Les coulisses du pouvoir : l'édito politique

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Les coulisses du pouvoir : l'édito politique episodes

  • Paul Magnette et le cœur qui saigne
    Paul Magnette rejette finalement la loi "anti-casseur". Un coup de canif dans la solidarité gouvernementale. Un coup à gauche, alors que la position du PS était devenue petit à petit intenable. Oui, cette loi anti-casseur, portée par l'ancien ministre Vincent Van Quickenborne, prévoyait des dispositions ayant pour but de punir les casseurs lors de manifestations, en prévoyant la possibilité d'interdire à une personne condamnée pour un délit lors d'un "rassemblement revendicatif" de participer à d'autres manifestations. Depuis le début, cette limitation à la liberté de manifester a été contestée par la Ligue des droits humains, Amnesty, Greenpeace, les syndicats et la FGTB en tête, évoquant une loi liberticide. Thierry Bodson, le président de la FGTB, en a fait un combat personnel, menaçant publiquement le PS et ECOLO en leur signifiant qu'il y aurait un avant et un après en cas de vote. Comprenez, la FGTB se lancerait dans une campagne contre les partis de gauche au gouvernement alors que les élections arrivent. Le PS était de plus en plus mal pris. Il a bien demandé et obtenu des amendements au texte, mais ils n'ont pas calmé les choses, d'autant plus que le Conseil d'État vient de critiquer assez sévèrement le texte. Pour le PS, c'est un revirement. Comment expliquer ce changement d'attitude de Paul Magnette? Alors, ce n'est pas un revirement complet, puisque le PS avait déjà averti que certains éléments lui posaient problème. Mais il y avait bien eu un accord au sein du gouvernement. Accord aujourd’hui rayé d’un trait par Paul Magnette. Pour comprendre, il faut rappeler qu'au PS, cette loi faisait débat. Elle était soutenue notamment par les municipalités, les bourgmestres des grandes villes souvent confrontés à des actes de vandalisme lors de manifestations. Philippe Close, à Bruxelles, était demandeur. Mais depuis que Thierry Bodson en a fait un combat personnel, le PS était en grande difficulté. Sa position, comme nous l’avions déjà écrit en juin, était devenue intenable. Car le PS n'a pas oublié 2013. Cette année-là, un an avant les élections, Thierry Bodson avait pris en grippe Elio di Rupo, alors Premier ministre, sur la suppression des allocations d'insertion pour les jeunes chômeurs. La fronde de Thierry Bodson avait sans doute coûté quelques pourcents au PS. Le PTB avait réalisé à l'époque ses deux premiers sièges. Elio di Rupo, chose rare chez lui, avait reconnu son erreur stratégique. Le 6 janvier 2015, il avait prononcé dans "Matin Première" une contrition restée célèbre... Paul Magnette voulait éviter d'avoir lui aussi le cœur qui saigne. Oui, en quelque sorte. Paul Magnette ne pouvait pas prendre le risque d'une répétition des élections de 2014 où tout le bilan gouvernemental du PS avait été éclipsé par la suppression des allocations d'insertion. Avec un PTB désormais à 12 sièges, c'était tout simplement trop risqué Cela risque de jeter un froid dans la Vivaldi. Le MR menace déjà de bloquer d'autres accords. Oui, c'était déjà l'hiver pour la Vivaldi, mais on entre sans doute désormais dans une période de glaciation politique. Le calcul du PS est simple : certes, il risque de faire échouer plusieurs dossiers qu'il poussait encore, certes, il risque de passer pour un partenaire déloyal, mais le risque d'entrer en campagne contre la FGTB liguée avec le PTB a été jugé encore plus grand. L'hiver va être long pour la Vivaldi.
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    5 min
  • d’Echec de la contre-offensive
    En Ukraine, on peut parler d’échec de la contre-offensive démarrée début juin. Bientôt, la météo empêchera toute avancée majeure. L’Europe, les Etats Unis, mais avant tout Kiev évidemment espéraient libérer bien plus de terres. On fait le point avec notre correspondante sur place Maurine MERCIER.
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    6 min
  • Être élu est-il devenu une tare pour être ministre ?
    Avec la nomination de Paul Van Tichelt comme vice-Premier ministre et ministre de la justice par le VLD, le gouvernement fédéral accueille une nouvelle fois une personnalité non élue dans ses rangs. Six ministres en poste ne sont pas passés devant l’électeur en 2019. Longue liste La question est posée : l’électeur est-il devenu incapable de choisir ses leaders ? En tout cas, les présidents de partis semblent en douter. Faisons la liste dans ce gouvernement fédéral. Paul Van Tichelt, Open Vld, vice-premier, ministre de la justice était chef de cabinet adjoint. Nicole de Moor, CD&V, secrétaire d’État à l’asile, chef de cabinet. Frank Vandenbroucke, Vooruit, vice-premier et ministre de la santé, avait pris sa retraite. Annelise Verlinden, ministre de l’Intérieur pour le CD&V, était avocate. Hadja Labhih, MR, ministre des affaires étrangères, était journaliste. Thomas Dermine, secrétaire d’État à la relance, était directeur de l’Institut Emile Vandervelde au PS. Hormis Frank Vandenbroucke, qui avait déjà été élu mais ne s’était plus présenté aux dernières élections, cinq ministres n’ont donc aucune légitimité populaire, seulement celle de leur président de parti. Crise de confiance Comment explique-t-on une telle situation ? Paradoxalement, à cause de l’électeur. Les dernières élections, les sondages aussi, montrent une volonté de renouvellement, voire de dégagisme, de critique de l’entre-soi particratique, de perte de confiance dans les institutions, dans le parlement et les partis. Un phénomène souvent ramené à une crise de la représentation. Les présidents de partis tentent donc d’anticiper cette vague, de forcer le renouvellement par le haut. Ils proposent de nouveaux leaders, qui font leurs preuves et gagnent en visibilité avant le scrutin, mais en ayant malgré tout une image de société civile. Ecolo a tenté la même chose avec Céline Tellier au niveau du gouvernement wallon. Renouvellement donc, mais est-ce que cela ne risque pas de susciter le malaise, à quoi ça sert encore de voter ? Le danger de cercle vicieux est évident. Ce fut d’ailleurs l’une des premières interventions du leader du Vlaams Belang, Tom Van Grieken hier. Il a dénoncé la nomination d’un cabinettard soutenu par aucune voix. Rappelons que le parlement est élu par les citoyens, que ce sont les élus qui votent la confiance dans les exécutifs, mais que rien n’oblige à ce que ces exécutifs soient constitués d’élus. C’est d’ailleurs comme ça dans l’immense majorité des régimes parlementaires. La désignation des ministres est l’affaire des organisations politiques: les partis. Si la pratique semble se renforcer fortement au cours de cette législature, c’est avant tout parce que ces organisations politiques, ces partis, sont en crise. Plus les partis sont faibles, plus ils cherchent à se renouveler. Et pour se renouveler ils utilisent les armes de la particratie, la nomination des ministres à la discrétion des présidents. La pratique a d’ailleurs suscité beaucoup de mécontentement parmi les élus de l’open VLD. Notons que le renouvellement spectaculaire des Engagés va d’ailleurs dans le même sens. Mais puisque le parti est dans l’opposition toutes leurs personnalités nouvelles iront d’abord se frotter à l’électeur. Particratie La crise de la particratie engendre ainsi plus de particratie. Aucune démocratie au monde ne parvient à s’organiser sans ces structures intermédiaires que sont les partis. Même si la nomination de ministres non élus peut apparaître comme non démocratique, une négation du choix des électeurs, c’est en fait l’anticipation d’un souhait tout aussi démocratique de renouvellement et d’ouverture de la part des électeurs. Et si celui-ci n’est pas rencontré, si ces choix ne sont pas payants, les partis traditionnels seront remplacés par d’autres partis, tout aussi particratiques.
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    5 min
  • Affaire Lassoued : la Belgique face à ses démons
    L'affaire Lassoued fait vaciller le gouvernement. Le ministre de la Justice a démissionné, suite à des révélations de graves dysfonctionnements. Comme une impression de déjà-vu depuis l’affaire Dutroux. Démons Revoilà le pays une nouvelle fois, face à ses démons, les dysfonctionnements du système judiciaire. À ce stade, l’exécutif ne reconnaît pas de dysfonctionnements. Selon le ministre démissionnaire, Vincent Van Quickenborne, selon le Premier ministre, il s’agit d’une grave faute individuelle. Un magistrat qui a reçu une demande d’extradition de la Tunisie l’année passée et qui ne l’a pas traitée, il l’a oubliée dans une armoire, comme titrent certains journaux, pour l’image. Pourtant, le même Premier ministre a annoncé rapidement le renforcement de cinq magistrats supplémentaires au parquet de Bruxelles, des effectifs pour la police judiciaire et la nomination, après neuf ans de blocage communautaire, d’un chef de corps, un procureur du Roi pour Bruxelles. Si de telles mesures sont nécessaires, et sans doute pas suffisantes d’ailleurs, c’est à l’évidence que l’erreur n’est pas qu’individuelle, elle est systémique. C’est une reconnaissance d’un dysfonctionnement structurel. Même s’il subsiste encore des zones d’ombre, le constat est clair aujourd’hui. La mort de ces deux hommes aurait pu être évitée, si la Belgique avait traité efficacement la demande d’extradition d’Abdessalem Lassoued. Et ce n’est pas la faute d’un magistrat nonchalant. Dans une organisation humaine, une erreur n’existe que dans un contexte. Et ce contexte est malheureusement connu. C’est celui d’une désorganisation du parquet de Bruxelles, sur fond d’un manque criant de moyens et de conflit communautaire, dénoncée par les magistrats depuis plus de dix ans maintenant. Un exemple en date, en 2016, en pleines économies réalisées par le gouvernement Michel, le premier magistrat du pays, l’habitude si discret Jean de Codt, était venu à la RTBF un dimanche : "L’État ne se rend pas compte, qu’en dissolvant sa justice, qu’en l’asséchant, qu’en l’exténuant l’État se déchire lui-même et nous disons avec force qu’un État sans justice, ou avec une justice qui devient injuste à force d’être faible devient un État voyou". État voyou ? Même si depuis, les gouvernements successifs ont tenté d’inverser la tendance, ce n’est pas à la hauteur des attentes. Même avec les effectifs annoncés aujourd’hui, le parquet de Bruxelles sera toujours en manque de 15 magistrats au cadre. Voilà donc bien un dysfonctionnement organisationnel. Des dysfonctionnements qui depuis les années 90, semblent être devenus notre démon. Si on remonte un peu, c’est déjà dans les années 80 avec les tueries du Brabant et le drame du Heysel, que nous entrons dans une forme de méfiance à l’égard de notre système judiciaire et policier. Des dysfonctionnements qui n’avaient conduit alors à aucune démission directe de ministres. Puis l’affaire Dutroux, avec son évasion, qui avait conduit à une double démission, des ministres Vande Lanotte et De Clercq de la Justice et de l’Intérieur et une réforme de la police. La mort de Sémira Adamu a entraîné la démission de Tobback. Les attentats du 22 mars à Bruxelles et la mascarade de la démission refusée des ministres Jambon et Geens au lendemain des attentats, l’armée envoyée comme béquille de la police. Et nous voilà aujourd’hui avec la démission de Vincent Van Quickenborne. Nous n’en sortons pas. Tous ces cas ne sont pas comparables, ils ont des origines différentes. Mais ce qui s’est passé ici, peut-être directement relié au constat de Jean De Codt : la Justice est disloquée, asséchée, exténuée, asphyxiée, faible. C’est cette faiblesse qui a coûté la vie à deux hommes. Ce n’est pas que la faute d’un magistrat, ni même d’ailleurs que la faute de Vincent Van Quickenborne, il y a eu un aveuglement collectif sur l'état de la justice, c’est trop facile de vouloir échapper à ses démons.
    5 min
  • Bataille pour un cessez-le-feu.
    La Belgique appelle-t-elle, oui ou non, à un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas ? Le terme a été prononcé hier au parlement par la ministre de l'aide au développement, mais pas par le Premier Ministre. Le terme "cessez-le-feu" est l'objet d'un âpre combat politique un peu partout en Europe.
    6 min
  • A huit mois des élections, les fractures de l’opinion
    Les nouveaux rythmes scolaires ne font pas encore l’unanimité. À la veille des vacances de la Toussaint, l’opinion reste divisée sur la question, tant en Wallonie, qu’à Bruxelles et en Flandre. C’est l’un des enseignements de notre sondage, le choix des Belges en réalité avec l’institut Kantar. Grande réforme Oui, c’est l’une des réformes du pacte d’excellence les plus visibles. Celle qui change les rythmes des enfants, des enseignants, des parents et, derrière, l’organisation de la société. Une réforme portée par la ministre de l’Enseignement, la PS Caroline Désir. En gros, un tiers des Belges est pour, un tiers est contre et un tiers ne sait pas. Premier enseignement, l’opinion est divisée, deuxième enseignement elle est divisée là où la mesure est appliquée, côté francophone autant que là où elle ne l’est pas, côté flamand. Il y a de légères différences seulement, 35% des Wallons sont pour, 32% des Bruxellois et 30% des Flamands. Notons donc aussi qu’un gros tiers de la population n’a pas d’avis, dans toutes les régions. Divisions partisanes Une opinion encore divisée donc, et cette division est aussi partisane. En fonction du parti pour lequel on vote. Oui, ce sont les électeurs socialistes qui soutiennent le plus la mesure, ils sont 50% à la soutenir en Wallonie et à Bruxelles. Les électeurs Ecolo ne sont qu’un tiers à le faire, dans la moyenne donc. Par contre, au sein de la majorité, les électeurs du MR sont plus réticents que la moyenne, en Wallonie et surtout à Bruxelles. De quoi expliquer sans doute les hésitations de certains députés libéraux au moment du vote. Par contre, on trouve l’opposition la plus franche, dans l’opposition. Signe que la mesure est perçue encore comme une mesure partisane. Du côté du PTB, ils sont 43% à s’y opposer. Chez Les Engagés, c’est là qu’on trouve la plus forte polarisation en interne. En Wallonie, les électeurs des Engagés sont les plus favorables à la mesure, 61%, mais par contre à Bruxelles, ils ne sont que 17%, un gouffre que l’on retrouve aussi chez Défi. Ces trois partis avaient critiqué la mesure avançant le souhait de se coordonner avec l’enseignement flamand. Pouvoir d’achat et immigration Autres enseignements de notre sondage, les priorités des électeurs. Le pouvoir d’achat arrive loin devant mais avec des différences régionales qui ne sont pas minces. Le pouvoir d’achat est la priorité numéro 1 des Belges. Mais c’est surtout marqué en Wallonie et à Bruxelles. 40% des Wallons et 36% des Bruxellois le placent en numéro 1. Ce chiffre tombe à 29% en Flandre, où cette priorité est quasiment placée au même niveau que l’immigration, 28%. L’immigration est la deuxième priorité des Flamands, alors que c’est seulement la quatrième à Bruxelles et la 12e en Wallonie. On remarque là une différence régionale très marquée. Il est intéressant aussi d’observer les différences partisanes. Le pouvoir d’achat ou la fiscalité sont les thèmes numéro 1 dans tous les partis, du PTB au MR. Sauf Ecolo, qui dénote très nettement. Les électeurs écologistes sont les seuls à mettre en numéro 1 le climat, 47% des électeurs écologistes en font leur priorité 1 sur 2 ! Une nature de vote qui montre que même si Ecolo est un parti généraliste qui intervient dans tous les domaines de la vie publique, c’est sur ce thème qu’il est attendu au tournant par les électeurs. Notons que le thème du climat est aussi important chez Défi, 36% des électeurs, et chez Les Engagés, 30%, ce qui valide la stratégie des Engagés de miser sur ce positionnement. Par contre, le climat n’est cité que par 17% des électeurs MR, bien loin derrière d’autres thèmes, que 15% des électeurs PS, l’Écosocialisme est resté dans un livre de Paul Magnette, et par seulement 9% des électeurs du PTB, montrant que la fin du mois et la fin du monde, il y a encore un énorme gouffre…
    6 min
  • Si on votait demain, une deuxième Vivaldi à l'horizon
    Si on devait voter demain, pour qui voteriez-vous ? C’est la question que la RTBF et ses partenaires ont posée aux Belges. Et la réponse est assez simple, si on devait voter demain, le pays serait quasiment ingouvernable, et un retour de la Vivaldi serait l'une des seules options.
    5 min
  • Virage serré pour les F16 belges en Ukraine
    La Belgique s'engage à livrer des F16 à l'Ukraine. Enfin, si tout va bien. Décision surprise annoncée hier pour la venue, surprise aussi, de Volodymyr Zelensky à Bruxelles. Pour le Premier Ministre, Alexander de Croo, c'est ce qu'on appelle un coup de com. Oui, pour tout dirigeant occidental, recevoir une accolade de Volodymyr Zelensky est une forme de médaille, de promotion, de publicité. Volodymyr Zelensky incarne le courage de la résistance ukrainienne à l'invasion russe. Il dispose d'un pouvoir d'influence énorme, et il en use très intelligemment depuis le début de la guerre pour obtenir du soutien à l'Ukraine. Pour organiser, en marge du sommet de l'OTAN, une rencontre avec Volodymyr Zelensky, Alexander de Croo, devait pouvoir annoncer autre chose que le soutien affiché, jusqu'ici, par la Belgique. Un soutien qui est dans la moyenne basse des pays occidentaux, à l'instar de la Hongrie, de l'Italie ou de la France, bien loin derrière l'Allemagne, les Pays-Bas ou le Danemark. Et cette nouveauté, c'est donc l'envoi de F16 en Ukraine, contrairement à ce qui a été annoncé jusqu'ici. Avez-vous déjà essayé, François, de mettre un F16 dans une bouteille ? Et bien il y a un truc, il faut utiliser des "si". Avec des "si", on pourrait mettre des F16 dans une bouteille, ou même les envoyer en Ukraine. Deux "si", au moins, seront indispensables. Il faudra que le F35 soit livré dans les temps, on parle de mai 2024 pour les premiers avions, mais qui resteront aux États-Unis pour la formation des pilotes. Ils arriveront en capacité opérationnelle quelque part en 2025, à ce moment-là, si des F16 sont encore en état de marche, ils pourront être donnés. On parle de 2 à 4 appareils. L'autre "si", c'est que la décision reviendra au prochain gouvernement. C'est à ce moment-là que les choses devront être décidées. C'est la démocratie, dit Alexander de Croo. Il oublie de dire qu'il est très courant qu'un gouvernement engage un suivant par une décision. C'est le cas de l'achat des F35 décidé par le gouvernement Michel. Le gouvernement actuel aurait pu engager la Belgique et formellement prendre la décision, quitte à ce qu'elle soit invalidée par le suivant. Il n'a pas pu le faire. Il n'a pu s'entendre, entre aile droite et aile gauche, que sur une promesse non engageante de livraison de F16. Le communiqué de la ministre de la défense dit : "à partir de 2025, la Défense pourra proposer de fournir des F-16 aux Forces armées ukrainiennes, dans le cadre du processus de remplacement de la flotte belge de F-16 par des avions de chasse F-35." La défense pourra proposer de fournir. Voilà, la vraie nature de notre promesse. On notera le changement opportuniste à 180° de la position de la ministre socialiste qui jusqu'ici disait que ce n'était pas possible. On notera aussi la communication tout aussi opportuniste du MR qui dit que c'est grâce à ses pressions que la ministre a changé d'avis, alors que la décision s'est surtout jouée ailleurs, dans des pressions diplomatiques des alliés essentiellement. Cela dit, même s'il y a beaucoup de communication, cette promesse sur le F16 est importante. Oui, d'abord parce qu'on imagine mal un prochain gouvernement tout d'un coup refuser de livrer des F16 disponibles si l'Ukraine est malheureusement toujours en guerre. Et même si elle ne l'est plus, elle aura besoin du soutien occidental pour sa flotte d'avions de chasse. Pour la Belgique, c'est bel et bien une montée en puissance dans l'engagement au côté de l'Ukraine. L'autre annonce, moins spectaculaire, mais tout aussi importante, c'est l'annonce d'un fonds de près de 1,7 milliard d'euros issus de la taxation des avoirs russes gelés. C'est l'annonce aussi que l'industrie belge Sabena Engineering, notamment, va prendre en charge la maintenance des F16 donnés par les Danois, les Norvégiens et les Néerlandais aux Ukrainiens. Et oui, on l'oublie souvent, mais la Belgique dispose du plus grand centre européen de maintenance de F16 en Europe à Charleroi. Car dans les années 70, la Belgique avait non seulement acheté des F16 mais en plus négocié l'assemblage des avions pour d'autres pays. On a assemblé au total 222 F16 et on en a modernisé 1200. Le contrat du siècle a de beaux restes.
    6 min
  • Pour la Vivaldi : Alea Jacta Est
    Un budget de la réconciliation pour la Vivaldi. L'aile gauche et l'aile droite du gouvernement ont pu s'accorder sur le dernier budget avant les élections. Mais cet accord a un prix, le déficit budgétaire belge reste très élevé. Oui, d'un point de vue politique, la Vivaldi a évité les déchirements qu'on lui a souvent connus. À quelques mois des élections, le Premier ministre Alexander de Croo a pu ressortir le mantra qu'il avait fixé lors de sa déclaration de politique générale en 2020 : "nous allons plus loin quand nous faisons les choses ensemble", il avait même cité Michael Jordan, les talents gagnent les matchs, les équipes gagnent les championnats. Bref, le championnat touche à sa fin, et c'est peu dire que les talents se sont souvent dispersés, jouant souvent frontalement contre l'équipe. Ce dernier budget sera donc un peu celui de la réconciliation, entre l'aile droite et l'aile gauche du gouvernement. L'aile droite (MR VLD) obtient en particulier l'extension des Flexi-Jobs, ces petits boulots complémentaires qui ne sont presque pas taxés. Très intéressants pour les employeurs, beaucoup moins pour la sécurité au grand dam des syndicats. Ils seront donc étendus à une série de nouveaux secteurs : les gardes d'enfants, l'enseignement, l'alimentation, l'événementiel, le sport et la culture ou l'agriculture. Le patron de l'Unizo, les classes moyennes en Flandre, s'est d'ailleurs ouvertement réjoui de ce budget parlant d'un résultat positif inattendu. L'aile gauche obtient elle une augmentation du service minimum et la participation des banques. Oui, sur les banques, c'est la gauche qui était la plus demandeuse d'une participation, mais notons que le secteur bancaire a réussi l'exploit d'avoir à ce point ruiné son image ces derniers mois que même à droite on soutenait une contribution des banques. Vooruit voulait une mesure sur les bénéfices excessifs, ce sera finalement une simple augmentation de la taxe bancaire, de 150 millions d'euros. À gauche, le PS en particulier obtient l'augmentation du salaire minimum, mais par la fiscalité, ce n'est pas l'employeur qui devra passer à la caisse. Pour les plus petits salaires, ce sera une augmentation de 35 à 50 euros par mois. Et cette augmentation devrait intervenir au printemps, juste avant les élections. Gauche et droite y trouvent leur compte, et le déficit public reste très élevé. Oui, c'est un grand classique, le prix du compromis c'est la dette. Le gouvernement fédéral annonce un effort de désendettement important de 1.2 milliards d'euros par rapport aux prévisions à politique inchangée, le déficit se situera autour de 3%. 3%, le chiffre fétiche du pacte de stabilité européen. 3%, un chiffre un peu symbolique donc, mais un chiffre qui ne reflète que le fédéral. Ce qui intéresse l'Europe, c'est le déficit de toute la Belgique. Une fois additionnés les budgets des entités fédérées, en particulier ceux du sud du pays, le déficit de la maison Belgique devrait tourner autour des 4.5%. Un chiffre qui reste parmi les plus élevés d'Europe. Et que la N-VA ne cessera de brandir durant la campagne comme un symbole de mauvaise gestion. Mais malgré tout, voilà l'équipe De Croo prête pour sa dernière ligne droite. Dans un peu plus de deux mois, la Belgique prendra la tête de la présidence tournante de l'Union, puis ce sera très vite le dur de la campagne électorale. Alea Jacta est, le sort en est jeté, la phrase célèbre de César lorsqu'il a franchi le Rubicon il y a 2074 ans. Le rubicon budgétaire est franchi, et pour une fois, il est franchi sans dissensions majeures, sans cris, sans déchirements. Au-delà des chiffres, c'était sans doute l'essentiel pour une Vivaldi qui doit effacer l'image d'un gouvernement des blocages et des disputes. La question étant de savoir, si une fois franchi le rubicon, il n'est pas déjà trop tard.
    5 min

About Les coulisses du pouvoir : l'édito politique

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Bertrand Henne réalise l'exercice de l'édito politique et décrypte l’actualité politique belge et les grands débats de société. Une chronique indispensable pour mieux comprendre le pouvoir en Belgique. Avec un œil critique et accessible, la politique belge n’aura plus de secret pour vous.

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