â « Joris-Karl Huysmans (1848-1907) [âŠ] nous a donnĂ© sur lui-mĂȘme [âŠ] les renseignements essentiels.
[âŠ] De pĂšres en fils, dit-il, tout le monde a peint dans sa famille [âŠ].
[âŠ] Il pratiqua toujours, en matiĂšre de rĂ©gime, la plus complĂšte indiffĂ©rence. Il regardait comme le meilleur gouvernement celui qui ne tracasse personne.
[âŠ] il lisait beaucoup, travaillait peu et cherchait sa voie. [âŠ]
[âŠ] Huysmans fut, jusquâĂ lâheure de sa retraite, aprĂšs trente ans de services, un fonctionnaire modĂšle. [âŠ] Ăcrivain, sa distinction rĂ©pugnait au mĂ©lange et se fĂ©licitait de rester privĂ©e.
[âŠ] Huysmans avait des loisirs⊠Il versifiait, en sâinspirant de Villon (1431-1463) et de ses mĂ©lancoliques ballades, quâil aimait alors par dessus tout ! [âŠ] il rĂ©unit sous ce titre : Le drageoir Ă Ă©pices, quelques petits poĂšmes en prose [âŠ].
La critique fit assez bon accueil au Drageoir. [âŠ]
Huysmans [âŠ] conclut « Ă la rĂ©signation, au laisser-faire », Ă lâacceptation, enfin, de la vie telle quelle, câest-Ă -dire irrĂ©mĂ©diablement mauvaise. « Le mieux nâexiste pas pour les gens sans le sou ; seul, le pire arrive. » Schopenhauer (1788-1860) a raison : « La vie de lâhomme oscille, comme un pendule, entre la douleur et lâennui. » Ce quâil faut dĂ©montrer. Huysmans sây efforce. Ă quoi bon rĂ©agir, chercher et fixer les conditions du bonheur ? Il nây en a pas. Rien ne vaut la peine de regimber. Et Huysmans, cependant, ne fait que cela ! Câest un pessimiste qui se complaĂźt, comme beaucoup de Jobs de cette espĂšce, sur le fumier de sa philosophie. Lui, toutefois, rĂącle ses ulcĂšres avec des mots prĂ©cis et prĂ©cieux, les tessons chatoyants dâun vocabulaire si riche, quâil fait oublier lâhorreur des sanies ! [âŠ]
[âŠ] Il avait enseignĂ© le prix de la phrase bien Ă©crite et du verbe gĂ©nĂ©rateur remarquable entre tous les mots, comme le bĂȘlier qui dĂ©passe de ses cornes le troupeau mouvant.
Il aimait les humbles et mĂ©prisait lâargent. Il en gagnait avec ses livres et nĂ©gligeait de le toucher. [âŠ] Aussi le reprĂ©sentait-on revĂȘche, amer, ombrageux, distant. [âŠ] Il observait bien la surface de la nature humaine ; il ne la pĂ©nĂ©trait pas toujours. Il avait contractĂ© entre les murs de sa chambre, devant la glace, la myopie des grands fĂ©lidĂ©s en cage. [âŠ]
Quel sort, dans lâavenir, aura lâoeuvre quâil laisse ? Il est assez difficile de le dire. NĂ©anmoins, soit quâon lâenvisage comme un acte de foi, soit quâon la considĂšre comme un merveilleux travail dâorfĂšvrerie, il faudra bien assigner un rang supĂ©rieur, dans la littĂ©rature du XIXe siĂšcle, Ă lâĂ©crivain qui nâhumilia jamais lâindĂ©pendance de lâartiste le plus raffinĂ©, devant les devoirs du chrĂ©tien le plus scrupuleux. » (Lucien Descaves, in J. K. Huysmans, pages choisies, Editions J. M. Dent et fils, 1913)
Des croquis de concert et de bals de barriĂšre ;
La reine Marguerite, un camaïeu pourpré ;
Des naĂŻades dâĂ©gout au sourire Ă©plorĂ©,
Noyant leur long ennui dans des pintes de biĂšre ;
Des cabarets brodés de pampres et de lierre ;
Le poÚte Villon, dans un cachot, prostré ;
Ma tant douce tourmente, un hareng mordoré,
Lâamour dâun paysan et dâune maraĂźchĂšre :
Tels sont les principaux sujets que jâai traitĂ©s :
Un choix de bric-à -brac, vieux médaillons sculptés,
Ămaux, pastels pĂąlis, eau-forte, estampe rousse,
Idoles aux grands yeux, aux charmes décevants,
Paysans de Brauwer, buvant, faisant carrousse,
Sont lĂ . Les prenez-vous ? Ă bas prix je les vends.
(J.-K. Huysmans, Sonnet liminaire)
0:00 - Ballade en lâhonneur de ma tant douce tourmente
1:58 - à maßtre François Villon
5:28 - Générique
đ” Bande sonore originale : Dream Machine - Colors Fade
âȘ Colors Fade by Dream Machine is licensed under a CC BY-NC 3.0 license.
đ Site :
âȘ https://icons8.com/music/search/colors%20fade
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