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Or


« L’amateur d’aubes » est un poème en prose de l'écrivain belge Paul Nougé. Le voici :
J’ai accoutumé depuis longtemps de me lever un peu avant l’aube pour surprendre, dans l’instant qui va suivre, ce qu’il adviendra de la nuit.
Elle est là, contre mon visage, elle a tout pris, elle semble impénétrable, mais derrière elle, je devine, rassemblée, toute la lumière qui tremble comme un déluge avant de s’abattre.
D’abord la nuit résiste à cette pression des grandes eaux éblouissantes, mais, poreuse, et dans ses profondeurs, elle laisse enfin suinter doucement quelque clarté laiteuse qui s’étend, tache de phosphore, et commence d’engendrer l’espace.
J’ai longtemps souhaité une soudaine rupture, une totale invasion de lumière. Que cette grâce m’ait été refusée, que la vigueur que l’on prête à l’imagination n’ait pu jusque-là forcer le monde, maintenant je tiens cet échec pour une manière de bonheur.
La nuit s’imbibe avec lenteur et change, se décompose, laisse paraître, comme au hasard, la transparence d’une atmosphère, un mouvement de forêt ou de nuage, l’éclair d’une mare ou d’un fleuve, les courbes charnelles de la terre, parfois un fragment osseux de ville – mais cependant rien d’humain que moi-même.
Si la nuit se transforme en plein jour, ce n’est jamais de la même manière.
À quoi tient sans doute le prodige.
Un doux parfum de mort (1994), de l'écrivain et scénariste mexicain Guillermo Arriaga, est un livre que je viens de lire. on découvre, autour d'un meurtre, la vie et les habitants d’un village perdu dans la campagne mexicaine. Leurs désirs, secrets, hantises et bêtises ne sont pas si différents des nôtres malgré cette atmosphère exotique.
Dans Le Loup des steppes (1927), chef-d’œuvre d’Hermann Hesse,
Harry Haller, homme intellectuel et solitaire qui se voit comme un loup des steppes, raconte ses tourments dans la société bourgeoise où il vit.
Le roman Nana raconte l'ascension et la chute d'une jeune femme. Issue d'un milieu modeste, Nana devient, par son charme charnel, une grande star de l'opérette et est courtisée par la haute société parisienne. Mais au lieu de concrétiser sa chance et d'en faire quelque chose, Nana gaspille la richesse procurée par sa beauté de jeunesse. Poursuivie par ses créanciers, abandonnée par ses amants, défigurée par la variole, Nana meurt en même temps que la chute du Second empire.
Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre !
Le Cimetière marin
Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes ;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée !
Ô récompense après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des dieux !
Quel pur travail de fins éclairs consume
Maint diamant d’imperceptible écume,
Et quelle paix semble se concevoir !
Quand sur l’abîme un soleil se repose,
Ouvrages purs d’une éternelle cause,
Le Temps scintille et le Songe est savoir.
Stable trésor, temple simple à Minerve,
Masse de calme, et visible réserve,
Eau sourcilleuse, Œil qui gardes en toi
Tant de sommeil sous un voile de flamme,
Ô mon silence !… Édifice dans l’âme,
Mais comble d’or aux mille tuiles, Toit !
Temple du Temps, qu’un seul soupir résume,
À ce point pur je monte et m’accoutume,
Tout entouré de mon regard marin ;
Et comme aux dieux mon offrande suprême,
La scintillation sereine sème
Sur l’altitude un dédain souverain.
Comme le fruit se fond en jouissance,
Comme en délice il change son absence
Dans une bouche où sa forme se meurt,
Je hume ici ma future fumée,
Et le ciel chante à l’âme consumée
Le changement des rives en rumeur.
Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change !
Après tant d’orgueil, après tant d’étrange
Oisiveté, mais pleine de pouvoir,
Je m’abandonne à ce brillant espace,
Sur les maisons des morts mon ombre passe
Qui m’apprivoise à son frêle mouvoir.
L’âme exposée aux torches du solstice,
Je te soutiens, admirable justice
De la lumière aux armes sans pitié !
Je te rends pure à ta place première :
Regarde-toi !… Mais rendre la lumière
Suppose d’ombre une morne moitié.
Ô pour moi seul, à moi seul, en moi-même,
Auprès d’un cœur, aux sources du poème,
Entre le vide et l’événement pur,
J’attends l’écho de ma grandeur interne,
Amère, sombre, et sonore citerne,
Sonnant dans l’âme un creux toujours futur !
Sais-tu, fausse captive des feuillages,
Golfe mangeur de ces maigres grillages,
Sur mes yeux clos, secrets éblouissants,
Quel corps me traîne à sa fin paresseuse,
Quel front l’attire à cette terre osseuse ?
Une étincelle y pense à mes absents.
Fermé, sacré, plein d’un feu sans matière,
Fragment terrestre offert à la lumière,
Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux,
Composé d’or, de pierre et d’arbres sombres,
Où tant de marbre est tremblant sur tant d’ombres ;
La mer fidèle y dort sur mes tombeaux !
Chienne splendide, écarte l’idolâtre !
Quand, solitaire au sourire de pâtre,
Je pais longtemps, moutons mystérieux,
Le blanc troupeau de mes tranquilles tombes,
Éloignes-en les prudentes colombes,
Les songes vains, les anges curieux !
Ici venu, l’avenir est paresse.
L’insecte net gratte la sécheresse ;
Tout est brûlé, défait, reçu dans l’air
À je ne sais quelle sévère essence…
La vie est vaste, étant ivre d’absence,
Et l’amertume est douce, et l’esprit clair.
Les morts cachés sont bien dans cette terre
Qui les réchauffe et sèche leur mystère.
Midi là-haut, Midi sans mouvement
En soi se pense et convient à soi-même…
Tête complète et parfait diadème,
Je suis en toi le secret changement.
Tu n’as que moi pour contenir tes craintes !
Mes repentirs, mes doutes, mes contraintes
Sont le défaut de ton grand diamant…
Mais dans leur nuit toute lourde de marbres,
Un peuple vague aux racines des arbres
A pris déjà ton parti lentement.
Ils ont fondu dans une absence épaisse,
L’argile rouge a bu la blanche espèce,
Le don de vivre a passé dans les fleurs !
Où sont des morts les phrases familières,
L’art personnel, les âmes singulières ?
La larve file où se formaient des pleurs.
Les cris aigus des filles chatouillées,
Les yeux, les dents, les paupières mouillées,
Le sein charmant qui joue avec le feu,
Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent,
Les derniers dons, les doigts qui les défendent,
Tout va sous terre et rentre dans le jeu !
Et vous, grande âme, espérez-vous un songe
Qui n’aura plus ces couleurs de mensonge
Qu’aux yeux de chair l’onde et l’or font ici ?
Chanterez-vous quand serez vaporeuse ?
Allez ! Tout fuit ! Ma présence est poreuse,
La sainte impatience meurt aussi !
Maigre immortalité noire et dorée,
Consolatrice affreusement laurée,
Qui de la mort fait un sein maternel,
Le beau mensonge et la pieuse ruse !
Qui ne connaît, et qui ne les refuse,
Ce crâne vide et ce rire éternel !
Pères profonds, têtes inhabitées,
Qui sous le poids de tant de pelletées,
Êtes la terre et confondez nos pas,
Le vrai rongeur, le ver irréfutable
N’est point pour vous qui dormez sous la table,
Il vit de vie, il ne me quitte pas !
Amour, peut-être, ou de moi-même haine ?
Sa dent secrète est de moi si prochaine
Que tous les noms lui peuvent convenir !
Qu’importe ! Il voit, il veut, il songe, il touche !
Ma chair lui plaît, et jusque sur ma couche,
À ce vivant je vis d’appartenir !
Zénon ! Cruel Zénon ! Zénon d’Élée !
M’as-tu percé de cette flèche ailée
Qui vibre, vole, et qui ne vole pas !
Le son m’enfante et la flèche me tue !
Ah ! le soleil… Quelle ombre de tortue
Pour l’âme, Achille immobile à grands pas !
Non, non !… Debout ! Dans l’ère successive !
Brisez, mon corps, cette forme pensive !
Buvez, mon sein, la naissance du vent !
Une fraîcheur, de la mer exhalée,
Me rend mon âme… Ô puissance salée !
Courons à l’onde en rejaillir vivant !
Oui ! Grande mer de délires douée,
Peau de panthère et chlamyde trouée
De mille et mille idoles du soleil,
Hydre absolue, ivre de ta chair bleue,
Qui te remords l’étincelante queue
Dans un tumulte au silence pareil,
Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre !
L’air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs !
Envolez-vous, pages tout éblouies !
Rompez, vagues ! Rompez d’eaux réjouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs !
Oreiller d’herbes est le quatrième livre que j'ai lu de l'écrivain japonais Natsume Sôseki (夏目漱石, 1867-1916). Ce roman-poème raconte l'aventure d'un jeune peintre qui cherche l'évasion à la campagne. L'originalité de ce roman réside d'abord dans son ambiance fantastique, par exemple les multiples rencontres inattendues avec une jeune femme mystérieuse. Ensuite par les digressions opérées par le héros qui nous fait parvenir la plasticité des paysages et ses réflexions sur les conditions de l’artiste.
Apparition
Je vis un ange blanc qui passait sur ma tête ;
Son vol éblouissant apaisait la tempête,
Et faisait taire au loin la mer pleine de bruit.
- Qu'est-ce que tu viens faire, ange, dans cette nuit ?
Lui dis-je. - Il répondit : - je viens prendre ton âme. -
Et j'eus peur, car je vis que c'était une femme ;
Et je lui dis, tremblant et lui tendant les bras :
- Que me restera-t-il ? car tu t'envoleras. -
Il ne répondit pas ; le ciel que l'ombre assiège
S'éteignait ... - Si tu prends mon âme, m'écriai-je,
Où l'emporteras-tu ? montre-moi dans quel lieu.
Il se taisait toujours. - Ô passant du ciel bleu,
Es-tu la mort ? lui dis-je, ou bien es-tu la vie ? -
Et la nuit augmentait sur mon âme ravie,
Et l'ange devint noir, et dit : - Je suis l'amour.
Mais son front sombre était plus charmant que le jour,
Et je voyais, dans l'ombre où brillaient ses prunelles,
Les astres à travers les plumes de ses ailes.
Vous connaissez peut-être déjà l'histoire du père Goriot. Rastignac, jeune homme qui rêve d'entrer dans la haute société parisienne, rencontre le père Goriot, ancien révolutionnaire, renié par ses filles et ridiculisé par les locataires de la maison Vauquet. Rastignac, balançant entre vertu et vice, voit que le bon n'est pas récompensé et que le mauvais n'est pas puni, laisse finalement son cœur se corrompre.
Ballade des Dames du temps jadis
Dictes-moy où, n’en quel pays,
Est Flora, la belle Romaine ;
Archipiada, ne Thaïs,
Qui fut sa cousine germaine ;
Echo, parlant quand bruyt on maine
Dessus rivière ou sus estan,
Qui beauté eut trop plus qu’humaine ?
Mais où sont les neiges d’antan !
Où est la très sage Heloïs,
Pour qui fut chastré et puis moyne
Pierre Esbaillart à Sainct-Denys ?
Pour son amour eut cest essoyne.
Semblablement, où est la royne
Qui commanda que Buridan
Fust jetté en ung sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d’antan !
La royne Blanche comme ung lys,
Qui chantoit à voix de sereine ;
Berthe au grand pied, Bietris, Allys ;
Harembourges, qui tint le Mayne,
Et Jehanne, la bonne Lorraine,
Qu’Anglois bruslèrent à Rouen ;
Où sont-ilz, Vierge souveraine ?…
Mais où sont les neiges d’antan !
ENVOI
Prince, n’enquerez de sepmaine
Où elles sont, ne de cest an,
Qu’à ce refrain ne vous remaine :
Mais où sont les neiges d’antan !
L’île au trésor est un roman d’aventure avec un trésor à la clé et des personnages hauts en couleur. C’est également un roman d’apprentissage pour le jeune Jim qui se languit de partir et qui mûrira au fil de son voyage. Et vous, seriez-vous prêts à tout quitter pour tenter l’aventure ?
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