Un budget de la réconciliation pour la Vivaldi. L'aile gauche et l'aile droite du gouvernement ont pu s'accorder sur le dernier budget avant les élections. Mais cet accord a un prix, le déficit budgétaire belge reste très élevé. Oui, d'un point de vue politique, la Vivaldi a évité les déchirements qu'on lui a souvent connus. À quelques mois des élections, le Premier ministre Alexander de Croo a pu ressortir le mantra qu'il avait fixé lors de sa déclaration de politique générale en 2020 : "nous allons plus loin quand nous faisons les choses ensemble", il avait même cité Michael Jordan, les talents gagnent les matchs, les équipes gagnent les championnats. Bref, le championnat touche à sa fin, et c'est peu dire que les talents se sont souvent dispersés, jouant souvent frontalement contre l'équipe. Ce dernier budget sera donc un peu celui de la réconciliation, entre l'aile droite et l'aile gauche du gouvernement. L'aile droite (MR VLD) obtient en particulier l'extension des Flexi-Jobs, ces petits boulots complémentaires qui ne sont presque pas taxés. Très intéressants pour les employeurs, beaucoup moins pour la sécurité au grand dam des syndicats. Ils seront donc étendus à une série de nouveaux secteurs : les gardes d'enfants, l'enseignement, l'alimentation, l'événementiel, le sport et la culture ou l'agriculture. Le patron de l'Unizo, les classes moyennes en Flandre, s'est d'ailleurs ouvertement réjoui de ce budget parlant d'un résultat positif inattendu. L'aile gauche obtient elle une augmentation du service minimum et la participation des banques. Oui, sur les banques, c'est la gauche qui était la plus demandeuse d'une participation, mais notons que le secteur bancaire a réussi l'exploit d'avoir à ce point ruiné son image ces derniers mois que même à droite on soutenait une contribution des banques. Vooruit voulait une mesure sur les bénéfices excessifs, ce sera finalement une simple augmentation de la taxe bancaire, de 150 millions d'euros. À gauche, le PS en particulier obtient l'augmentation du salaire minimum, mais par la fiscalité, ce n'est pas l'employeur qui devra passer à la caisse. Pour les plus petits salaires, ce sera une augmentation de 35 à 50 euros par mois. Et cette augmentation devrait intervenir au printemps, juste avant les élections. Gauche et droite y trouvent leur compte, et le déficit public reste très élevé. Oui, c'est un grand classique, le prix du compromis c'est la dette. Le gouvernement fédéral annonce un effort de désendettement important de 1.2 milliards d'euros par rapport aux prévisions à politique inchangée, le déficit se situera autour de 3%. 3%, le chiffre fétiche du pacte de stabilité européen. 3%, un chiffre un peu symbolique donc, mais un chiffre qui ne reflète que le fédéral. Ce qui intéresse l'Europe, c'est le déficit de toute la Belgique. Une fois additionnés les budgets des entités fédérées, en particulier ceux du sud du pays, le déficit de la maison Belgique devrait tourner autour des 4.5%. Un chiffre qui reste parmi les plus élevés d'Europe. Et que la N-VA ne cessera de brandir durant la campagne comme un symbole de mauvaise gestion. Mais malgré tout, voilà l'équipe De Croo prête pour sa dernière ligne droite. Dans un peu plus de deux mois, la Belgique prendra la tête de la présidence tournante de l'Union, puis ce sera très vite le dur de la campagne électorale. Alea Jacta est, le sort en est jeté, la phrase célèbre de César lorsqu'il a franchi le Rubicon il y a 2074 ans. Le rubicon budgétaire est franchi, et pour une fois, il est franchi sans dissensions majeures, sans cris, sans déchirements. Au-delà des chiffres, c'était sans doute l'essentiel pour une Vivaldi qui doit effacer l'image d'un gouvernement des blocages et des disputes. La question étant de savoir, si une fois franchi le rubicon, il n'est pas déjà trop tard.