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Cette semaine Extra Classe vous emmène au Québec à la rencontre d'Isabelle Dumont, professeure de mathématiques dans une école secondaire proche de Montréal. Comment nos collègues Outre-Atlantique ont-ils fait passer les examens ? Quelles directives ont-ils reçues pour les vacances ? Que pensent-ils faire à la rentrée ? Autant de questions brûlantes avant de clore le chapitre de cette année scolaire mouvementée.
La transcription de cet épisode est disponible après les crédits.
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Extra classe, des podcasts produits par Réseau Canopé.
Interview animée en juin 2020 par : Hélène Audard
Directrice de publication : Marie-Caroline Missir
Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance
Mixage : Laurent Gaillard
Secrétariat de rédaction : Séverine Aubrée
Contactez-nous sur : [email protected]
© Réseau Canopé, 2020
Transcription :
HÉLÈNE AUDARD | Aujourd'hui, nous traversons l'Atlantique pour découvrir comment les écoles québécoises ont vécu la période de crise sanitaire, comment les enseignants y préparent-ils la prochaine rentrée. Nous rencontrons Isabelle Dumont, enseignante de mathématiques et sciences dans une école secondaire privée à La Prairie près de Montréal. « Quoi de neuf au Québec ? », c'est le nouvel épisode d’Extra Classe. Isabelle, bonjour.
ISABELLE DUMONT | Bonjour.
HA | Pouvez-vous nous dire quelle est la situation pour les élèves et leurs enseignants au Québec actuellement ?
ID | Eh bien depuis hier ils sont en vacances nos élèves. Donc l'année scolaire vient de se terminer, ça a été une année scolaire spéciale, un peu écourtée. Le 12 mars le ministre nous annonçait que les élèves étaient en vacances pour deux semaines. En insistant bien sur le mot vacances pour ensuite dire que non il y aurait de l'école à la maison au bout de ces deux semaines-là. Ça a été un retour un peu progressif, et l'année scolaire finit avec une espèce de sprint.
HA | Vous parlez de sprint, vous les avez laissés comment vos élèves juste avant de partir en vacances ?
ID | C'est très variable d'une école à l'autre. Ici, au Québec, on a des écoles privées, des écoles publiques. Les écoles privées sont partiellement privées parce qu'elles sont quand même financées par le gouvernement, donc près de la moitié de nos élèves dans la région de Montréal sont dans les écoles privées. Ce qui fait en sorte que quand les gens sont supposément tombés en vacances, quand les jeunes on leur a annoncé qu'ils étaient en vacances pour deux semaines, les écoles privées ont tout de suite embarqué avec un programme d'apprentissage en ligne très rapidement parce que la majorité de nos élèves ont des ordinateurs à la maison et en classe déjà. Ça a été beaucoup plus compliqué au public parce que les élèves n'ont pas nécessairement accès à un appareil électronique. Parfois ils devaient suivre des cours sur un téléphone, donc c'est une des raisons pourquoi ça a été beaucoup plus compliqué. Donc nous, en privé, on est embarqué dès le 15 mars, on commençait à offrir des cours en ligne et au départ, on ne devait pas donner de nouvelles ma...
Christophe Caron, responsable du dispositif Archiclasse, explique en quoi les précautions liées au protocole sanitaire, mais aussi la poursuite de l'enseignement à distance, vont impacter l'organisation de l'école et par conséquent l'approche pédagogique.
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Interview animée en juin 2020 par : Laëtitia Pourel
Directrice de publication : Marie-Caroline Missir
Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance
Mixage : Laurent Gaillard
Secrétariat de rédaction : Séverine Aubrée
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Transcription :
LAËTITIA POUREL | Le retour en classe après la pandémie de Covid-19 impose une adaptation de l'espace scolaire. Nouvelles procédures, mais aussi nouveaux aménagements accompagnent désormais les équipes éducatives et les élèves. En quoi l'expérience de la pandémie impacte-t-elle l'aménagement de la classe et plus largement de l'école ? Va-t-elle entraîner une évolution de l'approche pédagogique ? Nous sommes en ligne avec Christophe Caron qui est en charge du dispositif Archiclasse piloté par le ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse. Il partage son expérience sur Extra Classe. Christophe Caron, bonjour.
CHRISTOPHE CARON | Bonjour.
LP | Pour commencer, pouvez-vous présenter en quelques mots à nos auditeurs ce qu'est Archiclasse ?
CC | Archiclasse est un dispositif de la direction du numérique pour l'éducation (DNE) qui vise à accompagner les acteurs de l'école, les enseignants, les élèves, les parents d'élèves et les collectivités territoriales dans leur projet d'architecture scolaire. L'objectif premier est de les faire travailler ensemble pour que le projet de la collectivité soit enrichi des pratiques pédagogiques des enseignants.
LP | Très bien. Alors en ce qui concerne la réouverture des écoles depuis quelques semaines, celle-ci a été rendue possible à condition de suivre des normes sanitaires strictes comme la distanciation sociale. Alors, sans entrer dans les détails de ces dispositions, pouvez-vous nous en expliquer les conséquences sur l'aménagement des classes et la gestion des élèves ?
CC | Le protocole sanitaire a imposé des règles strictes de distanciation physique. Notamment un mètre de distance entre les élèves, éviter au maximum les installations des tables en face-à-face, limiter les déplacements des élèves, observer une surface de 4 m2 pour les élèves. Cela a impacté directement les pédagogies dites actives qui fondent leur pratique sur une plus grande autonomie des élèves, des moments de mutualisation et d'échange entre les élèves et les enseignants et aussi une flexibilité des assises et des déplacements des élèves. Ensuite, la signalétique qui a été mise en place par les enseignants pour respecter justement le protocole sanitaire a divisé l'espace, a fermé certains accès, a guidé les déplacements des élèves et cela a été vécu par tous comme une contrainte multipliant les interdictions. De...
Pour de nombreux enseignants, la fin du confinement et le retour en classe auront été l'occasion d'éprouver un modus operandi alternant travail à distance et travail en présence. C'est ce que l'on appelle « l'hybridation ». Qu'est-ce que recouvre cette notion ? Comment la mettre en place ? Quels en sont les bénéfices ? Nous avons interrogé à ce sujet Véronique Wiatr, enseignante de mathématiques en lycée à Douai, qui nous fait part de son expérience dans le domaine.
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Interview animée en juin 2020 par : Hélène Audard
Directrice de publication : Marie-Caroline Missir
Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance
Mixage : Laurent Gaillard
Secrétariat de rédaction : Valérie Sourdieux
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Transcription :
HÉLÈNE AUDARD | Cela fait plusieurs années déjà qu’on parle de formation hybride dans l’enseignement supérieur. Mais depuis quelques semaines, ce sont les enseignants du premier et du second degrés qui sont appelés à expérimenter l’articulation entre présentiel et distanciel avec leurs élèves, au moins jusqu’à la fin de cette année scolaire et sans doute de manière plus ou moins régulière à partir de la rentrée, au gré des résurgences possibles de la pandémie. Comment préparer son cours ? Quelle modalité de travail choisir ? Comment organiser l’espace classe ? La classe hybride au quotidien, c’est le nouvel épisode d’Extra Classe. Nous recueillons aujourd’hui le témoignage de Véronique Wiatr qui nous parle de sa pratique de la classe hybride. Véronique, bonjour !
VÉRONIQUE WIATR | Bonjour !
HA | Vous êtes aujourd’hui professeure de mathématiques et de SNT, sciences numériques et technologie, dans un lycée de Douai. Vous avez une longue expérience de la gestion de classes hétérogènes et du suivi d’élèves en situation de handicap, et pour répondre à la nécessité de différencier les modalités d’apprentissage avec des publics divers, vous avez testé, cherché des solutions qui allient classe inversée, hybridation, tutorat. Bref, vous avez fait un travail de pionnière, d’une certaine façon, qui va pouvoir être une source d’inspiration pour nos auditeurs et auditrices. Tout d’abord, j’aimerais que vous nous expliquiez ce que vous entendez par hybridation.
VW | J’entends par hybridation des activités qui vont être réalisées, soit en présentiel, c’est-à-dire en classe, soit à distance, à la maison. Ça peut être des cours, des petites leçons, des petites notions à avoir à la maison ou des exercices. Pour les exercices par exemple, je vais passer par des petits exerciseurs. Les capsules vidéo vont être vues et revues à la maison, mais également en classe pour pouvoir s’aider, pour résoudre un exercice ou un problème. On va retracer les grandes lignes de la notion, refaire des petits exercices, revoir des situations. Ça me permet souvent d’introduire une notion ou une situation motivante. Je vais prendre un exemple très concret : récemment, nous avo...
La classe : interface entre société et soin ?
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Interview animée en juin 2020 par : Sophie Delhaume
Directrice de publication : Marie-Caroline Missir
Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance
Mixage : Laurent Gaillard
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Transcription :
SOPHIE DELHAUME | Nous poursuivons notre discussion avec vous, Cynthia Fleury sur l'approche en classe de l'après crise et nous nous interrogeons maintenant sur la possibilité de faire de la classe une interface entre la société et le soin. Aujourd'hui, un enseignant qui rencontre une difficulté psychosociale dans sa classe va se tourner vers le CPE, l'infirmier ou le chef d'établissement. Sans faire peser l'injonction de diagnostic sur lui, devons-nous nous poser à nouveau la question de l'approche psychologique dans la formation initiale et continue qu'il reçoit ?
CYNTHIA FLEURY | Alors c'est une question qui a toujours existé, c'est-à-dire, est-ce que les enseignants se dédient exclusivement à l'instruction, à la transmission des contenus ? Ou est-ce qu'ils vont sur des approches plus holistiques, plus existentielles, plus éducatives et éventuellement, qui prennent toute la dimension de l'élève, y compris ses émotions, la compréhension de son psychisme, etc. ? C'est très compliqué parce que dans les faits, bien évidemment, on préférerait dire aux enseignants dédiez-vous à votre métier, vos compétences, etc. Mais dans les faits, nous avons des êtres humains des deux côtés. Et la dimension existentielle des uns et des autres, de toute façon s'invite en classe. Et plus vous êtes vulnérable et plus ça s'invite en classe. Et moins vous avez la possibilité de dire : « Non, toute cette réalité émotionnelle qui me caractérise, je la mets en dehors de la classe, et puis je vais arriver, puis je vais bien écouter les contenus qui me sont donnés. » Ce n'est pas comme ça, c'est beaucoup plus poreux. Je dirais donc que dans la formation initiale, il est important d'aider quand même les enseignants à leur démontrer que ce n'est pas quelque chose qui nécessairement va les empêcher d'assumer leur première tâche de transmission, mais au contraire leur faciliter la chose. Puis dans un deuxième temps, ce qu'il faut surtout, c'est faire une alliance encore une fois. À la fois une alliance thérapeutique et une alliance éducationnelle avec d'autres métiers qui viennent aider l'enseignant à retrouver son temps dédié précisément à l'enseignement. Donc ça veut dire qu'il peut travailler avec des collègues en collégialité et eux vont pouvoir prendre davantage en charge la dimension plus psychosociale de l'enfant.
SD | Alliance thérapeutique, alliance pédagogique donc. Peut-on éga...
Installer de nouvelles habitudes.
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Interview animée en juin 2020 par : Cynthia Fleury
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Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance
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Secrétariat de rédaction : Valérie Sourdieux
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Transcription :
SOPHIE DELHAUME | Après le redémarrage du déconfinement un mois avant les vacances d'été, il nous faut penser à la rentrée de septembre et revoir notre copie en quelque sorte pour réviser nos habitudes. Comment envisager l'année scolaire qui est devant nous ? Nous sommes toujours avec la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury pour en discuter. Cynthia Fleury, les métiers dits invisibles, indispensables à l'équilibre de notre société, les enseignants, à certains égards, ont pris une autre dimension à nos yeux. Peut-on penser que notre perception et nos interactions sociales vont s'en retrouver durablement modifiées ?
CYNTHIA FLEURY | Alors, c'est la grande question, parce que c'est vrai que le moment qui a été le nôtre a été un moment de prise en considération, de reconnaissance, de revalorisation des métiers dits du soin. Le soin avec une définition très extensive, ce n'est pas simplement le soin de l'aigu, de l'urgence sanitaire, les médecins, les soignants, c'est ce qu'on a vu, mais c'est aussi ce soin de proximité, ce soin de l'ordinaire, des aides à domicile ou même ce soin au sens de lien de proximité, la caissière, l'éboueur, le facteur, etc. Donc, toute cette grande base que nous formons avec effectivement ce qu'on peut appeler l'état social et aussi notre capital social. Maintenant, c'est au cœur de cette crise que nous avons pris conscience de ça. Est-ce que la prise de conscience va être durable ? Est-ce que la prise de conscience symbolique va se transformer en prise de conscience monétaire ? C'est ce qui est annoncé, mais, encore une fois, personne ne peut dire si ça va se faire réellement. On voit une problématique monter, qui est une vieille problématique, qui est celle du concept d'utilité sociale. C'est un vieux concept de la Révolution française, mais c'est très compliqué parce que quels sont les critères de l'utilité sociale ? Est-ce que l'utilité sociale est directe ou indirecte ? Est-ce que demain il faut peut-être faire un cahier des charges pour chaque métier, en disant il y a une partie qui peut être plus spécifiquement dédiée à cette utilité sociale. Ce sont des questions qui sont devant nous, et encore une fois, on va voir ce qu'on va en faire.
SD | Vous parlez de la complexité de la notion d'utilité sociale. Dans ce même ordre...
Après le confinement, qu’est-ce qui aura changé ? Qu’aurons-nous appris de cette faille systémique qui est survenue dans nos vies personnelles et professionnelles ? Dans cette première partie d'entretien, la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury évoque le retour ambigu à la normalité et la transformation de certains usages alors que les vrais choix restent à faire.
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Interview animée en juin 2020 par : Sophie Delhaume
Directrice de publication : Marie-Caroline Missir
Coordination et production : Hervé Turri, Luc Taramini, Magali Devance
Mixage : Laurent Gaillard
Secrétariat de rédaction : Séverine Aubrée
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Transcription :
SOPHIE DELHAUME | Tous déconfinés depuis le 11 mai, de nombreuses questions trottent dans nos têtes, nos modes de vie reprennent-t-ils doucement le même chemin ? Va-t-on pérenniser les alternatives développées durant cette période ? Saurons-nous refaire société et la classe ? Pouvons-nous la repenser pour septembre ? C'est ce que nous évoquons avec la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury, titulaire de la chaire « humanité et santé » au Conservatoire national des arts et métiers et au groupe hospitalier universitaire de Paris pour la section psychiatrie et neurosciences. Cynthia Fleury, Bonjour.
CYNTHIA FLEURY | Bonjour.
SD | Quelle posture psychique observe-t-on dans cette première semaine de déconfinement, notamment chez les adolescents qui ont désormais intégré cette crise à leur construction ?
CF | Alors, ce qu'on remarque tout de même, que ce soit chez les adolescents, chez les jeunes adultes, c'est que le sentiment du risque sanitaire s'affaiblit. Donc, il y a un sentiment de baisse de la courbe, à tort ou à raison, mais la perspective d'un reconfinement drastique s'éloigne et il y a déjà quelque chose qui est d’un… pas d'un soulagement… mais en tout cas d'une déprise par rapport à la dramatisation qu'on a connue dans les premières semaines du confinement. Ensuite, en revanche, il y a la question de la vie. La vie au sens de la normalité de la vie, la vie qu'on connaît, et notamment la détresse — enfin la détresse, c'est trop fort — mais l'angoisse socio-économique. Et donc là, on rentre dans quelque chose qui est : « Quel est le coût socio-économique du confinement ? » et notamment chez les jeunes, puisque vous allez avoir à peu près 7 000 jeunes qui vont arriver sur le marché du travail en septembre et les portes ne vont pas s'ouvrir aussi facilement que cela. Et malgré tout, vous avez quantité de jeunes qui, même si tout de suite, là, à l'instant T, ne témoignent pas d’une énorme angoisse, il y a quelque chose d'une posture psychique qui inquiète. Donc ça, c'est un premier point. Et puis le deuxième point, c'est de dire : « Si éventuellement le risque sanitaire reprenait, si la courbe reprenait, est-ce qu'il y aurait, ou pas, un refus ou une résistance à cette stratégie, à ce choix fait du reconfinement ou pas ? » Et là vous voy...
Gestion de l’humain, gestion de l’hétérogénéité, hybridation pédagogique.
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Interview animée en mai 2020 par : Élisabeth Lansel
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Transcription:
ÉLISABETH LANSEL | Bonjour à toutes et à tous, nous accueillons Jean-Pierre Bellier, inspecteur général sport et recherche en charge des psychologues de l'Éducation nationale. Il va nous parler du rôle que ces psychologues jouent pour accompagner le retour progressif et échelonné des élèves en classe. Nous allons nous demander ce que cette corporation peut apporter au système éducatif dans le contexte très particulier du déconfinement. « Les psychologues de l'Éducation nationale, un soutien pour la communauté éducative », un épisode d'Extra Classe. Jean-Pierre Bellier, pourriez-vous nous dire à quel stress sont exposés les élèves et la communauté éducative ?
JEAN-PIERRE BELLIER | Ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'il y a trois niveaux de stress que vous avez à prendre en considération :
— Il y a le stress qui est post-traumatique lié au vécu du confinement. Alors dans le vécu du confinement, vous vous imaginez bien que chacun de ces enfants, car nos élèves sont aussi des enfants même s'ils sont des pré-ados, chacun a pu le vivre de manière différente, avec parfois des conditions, des contextes humain, matériel très divers et qui n'ont pas été sans conséquences sur leur représentation de ce que peut leur apporter une vie, on va dire sereine.
— Deuxième niveau de stress c'est celui qui est spécifiquement lié à la maladie du Covid-19. Pourquoi ? Parce que vous savez comme moi, nous en sommes tous victimes : les médias, nos propres environnements, sont bien évidemment préoccupés par l'évolution de cette maladie avec dans l'idée que peut-être elle est en train de s'éteindre, ou en tout cas, se mettre en sommeil. D'autres, au contraire, la redoute plus virulente puisqu’on évoque bien entendu, l’idée selon laquelle la deuxième vague serait encore plus vigoureuse que la première, et donc nos enfants ont tout ça dans la tête.
— Et puis le troisième niveau, c'est finalement quelque chose qui est lié spécifiquement à l'école, c'est-à-dire le retour dans l'établissement peut générer une certaine forme de peur. Certains vont d'ailleurs manifester, alors que ce n'était pas du tout le cas initialement, quelque chose qui est de l'ordre de la phobie scolaire. Donc il y a tout ça à prendre en considé...
Hybridation pédagogique et scolaire.
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Interview animée en mai 2020 par : Laëtitia Pourel
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Mixage : Simon Gattegno
Secrétariat de rédaction : Valérie Sourdieux
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Transcription :
LAËTITIA POUREL | La crise du Covid-19 a placé, les enseignants devant un nouveau défi : comment continuer la classe à distance ? La fin du confinement ne signifie pas un retour à un enseignement en présentiel total comme au cours des mois précédents. Nous sommes en ligne avec Stéphane Jach, IA-IPR de lettres dans l'académie de Lille, pour revenir sur la nécessité de s'inspirer des pratiques développées pendant le confinement et souligner l'importance de la créativité dans l'approche pédagogique. Stéphane Jach, bonjour ! En quoi cela peut-il s'être révélé positif selon vous ?
STÉPHANE JACH | Pour moi, l'expérience du confinement a, malgré la situation stressante que nous avons traversée et ses complications, eu un aspect positif sur l'approche pédagogique. En ceci qu'elle a mobilisé autrement les enseignants et les élèves dans la pratique scolaire. Et cette double motivation qui jusque-là semblait couler de source, avait imposé d'une certaine façon, et je n'oserais absolument pas le reprocher, certains éléments de sclérose. Donc cette réinvention complète des situations, ce qui est né, c'est une mobilisation d'une nature différente et la prise en compte de la nécessité d'adopter véritablement toutes les propositions pédagogiques non seulement aux classes mais presque à l'intérieur des classes à chaque élève. Alors, cela semble démesuré de s'engager dans « cette dentelle ». Mais on se rend compte que l'enjeu finalement est de déclencher par les bons conseils les bonnes analyses, par le suivi pas à pas et parfois par de simples annotations — des choses qu'on faisait déjà —, la mise en œuvre progressive de l'élaboration du savoir chez les élèves, et de poser ce mot-là, la nécessité de penser une progression. Je vais conclure la réponse en un mot. Cette question de la progression, on l’envisage souvent en termes de progression annuelle ou de progression à l’intérieur des séquences, c'est vrai. Or l'enjeu est de penser la progression des élèves au sein de chaque étape de l'année, de chaque séquence pour arriver à la fin, à l'autonomie.
LP | Et dans ce cas-là, ce temps d'expérimentation, selon vous, peut-il ouvrir une période plus ouverte à l'innovation, à la recherche, comme vous l’évoquiez auparavant ?
SJ | Oui, il y a une nécessité effectivement d'exploiter cette périod...
Gestion de l’humain.
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Transcription :
LAËTITIA POUREL | La décision du ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse d'ouvrir à nouveau les établissements scolaires à partir du 11 mai, place les enseignants dans une situation inédite. Le retour progressif des élèves en classe va prolonger l'expérience de l'enseignement à distance. Nous sommes en ligne avec Stéphane Jach, IA-IPR de lettres dans l'académie de Lille, qui partage son analyse sur la redéfinition de la relation enseignant-élève qu’implique une telle situation. Stéphane Jach, bonjour ! Le confinement a provoqué la mise en place de nouvelles modalités de travail pour les enseignants et cela conduit à développer une communication plus spécifique avec les élèves et à renforcer une relation de confiance. À ce stade, peut-on parler d'une réinvention du geste pédagogique ?
STÉPHANE JACH | Compte tenu de la situation que nous avons traversée, le confinement et la nécessité d'adapter l'enseignement et de travailler autrement avec les élèves, il y a bien une réinvention du geste pédagogique qui s'est jouée dans les académies. Elle a pris des formes très variées. Mais ce que l'on a observé, c'est la mise en place d'une très grande logique de personnalisation, la prise en compte de la progressivité et de l'autonomie des élèves. C'est-à-dire que dans un premier temps où, à de nombreuses ressources qui ont été produites, ont succédé assez rapidement des réflexions sur l'utilisation de ces ressources dont on voyait bien qu'elles n'étaient pas utilisables. Et c'est à ce moment-là que progressivité, personnalisation sont devenues des mots-clés et que des gestes pédagogiques assez neufs, même s'ils s'appuient sur des pratiques déjà existantes, se sont développés. Je parle de gestes pédagogiques neufs parce que finalement les professeurs se les sont appropriés avec plus d'aisance et en ayant leur propre couleur de travail. Spontanément je vous parlerais bien d'une réinvention. Même si des éléments existaient déjà préalablement qui ont été les germes positifs.
LP | L'éloignement de l'école a augmenté les difficultés rencontrées par certains élèves. Par quels procédés un enseignant peut-il tenter de garder contact avec un élève décrocheur ?
SJ | La question des élèves et de l'accompagnement des élèves, en particulier des élèv...
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LAËTITIA POUREL | Après la réouverture des établissements scolaires, de nombreux enseignants se retrouvent confrontés à une situation complexe avec entre autres, la gestion du protocole sanitaire, le retour des élèves en classe, mais aussi la poursuite de l'enseignement à distance. Comment accueillir les émotions d’élèves parfois choqués, quand on n'est pas toujours préparés à recueillir cette parole ? Quel dispositif faut-il mettre en place ? Pour tenter de répondre à ces questions, nous sommes en ligne avec Abdennour Bidar, docteur en philosophie, inspecteur général de l'Éducation nationale. Abdennour Bidar, bonjour ! Quel regard portez-vous aujourd'hui sur les dispositifs qu'il faut envisager, qu'il faudrait mettre en place au sein de l'école ou des établissements pour accompagner les élèves en sachant que l'approche d'un écolier n'est évidemment pas la même que pour un lycéen ?
ABDENNOUR BIDAR | Ce qui paraît crucial, c'est que nous, l'institution scolaire, nous choisissions le bon périmètre de cet accompagnement du retour des élèves en classe, c'est-à-dire que, il y a évidemment tout l'aspect et toute la dimension sanitaire. Mais il y a également la dimension pédagogique et la dimension de l'accompagnement pédagogique. Et à cet égard, j'ai réfléchi à un dispositif qui permet d'accompagner précisément la parole des élèves, d’accueillir la parole des élèves, d'instituer ou d'ouvrir tous les espaces de discussions qui seront nécessaires pour que nous aidions nos élèves à acquérir une bonne intelligibilité, une intelligibilité suffisante de l'événement par lequel nous sommes passés ou par lequel nous passons. Lorsque je réfléchis à ce dispositif et à ses finalités pédagogiques, je pense notamment à l'ouverture de ce que je viens d'appeler des espaces de discussion et des temps de discussion, mais il ne s'agira pas d'ouvrir d'emblée sans préparation un ou des espaces de discussion en classe avec les élèves, sans une étape préalable, et ce d'autant moins que l'expérience du confinement aura pu être particulièrement éprouvante pour certains élèves. C'est-à-dire que la discussion qu...
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