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Alors que différents mouvements sociaux secouent actuellement la France, aides-soignants et infirmiers viendront grossir les rangs de la mobilisation de ce jeudi 5 novembre à l'appel de leurs syndicats respectifs. Comme de nombreuses autres professions de la fonction publique, ils dénoncent leurs conditions de travail et leurs bas salaires. Dans les locaux de la CGT, Marie-France, infirmière, et Diane, aide-soignante, en Éhpad de région parisienne, témoignent.
Aide-soignante en Éhpad à Suresnes, Diane imagine déjà ce qu’elle écrira sur sa pancarte le jour de la mobilisation du 5 novembre. « Je pense que ça sera "Souffrance", "Souffrance, et pour nous, et pour nos aînés." »
Après avoir été agent de service hospitalier, une formation de 18 mois lui a permis d’être aujourd’hui aide-soignante, ou plutôt aide médico-psychologique. Comme ses camarades, elle se bat en première ligne auprès des personnes âgées dépendantes. Sa mission : aider au lever, à la toilette, à l'habillage, au repas, au coucher. Écouter, stimuler, animer, protéger, un travail qu’elle ne peut pas accomplir comme elle le voudrait. « Dans nos établissements, on ne nous donne pas les outils nécessaires pour mieux accompagner nos aînés », dénonce-t-elle.
Marie-France se présente en blouse et pantalon blanc. Infirmière depuis 35 ans dans une grosse structure, un Éhpad de Boulogne-Billancourt, elle doit s’occuper de 36 patients à elle toute seule. « Entre il y a 35 ans et maintenant, il y a une grosse différence. Avant, il y avait du personnel. Avant, on avait le temps de prendre le temps avec nos patients, de discuter avec nos patients. Maintenant, je n’ai plus le temps, déplore-t-elle, alors qu’ils ont besoin de communiquer, ils ont besoin de cet échange aussi, parce que pour certains, ils n’ont plus de famille, on est leur seule famille. Et moi, je me dis : mais je deviens inhumaine quelque part. En fait, je suis robotisée et je fais un travail robotique. »
Elle insiste : prendre soin d’une personne âgée dépendante demande du temps et une expertise. Elle donne l’exemple de la distribution des médicaments. « J’ai 36 patients, donc certains, c’est des prises en charge particulières parce qu’il faut cacher les médicaments, parce qu’ils ne les prennent pas, il faut les écraser, il faut rester à côté d’eux pour les administrer ou les administrer un par un, détaille l'infirmière. Ça, ça me prend entre 1 h et demie à 2 h le matin. Après, j’ai les pansements en fonction des patients. J’ai des pansements plus ou moins importants, comme des escarres, comme des amputations suite à des problèmes de diabète ou autre. J’avais un patient il y a deux mois de ça, on était à deux infirmières et ça durait 1 h et demie à 2 h de pansement rien que pour un patient. »
À écouter dans Priorité santéSoigner les soignants
« Sans le vouloir, je me rends compte que je suis maltraitante »Par pudeur, Marie-France, 54 ans, n’évoquera pas les douleurs physiques liées à son quotidien d’infirmière en Éhpad. Parmi les revendications, le manque de personnel. Diane explique que lorsqu’il manque un collègue, il n’est pas remplacé. Alors, sa charge de travail est démultipliée. « Je peux me retrouver avec peut-être quatre, voire même cinq résidents à accompagner pour le repas. Sincèrement, comment on peut accompagner quatre ou cinq résidents ?, alerte l'aide-soignante. À la fin de la journée, je me dis : mais non, là, j’ai accompagné monsieur tel, le dessert, il n’a pas pu le finir. Je me dis : mais oui, là, je suis, sans le vouloir, je me rends compte que je suis maltraitante. »
La revalorisation des salaires est demandée par les deux femmes. À 48 ans, Diane, en tant qu’aide-soignante, perçoit entre 1 900 et 2 000 € nets par mois, quelques centaines d’euros à peine au-delà du salaire minimum. « Je n’y arrive pas. J’ai trois enfants, je me prive, je compte. Il y a des choses que je ne peux plus faire, malheureusement, comme partir en vacances », confie-t-elle.
Infirmière très expérimentée, Marie-France ne gagne qu'entre 2 400 et 2 500 € nets par mois, avec deux week-ends travaillés. « On est en 12 h. Je commence à 7 h le matin et je finis à 19 h le soir. Mais il faut savoir que j’arrive toujours plus tôt, justement parce que je sais que ma journée va être tellement longue que si j’arrive vraiment à 7 h, je n’aurai pas le temps, insiste-t-elle. Donc, j’arrive, il est 6 h 15, 6 h et demie, et il y a des soirs, c’est vrai qu’on finit, il est 20 h. Parce qu’on n’a pas eu le temps de faire tout ce qu’on devait faire dans la journée. Parce qu’il y a les transmissions écrites aussi à faire sur l’ordinateur. »
Si infirmières et aides-soignantes aiment profondément leur métier, beaucoup d’entre elles envisagent désormais de le quitter.
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C'est la semaine de remise des prix littéraires en France… Ce mardi, on connaîtra les lauréats du Goncourt et du Renaudot. La lecture, qui recule en France (seuls 56 % des Français se déclarent lecteurs réguliers en 2025, en recul de 5 points par rapport à deux ans plus tôt), mais continue d'avoir ses passionnés… Des lecteurs qui sont souvent en quête d'échanges sur leurs dernières découvertes. Et pourquoi ne pas faire des rencontres amoureuses autour de cette passion commune ? Débusquer l'âme sœur par la littérature, c'est le pari de l'application Marcel et de ses rencontres littéraires. Anna-May Lohfeld s'est rendue à un « speed dating » (« rencontre rapide ») original à Paris…
Au rez-de-chaussée de la péniche bibliothèque, Nanna, Fabrice Rousselot, l'un des organisateurs de cette soirée, attend une cinquantaine d'amoureux de la littérature, qui ont acheté des billets pour une rencontre littéraire, un « speed dating » (« rencontre rapide ») et tout est prêt pour une soirée de discussion.
« Là, on a installé tout un tas de petites tables pour que les gens puissent se retrouver en petits groupes. Il y a des tables hautes, des tables basses… il y a des canapés, des petits coussins, et les gens derrière moi sont en train d'arriver. »
Chacun est venu avec un livre. « J'ai apporté Lettre d'une inconnue de Stefan Zweig, répond une participante. Un autre, un livre d'Alain Damasio, qui s'appelle La Vallée du Silicium, « et qui parle un peu de thématiques actuelles, de l'IA, nouvelle technologie, tout ça », développe cet autre participant. Heureux les heureux, le recueil de nouvelles de Yasmina Reza a aussi fait partie de cette sélection littéraire proposée par les célibataires. Un autre homme, « en période de réflexion sur le monde », a apporté 21 leçons du 21ᵉ siècle de Yuval Noah Harari, qui traduit ces pensées actuelles.
Une rencontre littéraire et peut-être amoureuseTous les genres littéraires sont représentés ce soir, de la bande dessinée jusqu'à Molière. Sophia, 48 ans, veut rencontrer des lecteurs mais elle est également là « pour rencontrer des livres… Vous, vous allez lire d'une autre façon, moi je vais lire d'une autre façon, madame va lire encore d'une autre façon, et en fait on va tous avoir une sensibilité différente. Et vous allez m'apprendre, vous, avec votre lecture, à comprendre en fait ce que je n'ai pas compris. À sentir ce que moi, je n'ai pas senti. Et ça, c'est très intéressant. »
De l'autre côté du bateau, devant Elisabeth, s'empilent les livres de Molière. Elle est venue pour trouver quelqu'un qui partage sa passion pour la littérature. « Je suis venue beaucoup pour parler de ça, mais aussi beaucoup pour rencontrer quelqu'un parce que je suis un peu seule… C'est vrai que c'est chiant d'être seule. C'est mieux que d'être avec quelqu'un avec qui on ne s'entend pas, mais si je rencontre quelqu'un avec qui je m'entends, c'est bien. »
Un gong résonne. Et c'est parti, le speed dating commence. « Donc, là, on lance un chrono d'une dizaine de minutes et au bout de dix minutes on sonnera le gong afin que les gens puissent échanger, parler avec d'autres personnes », explique Hugo.
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Un livre peut révéler le lien qui unit deux personnesUn billet pour la soirée coûte 20 euros, cocktail compris. Avec leurs boissons à la main, les participants discutent en groupe ou en tête-à-tête. Comme Sophia, en pleine conversation sur son pays d'origine. « Ce qui est marrant, c'est qu'on est tous les deux Marocains. Monsieur lit des livres sur le Maroc, que je connais, parce que je les ai lus aussi, c'est rigolo de se retrouver dans tous les cas dans la littérature que l'autre connait », détaille-t-elle. Son interlocuteur renchérit : « J'en sais un peu plus, oui, sur l'univers littéraire de madame et aussi un peu sur sa vie parce qu'on a parlé un peu de nos vies respectives. »
Ils ont échangé sur la littérature marocaine. « C'est un livre qui parle des personnages qui ont marqué les dernières cinquante années au Maroc, celui-là, il s'appelle Les Jardins du roi », complète-t-il.
Un livre peut alors révéler le lien qui unit deux personnes. Pour Marie, assise à la table d'à côté, un livre permet aussi de changer de perspective. « C'est un peu une rencontre, en fait, le livre. On rencontre des univers, des pays qu'on ne connaît pas. On se met dans la psyché d'autres personnes. On peut se mettre quand on est une femme dans la psyché d'un homme, et inversement. »
Et c'est pour cela que, pour Fabrice Rousselot, la littérature peut rassembler les gens. « La littérature peut apporter l'évasion, la romance, le rapport à l'autre, une façon de voir différente. C'est un lien social. Ça peut être un lien amoureux, de rencontre. Quand on parle de livres, on apprend beaucoup plus sur l'autre que quand on parle de quoi que ce soit d'autre. »
Et peut-être que, ce soir, sur la péniche, les amoureux des livres feront des rencontres qui tournent la page dans leur vie romantique.
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En France, l’été a beau être terminé depuis plus d’un mois, la sécheresse sévit toujours dans de nombreux territoires. La situation est critique dans l’Ouest, en Bretagne, dans le pays de Saint-Malo. Il ne pleut pas assez. Conséquence : les jours sont comptés avant que les réserves ne soient épuisées. Chacun est donc appelé à la sobriété pour préserver la ressource en eau. Mais dans un territoire très touristique, point de départ de la célèbre Route du Rhum lancée dimanche 1ᵉʳ novembre, la prise de conscience est encore loin d’être collective.
Le barrage de Beaufort affiche un niveau désespérément bas. Situé à 30 kilomètres de la côte, il est l’un des trois édifices qui alimentent en eau potable 180 000 habitants, répartis sur quarante-deux communes, dont Saint-Malo, la plus grande. « Il manque entre 30 et 40 centimètres d’eau », indique Jean-Francis Richeux, président du syndicat Eau du pays de Saint-Malo. Sous nos yeux, l’incarnation de la sécheresse historique qui frappe l’Ille-et-Vilaine, placée en « crise sécheresse » par la préfecture, comme les trois autres départements bretons.
Les quatre canicules de l’été dernier ont engendré une surconsommation de 25 % certains jours, vidant les réservoirs plus vite qu’à la normale. Et désormais, les pluies automnales se font attendre. Au moment de notre venue, jeudi 29 octobre, le barrage de Beaufort disposait de 40 jours de réserve. Si rien de conséquent ne tombe du ciel d’ici début décembre, la préfète pourrait déclencher le plan Orsec. Celui-ci prévoit un rationnement de l’eau potable et l’arrêt de certaines activités économiques.
Le manque d’eau dans une région réputée pluvieuse et en bord de littoral a de quoi surprendre. Sauf que le pays de Saint-Malo, comme le reste de la Bretagne, ne peut pas compter sur les nappes phréatiques pour garantir l’approvisionnement en eau potable. Dans cette région de schiste et de granite, elles sont quasiment inexistantes. Ici, 75 % de l’or bleu est puisé dans les eaux de surface, les rivières ou les barrages, dont les niveaux dépendent des pluies.
L’histoire se répète dans ce secteur déjà durement éprouvé par la sécheresse de 2022. Le phénomène se manifeste de plus en plus fréquemment, constate Jean-Francis Richeux : « À l’époque, nous avions une période de sécheresse tous les dix à quinze ans. Désormais, c’est tous les quatre ans et ça s’accélère encore. Le risque, c’est d’avoir deux années sèches consécutives qui ne nous permettent pas de remplir nos bassins pour l’été suivant. »
Pour éviter le scénario catastrophe, le syndicat Eau du pays de Saint-Malo sensibilise les usagers depuis plusieurs semaines déjà. « Nous demandons aux personnes d’avoir une utilisation consciente et d’utiliser l’eau pour manger, cuisiner, se laver, et c’est tout. » Autrement dit, privilégier l’eau vitale à l’eau de confort. L’organisme public teste aussi, dans certains lotissements, des méthodes de réduction du débit aux robinets des particuliers et un système pour dépolluer les eaux usées. Celles-ci pourraient ainsi être réinjectées dans les barrages au lieu d’être déversées dans la mer.
Marie Déglepierre, habitante de Saint-Malo, applique à la lettre les mesures de sobriété demandées par le syndicat et la préfecture : 40 litres d’eau par personne et par jour maximum. « Quand on prend notre douche, on récupère l’eau froide le temps d’arriver à l’eau chaude ; certains ont des récupérateurs dans le jardin », liste-t-elle en bonne élève. Sur la vitre de la salle de bains, elle a installé un petit sablier : « On l’actionne et, lorsqu’il arrive à son terme, la douche est terminée. » Des gestes de sobriété désormais bien intégrés : « Ce n’est pas la première fois qu’on se retrouve dans cette situation. On sait que l’eau est rare ici et qu’il faut la préserver. » Le syndicat Eau de Saint-Malo note une diminution de 8 % de l’usage de l’eau ces derniers jours, signe que la sensibilisation porte ses fruits.
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Des efforts à partagerCela reste toutefois insuffisant. D’autant plus que l’effort n’est pas partagé, dénoncent plusieurs habitants de Saint-Malo, comme Jean-Luc Villette. Dans son viseur, la construction, depuis la fin de l’été, d’un nouveau parc hôtelier de luxe au bord de la falaise, à la place d’un ancien camping municipal. Il pourrait accueillir plusieurs milliers de curistes tous les ans. « Il y aura un hôtel de luxe avec une partie thalassothérapie et, de l’autre côté, un hôtel quatre étoiles avec piscines », déroule-t-il.
Un chantier auquel il a tenté de s’opposer en justice, jusqu’au Conseil d’État, avec l’association de riverains Autour des Nielles qu’il a cofondée. En vain. « On ne peut pas demander aux habitants de faire des efforts et permettre à des projets comme celui-ci de voir le jour », déplore Jean-Luc Villette, qui dénonce un « deux poids, deux mesures » et un projet « antinomique » avec les préconisations formulées par les experts du climat.
Au cœur des critiques, il y a aussi la Route du Rhum, célèbre course à la voile transatlantique, dont le départ a été donné de Saint-Malo, dimanche 1ᵉʳ novembre. Le village-départ, où ont stationné les 115 bateaux engagés dans l’épreuve, a attiré plusieurs centaines de milliers de visiteurs sur treize jours.
Si le maire de Saint-Malo, Gilles Lurton, n’était pas disponible au moment de notre venue, l’organisation, elle, nous a répondu par mail, à défaut d’accepter nos demandes d’interview. Elle affirme avoir tenu compte de la nécessité de préserver l’eau en menant « une campagne de sensibilisation auprès des visiteurs » et en informant les exposants, les restaurateurs et les skippers, « notamment concernant le nettoyage des bateaux ».
Des mesures insuffisantes aux yeux de Brigitte Flahault, membre du groupe local des Écologistes du Pays de Saint-Malo, qui demande des mesures d’adaptation dans pareille situation à l’avenir : « On pourrait envisager de limiter le nombre de personnes en fonction de la ressource en eau disponible. »
Son collègue Marco Buzzoni, co-secrétaire du groupe local, en appelle aux décideurs publics : « La question est de savoir comment ce territoire peut continuer à être une terre d’accueil d’ici dix ans. La seule manière d’y répondre est de placer le thème de l’eau au centre de toutes les décisions publiques. » Concilier changement climatique et développement économique est l’enjeu des années à venir. Et ce, alors que le tourisme représente encore 10 % des emplois de Saint-Malo, selon l’Insee.
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À l'approche du weekend de la Toussaint, durant lequel les Français rendent traditionnellement hommage à leurs défunts, nous nous intéressons à l'opération Sauvons nos tombes, organisée par le site en ligne Geneanet. Le principe : inviter les citoyens à photographier les tombes anciennes dans les cimetières partout en France pour les partager sur le site de généalogie et préserver la mémoire des défunts. Le but est de garder une trace dans une base de données pour que, si la tombe est délaissée, on puisse la retrouver. C'est tout l'enjeu de cette initiative. Chaque année, 200 000 tombes disparaissent faute d'entretien, par dégradation naturelle ou tout simplement parce que les concessions ne sont pas renouvelées. Laurence Théault a arpenté le cimetière Montparnasse, à Paris, en compagnie du responsable du projet Geneanet.
À Paris, dans le cimetière Montparnasse, vieux de deux siècles, des centaines de tombes sont à l'abandon. Jérôme Galichon, de Geneanet, s'arrête sur l'une d'elle, livrée aux intempéries. La pierre s'écaille et la mousse d'un vert profond s'est incrustée dans les lettres gravées :
« Là, on a de la chance. La mousse a dessiné les lettres. On arrive à lire les noms encore. Et je pense que si on fait des photos et qu'on essaie de déchiffrer, on voit des dates, on les devine en tout cas. On voit 1900... quelque chose, 1966. Je pense qu'en faisant des photos, on arrivera au moins à retrouver les noms de la tombe. Donc là, c'est vraiment une tombe qu'on aimerait ''sauver pour l'information'', parce qu'elle n'est pas entretenue et les informations vont disparaître. »
Des tombes qui « parlent »Les tombes sont silencieuses mais elles ne sont pas muettes. Ce sont des sources d'informations inestimables pour les passionnés de généalogie. Geneanet invite donc ses millions d'utilisateurs à aller photographier les tombes délaissées afin que le site puisse les répertorier. Jérôme Galichon explique :
« Une tombe, c'est un nom sur une pierre, mais c'est aussi, des fois, une décoration. C'est aussi une photo, un blason. Comment est-ce que le nom a été indiqué sur la tombe de mes ancêtres ? Il avait plusieurs prénoms, mais le prénom qui est sur la tombe, c'est le prénom qu'il portait tous les jours. Sur la tombe de mon arrière-grand-père, c'est son prénom usuel qui est indiqué et pas son prénom d'état civil. »
Nous continuons notre déambulation dans le cimetière Montparnasse. Devant nous cette fois, une tombe avec une grande croix de Jésus sculptée dans la pierre. Ici repose une femme née à la fin du XIXe siècle. Jérôme Galichon reprend :
« Sans doute qu'elle était chrétienne. Ça ne va pas forcément nous apporter grand-chose, en généalogie, parce que depuis la Révolution, en l'occurrence, l'acte d'état civil est civil et n'est pas lié à la religion. Par contre, ça nous donne la date de naissance et la date de décès. On aura accès à une base de données des décès qui est librement accessible. Et une fois qu'on a la date et le lieu de naissance exacts, soit on peut rechercher sur internet son acte de naissance qui donnera les noms des parents, soit on peut aussi écrire à la mairie si ce n'est pas numérisé, si ce n'est pas accessible pour obtenir l'acte de naissance. Ça va permettre assez facilement de remonter deux, trois, quatre générations. »
« Sauvons la mémoire des gens qui sont dans les tombes »Les concessions perpétuelles n'existent plus aujourd'hui, faute de places dans les cimetières. « Sur une concession de 30 ans, si la tombe n'est pas entretenue, elle va être retirée. Donc l'information sera perdue. Il y a des petits panneaux dans les cimetières où il est écrit : "Attention, cette concession arrive à échéance. La tombe va être retirée." Finalement, c'est celles-ci les plus importantes, pas forcément les plus grosses tombes ou les tombes de célébrités, qui sont déjà photographiées 50 fois. »
Le sens de l'expression « Sauvons nos tombes », le nom de l'opération lancée par Geneanet ? « Sauvons la mémoire des gens qui sont dans les tombes », répond Jérôme Galichon. Il y attache beaucoup d'importance : « J'ai eu un jour un échange avec une famille qui avait trouvé la tombe que j'avais photographiée à l'autre bout de la France, à Nice, et cette famille était en région parisienne. Et cette tombe-là, c'était la tombe d'un grand oncle de la personne qui me contactait, qui était soldat et qui avait été inhumé à l'autre bout de la France parce qu'il était dans un hôpital militaire. Cette personne n'avait pas la trace de cette tombe. Et finalement, en sauvant cette tombe, on n'a pas sauvé la tombe, forcément, mais on a sauvé la mémoire de ce soldat. »
Avec huit millions de tombes photographiées à ce jour en France et en Europe, le site Geneanet constitue un immense cimetière virtuel. Iris a pu retrouver la trace de ses ancêtres grâce à cette opération. C'est la photo d'une tombe qui a relancé l'enquête sur ses origines.
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C'est une institution parisienne qui est menacée de disparition. Fondée en 1946, la Maison de l'Amérique latine pourrait devoir quitter ses murs du boulevard Saint-Germain. En cause : la mise en vente par la Banque de France de cet immense hôtel particulier de 6 000 mètres carrés, estimé à 100 millions d'euros. Le nom du repreneur doit tomber fin novembre. Usagers, artistes et président de l'institution tentent le tout pour le tout.
Dans la grande salle de cet hôtel particulier du XVIIIe siècle, une soixantaine de personnes s'empressent dès l'entrée. Avant même que la soirée commence, les organisateurs appellent à signer la pétition en ligne contre la fermeture. Environ 30 000 signatures ont déjà été récoltées depuis son lancement. Ce soir-là, c'est Tribune Musicale, la soirée mensuelle de musique. Sur scène, un seul musicien prend place : Matias Gobbo, bandonéoniste argentin, qui joue de l'instrument emblématique du tango, est venu partager son art malgré un climat pesant.
Pour cet artiste, perdre ce lieu mythique du VIIe arrondissement de Paris serait un choc pour toute la communauté latino-américaine. « C'est très important, car c'est un lieu qui ouvre ses portes à toute l'expression culturelle latino-américaine : la musique, la danse, le théâtre ou les arts plastiques. Paris a toujours su accueillir cette culture, et il est essentiel que ces liens restent forts et ne soient pas rompus », explique-t-il.
Le public aussi apprécie cet espace de liberté et de rencontres. Ce soir, se trouvent dans la salle des habitués de longue date et des visiteurs plus récents. Naiva, anthropologue brésilienne, ne cache pas son inquiétude : « C'est un espace très important et significatif. Il permet le dialogue. Nous sommes l'Amérique latine à Paris, et c'est fondamental de présenter toute cette richesse musicale. Il faut que cette maison continue à exister. »
Un sentiment partagé par ces deux habitués. « Ça me rend très triste et très déçue. Depuis des années, c'est une institution pour les personnes qui habitent ici », regrette Célinda. « Ça fait 15 ans que je viens ici chaque mois. La Maison de l'Amérique latine couvre un large champ culturel qui est inimaginable. Je n'arrive pas à comprendre qu'on arrive à se priver de tout cela, de toute cette variété, du Mexique aux Caraïbes. C'est le seul endroit à Paris où l'on a une vision transversale de l'Amérique latine », déclare un habitué.
La réalité du marché immobilierMais face à l'attachement culturel, la réalité du marché immobilier s'impose avec brutalité. Le site est quasi autofinancé et ne coûte presque rien à l'État, mais ses 6 000 mètres carrés et son jardin d'un hectare, en plein cœur de Paris, appartiennent à la Banque de France qui veut vendre. Prix estimé : 100 millions d'euros.
Les locaux qu'elle abritait sont en vente. Il s'agit de deux superbes hôtels particuliers. Oscar, animateur bénévole de la Tribune Musicale, explique qu'il y a « une offre, celle du gestionnaire actuel du restaurant de la Maison de la América Latina, qui s'est proposé de garder la maison sur place ». « Mais cette offre est bien en dessous de l'estimation des 100 millions pour la vente de ces locaux. Ça serait vraiment dommage qu'un espace culturel aussi important disparaisse du jour au lendemain », poursuit-il.
Du côté de la direction, la pilule ne passe pas. Jean-Marc Laforêt, le président de la Maison, dénonce un choix purement financier de la Banque de France, en contradiction totale avec la diplomatie française – Emmanuel Macron s'est rendu à plusieurs reprises en Amérique du Sud ces dernières années.
« Entre les premières discussions avec la Banque de France et la situation actuelle, il y a eu un glissement, privilégiant la logique financière et immobilière aux considérations politiques et diplomatiques. L'Amérique latine, qui semble être une priorité de la diplomatie française, verra disparaître son unique espace dédié depuis 80 ans. Les ambassadeurs sont déçus, ils ne perçoivent pas cela comme un signe d'amitié », déplore-t-il.
Le nom du futur propriétaire sera connu fin novembre. S'il ne renouvelle pas le bail, l'institution de 80 ans devra quitter ses murs et remettre en cause toute son activité culturelle.
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Une semaine après l'incendie de l'Hôtel de ville de Limoges, le 17 octobre, en marge des manifestations lycéennes et des gilets jaunes, le Premier ministre est venu au chevet de la mairie ravagée, le 23 octobre. Alors que Sébastien Lecornu a annoncé la reconstruction à l'identique de la mairie, Stéphane Bern, de la Fondation du patrimoine, s'est déplacé à son tour. Avec la ville de Limoges, la Fondation a lancé une souscription publique pour sauvegarder et restaurer l'Hôtel de ville. La cagnotte a récolté à ce jour plus de 600 000 euros. Plus inattendu : des centaines d'œuvres d'art ont pu être mises à l'abri au musée des Beaux-Arts.
Le 17 octobre, alors que le feu est en cours dans l'Hôtel de ville de Limoges, que la toiture et le campanile s'effondrent sous la chaleur intense du brassier, que la salle des fêtes, les salons d'apparats, la salle de mariage sont détruits, une opération en parallèle est menée. Le commandant Aurélien Sabourdy, du service départemental d'incendie et de secours de la Haute-Vienne, explique : « Lorsque le feu a été fixé, on a pu engager des actions de sauvegarde et d'évacuation des œuvres qui étaient atteignables. Pendant la nuit jusqu'au lendemain, où on a pu évacuer certaines œuvres. »
« Honnêtement, je crois qu'on a versé beaucoup de larmes. Et puis après, on se dit qu'il faut gérer l'urgence », se souvient Murielle Laskar. Encore sous le coup de l'émotion, elle revit la scène. L'adjointe au maire de Limoges, en charge du patrimoine historique et archéologique, a participé à cette opération de sauvetage. Avec des agents du musée des Beaux-Arts et des fonctionnaires de la mairie, cette chaîne humaine s'est relayée toute la nuit pour guider les pompiers. Elle raconte : « Quand les pompiers nous ont dit "on va pouvoir commencer à sortir des œuvres", on n'y croyait pas tellement. Cela nous paraissait merveilleux au milieu du chaos, de la catastrophe. Et eux étaient là avec un sang-froid fabuleux. Ce sont vraiment les chefs d'orchestre des opérations de sauvetage. »
Le commandant des sapeurs-pompiers Aurélien Sabourdy reprend son récit : « On va sortir très rapidement des œuvres très symboliques pour le peuple : le drapeau français de la salle des mariages, la Marianne de la salle des mariages... Pour nous, ce sont des œuvres qui ont vraiment un sens très très fort. Puis, dans un second temps, une fois qu'on a pu être ce qu'on appelle "maître du feu" chez nous, et qu'on a pu identifier les zones sur lesquelles il n'y a pas d'effondrement, on a pu travailler avec les musées qui avaient fait des prêts d'œuvres – le musée des Beaux-Arts à Limoges, le musée Adrien Dubouché –, de façon à pouvoir identifier les œuvres à sortir et à pouvoir les mettre en sécurité. »
François Lafabrie, directeur des musées de la ville de Limoges, témoigne : « Moi, j'ai eu très très peur vu l'état de la mairie. J'ai eu excessivement peur en me disant tout est perdu. » Sur près de 3 000 mètres carrés d'espace, des salles climatisées, sécurisées, sont aménagées pour l'accueil en urgence des objets et des œuvres d'art qui ont pu être sauvées des flammes.
« Là, il y a une partie des œuvres qui ont été rapatriées de la mairie : les portraits des maires qui étaient dans la salle du conseil municipal, les grands vases de Sèvres qui font partie des premières pièces qui ont été sauvées et des pièces contemporaines. On essaie de conserver de la place puisque l'idée est, dans un deuxième temps, d'évacuer des œuvres qui sont toujours à la mairie, qui sont dans des espaces moins touchés par l'incendie et donc pour l'instant en sécurité, mais qu'il faudra néanmoins rapatrier. Notamment toutes les porcelaines, tous les cadeaux diplomatiques qui ont été faits aux différents maires de Limoges, donc un certain nombre de porcelaines. Je pense qu'il y a encore 300 pièces, au moins, à réunir ici. On a tout réaménagé pour que tout soit au même endroit et pour aussi que les pièces qui ont quand même, malgré tout, reçues de l'eau, subies l'incendie – il y a des dépôts de cendres –, il faut vraiment qu'on constate tout et que l'on traite tout avant de pouvoir les mettre dans nos réserves et qu'elles ne touchent pas trop nos collections pour l'instant. Je parle sous contrôle là aussi : je dirais que 90% des œuvres de la mairie sont sauvées aujourd'hui, et c'est vraiment un miracle », explique-t-il.
C'est un véritable compte à rebours car des œuvres sont encore dans l'attente. « Notamment des sculptures au niveau du hall qui sont extrêmement lourdes et qui sont dans des zones où on a des risques d'effondrement. La manipulation de ces œuvres mettrait trop de personnel en danger. Ces œuvres ont été protégées par des sarcophages en bois, et après, elles pourront être bougées et prises en charge dans les musées », ajoute Aurélien Sabourdy. Tous aujourd'hui sont animés par le même objectif : la reconstruction de l'Hôtel de Ville à l'identique et le retour des œuvres chez elles.
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Les États du monde entier sont réunis en Arménie pour tenter de se mettre d'accord pour mieux protéger la nature. Or la surexploitation des ressources naturelles et le trafic illégal est la deuxième cause de l'effondrement du vivant. En Guyane française, la faune marine paye le prix fort à cause de mauvaises pratiques de pêche et d'une pression de plus en plus intense des pêcheurs illégaux venus du Brésil et du Surinam voisin.
De notre envoyée spéciale en Guyane,
Il y a deux semaines à peine, sur les îlets, à quelques kilomètres au large des plages de Rémire-Montjoly, ce plaisancier, qui préfère rester anonyme, fait une triste découverte. « Un filet qui encerclait toute une bande de rochers, avec des poissons morts et des tortues. Au total, on a retiré cinq tortues, dont deux qui étaient déjà mortes », déplore-t-il.
Chaque jour, il voit dériver des bouts de filets, parfois des morceaux de flotteur, des déchets issus de la pêche croisés en mer. « Il n’y a pas une seule fois où j’ai constaté un filet pris dans les rochers, sans une tortue, sans une espèce protégée et vulnérable dedans. Pas une seule fois », martèle-t-il, écoeuré.
Laurent Kelle, du WWF, dénonce lui aussi l’impact de la pêche en Guyane, en particulier l’utilisation de filets maillants dérivants, des filets laissés à la dérive derrière les bateaux. Particulièrement nuisibles, ils tuent sans discrimination tous les animaux qui se prennent dans leurs mailles. Et si les filets des pêcheurs légaux font déjà deux kilomètres et demi, ceux des pêcheurs illégaux peuvent mesurer jusqu’à dix kilomètres de long. Mis bout à bout, ils pourraient couvrir certains jours l’ensemble de la côte guyanaise.
« On ne peut pas s’empêcher de mettre en relation l’effondrement de la tortue luth dans l’ouest guyanais, qui a perdu 98 % de sa population en 20 ans, et l’omniprésence de la pêche illégale dans la même zone, là où historiquement, on avait le plus grand site de ponte au monde pour la tortue luth, pointe-t-il. Malheureusement, on a vu non seulement le maintien, mais l’augmentation de la pêche illégale dans la zone et la quasi-extinction de la tortue luth sur cette partie du territoire. »
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Une pêche en provenance des pays voisinsLa pêche illégale a doublé en douze ans. Les bateaux viennent du Brésil, du Suriname ou du Guyana. Dans leurs filets, les requins, les raies, les dauphins ou les tortues ne sont que des prises accessoires car, comme les pêcheurs légaux, ils s’intéressent surtout à l'acoupa rouge, un poisson à chair blanche et aux nageoires rouges très consommé localement. Mais ce n’est pas pour le manger que le poisson est si recherché. « Depuis une bonne quinzaine d’années, il y a eu un effet bascule et maintenant, c’est plus l’organe de ce poisson, la vessie natatoire – qui sert à ce poisson à stabiliser sa flottabilité – qui est particulièrement recherchée par les pêcheurs illégaux », explique Laurent Kelle.
Le prix de la vessie natatoire est quasiment 100 fois plus élevé que le prix de la chair du poisson, estime Martin Pourtau, du Comité des pêches de Guyane. « La plaque tournante, c’est Hong Kong. Et puis après, il est utilisé, si on veut faire le parallèle, un peu comme une bouteille de vin, comme chez nous, précise Martin Pourtau. C’est des choses qu’on offre aux anniversaires, aux grandes occasions, et elle prend de la valeur avec l’âge. Et ensuite, elle est utilisée pour faire des gâteaux, des soupes, des choses comme ça. Mais la plupart des gens la gardent pour faire de la plus-value à la revente. »
L'acoupa rouge est aujourd’hui une espèce classée vulnérable. La population de poissons a chuté de 30 % ces 20 dernières années. La faute à la pêche pirate, comme l’appelle l’ingénieur : « Ce sont les pêcheurs légaux qui en pâtissent. Et là, on arrive à un moment de cassure où les pêcheurs français ne peuvent plus pêcher dans les eaux françaises du fait qu’il y a trop de pêche illégale. »
L’armée, les douanes et les gendarmes mènent pourtant régulièrement des actions en mer, saisissent et détruisent du matériel. Mais avec seulement deux frégates, la Marine ne parvient pas à endiguer le phénomène. Pêcheurs et défenseurs de l’environnement demandent plus de bateaux, plus de présence en mer et une réelle coordination avec les pays voisins.
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Encore une semaine de vacances pour les élèves français. À la rentrée, ils seront tous soumis à un questionnaire, de la maternelle au lycée. Une initiative du ministère de l'Éducation pour détecter les victimes de violences sexuelles. Les questions sont évidemment adaptées à l'âge des élèves. En France, 160 000 enfants sont victimes chaque année de violences sexuelles. Les scandales dans le périscolaire, qui ont éclaté en 2025, ont rappelé l'urgence d'une réponse à ce phénomène, qualifié de systémique. Rien qu'à Paris, des enquêtes ont été ouvertes dans plus de 200 écoles et 24 crèches. Dans la quasi-totalité des cas, les suspects sont des animateurs hommes, occupant des postes précaires ne nécessitant aucune formation. Face à l'urgence, de nombreuses mairies et collectivités réagissent, en proposant notamment des formations, qui font toute la différence. La Métropole de Lyon, troisième ville de France, concentre de nombreuses initiatives.
Comment repérer un enfant victime de violence et recueillir sa parole ? Comment repérer un prédateur, au sein d'une équipe ? Après 12h de formation, la dizaine de stagiaires a désormais des éléments de réponse. Sandrine Fortina, la formatrice, dresse un bilan avec elles. Elles sont directrice du périscolaire, animatrice, responsable de maison de quartier ou encore assistante d'enseignants. Elle leur demande un mot qu'elles vont garder de cette formation. « Je te crois », répond l'une d'entre elles. « "Je te crois", c'est notre cœur pour contrecarer la stratégie des agresseurs », ajoute Sandrine Fortina.
« On a bien vu quand on a fait ce travail sur comment on recueille la parole des enfants qu'on était toute hyper-génée. On voulait pas induire quelque chose. En fait, à un moment donné, il faut nommer les violences par le mot "violence". Il y a des façons plus directes de s'adresser à eux là-dessus : "Est-ce que quelqu'un t'a fait du mal ?" », souligne Géraldine, à l'initiative de cette formation. Elle dirige la MJC de la Duchère, une maison des jeunesses et de la culture, implantée dans un quartier populaire de Lyon qui propose toute l'année des activités aux enfants.
« On a eu des sujets qui étaient sans "gravité". Et je mets des guillemets à "gravité", qui résonnait avec l'actualité plus grave du périscolaire. Oui, c'est vraiment une situation qui nous a fait prendre conscience que si collectivement on tolérait, on acceptait, on excusait, du coup cela laissait l'échelle des gravités monter. Aujourd'hui on ne se dit pas : "Ah ça y est, c'est bon". On sort de [cette formation] avec des clefs ».
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Des clefs notamment sur la stratégie des agresseurs. C'est ce que Touria Jaouini retient d'abord, elle est directrice du périscolaire dans deux écoles : « L'agresseur va identifier une victime. Il y a un critère autour de la mise en confiance. Un autre paramètre autour de l'isolement de la victime. Cela permet d'affiner nos méthodes managériales. Ce qu'on travaillait en formation, c'est : n'importe qui. Et surtout mes collègues préférés peuvent être un agresseur. On devient des sortes de vigies les uns et les unes par rapport aux autres. Parfois, il y a des gens qui disent en formation : "Est-ce que je dois me méfier de tout le monde ?" Oui, vu la réalité statistique des violences qui sont faites aux enfants, bien sûr ».
Cette étape de la formation, avec des mises en situation, a particulièrement secoué Naomi, 25 ans, animatrice périscolaire : « La stratégie de l'agresseur, on la connaissait pas forcément. Il y a plein de moments où j'ai revu des amis à moi, des situations dans lesquelles on s'est retrouvés, nous, quand on était enfant. Parce qu'on a pas de formation pour s'occuper des enfants. C'est juste qu'on reproduit ce que l'on a vécu, l'éducation que l'on a eue. C'est un peu dur parfois de prendre du recul », explique-t-elle.
Cette formation a toujours été au catalogue de l'organisme de Sandrine Fortina, experte de la prévention des violences faites aux enfants. Mais l'intérêt qu'il suscite est tout récent. Un effet, selon elle, du #metoopériscolaire : la médiatisation récente de nombreux scandales : « Très clairement, j'ai eu une première demande qui a fait un peu boule de neige. Après, il y a une deuxième vague de sollicitations qui sont en train d'arriver, ce sont les collectivités. Mais c'est toujours pas évident de vendre la formation sur ces sujets là. C'est pas encore tout à fait acquis, cette volonté politique de protéger les enfants, de donner les moyens. »
En février 2026, la Ciivise, la commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, relevait un niveau de formation des professionnels toujours insuffisant, faute de temps, de moyens et de priorisation claire. Le #metoopériscolaire parviendra peut-être à faire évoluer la donne.
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C'est une première : la France va accueillir un match de la NFL, la puissante et richissime ligue de football américain. Au Stade de France, ce dimanche 25 octobre 2026, les Saints de La Nouvelle-Orléans vont affronter les Steelers de Pittsburgh. Dans sa stratégie d'expansion mondiale, la NFL s'attaque donc pour la première fois au marché français. Et pour marquer les esprits, la ligue a investi plusieurs lieux de la capitale.
La NFL est la ligue sportive qui génère le plus d’argent au monde, plus de 20 milliards de dollars par saison. Pour son arrivée en France et à Paris, elle n’a pas hésité à le montrer. Une boutique officielle sur trois étages au cœur du Marais, des animations près de la cathédrale Notre-Dame et sur le Champ-de-Mars. Les plus beaux coins de la capitale française sont devenus la vitrine d’un sport qui veut rattraper son retard à l’étranger.
Il y a encore du travail pour convaincre Paul, jeune Francilien qui accompagne son ami Yannis à la boutique NFL. « Je n’ai jamais regardé plus que ça la NFL ou quoi, à part les Super Bowl », explique-t-il. Son ami aimerait beaucoup aller au Stade de France : « C’est un peu cher, mais on va voir. Je vais à la NFL House samedi je crois, mais j’ai un peu peur avec les événements à Paris, tout ce qui se passe, etc. Du coup, on va voir. »
Le climat social a poussé la NFL à revoir légèrement ses plans sur des partenariats avec des boutiques parisiennes. Mais l’essentiel est là. Le match entre les New Orleans Saints et les Pittsburgh Steelers aura bien lieu ce dimanche au Stade de France.
Les Saints, justement, sont arrivés lundi 19 octobre à Paris, on les retrouve mercredi à l’entraînement à Versailles, près du château du Roi-Soleil, comme un clin d’œil au passé français de La Nouvelle-Orléans. Le stade et le gymnase municipal sont assez éloignés des standards de la NFL, mais les joueurs se réjouissent de cette parenthèse parisienne.
Le running back Alvin Kamara et ses coéquipiers en ont profité pour voir leurs homologues de l’autre football au Parc des Princes, lors du match de Ligue des champions entre le PSG et Barcelone. « C’était clairement le meilleur match à aller voir. L’atmosphère était électrique, s'enthousiasme le joueur. C’est un peu différent. Nos stades sont plus grands, mais les chants sans arrêt pendant tout le match, c’était fou. Ça m’aurait dérangé si j’étais sur le terrain, ça me rendrait fou, mais c’était super à voir. »
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« Pour vraiment être une marque globale, il faut venir à Paris, il faut venir en France »La star des Saints soulève une vraie question : la greffe va-t-elle prendre entre la très américaine NFL et un pays à la culture sportive très différente ? « Je suis persuadé que c’est compatible, estime Rémi Reverchon, l’une des grandes voix du sport américain à la télévision française. Je suis persuadé que de plus en plus de gens s’en rendent compte. Cette niche, puisque ça a été une niche longtemps de la NFL, est en train de grandir en France et les gens se rendent compte qu’en fait, c’est un produit, parce que le sport de haut niveau est un produit qui se consomme très bien. Et vous allez voir dimanche, si vous regardez un peu le truc, si vous prenez le temps d’avoir quelqu’un à côté qui vous explique les règles, comment ça marche, que c’est un produit qui est hyper cool et hyper intéressant à suivre. »
La NFL, par la voix de Brett Gosper, son directeur Europe et Asie, espère bien un mariage réussi. L’homme d’affaires, qui a passé dix ans de sa vie de rugbyman au club francilien du Racing 92, revendique 12 millions de fans potentiels pour la NFL en France, ce qui en ferait le troisième marché européen pour le football américain. « Pour vraiment être une marque globale, il faut venir à Paris, il faut venir en France. Il y a un potentiel énorme, souligne-t-il. C’est un pays qui a un fort pourcentage de la population qui suit le sport. Ils adorent le sport, ils sont passionnés et ils aiment plusieurs sports, le rugby, le foot, le hand... Ils sont dans tous les sports, donc il y a une place pour la NFL à l’intérieur de ça. »
Sans annoncer officiellement d’autres matchs dans les saisons à venir, Brett Gosper a pour autant suggéré que la NFL souhaite s’installer dans la durée en France. Comme sur un terrain de football américain, la victoire s’obtient un yard après l’autre.
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Deuxième épisode de notre mini-série sur Octobre rose en France, le mois de sensibilisation au cancer du sein. Ce 22 octobre, direction la Grande Mosquée de Paris, qui s'engage pour cette opération le temps d'un week-end. C'est dans ce lieu atypique dédié au culte musulman qu'une équipe de médecins est venue pendant deux jours informer, sensibiliser et conseiller les femmes sur cette maladie. Chaque année en France, plus de 60 000 cancers du sein sont diagnostiqués.
Vêtus d'un gilet rose fluorescent, une vingtaine de professionnels de santé, tous bénévoles, se sont mobilisés pour cette vaste opération de dépistage. Une de ces bénévole accueille les femmes présentes : « Bonjour madame, je vous explique un petit peu ce que l'on fait ? Dans le cadre d'Octobre Rose, on s'est entourés de médecins spécialistes, que des femmes, des gynécologues, oncologues, des médecins généralistes qui proposent un examen, gratuit, en toute confidentialité et en toute intimité. »
Épaulée par l'association humanitaire ADDRA, la Grande Mosquée de Paris a déployé les grands moyens. Soraya Rili, oncologue radiothérapeute, présente le dispositif : « Il y a six box, et dans chaque box, on a un médecin, une table d'examen, une chaise et on reçoit les patientes au fur et à mesure. Dès que l'on suspecte une masse – nous sommes aujourd'hui trois oncologues –, nous allons les revoir dans un second temps, les rappeler en début de semaine. »
« Il faut briser ce silence »Ce n'est pas toujours facile d'aborder cette maladie qui touche le corps des femmes. « C'est compliqué d'en parler, mais cela ne concerne qu'une catégorie de femmes. On a encore des femmes, aussi, qui sont pudiques malheureusement, d'où l'intérêt d'en parler. Il faut vraiment briser ce silence, particulièrement dans notre communauté, la communauté maghrébine. Il faut que la maman en parle à sa fille, qu'elle en parle aussi à son conjoint. Pourquoi ? Car même si cela reste une maladie grave, aujourd'hui on peut aussi parler de guérison. Cela en vaut vraiment la peine », affirme Soraya Rili.
Le message semble avoir été entendu. Fatima, la benjamine de 29 ans, et Faïza, la quinquagénaire, ont répondu présentes à l'appel de la Grande Mosquée de Paris. Elles sont venues s'informer et apprendre les gestes d'autopalpation. « Je suis venue pour faire des dépistages pour le cancer du sein. Comme j'ai eu 50 ans, j'aimerais bien faire le nécessaire », explique Faïza. À la question de savoir si elle est suivie par un médecin, elle répond : « Non. Et je n'ai jamais fait d'échographie. C'est la première fois. Je suis venue pour voir. »
« C'est l'occasion aussi de poser des questions, d'être sûre qu'on a pas de risques. Comme ça, on peut faire un vrai diagnostic ou un parcours. C'est déjà bien que les médecins d'aujourd'hui assurent un suivi. Après, ils peuvent aussi nous montrer, en cas de doute, comment suivre le parcours, comment procéder à la suite », ajoute Faïza.
« La femme maghrébine a une épidémiologie différente de celle que nous retrouvons en France »Le cancer du sein touche en particulier les femmes du Maghreb et de l'Afrique subsaharienne. Celles qui sont nées sur le continent africain ont davantage de risques de développer un cancer du sein avant l'âge de 40 ans, et elles sont davantage touchées par des formes plus agressives, selon Soraya Rili. Le dépistage se fait trop tardivement et n'est pas systématique, regrette la médecin oncologue :
« Malheureusement, c'est un constat qu'on a fait. La femme maghrébine a une épidémiologie différente de celle que nous retrouvons ici en France. Le cancer du sein frappe de plus en plus des femmes jeunes. On a même vu des femmes âgées de moins de 40 ans. Malheureusement, cette tranche d'âge n'est pas concernée par le dépistage de masse. Je tiens aussi à dire que le dépistage de masse ne concerne qu'une certaine catégorie de femmes. C'est-à-dire que ce sont des femmes qui ne présentent pas d'antécédents familiaux de cancer. D'où l'intérêt de bien les informer et de leur demander de consulter leur médecin traitant ou leur gynécologue pour qu'elle se fasse aussi examiner. »
Pour ces journées, le bilan est encourageant : près de 200 femmes ont franchi les portes de la Grande Mosquée pour ce dépistage du cancer du sein.
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Du lundi au vendredi, un reportage pour mieux connaître la société française et comprendre ses débats.

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