Les réponses de Fabrice, question par question
Quel test passer quand on est adulte, et où ?
Fabrice indique que le test officiel pour les adultes est la WAIS, dans sa quatrième version, et il insiste sur la nécessité de vérifier qu'on passe la bonne version. Il précise qu'il se passe chez un psychologue ou un neuropsychologue et que son échelle s'arrête à 160. Il ajoute une limite importante à ses yeux : le test comporte un corpus de cotation très encadré, un classeur où toutes les réponses sont codées, ce qui pousse le professionnel à suivre le guide plutôt qu'à interpréter.
Le seuil de 130 suffit-il pour se dire surdoué ?
Sa position est explicite et il assume qu'elle dérange : un score de 130 n'est selon lui pas suffisant pour affirmer qu'une personne est surdouée. Il va plus loin en affirmant qu'il existe des gens au-dessus de 130 qui ne le sont pas, et des gens en dessous de 130 qui le sont. Pour lui, la détection n'est pas réductible au test et suppose tout un travail d'accompagnement. Sa règle de méthode : soit on s'intéresse aux gens, soit on s'intéresse aux outils, et il refuse de sacrifier les premiers aux seconds.
Quelle est la différence entre un profil laminaire et un profil complexe ?
Il reprend la distinction issue de la littérature française sur le sujet. Le profil laminaire est homogène : moins de quinze points d'écart entre les sous-tests, un parcours lisible, des classes sautées, une reconnaissance sociale immédiate de son intelligence. Pour celui-là, dit-il, le test fonctionne tout seul. Le profil complexe présente plus de quinze points d'écart entre les sous-tests, et c'est là que le bilan coince : très souvent, aucun chiffre global ne peut être donné. Il décrit le résultat concret : ces personnes repartent avec des problèmes qu'elles n'avaient pas en arrivant, à qui on dit soit qu'on ne sait pas, soit qu'elles sont surdouées mais qu'on ne peut pas l'écrire.
Qu'est-ce qu'un THPI et pourquoi les tests ne le mesurent plus ?
Selon la cartographie qu'il utilise, il situe le très haut potentiel intellectuel au-delà de 145. Il donne des ordres de rareté : à 150, une personne sur mille, et à 160, une personne sur trente mille. Il accompagne des personnes situées au-dessus de 160, c'est-à-dire au-dessus de ce que les tests peuvent mesurer. Il précise que dès 145, selon lui, les tests ne sont déjà plus en mesure d'évaluer la douance, et qu'il n'a trouvé aucune étude spécifique sur les THPI en France ou en Europe, seulement quelques travaux aux États-Unis.
À quoi reconnaît-il un adulte surdoué en conversation ?
Fabrice dit détecter en moins de cinq minutes, et précise que cela n'a rien de volontaire après trente-cinq ans de pratique du coaching. Ce qu'il analyse : les structures de langage au mot près, le champ sémantique, la densité et l'intensité du propos, le regard, la vitesse d'élocution, la manière dont le cerveau enchaîne les registres disciplinaires. Il ne prépare pas ses questions et se branche sur la personne. Il donne aussi sa marge d'erreur : son système fonctionne selon lui à environ 95 %, et quand il ne voit rien, il oriente vers un psychologue ou un neuropsychologue.
Comment se reconnaît un surdoué dans sa vie quotidienne, sans test ?
Sa description est concrète. Un surdoué sait qu'il a des problèmes et qu'il est décalé, c'est déjà acquis. Il ne fonctionne pas pareil, il n'obéit pas pareil, il se pose des questions que les autres ne se posent pas et ne comprend pas pourquoi certaines choses qui le heurtent ne dérangent personne. Il va aussi ouvrir des portes qu'on ne lui a pas demandé d'ouvrir, chercher à aider sans qu'on le lui demande, et croire que les autres veulent s'améliorer. Il corrige aussi une idée fausse fréquente chez ceux qu'il accompagne : ne pas être bon en mathématiques n'a rien à voir avec le fait d'être surdoué.
Le QI mesure-t-il l'intelligence ?
Non, répond-il, et il tient à la distinction : QI veut dire intellectuel, pas intelligent. Son image est celle de la voiture : le QI, c'est la cylindrée et les options, cela ne dit rien de l'intelligence du chauffeur. Cela ne dit ni sa conscience, ni sa vigilance, ni son rapport au bien et au mal, ni sa gentillesse, toutes choses qui font partie de l'intelligence selon lui. Il ajoute qu'il existe des surdoués peu intelligents et des non-surdoués très intelligents, et rappelle que tout le monde a un QI : le QI moyen d'un titulaire de doctorat se situe selon lui autour de 120 à 125.
Combien de personnes sont concernées ?
Il commence par dire qu'on ne sait pas vraiment et qu'il doute que quelqu'un le sache. Il cite la convention généralement admise de 2 % de la population, tout en disant ne pas adhérer à la répartition en courbe de Gauss habituellement présentée, qu'il juge simpliste. Son estimation personnelle est d'au moins 5 %, assortie d'un aveu d'incertitude. Il refuse par ailleurs l'idée d'un continuum : pour lui, soit on est surdoué, soit on ne l'est pas.
Comment arrêter de se sentir illégitime quand on est surdoué ?
Le problème, selon lui, est que la personne surdouée s'évalue avec sa propre carte et ses propres exigences. Son image est celle du poisson rouge à qui on demande de s'évaluer depuis son bocal : il le fera avec sa propre eau. Sa consigne pratique est de s'évaluer au regard de la norme extérieure et non de ses standards internes, ce qui fait apparaître d'un coup des marges de manœuvre. Il ajoute une seconde correction : se dire fier de ce qu'on fait bien n'est pas de la prétention arrogante mais de la lucidité, à condition que cela reste lucide et bienveillant.
Comment communiquer avec des personnes qui ne fonctionnent pas comme vous ?
Son principe de base est qu'au-delà de quinze points d'écart-type, l'implicite ne passe plus. Sa réponse est la métacommunication : communiquer sur la communication, c'est-à-dire poser les règles du jeu avant de jouer, expliciter de quoi on parle plutôt que de compter sur le sous-entendu. Pour la vie quotidienne, il donne trois règles : savoir ce qu'on peut faire ou non avec chacun, ne pas mettre les gens en difficulté, ne pas attendre d'eux ce qu'ils ne peuvent pas fournir. Et pour une part, dit-il, se taire et faire sa route tranquillement.
Qu'est-ce qui fait tenir ou casser une relation de couple dans ce contexte ?
Sa règle est nette : il faut de l'amour, de la gentillesse, de la bienveillance, et surtout pas de compétition. Dès qu'il y a compétition, selon lui, c'est terminé. Il précise que cela suppose aussi d'accepter les caractéristiques de la personne concernée : le besoin de se mettre dans sa bulle, de s'isoler, de gérer seul ses charges émotionnelles, sans que cela signifie un désamour. Il ajoute une nuance importante : quand un couple de deux personnes surdouées ne fonctionne pas, ce n'est pas la douance qui est en cause mais la charge émotionnelle, le transgénérationnel et l'éducation. Son image : la douance est un exhausteur de goût, pas la recette.
Faut-il distinguer le haut potentiel intellectuel du haut potentiel émotionnel ?
Il refuse cette distinction et n'utilise pas le second terme, qu'il juge source de confusion. Pour lui, les deux sont indissociables. Son argument : le premier cerveau dans la chaîne de l'évolution est le ventre, où il y a selon lui plus de neurones que dans la tête, et c'est de là que vient le désordre émotionnel. Il compare le fonctionnement à une centrale nucléaire dont le cœur de réacteur serait les tripes : le cerveau est alimenté, poussé ou bloqué par les émotions, ce qui explique aussi selon lui les problèmes de santé associés.
Où trouver d'autres personnes concernées ?
Fabrice a créé des groupes de proximité, bénévoles et gratuits, plutôt que des associations, précisément pour éviter selon lui les questions d'ego, de pouvoir et d'argent. Le premier a été créé à Bordeaux et compte plus de trois cents personnes, celui de Paris deux cent cinquante. Il en existe aussi à Montréal, Genève, Liège, au Luxembourg, un en création à Singapour, et une quinzaine en France, chacun piloté par un correspondant local. Il cite par ailleurs Mensa, qu'il présente comme l'association mondiale des surdoués, présente dans de nombreux pays, dont il a été vice-président pour l'Aquitaine.
Qui est Fabrice Micheau
Fabrice Micheau dit exercer huit à neuf métiers. Il a débuté comme manager dans de grands groupes, chez Hachette puis Monoprix, avant de créer à vingt-cinq ans un département consultant dans un organisme qui cherchait un cadre supérieur de cinquante ans. Il enseigne à la faculté, pratique le coaching depuis trente-cinq ans, a créé son cabinet de consultant en 1999 et a été codirecteur pédagogique d'une école de coaching parisienne accréditée EMCC. Il a travaillé dix ans en Guyane, enseigne à l'école de management Kedge à Bordeaux et a enseigné quatre ans et demi à Dakar. Il est également thérapeute, formé aux travaux de Palo Alto et aux approches orientées solutions, et expert MBTI depuis vingt ans. Détecté surdoué au début des années 2000, il consacre depuis quinze ans l'essentiel de son travail à ce sujet et a donné des conférences en Europe, en Afrique et en Asie, notamment à Hong Kong, Singapour, Phnom Penh, Tunis et Lomé. Il anime le portail HPI Talent et communique principalement sur LinkedIn, où il gère un groupe du même nom.
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Noir sur Or est la lettre d'Anthony Gonnet Vandepoorte, alias Major : technologie, business, IA et longévité, depuis la Suisse. S'inscrire gratuitement.