative qu'elle instaure de manière progressive. Par exemple, il y a chez les Von Westmount une quantité impressionnante de bibliothèques énormes et bien garnies. Quand les invités quittent le manoir, ils se disent que la famille Von Westmount est une grande famille. Érudite, lettrée. Ils réfléchissent - en parallèle - aux prochains livres à acquérir. L'intérêt d'Aline se pose sur un rouge qu'elle juge atypique. Toujours aussi curieuse, elle extrait l'ouvrage de sa rangée, le dépose avec douceur sur ses genoux. La découverte du titre la fait sourciller: The Red Book. Our Family's Album. Les armoiries de la famille Von Westmount sont dessinées au centre, avec les quatre parties qui les constituent, montrant un buffle ici, un aigle là. Rien d'inattendu. Aline tourne les premières pages et s'arrête à l'introduction officielle.»
Dryade tome 1 et 2, Les envoûteurs et Les mandragores par Stéphanie Leduc/Laduchesse, parue en 2022 aux éditions Moelle Graphik. Attention, pour un public averti seulement !Mission encre noire aborde la Bande dessinée érotique, plus précisément L’Erotic Fantasy. Avec la destruction de la lune, la terre est soumise aux radiations néfastes du soleil, et en particulier à une forme d’énergie maléfique la luciférine. Dans le premier tome de la série, Les envoûteurs, le métabolisme des hommes est affecté, cette énergie les fait régresser en monstres dégénérés. Au contraire de celui des femmes qui refuse de l’assimiler pour devenir des femmes-plantes, des dryades. Une seule échappatoire pour la gente masculine, ils doivent s’accoupler avec des dryades pour libérer le plus possible de luciférine de leurs corps. Même si l’acte peut leur être fatal, en faisant l’amour, les dryades peuvent en absorber de grandes quantités. C’est le rôle des envoûteurs de les amener au paroxysme du plaisir dans les meilleures conditions. L’une des principale dryade, Mélina, vient de mourir. Cependant l’arrivée de Flore, une dryade tout aussi puissante va bousculer l’ordre des choses.
Dans le deuxième volume, intitulé, Les mandragores, alors que les pouvoirs des radiations se sont étendus, la végétation disparaît à vue d’œil. La terre ressemble de plus en plus à un immense désert, peuplé de monstres violents. Flore découvre ses pouvoirs. Elle est la réincarnation de Mélina. Elle est capable de donner vie à des mandragores, des plantes carnivores qui se nourrissent de mutants. Leur influence s’étend dangereusement sur le monde en ruine. Leur règne s’accroît au point de pouvoir guérir des monstres. Théode et Dorik, les envoûteurs vont prendre Flore sous leur protection, d’autant plus qu’un étrange personnage, appelé, Le jardinier, fait son apparition. Vous l’aurez compris Mission encre noire se jette à corps et à cris, ce soir, dans un univers mythologique fascinant, un monde de plantes, de sexe et d’imaginaire ensorcelant et captivant. À l’heure où l’avenir de la planète se joue entre les mains de vestons cravate, je vous offre, le luxe, de pénétrer un avenir aussi incertain qu’envoûtant, celui des dryades en compagnie de Stéphanie Leduc.
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