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Aujourd'hui, je vous propose un Ă©pisode hors du commun, comme on les aime dans JINS. Il va sâagir de croiser le contexte arabo-musulman avec une figure devenue essentielle dans les sociĂ©tĂ©s modernes : la drag queen. Une drag queen est un homme qui construit une identitĂ© fĂ©minine de maniĂšre exagĂ©rĂ©e, le temps dâun jeu de rĂŽle. Il sâagit de forcer les traits fĂ©minins de façon théùtrale, par le maquillage, le costume, le chant, la danse, lâimitation de toutes les caractĂ©ristiques que le monde moderne accorde au fĂ©minin. Il ne sâagit que dâun travestissement, et non pas dâune indication sur lâorientation sexuelle de lâhomme en question. Il ne sâagit pas non plus de son identitĂ© de genre car une drag queen nâest pas forcĂ©ment une personne trans. Pour reprendre grossiĂšrement les mots de Judith Butler, il sâagit plutĂŽt dâune performance de genre, c'est-Ă -dire dâune maniĂšre dâexprimer le genre qui est mise en scĂšne, avec des gestes, des postures, des mouvements, des paroles.Â
Les drag queens ont toujours fait partie de la sous-culture gay que les historiens de lâart ont appelĂ© camp. Le camp est un humour espiĂšgle, une autodĂ©rision qui permet aux hommes gays de rire des difficultĂ©s de leur condition dans une sociĂ©tĂ© homophobe. LâexagĂ©ration du fĂ©minin, la théùtralitĂ© de la gestuelle, la vĂ©nĂ©ration dâicĂŽnes fĂ©minines comme MylĂšne Farmer, le voguing comme danse identitaire ou lâengouement autour du concours de drags RuPaulâs Drag Race sont autant dâĂ©lĂ©ments qui se rapportent au style camp. Lorsque ce sont les femmes qui deviennent des personnages hyper masculins, le temps dâun spectacle, on parlera alors de drag kings. Ă lâinverse du camp, on trouvera le style butch qui renforcera les conventions masculines rigides et le virilisme.
Aujourd'hui, jâai lâhonneur dâaccueillir une personnalitĂ© extraordinaire. Ielle sâappelle Khookha McQueer. Khookha est une militante LGBTQIA+, fĂ©ministe et artiste tunisienne. Iel est lâune des plus grandes figures de la transidentitĂ© en Tunisie et sâidentifie comme une personne non-binaire. Iel est certifiĂ© pour former et Ă©duquer autour des questions dâidentitĂ© et dâexpression de genre, dâorientation sexuelle. Iel Ă©crit, dessine, pose pour des photos, prend des photos, rĂ©alise des performances et construit des univers visuels envoĂ»tants.Â
« Si on a peur que les drag queens ou que les personnes queer influencent le reste de la population, il faut se dire que cette population nâest pas uniquement en train dâinfluencer les personnes queer, mais plutĂŽt de les contraindre. » --- Khookha McQueerÂ
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Cet Ă©pisode de JINS est corollaire Ă lâĂ©pisode prĂ©cĂ©dent oĂč jâĂ©tais en compagnie Brahim NaĂŻt-Balk pour parler dâamours homosexuelles dans le contexte de la citĂ© ou des banlieues. Il Ă©tait crucial pour moi, comme dâhabitude, de ne pas adopter un point de vue uniquement masculin dans lâanalyse dĂ©jĂ assez inĂ©dite de lâhomosexualitĂ©, de la classe sociale, de la race, de lâislam en France, mais aussi de croiser ces identitĂ©s avec le genre fĂ©minin. Je le rappelle une Ă©niĂšme fois en guise dâintroduction, le Saint Coran ne fait jamais mention de lâhomosexualitĂ© fĂ©minine. Et encore moins dâune quelconque condamnation.Â
Aujourd'hui, on va tenter de dĂ©jouer cette pensĂ©e stĂ©rĂ©otypĂ©e. Alors, comment se construire et garder ses relations familiales si on est une femme lesbienne maghrĂ©bine migrante ou d'ascendance maghrĂ©bine en France, qui plus est en banlieue ? Est-ce que les femmes homosexuelles sont visibles dans les citĂ©s ?Â
Câest une sociologue qui va nous permettre aujourd'hui dây voir plus clair sur la question des lesbiennes de lâimmigration, il sâagit de Salima AMARI. Docteure en sociologie, Salima Amari entend repenser lâarticulation des questions de genre, de racialisation et de classe Ă travers les parcours des femmes lesbiennes dâAfrique du Nord. Elle a rĂ©alisĂ© une enquĂȘte inĂ©dite avec des femmes se dĂ©finissant comme lesbiennes (ou bisexuelles), primomigrantes ou dâascendance maghrĂ©bine (nĂ©es en France de parents tunisiens, algĂ©riens ou marocains). Elle enseigne aujourd'hui Ă la facultĂ© de thĂ©ologie et de sciences des religions Ă lâUniversitĂ© de Lausanne, abordant la thĂ©matique du genre, de la sexualitĂ© et des pratiques transgressives en islam.Â
« Pour les jeunes femmes lesbiennes issues de lâimmigration nord-africaine, la contrainte au mariage hĂ©tĂ©rosexuel, et ensuite Ă la maternitĂ©, est trĂšs forte. Certaines vont cĂ©der Ă cette pression patriarcale. » --- Salima AmariÂ
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Re-bonjour Ă toustes ! Ce deuxiĂšme Ă©pisode du jour sera orientĂ© vers lâĂ©lucidation dâun problĂšme dont on parle depuis deux dĂ©cennies, celui de lâhomosexualitĂ© masculine dans les banlieues. Au commencement, câest lâinsulte. Ensuite, il y a les attouchements, les menaces, les ruĂ©es de coups, lâexclusion, lâexcommunication et bien sĂ»r, les violences sexuelles.
Une fois de plus, un homme arabe homosexuel, câest la honte de la communautĂ©. Et du coup tout le monde autour en fait une affaire personnelle, un problĂšme Ă rĂ©gler. Parfois mĂȘme, dâaprĂšs ce que disent certains, « casser du pĂ©dĂ© devient une fiertĂ© ». La discussion dâaujourd'hui est difficile parce que je ne voudrais pas quâon continue Ă vĂ©hiculer des idĂ©es trop ancrĂ©es dans les esprits sur la violence inhĂ©rente Ă la citĂ© ou Ă aggraver la stigmatisation des quartiers dits « chauds » ou de ce que beaucoup ont appelĂ© des « ghettos », mais il ne sâagit pas non plus de faire un dĂ©ni complet de du sexisme et de lâhomophobie en banlieue. Il faut juste rappeler, comme lâa trĂšs justement dit Fatima Daas dans le 8Ăšme Ă©pisode de JINS, que la banlieue nâa pas le monopole de lâhomophobie. Sâils, elles et iels sont rejetĂ©s par leur entourage dans la citĂ©, les homos ne sâintĂšgrent pas pour autant Ă la communautĂ© LGBT+ parisienne. Les citĂ©s françaises sont-elles les bastions de lâhomophobie ?Â
Pour Ă©changer sur ce sujet, jâai dĂ©cidĂ© dâinviter un homme courageux et bienfaisant, Brahim NaĂŻt-Balk. Brahim est lâaĂźnĂ© dâune famille marocaine, il grandit en banlieue parisienne, dans un bloc HLM. Ăducateur sportif, son truc câest le foot. En 2003, il a pris le rĂŽle de directeur dĂ©partemental Handisport des Hauts-de-Seine pour accompagner des personnes Ă handicap. Il est surtout lâauteur dâune biographie trĂšs remarquĂ©e "Un Homo dans la CitĂ©" aux Ăditions Calman-LĂ©vy oĂč il parle de sa vie rocambolesque. Car oui, Brahim est homosexuel. Il a du vivre dans la peur et la solitude, dans le rejet et lâincomprĂ©hension, mais a rĂ©ussi Ă crĂ©er des nouveaux chemins de vie, notamment par ses rĂ©cits et sa bienveillance envers celleux quâil coach. On va essayer de comprendre ensemble si les citĂ©s françaises sont vraiment les seuls bastions de lâhomophobie⊠et en quoi elles sont dĂ©signĂ©es comme telles.Â
« Ătre homosexuel alors quâon a la mĂȘme confession et la mĂȘme culture, câest salir la communautĂ©. En permanence, on est dĂ©visagĂ©, on est rejetĂ© de la citĂ©. » --- Brahim NaĂŻt-BalkÂ
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Ce 1er Ă©pisode du jour est le premier dâune trilogie sur la sexualitĂ© dans les banlieues. Pourquoi centrer le discours sur les banlieues ? Tout simplement parce que quand on dit banlieue on imagine tout de suite des jeunes maghrĂ©bins en jogging Sergio Tacchini sur leur scoot qui sifflent des jeunes filles voilĂ©es. On se le dit toustes dans un coin de notre tĂȘte : le machisme, lâhomophobie et les violences sexuelles sont lĂ©gion dans les couches populaires ghettoĂŻsĂ©es, composĂ©es de populations immigrĂ©es dâAfrique du Nord et de lâOuest. Depuis les 20 derniĂšres annĂ©es, les mĂ©dias ont polluĂ© nos esprits dâun imaginaire Ă feu et Ă sang dans les banlieues. Alors, du coup, est-ce que les banlieues nây comprennent rien Ă la sexualitĂ© ? Est-ce que le sexe sâarrĂȘte vraiment au pĂ©riphĂ©rique ? Est-ce que les banlieues sont hermĂ©tiques Ă lâamour et Ă la sexualitĂ© ? Quelle est la place des jeunes filles dans les dynamiques de sĂ©duction dans les quartiers populaires ? Comment on dit et on fait lâamour dans les citĂ©s ?Â
Jâai lâhonneur dâaccueillir une sociologue Ă©mĂ©rite pour commencer cette trilogie, il sâagit dâIsabelle Clair. Isabelle Clair est une sociologue, chargĂ©e de recherche au CNRS. Elle est autrice d'une thĂšse de doctorat intitulĂ©e "Amours sous silence : la socialisation amoureuse des jeunes de milieux populaires", soutenue en 2005 Ă Paris 5. Isabelle Clair mĂšne des recherches sur lâentrĂ©e dans la sexualitĂ© et la conjugalitĂ© de jeunes appartenant Ă diffĂ©rents groupes sociaux ; et elle a proposĂ© divers retours rĂ©trospectifs sur les Ă©tudes de genre. Elle a Ă©crit la Sociologie du genre en 2012 et Les Jeunes et lâamour dans les citĂ©s en 2008. Elle est membre du comitĂ© de lecture de Genre, SexualitĂ© & SociĂ©tĂ©. Elle a Ă©crit beaucoup dâarticles traitant de la question de lâamour et de la sexualitĂ© en banlieue.
« Comme on nâa pas accĂšs Ă la pratique sexuelle des jeunes de banlieue, alors on la fantasme. » --- Isabelle ClairÂ
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Au cours de lâhistoire, les musulmans et les non-musulmans ont criblĂ© lâislam de chimĂšres, de stĂ©rĂ©otypes, dâinterdits, de tabous et dâinterprĂ©tations qui lâont sclĂ©rosĂ©. Câest pourquoi dans JINS, je prĂŽne pour les croyants musulmans une thĂ©ologie de la libĂ©ration. Sinon on retombe dans les stĂ©rĂ©otypes constants et les tabous. Lâhomme doit ĂȘtre viril au lit et la femme doit garder son hymen jusquâau mariage. Un homme doit arborer sa barbe, une femme doit oublier sa trousse de maquillage. Il ne faut pas invoquer le nom de Dieu aux toilettes. Toute reprĂ©sentation est un blasphĂšme. LâhomosexualitĂ© est une dĂ©viance. La masturbation dilapide la semence divine. LâathĂ©isme est le passe-droit pour lâenfer. Les tabous tuent la religion musulmane et lâĂ©cartent de sa substance spirituelle pour chaque croyant. Aujourd'hui, lâislam doit entamer un profond examen de conscience pour ne pas agoniser dans des conservatismes qui le rendent politique. Et ce, surtout sur la question du corps, de la sexualitĂ© et du genre. Â
Pour aborder ces questions de rĂ©forme de la pensĂ©e islamique, jâai le plaisir dâaccueillir Malik Bezouh. Physicien de formation, spĂ©cialiste de lâislam de France, de ses reprĂ©sentations sociales dans la sociĂ©tĂ© française ainsi que des processus historiques Ă lâorigine de lâĂ©mergence de lâislamisme, Malik Bezouh a lui-mĂȘme Ă©tĂ© charmĂ© par les discours des FrĂšres Musulmans avant de sâen Ă©loigner radicalement. Il est lâauteur de France-islam : le choc des prĂ©jugĂ©s (Plon, 2015) et Crise de la conscience arabo-musulmane (Fondapol, 2015). En 2020, il publie un nouvel essai incroyablement intĂ©ressant qui sâintitule Ils ont trahi Allah. Il vient de publier il y a quelques semaines Je vais dire Ă tout le monde que tu es juif.Â
« Il nây a rien de pire que la combinaison culpabilitĂ©-nĂ©vrose-foi ; parce que ça vous plonge dans le cĂŽtĂ© obscur de la foi. » --- Malik BezouhÂ
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Cet Ă©pisode est jumelĂ© avec le prĂ©cĂ©dent pour que vous soyez presque incollables sur la question transidentitaire en islam. Je le rappelle encore : la transidentitĂ© est le fait pour une personne trans dâavoir un genre diffĂ©rent de celui assignĂ© Ă la naissance, contrairement Ă une personne dite cisgenre, en grande majoritĂ© statistique. JâespĂšre que ça arrivera aux oreilles de celleux qui en ont besoin pour leur propre construction identitaire, histoire dâen savoir plus sur la coexistence de ce quâon leur a toujours dĂ©peint comme inexistant ou non-coexistant : transidentitĂ©, religiositĂ© et/ou ethnicitĂ©.
Suite Ă notre super Ă©pisode avec Karine Espineira, jâai voulu encore plus plonger dans la question transidentitaire pour lui donner une couleur plus intersectionnelle et jâai eu pour cela le privilĂšge dâinterroger une autre chercheuse impressionnante, il sâagit de Corinne Fortier. Elle est diplĂŽmĂ©e en psychologie et formĂ©e en psychanalyse, rĂ©alisatrice de films, mais elle est surtout chargĂ©e de Recherche 1Ăšre Classe au CNRS, anthropologue MĂ©daille de Bronze 2005 du CNRS ; elle travaille dans son laboratoire dâanthropologie sociale sur toutes les thĂ©matiques du corps, du genre et de la filiation avec pour terrain dâĂ©tude la France mais aussi les pays musulmans comme la Mauritanie ou lâĂgypte. SpĂ©cialiste du troisiĂšme genre en islam, elle va nous expliquer tout un tas de faits passionnants sur ces genres qui ont toujours existĂ© mais qui nâont pas toujours Ă©tĂ© montrĂ©s au grand jour.Â
« On retrouve des caractĂ©ristiques communes propres aux figures du 3Ăšme genre dans les contextes arabo-musulmans : le fait dâĂȘtre imberbe, le travestissement, la pratique du chant et de la danse, le rĂŽle social de mĂ©diateur entre hommes et femmes dans des sociĂ©tĂ©s oĂč la sĂ©grĂ©gation spatiale entre hommes et femmes est importante. » --- Corinne FortierÂ
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Aujourdâhui on va attaquer un sujet extrĂȘmement complexe et Ă la fois pas tant, puisquâil ne sâagit pas de dĂ©cortiquer lâidentitĂ© pour la vider de son sens mais tout simplement de la respecter en tant quâelle est vĂ©cue par un ĂȘtre humain. Cette identitĂ© dont je parle, câest la transidentitĂ©. KĂ©zako ? Ce nâest ni une pathologie, ni un choix, ni un drame, ni un chĂątiment divin. Ce nâest pas une perversion, ce nâest pas une prĂ©fĂ©rence, ce nâest pas un dĂ©rĂšglement hormonal et ce nâest pas un trouble psychique.Â
Ătre trans, ce nâest pas un choix. Et donc il nây a pas de dĂ©bat. LĂ oĂč il y a dĂ©bat en revanche, qui que vous soyez, câest quand on choisit la discrimination, lâirrespect, la violence ; en particulier islamophobes, racistes et transphobes envers les personnes trans Arabes et/ou musulmanes. Il y a des fĂ©ministes occidentales quâon appelle TERFs qui excluent les femmes trans de leur lutte. Il y a des hommes gays blancs en France qui nâaiment tout simplement pas les personnes trans. Il y a des personnes trans qui se font tabasser dans les rues des villes du Moyen-Orient. De normativitĂ© en normativitĂ©, essayons de voir ensemble aujourd'hui comment dĂ©mĂȘler lâĂ©cheveau de ces identitĂ©s complexes, plurielles, intersectionnelles, pour converger vers un point de rencontre oĂč toutes ces identitĂ©s coexistent.Â
Dans cet Ă©pisode, jâaccueille une universitaire Ă©mĂ©rite, elle est franco-chilienne et elle est une des plus grandes spĂ©cialistes mondiales de la question trans. Jâai nommĂ© Karine Espineira. Elle est docteure en sciences de lâinformation et de la communication, diplĂŽmĂ©e de lâuniversitĂ© Nice-Sophia-Antipolis puis membre associĂ©e Ă lâUniversitĂ© Paris 8. Elle est membre du comitĂ© scientifique de la DILCRAH (la DĂ©lĂ©gation InterministĂ©rielle Ă la Lutte Contre le Racisme, lâAntisĂ©mitisme et la Haine anti-LGBT). Ses recherches portent majoritairement sur les constructions mĂ©diatiques des transidentitĂ©s, sur les transfĂ©minismes et sur les corps vulnĂ©rables. Elle est lâautrice de nombreux ouvrages, dont ce quâelle a appelĂ© la TransyclopĂ©die.Â
« On ne peut pas lutter contre la transphobie au prix du racisme. La transphobie est partout ; ce nâest pas rĂ©servĂ© Ă un peuple ou Ă une religion. » --- Karine EspineiraÂ
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Bonjour Ă toutes et Ă tous ! Bienvenue dans ce nouvel Ă©pisode de JINS, oĂč lâon va parler de la biologie de la sexualitĂ©. Quâest-ce que ça veut dire au juste ? Ăa veut dire quâavant de parler de comment les Arabes sont des personnes racisĂ©es ou comme les musulmans font ci ou ça, il sâagit de comprendre comment le corps humain se diffĂ©rencie dans les multiples versions de sa morphologie sexuelle. On va tenter lâexpĂ©rience pĂ©rilleuse pour les auditeur·ice·s de comparer biologiquement lâhomme et la femme, de rentrer dans la biologie de la non-binaritĂ©, de lâintersexuation, de la fabrique du sexe, de la sexualisation du cerveau et bien sĂ»r essayer de comprendre ce qui se joue physiologiquement en nous pour comprendre notre orientation sexuelle. Quels sont les mĂ©caniques corporelles et hormonales qui rĂšglent et dĂ©rĂšglent nos processus de diffĂ©renciation sexuĂ©e ? Quâest-ce qui rentre en jeu dans les variations du dĂ©veloppement sexuel ? Est-ce quâil y a un gĂšne pour expliquer tout comportement ou attirance sexuelle ? Accrochez-vous bien, parce quâil y a beaucoup de concepts scientifiques mais qui vont vous Ă©berluer sur les mystĂšres que la science tente dâĂ©lucider de nos jours sur la sexualitĂ©.Â
Aujourd'hui, jâai lâhonneur de parler Ă une trĂšs grande pointure : il sâagit du biologiste belge Jacques Balthazart. SpĂ©cialiste en neuroendocrinologie du comportement, il est un des plus grands experts de la question de lâhomosexualitĂ©, entre lâinnĂ© et lâacquis. Il est chargĂ© de cours Ă©mĂ©rite Ă lâUniversitĂ© de LiĂšge en Belgique. Toute sa carriĂšre il sâest intĂ©ressĂ© aux mĂ©canismes biologiques contrĂŽlant lâorientation sexuelle chez les animaux et les humains. Il va donc souvent Ă lâencontre des premiĂšres thĂ©ories psychanalytiques et des thĂ©ologies conservatrices qui soulignent lâimpact de lâĂ©ducation et de lâenvironnement dans la gĂ©nĂ©ration dâindividu non hĂ©tĂ©rosexuels. En 2019, il publie Quand le cerveau devient masculin aux Ă©ditions HumenSciences. En 2010 dĂ©jĂ , il publie lâouvrage Biologie de lâhomosexualitĂ©. vĂ©ritable sĂ©isme dans la sphĂšre scientifique, quâil vient de rééditer sous le nom On naĂźt hĂ©tĂ©ro ou homosexuel, on ne choisit pas de lâĂȘtre. Â
« Il y a des dĂ©terminants biologiques de lâhomosexualitĂ© qui sont assez forts, Ă savoir les hormones, la gĂ©nĂ©tique, lâĂ©pigĂ©nĂ©tique⊠mais chacun dâentre eux nâexpliquent encore quâune partie des homosexualitĂ©s. » --- Jacques BalthazartÂ
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Bonjour Ă toustes ! Bienvenue dans ce nouvel Ă©pisode de JINS, votre podcast sur la sexualitĂ© des personnes Arabes et/ou Musulmanes de France ! Aujourd'hui, on va aborder une question complexe mais qui tend, comme dâhabitude dans JINS, Ă rĂ©flĂ©chir sur lâinclusion. Mais avant toute chose, je prĂ©fĂšre dĂ©jĂ prĂ©ciser que tous les mots insultants, argotiques et pĂ©joratifs employĂ©s auparavant sont Ă oublier, je leur prĂ©fĂ©rerais toujours le terme « travailleur·euse·s du sexe ». Car oui, il sâagit dâun travail. Au Maroc, l'expression « filles qui sortent » dĂ©signe celles qui frĂ©quentent les night-clubs et les bars la nuit pour gagner leur vie. Au-delĂ du fait prostitutionnel, le « sortir » renvoie aussi plus largement aux distances quâune partie de la jeunesse fĂ©minine des classes populaires prend avec les normes, la moralitĂ© et la respectabilitĂ©. Loin dâĂȘtre confinĂ© Ă la marginalitĂ©, le sortir joue sa partition dans les mĂ©tamorphoses de lâordre sexuel et intime dans un contexte dâessor de lâĂ©conomie du divertissement et dâaccroissement des inĂ©galitĂ©s. Y Ă©mergent de nouvelles valeurs qui remettent en cause les rĂ©gimes moraux et juridiques tout en rĂ©affirmant lâordre hĂ©tĂ©rosexuel.
Pour tenter dây voir plus clair sur la trĂšs Ă©pineuse question de la prostitution, dans un contexte arabo-musulman, colonial et postcolonial, jâai rĂ©ussi Ă parler Ă une trĂšs grande pointure, spĂ©cialiste de ce sujet, il sâagit de MĂ©riam CHEIKH. Membre du dĂ©partement des Ă©tudes arabes de lâINALCO, MĂ©riam est une anthropologue spĂ©cialisĂ©e dans la dissidence morale des jeunes des classes populaires au Maroc. Son travail se concentre sur les processus de transformation de la sexualitĂ©, de l'intimitĂ© et des rapports de genre Ă l'Ćuvre au sein des contre-cultures juvĂ©niles marocaines. Cohabitant avec une dizaine de jeunes femmes engagĂ©es dans le sortir Ă Tanger, MĂ©riam Cheikh a menĂ© une ethnographie longitudinale sur sept ans. Ă lâintersection de la gĂ©nĂ©ration, du sexe et de la classe, elle analyse des trajectoires oĂč se succĂšdent socialisations familiale et scolaire, Ă©laboration de la sexualitĂ© et insertions professionnelle et matrimoniale. Les Filles qui sortent. Jeunesse, sexualitĂ© et prostitution au Maroc revient sur lâexpĂ©rience du « sortir ».Â
« Pour les travailleuses du sexe, il y a une double injonction morale Ă se dĂ©brouiller Ă©conomiquement et socialement ; et en mĂȘme temps, se dĂ©brouiller pour rester respectable. » --- MĂ©riam CheikhÂ
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TrĂšs chĂšr·e·s auditeur·ice·s, bienvenue dans ce nouvel Ă©pisode de JINS. Aujourd'hui on va se concentrer un peu plus sur le Maroc comme un rĂ©fĂ©rentiel pour comprendre les dynamiques de honte, dâinterdits, de tabous et de transgressions qui traversent la sociĂ©tĂ©. Car oui, la hchouma, câest cette pudibonderie limitative, cette honte, ce jugement dĂ©sapprobateur de la communautĂ©. La hchouma ça vient avec une part de gĂȘne, une part de culpabilitĂ©, une part dâhumiliation. Faire honte Ă sa famille est un fardeau insoutenable. Porter la honte parce quâon se sent diffĂ©rent des autres dans notre orientation sexuelle est une blessure de lâĂąme. Mais la honte est aussi paradoxalement un lien social, câest ce qui fait tenir toute un systĂšme oĂč les gens se jugent entre eux pour condamner les personnes. En plus, le sexe et tout ce quâil implique en termes de corporalitĂ© et de sexualitĂ© est affublĂ© dâinjonctions extĂ©rieures, qui lâenveniment. Alors ça suffit, il faut faire en sorte que la honte change de camp, oĂč quâelle disparaisse tout court !
Jâai lâimmense plaisir dâaccueillir une personnalitĂ© qui perce depuis quelques annĂ©es grĂące Ă son talent fou, câest Zainab Fasiki. Ă la base elle est ingĂ©nieure mĂ©canique, maintenant elle est bĂ©dĂ©iste, illustratrice et une des plus grandes figures de la jeunesse fĂ©ministe marocaine. Elle fait partie du collectif Women Power qui soutient des jeunes artistes marocaines. Elle a publiĂ© lâouvrage Fairuz Versus the World, du nom de la diva libanaise. Mais câest surtout depuis la parution en 2019 de Hshouma, qui a bouleversĂ© les milieux littĂ©raires biensĂ©ants et bien rangĂ©s, que Zainab Fasiki sâest affirmĂ©e comme ce quâelle appelle elle-mĂȘme une « artiviste ». Via son art, elle contribue fortement Ă crĂ©er des espaces de rĂ©sistance pour dĂ©noncer la sociĂ©tĂ© patriarcale, pour dĂ©construire les masculinitĂ©s toxiques et cĂ©lĂ©brer lâamour et la sexualitĂ© libre. Tout ce quâon adore dans JINS.Â
« Je ne veux plus que ce soit hchouma de voir la nuditĂ© artistique, de chanter, de danser, de faire lâamour hors mariage, dâĂȘtre homosexuel.le, de sâembrasser dans la rue ou Ă la tĂ©lĂ©. » --- Zainab FasikiÂ
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đ«đ· JINS, câest le 1er podcast sur la sexualitĂ© des personnes arabes et/ou musulmanes. 100% indĂ©pendant, fĂ©ministe, intersectionnel et inclusif. Avec lâexplosion des actes extrĂ©mistes,âŠ
đșđž JINS (@jins_podcast on Instagram) is the 1st podcast that addresses love, sexualities and gender for BIPoC and/or Muslims. Itâs been gaining momentum, totaling 500K+ streams and
about 30K+ loyal listeners, making it a reference in the field, especially within BIPoC & Muslim communities of North America, Europe & the MENA region. Since 2021, I have been interviewing 120+ actors, artists, sociologists, sexologists, activists and authors in both French & English.
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