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Rencontre avec Florence Loiret Caille à l'occasion de la présentation de La Tête Froide, premier long-métrage de Stéphane Marchetti, à l'Arras Film Festival 2023. Elle y incarne Marie, une femme en situation de survie dans les Alpes, une trafiquante-revendeuse de cartouches cigarettes, puis une passeuse en faisant traverser la frontière à des migrants contre de l’argent. Un personnage aux multiples facettes, à l'image de la filmographie de celle qui ne se retrouve pas dans les termes d'« actrice » ou de « comédienne ».
➡️ https://revue.negatif.co/entretien/florence-loiret-caille-la-tete-froide/
Avec Florence Loiret Caille, nous avons discuté ensemble de la question centrale du jeu. Pour elle, le fait de jouer permet de donner vie à des mots et à des rôles complexes. Inspirée et formée par le théâtre d'Ariane Mnouchkine, elle a fait du corps un support central du jeu et de son expression. Dans la Tête Froide, l'incarnation du personnage de Marie était avant tout une question d'immersion dans des situations : « Il n'y avait qu'à enregistrer la vie, le quotidien, les petits gestes ».
Florence Loiret Caille a été révélée d'abord pour ses nombreux rôles chez Claire Denis, puis plus largement pour le personnage de Marie-Jeanne, l'espionne la plus remarquable des cinq saisons du Bureau des Légendes d'Eric Rochant. Elle nous raconte également la création de son double clownesque, Coralie Corail, mis en scène sur Instagram ; sa passion pour le cinéaste coréen Lee Chang-Dong ; et l'évolution du statut des acteur·ice·s à l'ère du culte de l'image, de l'argent. Elle nous pose la question : a-t-encore le droit, simplement, de jouer ?
À l’occasion de la sortie au cinéma le 6 novembre de Voyage à Gaza, nous découvrons le travail documentaire d’un jeune réalisateur franco-italien, Piero Usberti.
➡️ https://revue.negatif.co/grand-entretien/piero-usberti-voyage-a-gaza/
Le titre du film invite à la découverte de la bande de Gaza, ce territoire où il s’est rendu en 2018, à 25 ans, dans le but d’aller à la rencontre de la jeunesse gazaouie. Cinq ans plus tard, le 29 septembre 2023 – la date est importante puisqu’antérieure d’une semaine aux attaques du Hamas du 7 octobre — Piero Usberti achève son montage réalisé en solitaire.
Le contexte de la guerre a transformé la destinée du film et son importance historique. La destruction du territoire gazaoui, les milliers de morts civils et la mécanique génocidaire de l’État d’Israël ont suscité une grande curiosité pour le peuple palestinien et les habitant·e·s de Gaza. Les images de Piero Usberti sont devenues de précieuses archives de son voyage et de la vie d’un peuple avant son exil forcé — les protagonistes ayant tous·te·s fui la bande de Gaza depuis un an.
Avec Piero Usberti, nous sommes revenus en détail sur le long processus de fabrication de ce documentaire autoproduit. Entre journal de voyage et reportage, Voyage à Gaza se distingue par son style, tendant vers l’essai voire le pamphlet, force d’une pensée du cinéma nourrie de références littéraires et cinématographiques (de Louons maintenant les grands hommes de James Agee à Il était une fois un merle chanteur de Otar Iosseliani), comme de lectures philosophiques et historiques sur l’histoire de la Palestine.
Voyant son rôle de cinéaste un devoir de prendre au corps de plus en plus les problématiques politiques et de justice de son temps, Piero Usberti a également pensé son film à mi-chemin entre une dimension participative (intrinsèque à ce tournage immersif) et une expression subjective (renforcée par le montage fragmentaire et sa voix off) . En suivant le quotidien d’un été et la révolte qui gronde, il a non seulement recueilli la parole des gazaouis, mais aussi restitué la puissance des amitiés, à la hauteur des enjeux de leur lutte, et de la vie.
Cet entretien s’inscrit dans une série au long sur les voyageurs-créateurs, qui pratiquent l’art du reportage avec la création visuelle, littéraire et artistique au sens large : avec le reporter Quentin Müller, spécialiste de la péninsule arabique ; Florent Marcie, cinéaste-reporter qui parcourt les terrains de conflit au long cours depuis 35 ans, ou Loup Bureau, qui avait réalisé un geste similaire à Piero Ubserti en allant filmer une tranchée en Ukraine, cinq ans avant que le conflit prenne une tout autre ampleur.
LES CHAPITRES
00:00:00 – Introduction
00:02:56 – Être cinéaste : recherche personnelle
00:05:49 – Transcender le reportage
00:11:30 – Découvrir Gaza : voyage+film
00:17:45 – Rentrer et séjourner dans la Bande
00:27:57 – À la rencontre de la jeunesse gazaouie
00:36:07 – Un tournage chaotique, débordant et surprenant
00:39:13 – Filmer la Marche du retour et la créativité de la lutte
00:46:43 – Tourner seul, en autoproduction et en DV
00:57:00 – Le son : perception et abandon de soi
01:00:54 – Un montage solitaire de cinq ans
01:12:58 – L’écriture de la voix off du narrateur
01:21:40 – Du côté des victimes d’injustice et de la révolte
01:26:51 – De l’entrelacement d’un montage son magnétique
01:30:01 – Présence subjective et humble illégitimité
01:34:54 – Une expérience collective, joyeuse et estivale
01:41:29 – Une sortie nationale… et une grande curiosité
01:52:42 – Chantiers futurs entre fiction et documentaire
Entretien avec Claude Schmitz, réalisateur de "L'Autre Laurens"
RÉSUMÉ
En 2019, nous rencontrions Claude Schmitz pour son étonnant court-métrage devenu long-métrage, Braquer Poitiers. Trois ans plus tard, nous partions une deuxième fois à sa rencontre pour Lucie perd son cheval, considéré comme un téléfilm même s’il est lui aussi sorti en salles comme long-métrage début 2023. Pour cette troisième rencontre, Claude Schmitz nous présente son premier long-métrage : L’Autre Laurens, en salles le 4 octobre.
Entre le film de genre revisité et le polar comique postmoderne, L’Autre Laurens est l’histoire de deux frères, les frères Laurens. L’un, François, vient de mourir ; l’autre, Gabriel, est détective privé. La fille de François vient chercher son oncle pour enquêter sur la mort de son père
Derrière cette enquête à résoudre, Claude Schmitz a construit un scénario autour de personnages aux « doubles sens et fonctions » questionnant le cinéma, ses codes et archétypes. Metteur en scène au théâtre, le réalisateur s’inspire de la manière qu’avait Shakespeare de faire cohabiter les genres dans un même un récit. Des sorties de route et la possibilité d’un cinéma baroque ?
LES CHAPITRES
00:00:00 – Introduction
00:00:59 – Invention et bricolage
00:02:50 – Déjouer codes et archétypes
00:05:33 – Un polar déguisé
00:10:03 – La trahison des pères
00:16:10 – Baroque et sorties de route
00:22:58 – Des fonctions des personnages
00:29:07 – Supports à imagination
00:36:55 – Image et contrastes de jeux
00:44:17 – De la singularité des acteurs
00:51:45 – Temporalités et métamorphose
01:01:05 – À suivre : spin-off et Tintin
POUR NOUS SUIVRE️
Entretien avec Robin Campillo, réalisateur de "L'île rouge"
revue.negatif.co/entretien/robin-campillo-l-ile-rouge
RÉSUMÉ
Après Les Revenants (2004), Eastern Boys (2014) et 120 Battements par minute (2017), Robin Campillo signe avec L’île rouge son quatrième long-métrage. Son dernier film en date était à la fois un film sur une époque, au sens historique, et un film sur un moment important de sa vie personnelle : les années 1990, votre engagement militant auprès d’Act Up et ces années de lutte pour combattre l’épidémie du sida.
Avec L’île rouge, Robin Campillo prolonge ce double geste initié dans 120 BPM, mêlant cette fois-ci une forme du fin du colonialisme de la France au tournant des années 1970, une époque où il était enfant dans l’ex-colonie française de Madagascar. Son père était sous-officier dans l’armée de l’air alors que la France possédait toujours une base sur le territoire malgache devenu indépendant.
Une base militaire qui devient le terrain d’exploration de l’alter ego du cinéaste : le jeune Thomas, qui y habitait avec sa famille. Robin Campillo filme un crépuscule (celui d’un monde, celui du couple de ses parents, incarnés par Nadia Tereszkiewicz et Quim Gutierrez) et la naissance, voire la métamorphose d’un regard.
Autofiction plus qu’autobiographie, L’île rouge puise dans les souvenirs multiples du jeune Robin pour entremêler des lignes narratives multiples à la fois autonomes et interdépendantes. ambitionne de dresser un portrait de groupe alliant intime et politique : une articulation proprement politique.
Dans cet entretien, Robin Campillo raconte comment il s’est projeté et a projeté ce qu’il était enfance pour créer une matière filmique propre ; son rapport au réel et à l’imaginaire ; le scénario comme puzzle ; mais aussi comment faire la révolution à l’intérieur de son propre film.
LES CHAPITRES
00:01:18 – Lutter contre la sédentarité
00:03:44 – Réalité hirsute et scénarios contradictoires
00:07:47 – Le tournage hante l’écriture
00:12:03 – La politique : de l’intime au collectif
00:15:58 – Du portrait de groupe
00:20:14 – Son enfance comme ressource formelle
00:24:44 – Rendre le film aux malagasy
00:31:20 – Découvrir de nouveaux mondes
00:33:57 – « Veloma » par Mahaleo
POUR NOUS SUIVRE️
Entretien avec Sophie Letourneur, réalisatrice de "Voyages en Italie"
revue.negatif.co/entretien/sophie-letourneur-voyages-en-italie/
RÉSUMÉ
Venue au cinéma par les arts plastiques, Sophie Letourneur signe avec Voyages en Italie, un second long-métrage original en salles en 29 mars 2023. Film autoproduit, Voyages en Italie a été créé de bout en bout par Sophie Letourneur. Tour à tour scénariste, réalisatrice, actrice puis monteuse, la cinéaste intervient à toutes les étapes pour construire son geste entre documentaire et autofiction.
Elle incarne son alter ego, Sophie, cinéaste parisienne en crise dans son couple parisien, ce qui la conduit, avec Jean-Fi (Philippine Katerine), à partir en Italie, plus précisément en Sicile, pour tenter de se sauver. L'enjeu est posé : faut-il rendre le quotidien extraordinaire ou chercher l'extraordinaire ailleurs ?
Le film étonne par ses multiples couches : Sophie Letourneur l'a écrit à partir de sa propre expérience, pour faire de l'autobiographie une autodérision, et la rejouer dans une comédie quasi documentaire sous forme de road movie romantique voire en réalité anti-romantique, ou a-romantique.
Dans cet entretien, Sophie Letourneur raconte comment elle a construit une méthode de fabrication adaptée à son projet : tournage d'une maquette filmée-montée en guise de repérages, opposition 35mm/caméra numérique vintage et texte donné aux deux comédiens via des oreillettes.
LES CHAPITRES
00:00:55 – Autoproduction et artisanat
00:04:36 – Déprofessionnaliser le tournage
00:08:36 – Tendresse et amour du vieux couple
00:13:14 – La maquette comme premier objet
00:17:03 – Image hyperréelle
00:20:51 – Un film de collage
00:25:33 – Matière et instinct
00:27:00 – Une trilogie
POUR NOUS SUIVRE️
Grand entretien avec David Depesseville, cinéaste et réalisateur du film "Astrakan"
RÉSUMÉ
Découvert dans la subversive sélection « Diagonales » du festival Premiers Plans d’Angers, Astrakan s’est révélé être un beau premier long-métrage, offrant un regard tendre et brut sur l’enfance. Rencontrer David Depesseville nous a permis de retracer pas-à-pas les gestes qui ont conduit à la création de ce portrait sensible d’un orphelin, Samuel.
Enfant placé dans une famille rurale et précaire du Morvan, il rejoint un foyer composé d’une fratrie et deux parents. Marie et Clément ont accueilli Samuel par nécessité financière (l’allocation versée en échange de cette prise en charge), mais le considèrent peu à peu comme un troisième fils. Malgré tout cela, Samuel demeure de fait un étranger dans cette famille.
Lycéen, David Depesseville écrivait sur les films. Il a continué cette pratique réflexive dans un carnet et souhaite que le spectateur, lui aussi, soit troublé par ses images : « J’aime bien les films qui demandent à repenser le film a posteriori. Remettre en cause la perception du spectateur me semble être la moindre des choses pour continuer de s’interroger sur qu’est-ce qu’une image ? qu’est-ce que je vois ? comme je la vois ? » Tout un programme et une confiance folle dans le cinéma pour le réaliser.
00:00:00 – Introduction
POUR NOUS SUIVRE ⬇
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Entretien avec Claude Schmitz, réalisateur de "Lucie perd son cheval"
RÉSUMÉ
Pièce de théâtre avec une partie filmée, Lucie perd son cheval est devenu un film en adaptant la partie théâtrale de ce premier objet hybride pour en devenir un second, repoussant la frontière entre les mediums. Claude Schmitz filme Lucie Debay, à la fois femme, mère, actrice et chevaleresse, dans les Cévennes puis dans un théâtre à l’arrêt, où reprend une répétition du Roi Lear.
Dans cette entretien où nous perdons le fil comme Lucie, il a été question du dispositif mis en place, sans préméditation, par Claude Schmitz. « Il faut créer des contextes où les uns et les autres puissent trouver des terrains de création et de vibration ». Comment advient une telle forme, si déroutante pour l’œil qui la découvre ?
« J’ai l’impression d’être à l’endroit de l’observation, d’essayer de capter une présence et de la mettre dans un contexte qui n’est pas forcément complètement rationnel mais qui serait mutant, procédant par métamorphoses, par glissements de terrain ou par digressions. »
De ces circonstances particulières de création à la question primordiale de la sieste au cinéma, Claude Schmitz interroge le pouvoir poétique du cinéma et l’imagine comme une possibilité de rêverie : « Je n’ai pas beaucoup d’imaginaire ou de vision. C’est le monde qui en est rempli. Si l’on est attentif, tout arrive. »
LES CHAPITRES
Entretien avec Swann Arlaud, comédien dans "Tant que le soleil frappe"
Lumineux dans le long-métrage de Philippe Petit Tant que le soleil frappe en salles le 8 février 2023, Swann Arlaud était invité à présenter ce film au 5ème Festival international du film politique de Carcassonne. Il nous raconte sa vision et sa pratique du métier de comédien, un mot qu’il préfère à celui d’acteur. Pour lui, être comédien c’est avant tout « s’approprier un personnage pour le rendre vivant, pour lui donner une réalité même à l’intérieur de la fiction. »
Dans Tant que le soleil frappe, Swann Arlaud incarne Max, un paysagiste marseillais rêvant de créer un espace végétal pour les habitants sur un espace en friche du centre-ville. « Le film politique confronte la société à elle-même, à ce qu’elle est », soutient le comédien qui assume de s’engager dans des films à plus petit budget mais qui lui tiennent à coeur.
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Entretien avec Yann Samuell, réalisateur de "La Guerre des Lulus"
Tourné dans la région, le dernier long-métrage en date de Yann Samuell a fait escale au Arras Film Festival pour une avant-première. La Guerre des Lulus était l'un des films phares de la section pour enfants du festival des Hauts-de-France. Le scénario adapté par le réalisateur lui-même est tiré des premiers tomes de la BD éponyme de Régis Hautière et Hardoc. Il raconte les aventures de cinq gosses (quatre garçons, une fille) traversant le début de la Première Guerre mondiale dans le nord de la France.
Réalisateur habitué des films pour enfants à grand spectacle (La guerre des boutons en 2011), Yann Samuell a accepté ce projet sur proposition de son producteur. Dans notre critique, nous soulignions que La Guerre des Lulus n'était pas à la hauteur de ses bonnes intentions — détaillées dans cet entretien qui prend le temps de remonter le fil de la création du film. Le cinéaste y défend ses choix d'adaptation et de mise en scène. Plus encore, il met en avant la dimension politique de son film. Pour Yann Samuell, « si un film doit avoir une valeur éducative, c'est parce qu'il se permet d'être un conte magique mais aussi un conte cruel ».
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Entretien avec Alain Ughetto, réalisateur du film "Interdit aux chiens et aux italiens" ➡ https://revue.negatif.co/entretien/2022/12/01/alain-ughetto-interdit-aux-chiens-et-aux-italiens/
Après un passage remarqué au festival d’Annecy (prix du jury), Interdit aux chiens et aux Italiens a été accueilli au Arras Film Festival dans sa belle programmation jeunesse, le « festival des enfants ». Malgré cette étiquette, ce court long-métrage (1h10) d’Alain Ughetto est une oeuvre taillée pour tous les publics. Puisant dans son histoire familiale, le réalisateur marseillais raconte les aventures de ses grands parents, Luigi Ughetto et Cesira Caretti. Nés dans le Piemont, dans le nord de l’Italie, ils ont traversé les Alpes pour fuir la misère et construire une nouvelle vie pour eux et leurs enfants. Le récit suit cette cette expérience d’exil et de migration dans une première moitié de XXème siècle tourmentée.
Alain Ughetto nous raconte comment il a retrouvé la « mémoire intime » en mêlant le travail historique du sociologue Nuto Revelli [1] et les témoignages intimes de sa famille. Chef d’orchestre d’une équipe d’animateurs (« des incontournables »), le cinéaste s’émerveille de leur créativité mise au service de son récit. Comment raconter cette histoire triste, grave et douloureuse à des enfants ? Pour Alain Ughetto, Interdit aux chiens et aux Italiens est un témoignage sur ces gens invisibles, ce monde populaire dont il est issu. Hier comme aujourd’hui, « c’est la misère qui fait partir ceux qui cherchent un endroit où leurs enfants pourront vivre mieux qu’eux. »
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