Mission encre noire

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Mission encre noire episodes

  • Émission du 30 janvier 2018

    Mission encre noire Tome 22 Chapitre 272 Les yeux tristes de mon camion de Serge Bouchard paru en 2017 aux éditions Boréal collection Compact. Serge Bouchard, de cette voix profonde et unique, fait couler nos rivières, celle du Lièvre et celle du Loup, celles là qui ont une belle robe rouge, l'Olomane et la Romaine des Innus. Plus loin, il s'attarde sur les courses des caribous dans la poudreuse. Celle-ci se fait plus rauque lorsqu'elle hante les montagnes rugueuses de la Sierra Nevada, errante parmi les fantômes des centaines de nations originales qui vivaient là - Miwoks, Yuroks, Karoks, Mohaves... Elle gagne en agilité et en souplesse à l'évocation de ces hommes et de ces femmes qui ont fait l'amérique, ces canadien-e-s français-e-es qui ont couru à la découverte de ces pays fabuleux. Cette grande voix solide au timbre plus corsé s'accote aux souvenirs inoubliables de la tête ronde d'un Mack modèle B, de la trame sonore des matchs de baseball les soirs d'été, du Nebraska, de Santa Monica, des oncles et des tantes d'Amérique, et bien d'autres. Serge Bouchard, anthropologue, auteur, animateur, conteur formidable, nous raconte Son Amérique, il a voyagé sans relâche pour ça, et c'est lui qui chauffe. Il est notre invité à Mission encre noire.

    Extrait: « Je me souviens de longues soirées d'été, heures de méditation et de contemplation, seul sur la plage, comme une chose échouée, quelque part entre Migan et Longue-Pointe-de-Mingan. J'écoutais la tranquillité du onde, assis sur le sable fin. Des macareux arctiques, que les pêcheurs appelaient des « perroquets », volaient en groupes au fil de l'eau. Oui, les oiseaux de mer étaient au rendez-vous, istorlets et moyaks, canards noirs, goélands anglais, outardes, je voyais même parfois des balbuzards. Mais cela n'étais rien encore. Il arrivait qu'une orque épaulard surgisse hors de l'eau, comme un missile lisse et métallique ; elle s'élevait dans un sifflement irréel et majestueux avant de retomber avec fracas dans l'eau noire et calme de l'océan tranquille. J'étais conscient d'assister aux instants mythiques de la vraie nature du temps. Des petits rorquals se montraient aussi, en bandes, comme les phoques apeurés. Bientôt le soleil allait se coucher, disparaître derrière moi, il descendait dans les épinettes pour aller faire le beau de l'autre côté de la terre. J'avais la jeunesse et la paix, deux choses qui vont bien ensemble, quoi qu'on en dise. Derrière moi, la forêt chétive, la mémoire boréale, le pays des Indiens. Devant moi, la mer. »

    Par le vent pleuré de Ron Rash paru en 2017 aux éditions du Seuil. 1969 à Sylva, une petite ville des Appalaches, deux frères partent pêcher un dimanche après la messe. L'écho de la guerre du Vietnam et des émeutes de Berkeley appartiennent encore à une autre planète. Et pourtant cette silhouette qui jaillit des eaux de la Panther Creek, Ligeia Mosely, une sirène qui n'avait pas regagné l'océan, va bouleverser, le temps d'un été, la vision du monde. Au son du Grateful Dead, des Doors, de Jefferson Airplane, la jeune femme amène un vent de plaisirs et de liberté, qui emportera Bill et Eugene, au prise avec un grand-père tuteur tyrannique, dans un tourbillon macabre. Quarante six ans plus tard, la découverte de petits ossements blancs dans des lambeaux de bâche bleue, déposés par la rivière, rappelle les frères à leur passé. Ron Rash se tient debout face à la mémoire et tourne son regard vers un sud en pleine révolution culturel, Par le vent pleuré est un superbe roman noir.

    Extrait: « À San Francisco, le Summer of Love, l'été de l'amour, a eu lieu en 1967, mais il a fallu deux ans pour qu'il atteigne le petit monde provincial des Appalaches. Sur l'autoroute, en février, on a aperçu un hippie au volant d'un minibus bariolé, un événement dûment signalé dans le Sylva Herald. Sinon, la contre-culture était quelque chose qu'on ne voyait qu'à la télévision, tout aussi exotique qu'un pingouin ou un palmier nain. En ce mois de juin, les seuls petits signes de changement étaient deux ou trois étudiants de l'université de Caroline du Nord revenus de Chapel Hill pourvus de chevelures plus broussailleuses. Notre grand-père ne permettait pas à nos cheveux de toucher notre col, mais de toute façon Bill ne les aurait pas laissés pousser.»

    L'amour est une maladie ordinaire de François Szabowski paru en 2017 aux éditions Le Tripode. Francois est heureux en amour. Il a rencontré son âme soeur. Leur entente est parfaite. Tandis que Marie s'endort contre lui dans le petit studio de la rue des Pyrénées à Paris, il arrête de se voiler la face: elle est tombée amoureuse de lui. Il n'a plus le choix, il lui faut disparaître. Pour que leur amour reste à son apogée, il achète une bouteille de vodka et une grande tablette d'anxiolytique et se précipite vers le canal. Cynique farce, ce journal d'un goujat ordinaire est une lecture divertissante, qui vous fera réagir à plus d'un titre. Cet égoïsme sans limite dissimule une réflexion plus sombre sur l'amour. L'auteur fait preuve d'audace et d'originalité pour nous surprendre avec une observation acide sur la vie moderne.

    Extrait: « Et puis, à vrai dire, je ressentais aussi comme une sorte de seconde jeunesse à me transformer à nouveau. Après mon costume de corbeau surmonté d'un oeuf dur et d'un bouc, j'étais maintenant un petit feu follet de couleurs avec ces chemises à carreaux, ces pantalons serrés, ces lunettes à grosses monture noire qui barraient mon visage, et cette barbe qui recouvrait mes joues. Je continuais à porter la perruque car mes cheveux n'avaient pas encore suffisamment repoussé, mais d'ici peu de temps j'allais devenir tout à fait un nouvel homme. J'avais une chance inouïe. La plupart des gens choisissent généralement l'identité qui sera la leur pendant leur vie entre l'adolescence et leurs 25-30 ans. Là, durant cette période, ils expérimentent différents styles, différents modes de vie, de pensée. Ils pourront être punks, hippies, dandys ou métalleux, gauchistes ou réactionnaires. Mais à partir de 30 ans, tout se fige. Ils font un choix, et ne s'en éloignent jamais vraiment beaucoup. Moi, j'avais la possibilité de prolonger cette jeunesse, cet esprit d'invention.»

     

    1 hr
  • Émission du 30 janvier 2018
    Mission encre noire Tome 22 Chapitre 272 Les yeux tristes de mon camion de Serge Bouchard paru en 2017 aux éditions Boréal collection Compact. Serge Bouchard, de cette voix profonde et unique, fait couler nos rivières, celle du Lièvre et celle du Loup, celles là qui ont une belle robe rouge, l'Olomane et la Romaine des Innus. Plus loin, il s'attarde sur les courses des caribous dans la poudreuse. Celle-ci se fait plus rauque lorsqu'elle hante les montagnes rugueuses de la Sierra Nevada, errante parmi les fantômes des centaines de nations originales qui vivaient là - Miwoks, Yuroks, Karoks, Mohaves... Elle gagne en agilité et en souplesse à l'évocation de ces hommes et de ces femmes qui ont fait l'amérique, ces canadien-e-s français-e-es qui ont couru à la découverte de ces pays fabuleux. Cette grande voix solide au timbre plus corsé s'accote aux souvenirs inoubliables de la tête ronde d'un Mack modèle B, de la trame sonore des matchs de baseball les soirs d'été, du Nebraska, de Santa Monica, des oncles et des tantes d'Amérique, et bien d'autres. Serge Bouchard, anthropologue, auteur, animateur, conteur formidable, nous raconte Son Amérique, il a voyagé sans relâche pour ça, et c'est lui qui chauffe. Il est notre invité à Mission encre noire.
    Extrait: « Je me souviens de longues soirées d'été, heures de méditation et de contemplation, seul sur la plage, comme une chose échouée, quelque part entre Migan et Longue-Pointe-de-Mingan. J'écoutais la tranquillité du onde, assis sur le sable fin. Des macareux arctiques, que les pêcheurs appelaient des « perroquets », volaient en groupes au fil de l'eau. Oui, les oiseaux de mer étaient au rendez-vous, istorlets et moyaks, canards noirs, goélands anglais, outardes, je voyais même parfois des balbuzards. Mais cela n'étais rien encore. Il arrivait qu'une orque épaulard surgisse hors de l'eau, comme un missile lisse et métallique ; elle s'élevait dans un sifflement irréel et majestueux avant de retomber avec fracas dans l'eau noire et calme de l'océan tranquille. J'étais conscient d'assister aux instants mythiques de la vraie nature du temps. Des petits rorquals se montraient aussi, en bandes, comme les phoques apeurés. Bientôt le soleil allait se coucher, disparaître derrière moi, il descendait dans les épinettes pour aller faire le beau de l'autre côté de la terre. J'avais la jeunesse et la paix, deux choses qui vont bien ensemble, quoi qu'on en dise. Derrière moi, la forêt chétive, la mémoire boréale, le pays des Indiens. Devant moi, la mer. »
    Par le vent pleuré de Ron Rash paru en 2017 aux éditions du Seuil. 1969 à Sylva, une petite ville des Appalaches, deux frères partent pêcher un dimanche après la messe. L'écho de la guerre du Vietnam et des émeutes de Berkeley appartiennent encore à une autre planète. Et pourtant cette silhouette qui jaillit des eaux de la Panther Creek, Ligeia Mosely, une sirène qui n'avait pas regagné l'océan, va bouleverser, le temps d'un été, la vision du monde. Au son du Grateful Dead, des Doors, de Jefferson Airplane, la jeune femme amène un vent de plaisirs et de liberté, qui emportera Bill et Eugene, au prise avec un grand-père tuteur tyrannique, dans un tourbillon macabre. Quarante six ans plus tard, la découverte de petits ossements blancs dans des lambeaux de bâche bleue, déposés par la rivière, rappelle les frères à leur passé. Ron Rash se tient debout face à la mémoire et tourne son regard vers un sud en pleine révolution culturel, Par le vent pleuré est un superbe roman noir.
    Extrait: « À San Francisco, le Summer of Love, l'été de l'amour, a eu lieu en 1967, mais il a fallu deux ans pour qu'il atteigne le petit monde provincial des Appalaches. Sur l'autoroute, en février, on a aperçu un hippie au volant d'un minibus bariolé, un événement dûment signalé dans le Sylva Herald. Sinon, la contre-culture était quelque chose qu'on ne voyait qu'à la télévision, tout aussi exotique qu'un pingouin ou un palmier nain. En ce mois de juin, les seuls petits signes de changement étaient deux ou trois étudiants de l'université de Caroline du Nord revenus de Chapel Hill pourvus de chevelures plus broussailleuses. Notre grand-père ne permettait pas à nos cheveux de toucher notre col, mais de toute façon Bill ne les aurait pas laissés pousser.»
    L'amour est une maladie ordinaire de François Szabowski paru en 2017 aux éditions Le Tripode. Francois est heureux en amour. Il a rencontré son âme soeur. Leur entente est parfaite. Tandis que Marie s'endort contre lui dans le petit studio de la rue des Pyrénées à Paris, il arrête de se voiler la face: elle est tombée amoureuse de lui. Il n'a plus le choix, il lui faut disparaître. Pour que leur amour reste à son apogée, il achète une bouteille de vodka et une grande tablette d'anxiolytique et se précipite vers le canal. Cynique farce, ce journal d'un goujat ordinaire est une lecture divertissante, qui vous fera réagir à plus d'un titre. Cet égoïsme sans limite dissimule une réflexion plus sombre sur l'amour. L'auteur fait preuve d'audace et d'originalité pour nous surprendre avec une observation acide sur la vie moderne.
    Extrait: « Et puis, à vrai dire, je ressentais aussi comme une sorte de seconde jeunesse à me transformer à nouveau. Après mon costume de corbeau surmonté d'un oeuf dur et d'un bouc, j'étais maintenant un petit feu follet de couleurs avec ces chemises à carreaux, ces pantalons serrés, ces lunettes à grosses monture noire qui barraient mon visage, et cette barbe qui recouvrait mes joues. Je continuais à porter la perruque car mes cheveux n'avaient pas encore suffisamment repoussé, mais d'ici peu de temps j'allais devenir tout à fait un nouvel homme. J'avais une chance inouïe. La plupart des gens choisissent généralement l'identité qui sera la leur pendant leur vie entre l'adolescence et leurs 25-30 ans. Là, durant cette période, ils expérimentent différents styles, différents modes de vie, de pensée. Ils pourront être punks, hippies, dandys ou métalleux, gauchistes ou réactionnaires. Mais à partir de 30 ans, tout se fige. Ils font un choix, et ne s'en éloignent jamais vraiment beaucoup. Moi, j'avais la possibilité de prolonger cette jeunesse, cet esprit d'invention.»
    0 min
  • Émission du 16 janvier 2018

    Mission encre noire Tome 22 Chapitre 271 En ces bois profonds de François Lévesque Paru en 2017 aux éditions Tête Première. « N'allons pas en ces bois profonds / À cause des grandes fontaines / Qui dorment au fond. » Anne Hébert et Marie-Claire Blais se sont peut être penchées sur le berceau de cette jeune ado de dix sept ans. Sa mère, employée dans un bar de danseuse, essaie de noyer son passé et les extras à la maison, dans la vodka. Isabelle-Marie dissimule un sombre secret à sa fille. Elle, qui guette les hommes pressés à la sortie de la chambre maternelle, peuple ses cauchemars avec un couteau sous l'oreiller. Le décès de Louise Valois, la grand-mère maternelle agira comme un rappel à l'ordre, l'antre de la maison de Rivière-aux-Hiboux leur revient en héritage. Un sentier zigzague entre les arbres, un bout de corde est solidement attaché à une grosse branche, là, comme dans le rêve, se trouve le quai, le lac du « Grand serpent » et le souvenir du suicide collectif. François Levesque aurait-il trouvé son Styx, ce fleuve infernal ? Il est notre invité ce soir pour nous parler de cette histoire ensorcelante.

    Extrait: « Grisée par le moment, je me suis accroupie. tapi sous la surface lisse...quelque chose...quelque chose d'enfoui. Et j'ai plongé mon regard dans l'eau miroitante et n'ai d'abord rien vu, rien d'autre que mon propre reflet changeant. Puis, au-delà de mon reflet, dans cette zone où tombait mon ombre, j'ai vu. J'ai vu...un mouvement. Un ondoiement. Je me suis relevée, plus surprise qu'effrayée. Non...Je n'ai pas ressenti d'effroi. Pas ressenti de peur. La peur et la folie, je laissais cela aux deux autres femmes de ma famille, la survivante et la morte. Pas d'effroi, non. Plutôt une fascination décalée, a posteriori. Évidemment, quand j'ai voulu regarder de nouveau, il n'y avait plus rien. plus rien que l'eau et mon reflet et mon ombre. Mais j'étais certaine d'avoir vu quelque chose. Quelque chose, oui. Mais quoi ? »

    L'histoire de mes dents de Valeria Luiselli paru en 2017 aux éditions de l'Olivier. Huit magnifiques et séduisantes dents illustrent la couverture de ce livre époustouflant. Gustavo sanchez dit Grandroute, est devenu « le meilleur Commissaire-Priseur du monde ». Il serait inélégant de dire que sa riche épouse Flaca l'a sorti de sa pauvre condition d'agent de sécurité, en échange d'un fils. Grandroute s'empresse de les quitter pour accomplir son destin. C'est ainsi qu'il arrache toutes ses dents pour les vendre comme la propriété, jadis, de personnages illustres. L'arnaque fonctionne à merveille jusqu'au jour, fatidique, où, pris à son propre piège, Grandroute verra son fils bien décidé d'acheter son propre père lors d'une vente aux enchères au bénéfice d'une congrégation religieuse. Drôle, touffu, inventif, ce livre est un jeu, qui demande à ce que vous soyez gourmand-e-s de fantaisie débridée.

    Extrait: « J'ai fait preuve d'un tel talent dans l'art de la surenchère que l'une de mes amies - la pire des quatre, une journaliste aux cheveux raides comme un paillasson d'avoir été trop teints, et les bajoues pendantes - a écrit à propos de la vente un article qui a paru dans le Miami Sun. Clairement jalouse de mon succès, car elle aussi voulait ces dents, elle a pondu un compte rendu sévère et tordu. Qu'est-ce que j'en avais à faire ? Elle ne tarderait pas à ravaler ses paroles, me suis-je dit, tandis que moi je dînerai avec les dents de Marilyn Monroe. Dès mon retour au Mexique, chacune des dents ayant appartenu à la Vénus du grand écran fut transplantée dans ma bouche par un chirurgien-dentiste de classe mondiale, le fameux docteur Luis Felipe Fabre, propriétaire de Il Miglior Fabbro, la meilleure clinique de soins et dépôt dentaire de Mexico. J'ai conservé dix de mes anciennes dents, les plus belles, pour plus tard, au cas où.»

    Moebius 156 « La petite a ses choses, il va falloir la surveiller.» Les couvertures des quatre numéros de 2018 seront illustrés par la talentueuse Marin Blanc. Simon Brousseau sera en résidence d'écriture, pour sa part, cette année, il propose un essai, «Écrire contre l'habitude d'être soi». Vous trouverez dans cette nouvelle édition, des textes d'Élisabeth Arseneau, Marc Babin (Triptyque), Zéa Beaulieu-April, Virginie Beauregard D. (L'Écrou), Myriam de Gaspé, Emmanuel Deraps (L'Écrou), Véronique Hudon, Samuel Lapierre, Monique Le Maner (Triptyque), Jonathan Morier, Aurélia Peyrical, Alice Rivard (l'Écrou), Katherine Raymond (XYZ), Diane-Ischa Ross (Triptyque), Mélina Schoenborn. Je vous recommande également la lecture d'une lettre à Serge Doubrovsky signée Claire Legendre (Grasset, Hamac), ainsi qu'une fiction mélancolico-sci-fi dessinée de Vincent Giard.

    Lancement du Moebius 156 le 22 janvier au bar Notre-Dame-des-Quilles sur beaubien. La revue sera en kiosque et librairie dès le 24 janvier.

    Extrait:« la petite est dans les marches/à attendre presque patiente/qu'on ait réglé ses affaires/elle tient le bocal du hasard/dans le creux de son coude/et ne chasse pas les fourmis/qui remontent ses jambes/elle joue/avec les courroies de sa sandale/ce sont les sangles du monde ». Virginie Beauregard D.

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  • Émission du 16 janvier 2018
    Mission encre noire Tome 22 Chapitre 271 En ces bois profonds de François Lévesque Paru en 2017 aux éditions Tête Première. « N'allons pas en ces bois profonds / À cause des grandes fontaines / Qui dorment au fond. » Anne Hébert et Marie-Claire Blais se sont peut être penchées sur le berceau de cette jeune ado de dix sept ans. Sa mère, employée dans un bar de danseuse, essaie de noyer son passé et les extras à la maison, dans la vodka. Isabelle-Marie dissimule un sombre secret à sa fille. Elle, qui guette les hommes pressés à la sortie de la chambre maternelle, peuple ses cauchemars avec un couteau sous l'oreiller. Le décès de Louise Valois, la grand-mère maternelle agira comme un rappel à l'ordre, l'antre de la maison de Rivière-aux-Hiboux leur revient en héritage. Un sentier zigzague entre les arbres, un bout de corde est solidement attaché à une grosse branche, là, comme dans le rêve, se trouve le quai, le lac du « Grand serpent » et le souvenir du suicide collectif. François Levesque aurait-il trouvé son Styx, ce fleuve infernal ? Il est notre invité ce soir pour nous parler de cette histoire ensorcelante.
    Extrait: « Grisée par le moment, je me suis accroupie. tapi sous la surface lisse...quelque chose...quelque chose d'enfoui. Et j'ai plongé mon regard dans l'eau miroitante et n'ai d'abord rien vu, rien d'autre que mon propre reflet changeant. Puis, au-delà de mon reflet, dans cette zone où tombait mon ombre, j'ai vu. J'ai vu...un mouvement. Un ondoiement. Je me suis relevée, plus surprise qu'effrayée. Non...Je n'ai pas ressenti d'effroi. Pas ressenti de peur. La peur et la folie, je laissais cela aux deux autres femmes de ma famille, la survivante et la morte. Pas d'effroi, non. Plutôt une fascination décalée, a posteriori. Évidemment, quand j'ai voulu regarder de nouveau, il n'y avait plus rien. plus rien que l'eau et mon reflet et mon ombre. Mais j'étais certaine d'avoir vu quelque chose. Quelque chose, oui. Mais quoi ? »
    L'histoire de mes dents de Valeria Luiselli paru en 2017 aux éditions de l'Olivier. Huit magnifiques et séduisantes dents illustrent la couverture de ce livre époustouflant. Gustavo sanchez dit Grandroute, est devenu « le meilleur Commissaire-Priseur du monde ». Il serait inélégant de dire que sa riche épouse Flaca l'a sorti de sa pauvre condition d'agent de sécurité, en échange d'un fils. Grandroute s'empresse de les quitter pour accomplir son destin. C'est ainsi qu'il arrache toutes ses dents pour les vendre comme la propriété, jadis, de personnages illustres. L'arnaque fonctionne à merveille jusqu'au jour, fatidique, où, pris à son propre piège, Grandroute verra son fils bien décidé d'acheter son propre père lors d'une vente aux enchères au bénéfice d'une congrégation religieuse. Drôle, touffu, inventif, ce livre est un jeu, qui demande à ce que vous soyez gourmand-e-s de fantaisie débridée.
    Extrait: « J'ai fait preuve d'un tel talent dans l'art de la surenchère que l'une de mes amies - la pire des quatre, une journaliste aux cheveux raides comme un paillasson d'avoir été trop teints, et les bajoues pendantes - a écrit à propos de la vente un article qui a paru dans le Miami Sun. Clairement jalouse de mon succès, car elle aussi voulait ces dents, elle a pondu un compte rendu sévère et tordu. Qu'est-ce que j'en avais à faire ? Elle ne tarderait pas à ravaler ses paroles, me suis-je dit, tandis que moi je dînerai avec les dents de Marilyn Monroe. Dès mon retour au Mexique, chacune des dents ayant appartenu à la Vénus du grand écran fut transplantée dans ma bouche par un chirurgien-dentiste de classe mondiale, le fameux docteur Luis Felipe Fabre, propriétaire de Il Miglior Fabbro, la meilleure clinique de soins et dépôt dentaire de Mexico. J'ai conservé dix de mes anciennes dents, les plus belles, pour plus tard, au cas où.»
    Moebius 156 « La petite a ses choses, il va falloir la surveiller.» Les couvertures des quatre numéros de 2018 seront illustrés par la talentueuse Marin Blanc. Simon Brousseau sera en résidence d'écriture, pour sa part, cette année, il propose un essai, «Écrire contre l'habitude d'être soi». Vous trouverez dans cette nouvelle édition, des textes d'Élisabeth Arseneau, Marc Babin (Triptyque), Zéa Beaulieu-April, Virginie Beauregard D. (L'Écrou), Myriam de Gaspé, Emmanuel Deraps (L'Écrou), Véronique Hudon, Samuel Lapierre, Monique Le Maner (Triptyque), Jonathan Morier, Aurélia Peyrical, Alice Rivard (l'Écrou), Katherine Raymond (XYZ), Diane-Ischa Ross (Triptyque), Mélina Schoenborn. Je vous recommande également la lecture d'une lettre à Serge Doubrovsky signée Claire Legendre (Grasset, Hamac), ainsi qu'une fiction mélancolico-sci-fi dessinée de Vincent Giard.
    Lancement du Moebius 156 le 22 janvier au bar Notre-Dame-des-Quilles sur beaubien. La revue sera en kiosque et librairie dès le 24 janvier.
    Extrait:« la petite est dans les marches/à attendre presque patiente/qu'on ait réglé ses affaires/elle tient le bocal du hasard/dans le creux de son coude/et ne chasse pas les fourmis/qui remontent ses jambes/elle joue/avec les courroies de sa sandale/ce sont les sangles du monde ». Virginie Beauregard D.
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  • Émission du 9 janvier 2018

    Mission encre noire Tome 22 Chapitre 270. Je vous présente mes meilleurs voeux pour l'année 2018. Janvier débute avec ce qui va sans doute devenir un classique du polar: L'année du Lion de Deon Meyer paru en 2017 aux éditions du Seuil. Écrit en afrikaans et en anglais, le roman, traduit par Catherine Du Toit et Marie-Caroline Aubert se situe en Afrique du sud entre le désert du Karoo et le fleuve Orange. Nicolas (le narrateur) fait le récit de l'assassinat de son père, Willem Storm. Ils comptent parmi les rares survivant d'une fièvre qui a décimé 95 % de la population mondiale. La catastrophe a provoqué de nombreuses réaction en chaîne. Chez les humains, c'est la loi de la jungle. Pourtant Willem Storm est convaincu de pouvoir bâtir un monde meilleur avec les rescapés de ce cataclysme. Malgré que la prose soit aussi rêche et aride que la majesté du paysage, l'espoir demeure. La vision de Deon Meyer n'est pas désespérée, les communautés cherchent à se reconstruire. Il y beaucoup d'humanité dans cet ambitieux projet, qui se traduit par un esprit de résistance et de solidarité. L'année du Lion est un classique en devenir, qui a l'image du continent africain, (et de l'Afrique du sud en particulier) rugit de rage et de fureur. C'est un livre qu'on ne peut pas lâcher aussi facilement. Il finira bien par trouver le chemin de votre bibliothèque, à côté de La route de Cormac McCarthy, mais pas pour les mêmes raisons.

    Extrait: « Je revois ces événements avec du recul. L'importance et la signification de cette scène ne me frapperont que des années plus tard. Ce jour-là, je me rendais déjà compte que c'était un moment historique, autant qu'un gosse de treize ans, affamé de compagnie, de camarades de son âge, pouvait le ressentir. Je ne réaliserais que plus tard le véritable poids du moment et des personnes impliquées. Le car de luxe est déjà garé au milieu de la rue quand j'arrive. Deux hommes descendent et avancent vers Père et Hennie As, Domingo, Mélinda Swanevelder, Béryl et les seize enfants qui les attendent dans Proteastraat. Le premier homme est âgé, il a les cheveux blancs et porte une toge blanche avec une sorte de châle doré et un chapeau bizarre. Dans sa main droite il tient une houlette en bois argenté. De la gauche, il s'appuie sur le bras d'un homme plus jeune, très impressionnant, plus grand que tous les autres et large de poitrine. Voilà ce que j'observe, ce que j'essaie de marquer dans ma mémoire pour pouvoir le raconter un jour, pour pouvoir dire que j'étais présent, que j'ai participé à cet événement. »

    New Moon, Café de nuit joyeux de David Dufresne paru en 2017 aux éditions du Seuil. Paris la nuit c'est fini/Paris va crever d'ennui/Paris se meurt rendez lui/Arletty. Et si Pigalle nous était conté ? C'est le pari réussi de David Dufresne. L'auteur se retourne sur son passé, il arrive dans le quartier le plus chaud de Paris en 1988, il a 20 ans. Le New Moon est le plus grand des petits clubs rock parisiens. On y croise régulièrement la crème de la scène du rock alternatif, la Mano Negra en tête. 106 m2 de bonheur et d'énergie pure qui dissimule une histoire riche et palpitante à l'image du quartier. Ouvert en 1896 sous le nom de La feuille de vigne, l'endroit changera plusieurs fois de nom et de style. David Dufresne nous offre un livre déroutant au croisement du polar, du docu/fiction et du récit historique. Excellement bien documenté, vous ne perdrez rien de l'enquête autour du lieu mythique. Vous y croiserez Manu Chao en terrasse du New Moon, Virginie Despente, son premier manuscrit sous le bras, Cole Porter, Degas, Manet...et si une nouvelle forme de journalisme était né ? Depuis 2004, le New Moon a rendu les armes à l'embourgeoisement, une épicerie bio patronne désormais sur la rue Pigalle. 

    Extrait: « Le Bricktop's fut le premier des cabarets de Pigalle à servir le whisky à table - jusqu'ici, on ne le faisait qu'au bar, il fallait se déplacer pour cette vulgaire boisson. La maîtresse des lieux y perdait le chic du champagne exclusif, mais elle y gagnait les écrivains. Et ils allaient se précipiter. La première fois que John Steinbeck était venu,ça avait mal commencé. Il avait dû envoyer un taxi de roses à Brick pour s'excuser de son comportement (Il ajoutera plus tard à ses fleurs ces mots: « Brick, chaque fois que tu chantes «Embraceable You», tu m'enlèves vingt ans de ma vie d'homme »). Hemingway, aussi, traînait dans les parages ; comme F. Scott Fitzgerald qui met en scène un de ses héros de Retour à Babylone devant le Bricktop's, où «il avait passé tant de temps et dépensé tant d'argent».»

    Le retour du Gang d'Edward Abbey paru en 2017 aux éditions Gallmeister dans la collection Nature Writing. Le Gang de la clé à molette est un livre culte. Un best seller des éditions Gallmeister paru en 2013 et illustré par Crumb. Edward Abbey, décédé en 1989, a été inhumé dans le désert, un lieu encore tenu secret aujourd'hui. Le retour du Gang est la touche finale d'une oeuvre riche, qui relève le défi de présenter le combat écologiste de l'auteur. Le gang de la clé à molette est composé de quatre personnages: de Bonnie Abbzug compagne du Doc Sarvis, médecin dans la vie, de Seldom Smith, un membre de l'église mormone et George Hayduke, vétéran du Vietnam, passionné d'armes à feu, vivant en renégat dans une grotte dans le désert avec pour seul compagnon, un féroce crotale. C'est lui qui se charge de remobiliser la troupe contre l'invasion de l'excavateur géant: Goliath. Pour sauver les déserts de l'ouest américain tous les moyens sont bons. L'auteur publie ici, un manifeste de résistance, drôle et cynique. Edward Abbey se place déjà comme une influence majeure et son style plutôt explosif est à découvrir.

    Extrait: « Silence. Hayducke crache par terre. Il lève les yeux et les plante dans ceux de Seldom, l'air incapable de comprendre ou de croire ou même d'entendre clairement ce que son vieux pote lui dit. Tout ce que Seldom voit du regard d'hayducke sont ces deux petits points rouges, comme les diodes de mise sous tension d'une mystérieuse machine nocturne. Comme deux tisons luisant dans un feu qui se meurt. Comme...comme les faibles feux arrières d'un train fou qui s'en va, au loin, pour ne jamais revenir. Un simple souffle de réalité peut éteindre, pour toujours, d'un moment à l'autre, ces deux rubis d'espoir. »

    Naissance d'une jungle de Nancy Huston paru en 2017 aux éditions de l'Aube collection Le Un en livre. Le Un est un journal d'enquête et d'idées, indépendant, sans publicité qui rassemble sous la direction de l'écrivain Éric Fottorino, chaque semaine des écrivains, artistes, journaliste et des chercheurs, pour éclairer sur un thème en particulier lié à l'actualité. Vous connaissez sans doute déjà la plume parfois acérée de l'écrivaine. Ses prises de positions, au risque de déplaire, permettent le plus souvent d'insuffler une nouvelle dynamique dans les débats. Nancy Huston tire le signal d'alarme sur les dérives de la pensée dominante, primitive, qui a pris le pouvoir un peu partout et particulièrement aux USA. On appelle cela le règne de la jungle. Au fil de la lecture des cinq textes disponibles dans cet ouvrage, l'autrice interroge notre capacité à nous décentrer, pour si possible déplacer notre point de vue sur le monde.

    Extrait: « Aujourd'hui, leur prolixité m'épuise. Tant d'arrogance, tant d'agressivité! Comment font-ils pour ne pas entendre leur propre morgue? Regardez ceux qui, derrière les guichets des maries, postes et administrations, accueillent les citoyens: c'était bien la peine de faire la Révolution pour se voir encore traité ainsi de haut! Véritablement elle est guindée cette langue française, et induit des attitudes guindées. »

     

    1 hr
  • Émission du 9 janvier 2018
    Mission encre noire Tome 22 Chapitre 270. Je vous présente mes meilleurs voeux pour l'année 2018. Janvier débute avec ce qui va sans doute devenir un classique du polar: L'année du Lion de Deon Meyer paru en 2017 aux éditions du Seuil. Écrit en afrikaans et en anglais, le roman, traduit par Catherine Du Toit et Marie-Caroline Aubert se situe en Afrique du sud entre le désert du Karoo et le fleuve Orange. Nicolas (le narrateur) fait le récit de l'assassinat de son père, Willem Storm. Ils comptent parmi les rares survivant d'une fièvre qui a décimé 95 % de la population mondiale. La catastrophe a provoqué de nombreuses réaction en chaîne. Chez les humains, c'est la loi de la jungle. Pourtant Willem Storm est convaincu de pouvoir bâtir un monde meilleur avec les rescapés de ce cataclysme. Malgré que la prose soit aussi rêche et aride que la majesté du paysage, l'espoir demeure. La vision de Deon Meyer n'est pas désespérée, les communautés cherchent à se reconstruire. Il y beaucoup d'humanité dans cet ambitieux projet, qui se traduit par un esprit de résistance et de solidarité. L'année du Lion est un classique en devenir, qui a l'image du continent africain, (et de l'Afrique du sud en particulier) rugit de rage et de fureur. C'est un livre qu'on ne peut pas lâcher aussi facilement. Il finira bien par trouver le chemin de votre bibliothèque, à côté de La route de Cormac McCarthy, mais pas pour les mêmes raisons.
    Extrait: « Je revois ces événements avec du recul. L'importance et la signification de cette scène ne me frapperont que des années plus tard. Ce jour-là, je me rendais déjà compte que c'était un moment historique, autant qu'un gosse de treize ans, affamé de compagnie, de camarades de son âge, pouvait le ressentir. Je ne réaliserais que plus tard le véritable poids du moment et des personnes impliquées. Le car de luxe est déjà garé au milieu de la rue quand j'arrive. Deux hommes descendent et avancent vers Père et Hennie As, Domingo, Mélinda Swanevelder, Béryl et les seize enfants qui les attendent dans Proteastraat. Le premier homme est âgé, il a les cheveux blancs et porte une toge blanche avec une sorte de châle doré et un chapeau bizarre. Dans sa main droite il tient une houlette en bois argenté. De la gauche, il s'appuie sur le bras d'un homme plus jeune, très impressionnant, plus grand que tous les autres et large de poitrine. Voilà ce que j'observe, ce que j'essaie de marquer dans ma mémoire pour pouvoir le raconter un jour, pour pouvoir dire que j'étais présent, que j'ai participé à cet événement. »
    New Moon, Café de nuit joyeux de David Dufresne paru en 2017 aux éditions du Seuil. Paris la nuit c'est fini/Paris va crever d'ennui/Paris se meurt rendez lui/Arletty. Et si Pigalle nous était conté ? C'est le pari réussi de David Dufresne. L'auteur se retourne sur son passé, il arrive dans le quartier le plus chaud de Paris en 1988, il a 20 ans. Le New Moon est le plus grand des petits clubs rock parisiens. On y croise régulièrement la crème de la scène du rock alternatif, la Mano Negra en tête. 106 m2 de bonheur et d'énergie pure qui dissimule une histoire riche et palpitante à l'image du quartier. Ouvert en 1896 sous le nom de La feuille de vigne, l'endroit changera plusieurs fois de nom et de style. David Dufresne nous offre un livre déroutant au croisement du polar, du docu/fiction et du récit historique. Excellement bien documenté, vous ne perdrez rien de l'enquête autour du lieu mythique. Vous y croiserez Manu Chao en terrasse du New Moon, Virginie Despente, son premier manuscrit sous le bras, Cole Porter, Degas, Manet...et si une nouvelle forme de journalisme était né ? Depuis 2004, le New Moon a rendu les armes à l'embourgeoisement, une épicerie bio patronne désormais sur la rue Pigalle. 
    Extrait: « Le Bricktop's fut le premier des cabarets de Pigalle à servir le whisky à table - jusqu'ici, on ne le faisait qu'au bar, il fallait se déplacer pour cette vulgaire boisson. La maîtresse des lieux y perdait le chic du champagne exclusif, mais elle y gagnait les écrivains. Et ils allaient se précipiter. La première fois que John Steinbeck était venu,ça avait mal commencé. Il avait dû envoyer un taxi de roses à Brick pour s'excuser de son comportement (Il ajoutera plus tard à ses fleurs ces mots: « Brick, chaque fois que tu chantes «Embraceable You», tu m'enlèves vingt ans de ma vie d'homme »). Hemingway, aussi, traînait dans les parages ; comme F. Scott Fitzgerald qui met en scène un de ses héros de Retour à Babylone devant le Bricktop's, où «il avait passé tant de temps et dépensé tant d'argent».»
    Le retour du Gang d'Edward Abbey paru en 2017 aux éditions Gallmeister dans la collection Nature Writing. Le Gang de la clé à molette est un livre culte. Un best seller des éditions Gallmeister paru en 2013 et illustré par Crumb. Edward Abbey, décédé en 1989, a été inhumé dans le désert, un lieu encore tenu secret aujourd'hui. Le retour du Gang est la touche finale d'une oeuvre riche, qui relève le défi de présenter le combat écologiste de l'auteur. Le gang de la clé à molette est composé de quatre personnages: de Bonnie Abbzug compagne du Doc Sarvis, médecin dans la vie, de Seldom Smith, un membre de l'église mormone et George Hayduke, vétéran du Vietnam, passionné d'armes à feu, vivant en renégat dans une grotte dans le désert avec pour seul compagnon, un féroce crotale. C'est lui qui se charge de remobiliser la troupe contre l'invasion de l'excavateur géant: Goliath. Pour sauver les déserts de l'ouest américain tous les moyens sont bons. L'auteur publie ici, un manifeste de résistance, drôle et cynique. Edward Abbey se place déjà comme une influence majeure et son style plutôt explosif est à découvrir.
    Extrait: « Silence. Hayducke crache par terre. Il lève les yeux et les plante dans ceux de Seldom, l'air incapable de comprendre ou de croire ou même d'entendre clairement ce que son vieux pote lui dit. Tout ce que Seldom voit du regard d'hayducke sont ces deux petits points rouges, comme les diodes de mise sous tension d'une mystérieuse machine nocturne. Comme deux tisons luisant dans un feu qui se meurt. Comme...comme les faibles feux arrières d'un train fou qui s'en va, au loin, pour ne jamais revenir. Un simple souffle de réalité peut éteindre, pour toujours, d'un moment à l'autre, ces deux rubis d'espoir. »
    Naissance d'une jungle de Nancy Huston paru en 2017 aux éditions de l'Aube collection Le Un en livre. Le Un est un journal d'enquête et d'idées, indépendant, sans publicité qui rassemble sous la direction de l'écrivain Éric Fottorino, chaque semaine des écrivains, artistes, journaliste et des chercheurs, pour éclairer sur un thème en particulier lié à l'actualité. Vous connaissez sans doute déjà la plume parfois acérée de l'écrivaine. Ses prises de positions, au risque de déplaire, permettent le plus souvent d'insuffler une nouvelle dynamique dans les débats. Nancy Huston tire le signal d'alarme sur les dérives de la pensée dominante, primitive, qui a pris le pouvoir un peu partout et particulièrement aux USA. On appelle cela le règne de la jungle. Au fil de la lecture des cinq textes disponibles dans cet ouvrage, l'autrice interroge notre capacité à nous décentrer, pour si possible déplacer notre point de vue sur le monde.
    Extrait: « Aujourd'hui, leur prolixité m'épuise. Tant d'arrogance, tant d'agressivité! Comment font-ils pour ne pas entendre leur propre morgue? Regardez ceux qui, derrière les guichets des maries, postes et administrations, accueillent les citoyens: c'était bien la peine de faire la Révolution pour se voir encore traité ainsi de haut! Véritablement elle est guindée cette langue française, et induit des attitudes guindées. »
    0 min
  • Émission du 12 décembre 2017

    Mission encre noire Tome 21 Chapitre 269. Chemin de croix d'Hervé Gagnon paru en 2017 aux éditions Libre Expression dans la collection noire. Patrick Kelly peste dans sa Honda Civic 2009. Il est coincé à l'heure de pointe, comme chaque matin dans les embouteillages monstres de Montréal. Ancien agent du SPVM devenu détective privé, il gagne sa vie là où les autres passent leur temps à la perdre, maris volages, pères mauvais payeurs...Tout va changer lorsque Claire Black, une religieuse dans la trentaine va mettre un pied dans son agence. Elle recherche un vieux crucifix volé ayant servi à invoquer le diable. Stéphan Doré, son vieux complice au SPVM, est intrigué par la piste que suit Patrick Kelly, alors que des corps écorchés se multiplient dans des églises de Montréal. Hervé Gagnon s'attaque à un polar de facture plus classique et c'est plutôt réussi. Rites noirs, blues, Mickey Spillane sont au programme de la soirée puisque l'auteur est notre invité.

    Extrait:«Robidoux craignait par-dessus tout que Satan profite des diableries de Havard pour les posséder tous. Il jeta un regard furtif sur la dizaine de participants. Ils étaient blêmes de peur, mais avaient accepté d'être là parce qu'ils avaient des faveurs à solliciter. Chacun d'eux était susceptible d'être pris de remords et de le dénoncer le matin venu. Le risque était énorme, mais il était trop tard pour reculer. Havard de Beaufort se tourna et toisa l'assistance. Il avait le visage luisant de sueur. Le cordonnier eut un malaise en apercevant son air exalté.

    - Nous allons procéder! annonça-t-il enfin d'une voix autoritaire.»

    Tout homme est une nuit de Lydie Salvayre paru en 2017 aux éditions du Seuil. Lydie Salvayre a dû gérer la pression de publier un roman suite à l'obtention de son prix Goncourt en 2014 avec Pas pleurer. Rappelons que l'autrice a vécu tout cela alors qu'elle était gravement atteinte d'un cancer. Que peut-on écrire dans ces conditions après un Goncourt ? Un livre direct et batailleur. Anas souffre d'un cancer, Il quitte tout pour s'installer dans le midi de la France. En guise de repos, il se trouve confronté au mépris et au rejet d'une partie des habitants. Lydie Salvayre décortique l'engrenage de la haine. Elle dresse un portrait au vitriol du racisme ordinaire, de la brutalité des faibles, de ce besoin de se soumettre à un chef de meute. La bête collective est mauvaise. Tout homme est une nuit, met en scène un drame qui se révèle un roman ravageur.

    Extrait:«Ce soir là, on évoqua les entourloupes politicardes des baratineurs qui nous gouvernaient, la pluie qui ne venait pas sur la terre qui avait soif, les femmes et leurs griefs le plus souvent biais et glissés sur un ton de vertu douloureuse, à vous rendre cinglés. On fulmina contre les gros qui mangeaient les petits depuis que le monde est monde, contre le boucan des mobylettes dont les adolescents démontaient les silencieux aux seules fins d'abréger leur sieste (qui était ici une religion), et contre l'inquiétant aveuglement de ces mêmes bêtas devant le contrôle total de leur vie par leur Facebook et leur Twitter où fièrement ils s'exhibaient comme des godasses en vitrine, et le pire c'est qu'ils en étaient fiers, mais quels couillons, quelles andouilles!»

    Une assemblée de chacals de S.Craig Zahler paru en 2017 aux éditions Gallmeister collection Néo noir. Le «Gang du grand boxeur» vit une existence plutôt paisible et rangée. Nous sommes en 1888, le quatuor rendu célèbre pour ses nombreux cambriolages de banque va se reformer le temps du mariage de l'un des leurs. Sauf qu'une ombre plane sur la petite ville de Trailspur dans le Montana. Un encombrant fantôme du passé menace de s'inviter à la cérémonie. Vous qui aimez les Westerns classiques, méfiez-vous, celui-ci va à cent à l'heure. Vous y trouverez des scènes à couper le souffle, certaines, pourraient bien vous rappeler l'extrème violence de Méridien de sang ou de la Horde sauvage. S.Craig Zahler apporte un sang neuf au genre. Une assemblée de chacals est une excellente tragédie primitive, classique et délicieusement transgressive.

    Extrait:«J, l'autre gars et moi sommes restés calmes et décontractés tout le temps qu'on a été à l'intérieur. On a quitté cette banque de Podunk avec plus d'argent qu'on en avait jamais vu de toute notre vie, même si ça n'était pas vraiment beaucoup. On campait dans les zones désertes entre les villes parce qu'ils nous cherchaient. Il faisait froid, mais on ne le sentait pas. Deux jours plus tard, on est allés dans une autre ville, on a acheté des chevaux, des vêtements et d'autres armes et on a mangé trois repas chacun tellement on avait faim. Pour la première fois de ma vie, j'étais fier de quelque chose que j'avais fait. J'imagine que ça te semble étrange, mais toute ma vie, j'avais eu l'impression que quelqu'un m'enfonçait ses éperons dans les flancs et, pour une fois, j'avais l'impression de l'avoir fait tomber de sa selle.»

    1 hr
  • Émission du 12 décembre 2017
    Mission encre noire Tome 21 Chapitre 269. Chemin de croix d'Hervé Gagnon paru en 2017 aux éditions Libre Expression dans la collection noire. Patrick Kelly peste dans sa Honda Civic 2009. Il est coincé à l'heure de pointe, comme chaque matin dans les embouteillages monstres de Montréal. Ancien agent du SPVM devenu détective privé, il gagne sa vie là où les autres passent leur temps à la perdre, maris volages, pères mauvais payeurs...Tout va changer lorsque Claire Black, une religieuse dans la trentaine va mettre un pied dans son agence. Elle recherche un vieux crucifix volé ayant servi à invoquer le diable. Stéphan Doré, son vieux complice au SPVM, est intrigué par la piste que suit Patrick Kelly, alors que des corps écorchés se multiplient dans des églises de Montréal. Hervé Gagnon s'attaque à un polar de facture plus classique et c'est plutôt réussi. Rites noirs, blues, Mickey Spillane sont au programme de la soirée puisque l'auteur est notre invité.
    Extrait:«Robidoux craignait par-dessus tout que Satan profite des diableries de Havard pour les posséder tous. Il jeta un regard furtif sur la dizaine de participants. Ils étaient blêmes de peur, mais avaient accepté d'être là parce qu'ils avaient des faveurs à solliciter. Chacun d'eux était susceptible d'être pris de remords et de le dénoncer le matin venu. Le risque était énorme, mais il était trop tard pour reculer. Havard de Beaufort se tourna et toisa l'assistance. Il avait le visage luisant de sueur. Le cordonnier eut un malaise en apercevant son air exalté.
    - Nous allons procéder! annonça-t-il enfin d'une voix autoritaire.»
    Tout homme est une nuit de Lydie Salvayre paru en 2017 aux éditions du Seuil. Lydie Salvayre a dû gérer la pression de publier un roman suite à l'obtention de son prix Goncourt en 2014 avec Pas pleurer. Rappelons que l'autrice a vécu tout cela alors qu'elle était gravement atteinte d'un cancer. Que peut-on écrire dans ces conditions après un Goncourt ? Un livre direct et batailleur. Anas souffre d'un cancer, Il quitte tout pour s'installer dans le midi de la France. En guise de repos, il se trouve confronté au mépris et au rejet d'une partie des habitants. Lydie Salvayre décortique l'engrenage de la haine. Elle dresse un portrait au vitriol du racisme ordinaire, de la brutalité des faibles, de ce besoin de se soumettre à un chef de meute. La bête collective est mauvaise. Tout homme est une nuit, met en scène un drame qui se révèle un roman ravageur.
    Extrait:«Ce soir là, on évoqua les entourloupes politicardes des baratineurs qui nous gouvernaient, la pluie qui ne venait pas sur la terre qui avait soif, les femmes et leurs griefs le plus souvent biais et glissés sur un ton de vertu douloureuse, à vous rendre cinglés. On fulmina contre les gros qui mangeaient les petits depuis que le monde est monde, contre le boucan des mobylettes dont les adolescents démontaient les silencieux aux seules fins d'abréger leur sieste (qui était ici une religion), et contre l'inquiétant aveuglement de ces mêmes bêtas devant le contrôle total de leur vie par leur Facebook et leur Twitter où fièrement ils s'exhibaient comme des godasses en vitrine, et le pire c'est qu'ils en étaient fiers, mais quels couillons, quelles andouilles!»
    Une assemblée de chacals de S.Craig Zahler paru en 2017 aux éditions Gallmeister collection Néo noir. Le «Gang du grand boxeur» vit une existence plutôt paisible et rangée. Nous sommes en 1888, le quatuor rendu célèbre pour ses nombreux cambriolages de banque va se reformer le temps du mariage de l'un des leurs. Sauf qu'une ombre plane sur la petite ville de Trailspur dans le Montana. Un encombrant fantôme du passé menace de s'inviter à la cérémonie. Vous qui aimez les Westerns classiques, méfiez-vous, celui-ci va à cent à l'heure. Vous y trouverez des scènes à couper le souffle, certaines, pourraient bien vous rappeler l'extrème violence de Méridien de sang ou de la Horde sauvage. S.Craig Zahler apporte un sang neuf au genre. Une assemblée de chacals est une excellente tragédie primitive, classique et délicieusement transgressive.
    Extrait:«J, l'autre gars et moi sommes restés calmes et décontractés tout le temps qu'on a été à l'intérieur. On a quitté cette banque de Podunk avec plus d'argent qu'on en avait jamais vu de toute notre vie, même si ça n'était pas vraiment beaucoup. On campait dans les zones désertes entre les villes parce qu'ils nous cherchaient. Il faisait froid, mais on ne le sentait pas. Deux jours plus tard, on est allés dans une autre ville, on a acheté des chevaux, des vêtements et d'autres armes et on a mangé trois repas chacun tellement on avait faim. Pour la première fois de ma vie, j'étais fier de quelque chose que j'avais fait. J'imagine que ça te semble étrange, mais toute ma vie, j'avais eu l'impression que quelqu'un m'enfonçait ses éperons dans les flancs et, pour une fois, j'avais l'impression de l'avoir fait tomber de sa selle.»
    0 min
  • Émission du 5 décembre 2017

    Mission encre noire Tome 21 Chapitre 268 Les Tricoteuses de Marie Saur paru en 2017 aux éditions Héliotrope Collection Noir. Un jour de Juin, Daniel Hurteloup se retrouve libre. Au petit matin, il est accueilli par sa soeur à sa sortie de la prison d'Orsainville. Tombé pour une sombre histoire de drogue, il rencontre, accoudé au bar d'un hôtel chic de Québec, Patricia Fortin Rousseau, riche héritière en puissance d'un empire industriel, de média et de communication. La soirée est bien arrosée, trop sans nul doute. Daniel raccompagne Patricia chez elle. Une job de gardien de nuit lui est offert chez TV6 en guise de remerciement ou de cadeau empoisonné? Patricia est retrouvée pendue dans un studio de sa propre société. Daniel est-il né sous une mauvaise étoile ? Il devient trop facilement le suspect idéal. Sous couvert d'un polar de facture assez classique, Marie Saur, nous offre un premier roman, qui conjugue un art consommé de la mise en scène, une excellente maîtrise de la rengaine polar et un regard féministe sur le genre. Nous recevons l'autrice pour en parler à Mission encre noire.

    Extrait:«Entre deux gros tomes d'une série sur l'histoire du théatre québécois depuis la Nouvelle-France, Daniel remarqua une brochure photocopiée, reliée par une spirale, Sous une feuille de plastique transparent, un dessin naïf représentait un groupe de femmes poing levé ; deux d'entre elles portaient une banderole qui proclamait:«Prolétaires de tous les pays, qui tricote vos chaussettes?» ce slogna était apparemment le titre de la brochure. En bas de la page, ce sous-titre:«1976-1996. Souvenirs de la lutte des Fortys. Témoignages recueillis par le collectif Sthéno».

    Manikanetish de Naomi Fontaine paru en 2017 aux éditions Mémoire d'encrier. Dernier reportage au salon du livre diffusé, je rencontre l'autrice pour parler de son second roman. Un livre qui a déjà été présenté dans l'épisode 265 de Mission encre noire le 14 novembre dernier. Généreuse, Naomi Fontaine nous raconte Manikanetish, la lutte et l'espoir. Indispensable.

    Extrait:«Nous avons parcouru un peu plus de cent cinquante milles vers le nord, en partant de Sept-Îles, sur un chemin de fer sinueux qui passait à travers les montagnes, au-dessus des rivières. La vitesse du train ne dépassait pas les trente milles à l'heure. Assise près de la fenêtre, j'ai admiré les morceaux de neige sur les épinettes hautes, l'étendue des lacs et la forme des montagnes. Il ya eu plusieurs arrêts entre le départ et l'arrivée. J'ai appris que chaque arrêt indiquait un territoire de chasse, un chalet, une famille qui descendait du train pour une semaine ou deux. C'étaient des lieux qui n'étaient inscrits sur aucune carte. Et pourtant, chacun d'eux possédait son nom, sa généalogie.»

    Norilsk de Caryl Férey paru en 2017 aux éditions Paulsen. Alors qu'il fait - 20 degré, avec un ressenti de - 40, le vent semble d'accord pour leur casser la gueule, Caryl Férey et son compagnon de voyage contemplent le bleu de la nuit sur les toits de la ville la plus pourrie du monde: Norilsk en Sibérie, située au-dessus du cercle polaire, une cité minière, la plus polluante de la planète. Séduit par le discours enjôleur de deux éditrices, en terrasse à Paris, l'écrivain décide d'embarquer dans ce périple de tous les dangers, l'un de ses personnages principaux de roman et vrai pôte dans la vie: La bête. En route pour l'extrème laideur ! Les deux compagnons s'embringuent pour un paysage de Blade runner déglingué, pourtant leur traque du pire se découvre moins sévère qu'il n'y paraît. Bourré d'anecdotes tordantes, accompagnées d'un style rock et contondant, la lecture de Norilsk est un réel plaisir, ne serait-ce que pour se faire bardasser quelques clichés.

    Extrait:«Poursuivant les recherches sur Internet, on apprend que, une fois sorti du centre à l'imposante architecture stalinienne, ce ne sont que barres de béton, avec, en guise de paysage, un dédale de tuyaux surélevés sur fonds d'immenses cheminées de hauts-fourneaux. Les immeubles récents ont été construits directement sur le pergélisol, gelé depuis des siècles, mais les fuites dues au mauvais états des conduites d'eau chaude et du chauffage urbain provoquent la fonte progressive du sol, entraînant l'affaissement de nombreuses constructions et une libération de méthane, gaz mortel s'il est présent en grande quantité dans l'atmosphère.»

    1 hr
  • Émission du 5 décembre 2017
    Mission encre noire Tome 21 Chapitre 268 Les Tricoteuses de Marie Saur paru en 2017 aux éditions Héliotrope Collection Noir. Un jour de Juin, Daniel Hurteloup se retrouve libre. Au petit matin, il est accueilli par sa soeur à sa sortie de la prison d'Orsainville. Tombé pour une sombre histoire de drogue, il rencontre, accoudé au bar d'un hôtel chic de Québec, Patricia Fortin Rousseau, riche héritière en puissance d'un empire industriel, de média et de communication. La soirée est bien arrosée, trop sans nul doute. Daniel raccompagne Patricia chez elle. Une job de gardien de nuit lui est offert chez TV6 en guise de remerciement ou de cadeau empoisonné? Patricia est retrouvée pendue dans un studio de sa propre société. Daniel est-il né sous une mauvaise étoile ? Il devient trop facilement le suspect idéal. Sous couvert d'un polar de facture assez classique, Marie Saur, nous offre un premier roman, qui conjugue un art consommé de la mise en scène, une excellente maîtrise de la rengaine polar et un regard féministe sur le genre. Nous recevons l'autrice pour en parler à Mission encre noire.
    Extrait:«Entre deux gros tomes d'une série sur l'histoire du théatre québécois depuis la Nouvelle-France, Daniel remarqua une brochure photocopiée, reliée par une spirale, Sous une feuille de plastique transparent, un dessin naïf représentait un groupe de femmes poing levé ; deux d'entre elles portaient une banderole qui proclamait:«Prolétaires de tous les pays, qui tricote vos chaussettes?» ce slogna était apparemment le titre de la brochure. En bas de la page, ce sous-titre:«1976-1996. Souvenirs de la lutte des Fortys. Témoignages recueillis par le collectif Sthéno».
    Manikanetish de Naomi Fontaine paru en 2017 aux éditions Mémoire d'encrier. Dernier reportage au salon du livre diffusé, je rencontre l'autrice pour parler de son second roman. Un livre qui a déjà été présenté dans l'épisode 265 de Mission encre noire le 14 novembre dernier. Généreuse, Naomi Fontaine nous raconte Manikanetish, la lutte et l'espoir. Indispensable.
    Extrait:«Nous avons parcouru un peu plus de cent cinquante milles vers le nord, en partant de Sept-Îles, sur un chemin de fer sinueux qui passait à travers les montagnes, au-dessus des rivières. La vitesse du train ne dépassait pas les trente milles à l'heure. Assise près de la fenêtre, j'ai admiré les morceaux de neige sur les épinettes hautes, l'étendue des lacs et la forme des montagnes. Il ya eu plusieurs arrêts entre le départ et l'arrivée. J'ai appris que chaque arrêt indiquait un territoire de chasse, un chalet, une famille qui descendait du train pour une semaine ou deux. C'étaient des lieux qui n'étaient inscrits sur aucune carte. Et pourtant, chacun d'eux possédait son nom, sa généalogie.»
    Norilsk de Caryl Férey paru en 2017 aux éditions Paulsen. Alors qu'il fait - 20 degré, avec un ressenti de - 40, le vent semble d'accord pour leur casser la gueule, Caryl Férey et son compagnon de voyage contemplent le bleu de la nuit sur les toits de la ville la plus pourrie du monde: Norilsk en Sibérie, située au-dessus du cercle polaire, une cité minière, la plus polluante de la planète. Séduit par le discours enjôleur de deux éditrices, en terrasse à Paris, l'écrivain décide d'embarquer dans ce périple de tous les dangers, l'un de ses personnages principaux de roman et vrai pôte dans la vie: La bête. En route pour l'extrème laideur ! Les deux compagnons s'embringuent pour un paysage de Blade runner déglingué, pourtant leur traque du pire se découvre moins sévère qu'il n'y paraît. Bourré d'anecdotes tordantes, accompagnées d'un style rock et contondant, la lecture de Norilsk est un réel plaisir, ne serait-ce que pour se faire bardasser quelques clichés.
    Extrait:«Poursuivant les recherches sur Internet, on apprend que, une fois sorti du centre à l'imposante architecture stalinienne, ce ne sont que barres de béton, avec, en guise de paysage, un dédale de tuyaux surélevés sur fonds d'immenses cheminées de hauts-fourneaux. Les immeubles récents ont été construits directement sur le pergélisol, gelé depuis des siècles, mais les fuites dues au mauvais états des conduites d'eau chaude et du chauffage urbain provoquent la fonte progressive du sol, entraînant l'affaissement de nombreuses constructions et une libération de méthane, gaz mortel s'il est présent en grande quantité dans l'atmosphère.»
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