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Or


13h16. Il était 13h16 lorsque je suis entrée dans la première salle des Nymphéas. 13h16 et pourtant je sentais le soleil bas dans mon dos, fuyant déjà. Je le savais par contraste, mon regard l’ayant sans doute surpris tandis je franchissais le seuil. C’est une singulière sensation que de rentrer dans une boîte à bijoux. L’astre était las, bas dans le ciel mais haut dans l’eau. Je me suis retournée. Le temps s’est suspendu. Il était midi et il brûlait à 11h55.
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PS : Eussiez-vous le déconcertant élan de m’emboîter le pas, l’impossible étant cette vérité dans la paresse, je me défends de vous laisser sans mode d’emploi.
L’espace ne se peut plus pratiquer comme avant, ni l’exposition permaner telle qu’elle se consomme. Il nous faut réinventer l’hétérotopie, apprendre à faire de sa rencontre une performance émancipatoire et de son processus opératoire, un accomplissement vertueux. Il nous faut conquérir l’ubiquité, savoir habiter ce qui se trouve nulle part, et par conséquent partout. Il nous faut renoncer à la matière, nous faire quelques alliés, beaucoup d’ennemis mais à n’importe quel prix, recommencer tout.
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Bonjour ! Oui bien-sûr, vous avez votre jeton ? Merci beaucoup, pouvez-vous me dire de quoi il s’agissait ? Entendu, je reviens tout de suite. Et voici ! Ah bon, vous trouvez ? Je ne saurais pas vous dire, je viens seulement de commencer mon service. Mais oui, j’imagine que la plupart des affaires ont été déposées ce matin, pourquoi ? Je ne me rends pas compte, je ne suis pas passée par les salles en arrivant. Après c’est normal, beaucoup de gens se perdent dans cette exposition. Vous êtes chanceux d’avoir trouvé la sortie, vous savez ! Oui, c’est vrai que nous avons pas mal d’affaires ici mais comme je viens de vous le dire, beaucoup de visiteurs sont encore dans le parcours. Il y en a qui sont à l’intérieur depuis plusieurs années. Je vous assure !
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Il y avait un papier peint bleu clair sur les murs de ma chambre d’enfant avec, sous un relief à grains, une multitude de nuages blancs. Je m’allongeais sur le côté de mon lit pour les gratter, les nuages, lentement, un par un. J’ignore combien d’heures, à l’échelle des neuf années passées en cette demeure, furent consacrées à cette tâche. Je le faisais à l’aveugle, le soir lorsque je ne dormais pas, et à l’ennui, le jour lorsque j’étais punie. Je voudrais me souvenir de ce qui occupait alors mes pensées. J’aimerais vous dire qu’il s’agissait de temps durant lesquels je cultivais des vues de la vie que j’aurais le jour où je sortirais d’ici. Je pensais évoquer ce papier peint pour vous entretenir de la notion d’espoir, vous dire ce qu’il me semble que c’est. Mais je doute d’avoir finalement songé à beaucoup de choses en grattant les murs de ma chambre, et si je devais vous dire ce qu’est pour moi l’espoir, je crains de réaliser que je n’en possède plus...
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Je suis Gipsy. L’araignée qui monte à la gouttière. Tiens voilà la pluie, je vais tomber par terre. Mais le soleil revient, il va chasser la pluie. Et l’araignée Gipsy remonte à la gouttière. Je suis une comptine écrite en mille neuf cent dix pour enseigner la persévérance. Je suis une strophe de six vers radotant depuis près de cent-quinze ans. Ca commence à bien faire, non ? Ne pourrait-on y inclure un peu de bon sens ? Je ne sais pas, ajouter quelques rimes sur quand lâcher l’affaire ? A quoi ça sert de monter en boucle à la gouttière, quand on ne veut pas voir le toit ? A part montrer qu’on est buté, débile, infichu de reculer, raisonner ou de chercher un autre voie ? Voulez-vous créer des enfants qui, à répétition, fonceront dans le mur sans voir la porte ? J’étais de la sorte...
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J’ai plusieurs défauts, mais je n’en reconnais qu’un. Ce n’est pas d’avoir les yeux trop gros, mais qu’ils ne voient pas très bien, et qu’en bouche qui parle et qui mastique, je crois encore créer ce que je nomme. Si bien que je mange sans vérifier la composition. Que telle chose ressemble à une pomme, je la considère suffisamment bonne et l’avale, sans examen. Qu’un homme m’attraie à se faire proie, je le considère suffisamment bon et l’avale, sans suspecter l’indigestion, sans me poser la question d’une éventuelle allergie, après tout, je suis une suprématie. Je suis l’être, le déferlement, le dispensateur d’existence. Je suis Dieu, je réfléchis peu, et je vomis souvent. Je n’ai pas les yeux trop gros, mais présomptueux et inconscients. Ils ne pressentent pas les larves dans ce qu’ils trouvent beau, que ce soit humain, végétal ou hors saison. Ils approuvent une couleur, un sourire, un contact, une odeur. J’avale. Je suis sans peur. J’aime. Il n’y a pas d’erreur quand j’aime. Pas d’erreur et pas de vers. Je suis Dieu, présomptueux et inconscient...
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Nous sommes réunis aujourd’hui pour honorer la mémoire de l’auteur, une âme profonde et complexe ayant marqué la vie de ceux qui ont eu le hasard de la connaître. Il était une personne passionnée, animée d’un amour infini de la connaissance. Apprendre n'était pour lui nulle obligation mais une quête de sens, sa façon de s'élever un temps au-dessus de l’affliction. Il avait faim de tout. Cet appétit le rendait unique, surprenant, la plupart du temps sympathique. Il avait ce don rare de voir les choses comme personne ne le pouvait, si ce n’est les enfants. Ses idées étaient intrigantes, ses convictions fatigantes et ses succès irritants. Nous ne lui avons pas rendu la vie facile. Aurions-nous seulement pu faire autrement ? Un temps amusés de son excentricité dans laquelle nous entrevoyions de la fraîcheur, nous l’avons accueilli et admiré. L’ayant tantôt jalousé, nous l’avons banni. Un auteur isolé, c’est comme tout le monde, ça meurt. Mais un auteur rejeté, ça meurt vite...
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Je crois que c’est par là. Je dois encore me souvenir du chemin. C’est quelque part, dans le noir de l’infiniment petit. En vérité quand on se met à la chercher, l’organisme en est déjà tant envahi qu’on ne sait différencier le sain de l’infecté. La source est partout et nulle part. Ce qu’il en reste est souvent minuscule, et tenter de le désamorcer, impossible. C’est isolé au début, une envie de mourir, mais il suffit qu’y songer rassure pour qu’à vive allure, ça se propage. Alors tout se soulage, et lorsque devient insignifiant ce qui maintenait en vie, que vous en ayez trouvé ou non la raison, c’est déjà fini. Mais je crois que c’est par là. Je dois encore me souvenir du chemin. C’est quelque part, dans le noir de l’infiniment petit.
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Veux-tu voir où je vis ? C’est toujours bien de savoir d’où vient sa faim. Laisse ici tes chaussures. Je sais que c’est inattendu. On ne songe pas qu’un ogre puisse vivre en une maison de papier, qu’une chose aussi dangereuse que moi réside en une si mince structure. Mais vois-tu, c’est à mon contact que s’est apprise la fragilité. Tu ne me connais que par l’intermédiaire de ton corps, mais je peux animer bien d’autres choses. Un raz-de-marée, c’est l’eau qui a faim. Un séisme, c’est la terre qui a faim. Une tornade, c’est le vent qui a faim. Cette maison et ses semblables furent inventées pour moi, pour qu’il soit aisé de les reconstruire après que je m’en sois rassasiée. Si tu y penses, c’est finalement très logique. Je vis dans une minka, et voici la washitsu que j’occupe lorsque je suis au repos. C’est une grande pièce, mesurant environ seize tatamis, vide. Inutile de t’expliquer pourquoi...
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Je suis le monstre. Je suis là. Dans un trou n’étant pas sous terre, quelque part où l’on entend la mer. Je suis assis sur un banc, dans l’éteint creux d’un vieux volcan, les pieds dans le sable et l’âme au vent. La lumière est blanche et tiède. L’air est salé. Du moindre fond du cratère, je vois le ciel, que le cadre circulaire de la roche me restitue plus vaste que jamais. On dirait une planète, faite de nuages et d’eau. J’entends tout proche, le soupir des vagues sur la plage, répercutant sur la cheminée le chant de son écho. Je suis dans l’observatoire de Tadao Ando. J’ai pensé que ce serait un bon endroit pour discuter. Viens, assieds-toi.
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