
Sign up to save your podcasts
Or


Comment bien se torcher ? C'est-à-dire, symboliquement, se débarrasser de ce qui est sale, voire même, laver nos péchés, corriger nos défauts ? Le jeune géant met en place une méthode : il multiplie les expérimentations, sélectionne les meilleurs critères, retient les meilleures hypothèses et invalide les autres...
Au XVIe siècle, tous les principes de la connaissance sont bouleversés. Voilà le constat que fait Rabelais avec Gargantua : l’échec d’une éducation basée sur les anciens principes de la scolastique nous oblige à chercher une pédagogie renouvelée. En respectant les grands cycles naturels, en observant directement la nature, en alliant le corps et l’âme, on peut alors espérer construire un véritable savoir solide, pratique et moral.
Moine apostat, marié, médecin accusé d'hérésie et censuré... Rabelais n’était pas un moine comme les autres ! Son personnage de frère Jean des Entommeures va lui permettre de porter des qualités humanistes tout en critiquant l’institution monastique, dans un récit toujours vivant et drôle.
Mais on va voir qu’il va même encore plus loin : l’intervention de Frère Jean pour sauver les vignobles de l’abbaye de Seuillé a une dimension symbolique, voire allégorique : elle illustre des débats théologiques très vifs à l’époque, sur le salut de l’âme, et qui ont des conséquences historiques très importantes...
Le XVIe siècle, c’est un siècle où tous les domaines de la connaissance sont bouleversés. Techniques, idées, religion, grandes découvertes... On va voir que notre Abbaye de Thélème est au cœur de tous ces débats, en posant de manière insistante la question de la liberté.
Vous aurez remarqué que Rabelais ne commence pas par nous décrire la bonne éducation de Gargantua, non, il commence par la mauvaise qu’il reçoit avec des précepteurs sophistes. Dénonçant ainsi les mauvaises pratiques, il nous met de son côté, il ouvre notre esprit, il nous met de bonne humeur, il nous rend disponibles et réceptifs…
Bref, avant même de nous présenter Ponocrates (le parfait précepteur humaniste) Rabelais nous fait rencontrer le meilleur pédagogue qui soit : le rire lui-même. En lisant Gargantua, nous sommes en quelque sorte instruits par le rire, exactement comme le gentil géant est éduqué par Ponocrates.
Quand on se penche sur les personnages du roman Gargantua, on se rend vite compte que les personnages se répartissent en deux pôles. D’un côté, ceux qui entourent Grandgousier, personnages positifs : Gargantua lui-même, son précepteur Ponocrates et ses compagnons. En face, les personnages négatifs : mauvais précepteurs, théologiens, et tout le camp de Picrochole. Avec ce tableau, on devine bien que cette répartition des personnages révèle le système de valeur de Rabelais lui-même.
Le théâtre classique nous avait habitués à des répliques ciselées, des arguments déjà longuement mûris, une pensée qui se conçoit bien et s’énonce clairement, des alexandrins équilibrés…
Et voilà qu’on découvre chez Jean-Luc Lagarce des vers libres très longs ou très courts, des personnages qui hésitent, qui se reprennent et se corrigent sans cesse... Ces tâtonnements, c’est la fameuse figure de l’épanorthose : reformuler pour mieux dire. Mais Lagarce précise bien “au-delà du raisonnable”, comme s’il ne s’agissait pas tant de mieux dire, que d’insister sur une parole insuffisante, des doutes, des silences, qui dépassent la parole elle-même, pour révéler des crises.
Dans quelle mesure la parole permet-elle d’exprimer les crises qui hantent cette pièce de Jean-Luc Lagarce ?
Notre passage est le point culminant de la pièce, et il peut être lu à plusieurs niveaux. D'abord, comme un drame familial : le conflit entre deux frères, où celui qui est resté dénonce le mal commis par celui qui est parti.
Dans cette première scène, les présentations font aussi office d’exposition : le spectateur en apprend plus sur les personnages et sur l’intrigue. Mais tout passe sous le discours, dans les gestes, les sous-entendus, les réactions surjouées et les effets d’ironie. Dès le début de la pièce, Lagarce nous fait ressentir le poids du passé et des non-dits, et nous laisse même déjà entendre que peut-être, le silence final est inéluctable.
Le mystère central de la pièce, c'est bien Louis… Pourquoi est-il parti, pourquoi est-il revenu, pourquoi est-il reparti sans annoncer sa maladie ? Chaque personnage détient une petite clé pour le comprendre : les trajectoires personnelles s'inscrivent dans un groupe familial… Ensemble, ils pourront nous aider à compléter le puzzle…
From the publisher's feed

2 Listeners

0 Listeners

0 Listeners