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Or


Marie-Eve: Olivier, tu as un petit côté technophile et je sais que tu as ferraillé avec ChatGPT depuis son lancement. Du coup, je ne comprends pas vraiment cette mine bizarre que tu nous fais, comme si l'on venait de te retirer une épine du pied. Tu nous expliques?
Mais charrette, nom d’un mouton électrique, on a eu chaud! C’est vrai quoi, depuis une année et demie, le ciel était aussi chargé que l’haleine de Gérard Depardieu, tout n’était que nuages noirs, pistolétade de la foudre et promesses d’apocalypse... Soudain, crevant les nuées, annonçant notre déclin, notre disparition prochaine, il était là, ChatGPT! Lui, ce phénix de mauvais augure, lui allait réaliser dans le monde du travail les pires prédictions des zemmourolâtres dans le cloaque qui leur tient lieu de conscience politique: le grand remplacement.
Oui, on allait tous perdre notre job. Enfin presque tous, attention, on angoissait parce que, pour une fois, ça ne concernait pas que le petit personnel hein, ouvriers, travailleurs actifs dans la santé, la restauration, la livraison, la vente, le nettoyage, etc., dont on se soucie autant que Donald du consentement ou Elon de son premier million. Là, ça touchait au gratin! Aux créateurs, aux communicants, aux médecins, aux avocats! Bref, l’I.A. générative était advenue, elle pouvait passer le test de Turing haut la main, elle allait bientôt permettre de générer aussi des images à la volée, pour nous qui travaillions dans la culture, c’était carrément l’occasion de flipper notre race.
M.-E.: Sombre tableau en effet. Et alors? Tu penses que les prophètes de malheur ont raison d’avoir peur?
Oh mais alors tranquille, zen, ce n'est pas demain la veille que l'on va perdre notre place au sommet de la chaîne alimentaire. On peut se poser les doigts de pied en éventail autour de la piscine que l'on n’a pas, savourer le soleil printanier de cet hiver tropical, siroter un mojito assaisonné de microplastiques en gobant du saumon d’élevage infesté de poux, tout va bien, on a obtenu un sursis, on reste les maîtres du monde. Qu’est-ce qui pourrait mal tourner?
M.-E.: Euh... Moi j’ai une autre question: qu’est-ce qui nous vaut cet optimisme un peu faux-cul?
C’est tout simple: ChatGPT s’est inspiré de nous. Dès le départ, on avait constaté que ce grand modèle de langage avait le rapport à la vérité d’un gosse de 5 ans, d’un toubib marseillais amateur de Booba ou d’un politicien libéral: il était très fort pour halluciner, pour raconter n’importe quoi. Désormais, le bousin est devenu en plus stupide, procrastinateur, fainéant, il évoque ces ados qui n’ont que trois mots à la bouche: Ça me saoule. Et le scoop date déjà d’il y a quelques mois, quand des chercheurs des Universités de Stanford et de Berkeley ont confirmé ce que quantité d’internautes faisaient remonter dans les forums.
La désillusion, la lose, la honte. On croyait tenir une I.A. qui frôlait la conscience, on s’est retrouvé avec une sorte d’aspirateur à données autonome, qui renâcle à faire ce qu’on attend de lui, joue le kapo moraliste dès qu’il est question de sujets délicats, vous invite à faire le boulot vous-même et pond des lignes de code bien vérolées. Certains ont même avancé il y a peu que ChatGPT souffrait de dépression saisonnière. Oui oui, un blues hivernal. Avec une concurrence pareille, on est donc peinard, même si OpenAI vient de publier une mise à jour censée redonner un peu de niaque à cette grosse feignasse d’I.A..
M.-E.: Et qu’est-ce qui expliquerait cette baisse des performances?
Il y a plusieurs pistes, dont quelques-unes si techniques que je renonce à les exposer. Mais une hypothèse me plaît beaucoup, au point que je lui ai trouvé un nom de baptême: l’effet Castafiore inversé. Le raisonnement est assez basique. On sait que ChatGPT a été entraîné par renforcement en interagissant avec des soutiers du numérique, payés comme des gueux et recrutés dans des pays où c’est normal. On devine que ce modèle de langage apprend aussi, depuis son lancement, des centaines de millions de conversations qu’il a pu avoir avec nous tous, utilisateurs du truc.
Par ailleurs, les dernières versions de la bête peuvent maintenant aller chercher de l’info en direct sur la Toile. Les I.A. ont ainsi accès à tout. Y compris à Frenchie Shore, la quintessence de la téléréalité, ou aux tweets de Philippe Nantermod ou de Pierre Maudet. C’est dire. Eh bien c’était couru d’avance. L’Humanité ayant un QI global situé quelque part entre le bulot et la pelle à tarte, ChatGPT ne pouvait qu’entonner un refrain de Castafiore désolée: Ah! Je pleure de me voir si con en ce miroir... Moralité, le caractère misérable de notre espèce est sans doute la meilleure garantie que l'on ne va pas se faire matrixer la gueule de sitôt. Et voilà comment le grand abrutissement des I.A. nous permettra peut-être d’éviter le grand remplacement.
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L'I.A. comme béquille de soutien psychologique
L'autrice du podcast Oreille attentive, Luisa Imperato, a confié ses troubles de l’anxiété à une intelligence artificielle. Dans sa création sonore, elle nous livre le compte-rendu de son expérience. Un récit étonnant qui repousse les frontières de l’accompagnement psychologique. Selon l’OMS, la dépression sera le premier facteur de morbidité dans le monde d’ici à 2030. Au regard de cette triste prédiction, les robots émotionnellement intelligents seraient-ils la solution? La demande croissante de suivi psy et les longs temps d’attente avant une prise en charge professionnelle ne poseraient plus problème si les applications soignaient. Ces dernières ont, en outre, l’avantage d’un coût modeste! Mais parviennent-elles à remplacer un médecin qualifié?
Une création sonore
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Étudier la violence
Patrick Naef s'intéresse à la gestion de la violence, à la manière dont les résidents de quartiers marginalisés font face à la gouvernance criminelle. Si la résilience se remarque chez les victimes de catastrophes naturelles, elle est moins évidente lorsque le danger provient de la violence humaine, comme c'est le cas dans des régions dominées par les gangs.
Traiter au cas par cas
La notion de résilience vient des sciences naturelles, mais l'approche technique ne permet pas de comprendre ce qu'elle est en sciences sociales:
C'est une approche qui ne fait pas sens et qui peut poser plus de problèmes que de solutions.
Pour Patrick Naef, il n'y a pas de résolution universelle des problèmes de violence humaine, ni d'application globale de la résilience possible, tout doit être étudié au cas par cas.
Pour en savoir plus, plusieurs articles signés par l'anthropologue sont disponibles en ligne.
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Échanger avec l'autre
Philippe Rohr a d'abord travaillé dans le marketing, un domaine dans lequel il trouvait un terrain de créativité. Le cœur de son métier se trouve alors dans la capacité à communiquer avec l'autre, un objectif de vie qui le suivra dans la suite de son parcours, malgré les changements de voie.
La foi comme nouvelle voie
Il exerce aujourd'hui une fonction qui réclame une certaine finesse psychologique doublée d’une dimension spirituelle évidente, puisqu’il est diacre au sein de l’Eglise Protestante de Genève. À la suite de chamboulements personnels, Patrick Rohr trouve à la lecture des Évangiles une foi qui le redynamise:
La foi ne rend rien plus facile. Le sens profond de la foi, c’est la confiance.
Résilience ou acceptation
Patrick Rohr côtoie aujourd'hui des populations éprouvées, requérants déroutés, personnes incarcérées et résidents d'EMS. Loin de se positionner en tuteur prônant la résilience, il échange avec ces personnes qui font face à des perspectives anxiogènes: perte de liberté, d'autonomie, de santé, d'avenir ou de vie.
Accepter de ne pas être résilient, c'est déjà un chemin d’acceptation, qui permet d’aller plus loin.
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Juillet 2022. Festival de la Cité. Lausanne. Jusqu’ici, tout va bien, du moins, c’est ce que je crois. Je vais voir le spectacle de Joël Maillard intitulé Résilience mon cul. Je ne vais pas vous raconter le spectacle, mais à la fin, il meurt. Non, je rigole. À la fin, il invite une personne du public à le rejoindre sur scène pour lui donner un cadeau, emballé dans un papier cadeau assorti à sa chemise. C’est vraiment le même motif et les mêmes couleurs. C’est très fort.
Chez moi, mon père avait la chemise assortie à la nappe de la table. C’est un peu moins fort, mais j’avais quand même envie de le préciser. Du coup, on attend que quelqu’un se lève pour aller récupérer le cadeau et que le spectacle se termine. Et là, mon mec me dit est ce que tu crois que j’y vais? Je lui dit oui. Il y va. Il discute sur scène avec Joël du papier cadeau assorti à sa chemise, il ouvre le cadeau, c’est un livre.
Le lendemain, mon mec se barre en vacances. Avec le livre. Deux semaines plus tard, il rentre et il me quitte. Direct. Sans appel. Alors Joël, qu’est ce qu’il y avait écrit dans ce livre? Non mais sérieusement. Parce que là, autant vous dire que j’étais TOUT sauf résiliente. J’en ai chié. Et ça a duré des mois. Suivi psy intensifié, médocs, la totale. Tout ça à cause d’un livre en lien avec la soi-disant ré-si-lience! J’aurais aimé poser cette question frontalement à Joël aujourd’hui, mais il a refusé notre invitation à venir s’exprimer en direct. Comme par hasard!
Tout ça pour dire que je ne pense pas être la bonne personne pour parler du concept de résilience. Selon mon ami Wikipedia, la résilience est un phénomène psychologique qui consiste, pour un individu affecté par un traumatisme, à prendre acte de l'événement traumatique de manière à ne pas, ou plus, vivre dans le malheur et à se reconstruire d'une façon socialement acceptable. Absolument pas moi! Est-ce que je me suis reconstruite de façon socialement acceptable? Pas du tout! La preuve, je viens vous déballer ma rupture foireuse au bureau. Et même pas à la pause café, carrément en direct à l’antenne. Je ne vois pas ce qu’il peut y avoir de socialement acceptable là-dedans.
L’autre problème de la résilience, c’est la partie surmonter les chocs traumatiques. Moi, les choses les plus traumatiques que j’ai vécus dans ma vie, ce sont les ruptures amoureuses. Alors on va peut-être se calmer avec le concept de résilience. Peut-être que ce n'est pas pour moi, c’est tout. Et franchement, vous savez quoi? Et bah j’accepte. Voilà, j’accepte. La résilience, ce n'est pas pour moi. Je laisse ça aux autres. Celleux qui en ont vraiment besoin.
Parce que la résilience, ce n'est pas une mode, c’est un instinct de survie. Ce n'est pas un commentaire Facebook qui dit courage ma belle. C’est pour les choses INsurmontables. Les séismes, les attentats, les génocides, la colonisation, la prison, la guerre, les viols, les infanticides, l’inceste, l’esclavage, Cyril Hanouna. Les vrais problèmes de la société. Pas les peines de cœur que l'on peut régler avec une bouteille de whisky.
Encore une chose. Est-ce que l'on peut dire à nos amis journalistes d’arrêter d’utiliser ce mot à tout va? Franchement, depuis le 1er janvier, ça n’arrête pas de pleuvoir la titraille à la résilience: 5 podcasts sur la résilience à découvrir pour renforcer son courage, Conseils pour une meilleure résilience financière, Une chatte craintive, mais pleine de résilience, laisse d’adorables chiens s’approcher de ses chatons, La résilience du système TikTok, Résilience et pugnacité pour 2024, La résilience, un outil de management efficace.
Non mais on va où là? Franchement arrêtez. Parce que bientôt, il va falloir être résilient à l’injonction à la résilience.
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Un terme à la mode
Il faut souligner d’emblée que le concept de résilience n’est pas né avec Boris Cyrulnik, qui en est un propagateur de talent mais n’en est pas l’inventeur. C'est l’un des concepts les plus répandus, les plus bankables de notre temps, et nous allons tâcher de comprendre ce qui se cache derrière l’utilisation tous azimuts de la résilience, véritable couteau suisse dans le monde des idées.
La résilience est partout
Cela étant dit, venons-en au sujet qui nous occupe. Il n'y a pas à dire, la résilience, on en mange matin, midi et soir. À croire que les médias généralistes comme les experts les plus pointus n’ont que ce mot à la bouche. C’est bien gentil, mais pour dire quoi au fond? Et que camoufle l’utilisation immodérée de ce terme, qu’est-ce que cela dit de notre temps, de ses enjeux, de ses dérives, de son impuissance peut-être?
L'évolution sémantique du mot
Employé dès le Moyen Age, où il signifiait résiliation, soit le fait de se départir d’un contrat, le mot de résilience a d’abord concerné, à l’époque classique, la science des matériaux, l’acoustique. Il pouvait désigner la faculté d’une surface à faire rebondir le son ou la capacité d’un matériau à absorber un choc et à reprendre sa forme initiale. C’est grosso modo depuis le milieu du XXe siècle qu’il a commencé à être employé dans les sciences sociales et en psychologie, avec le sens et le succès qu’on lui connaît aujourd’hui.
La résilience aujourd'hui
Or, depuis une trentaine d’années, l’extension du domaine de la résilience semble pratiquement infinie. Au-delà des facilités métaphoriques, que veut-on dire quand on parle désormais d’une architecture, d’un individu dépressif ou en burn-out, d’un écosystème, d’une ville, d’une économie résiliente? Que veut-on dire et que met-on subrepticement sous le tapis? Est-ce que l’injonction universelle à la résilience ne masquerait pas parfois une sorte d’acceptation passive de certains dysfonctionnements? Pour le résumer d’une formule un peu bravache: n’est-il pas temps d’en finir avec la résilience accommodée à toutes les sauces?
Faire face aux traumatismes
Philippe Rohr exerce une fonction qui réclame une certaine finesse psychologique doublée d’une dimension spirituelle évidente, puisqu’il est diacre au sein de l’Eglise Protestante de Genève. À la suite de chamboulements personnels, il trouve à la lecture des Évangiles une foi qui le redynamise. Il côtoie aujourd'hui des populations éprouvées, requérants déroutés, personnes incarcérées et résidents d'EMS. L’anthropologue Patrick Naef s'intéresse à la gestion de la violence, à la manière dont les résidents de quartiers marginalisés font face à la gouvernance criminelle. Si la résilience se remarque chez les victimes de catastrophes naturelles, elle est moins évidente lorsque le danger provient de la violence humaine, comme c'est le cas dans des régions dominées par les gangs.
N'est pas résilient qui veut
Le comédien, auteur et metteur en scène Joël Maillard a signé en 2022 un spectacle intitulé Résilience mon cul, qu'il jouera le 8 mai 2025 à Vernier. Il se questionne sur le concept, qu'il ne considère pas comme le propre de toute personne qui a mal:
Comme beaucoup de facultés humaines, elle est inégalement répartie dans la population.
Candice Savoyat s'accorde avec cela. Elle ne croit pas vraiment en la résilience, du moins pas pour tout le monde.
Il y a lieu de s’interroger quand une notion comme celle de résilience se répand un peu partout par capillarité, quand elle devient un gimmick, une sorte d’idée réflexe que l’on dégaine machinalement. Faire flèche de tout bois avec la résilience, c’est peut-être le signe que le concept d’origine est lesté d’une puissance explicative fabuleuse – et c’est sans doute le cas dans le registre de la psychologie.
Mais c’est aussi peut-être le révélateur d’une certaine impuissance contemporaine, une manière de dire: le climat débloque, la planète entière est polluée, la consommation détruit notre monde, le travail redevient un calvaire pour des millions de travailleurs, alors surtout ne changeons rien et contentons-nous de soigner nos petites âmes blessées à coups de thérapies, de stages de yoga et de méditation en pleine conscience.
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Forger son identité
Loïc Valley est improvisateur, comédienne, metteur en scène et enseignante de théâtre. Non-binaire, iel revient sur son parcours personnel et artistique. Faute de modèles queer durant son enfance, hormis quelques antagonistes de dessins animés, c'est plus tard, en discutant avec son entourage, qu'iel comprendra son propre rapport au genre.
Le genre, c'est un grand jeu auquel beaucoup de gens jouent. Je comprends les règles, mais ne suis pas d'accord d'y jouer.
Ouvrir le dialogue dans l'espace public
Sa recherche artistique tourne autour des problématiques de genre. La transmission interpersonnelle des valeurs de tolérance et d'ouverture n'est pour Loïc Valley pas suffisante, les stéréotypes doivent être combattus hors de la cellule familiale, les enfants passant énormément de temps à l'extérieur. Art, éducation, les lieux propices à la discussion sont nombreux.
Des identités politiques
Face à l'emballement médiatique autour de ces questions, Loïc Valley explique qu'une personne trans ou non-binaire politise son identité, parfois à contrecœur. Le sentiment de danger permanent lorsque celle-ci sort de la norme et évolue dans l'espace public en est l'une des causes. Et si certains et certaines ne se sentent pas impliqué·e·s, le genre en tant que système concerne pourtant tout le monde, explique l'artiste. Dans les œuvres artistiques comme dans la vie, il faudrait représenter les deux camps pour ouvrir le dialogue et aller vers le mieux:
Si l'on veut faire société, on doit aussi composer avec la parole des oppresseurs.
Le 27 janvier 2024 à l'Aula du Belvédère de Lausanne, Loïc Valley jouera dans La ligue d'impro professionnelle.
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Mettre en scène pour dénoncer
Kevin Keiss, auteur et dramaturge, a co-écrit avec Julie Berès, Lisa Guez et Alice Zeniter la pièce La Tendresse, qui parle de masculinités au pluriel. Travaillant ensemble à l'écriture depuis une dizaine d'années, les dramaturges explorent l'effacement des auteur·rice·s au profit de l'oralité. Un travail long et immersif précède l'écriture, entre rencontres, recherches et lectures. Si la violence de certaines scènes et des réactions de certains personnages peut décontenancer, Kevin Keiss explique que
Pour dénoncer la misogynie, il faut aussi la représenter.
Les hommes en groupe
Les personnages se mentent à eux-mêmes pour appartenir au groupe, un aspect de la masculinité que Kevin Keiss distingue des dynamiques sociales intervenant chez les femmes:
Il n'y a pas de disqualification du féminin par le féminin.
Tandis qu'un homme peut en écarter un autre du groupe homme, pour tel ou tel aspect de sa personne ne correspondant pas aux carcans de la masculinité.
La Tendresse est jouée du jeudi 29 février 2024 au vendredi 1er mars 2024 au Forum Meyrin.
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Désobéir. C’est un truc que l'on ne nous apprend pas à faire. En tout cas, pas à l’école ou à la maison. Mais ça peut sauver des vies, des trajectoires. Des fois, désobéir, c’est une question de survie. Sortir de l’enfermement d’un mari, d’un père, d’une communauté, d’une religion. En 2017, à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, dans le 9-3 comme on dit - là où on nous dit dans les médias que ça craint, qu’il ne faut pas y aller, que ça tire à balle réelle, qu’il y a de la drogue, de la violence, mais pas policière, bref, la banlieue parisienne et tous ses clichés - à la commande du Théâtre de la Commune, Julie Berès et son équipe sont allés rencontrer des jeunes femmes issues de plusieurs générations d’immigration. Sophia, Sephora, Hatice, Hayet, Lou et Charmine. Ce sont elles qui ont participé à l’écriture du spectacle, à partir de leur vécu. Et à son interprétation.
De quoi ça parle alors? De la difficulté d’être une femme issue de l’immigration. En gros, comment est-ce que tu te construis socialement entre pression sociale de l’intégration et conservatisme religieux familial? Comment est-ce que tu apprends à devenir toi-même en grandissant dans des contradictions? Ces batailles intériorisées sont maintenant sur le plateau du théâtre. Ce spectacle donne la voix à celles que l'on aimerait faire taire. Il visibilise ces femmes, ces luttes et ces questionnements.
Et ça fait du bien. Ça fait du bien parce que je n'ai pas l’habitude qu’une jeune fille de 25 ans me dise qu’elle a jeté tous ses habits moulants pour porter le voile, contre la volonté de ses parents, parce qu’elle a rencontré un mec sur Internet. C’est clair que je n'ai pas l’habitude de voir ça au théâtre. Désobéir vient ébranler nos grilles de perception.
Ces témoignages, ils sont forts parce qu’ils sont vrais et interprétés avec justesse et émotion. Et de voir ces filles se libérer par le corps, en dansant, en chantant, en criant, en taguant les murs, en allant chercher dans leurs tripes, c’est beau. Tout y passe, la religion, les clichés, le métissage, les tabous sur la sexualité, la dot, les traditions, les violences physiques, la psychiatrie, le discours de Dakar de Sarkozy, L'école des femmes de Molière.
Une, deux, trois, puis quatre voix à l’unisson pour dénoncer les injustices et réfléchir ensemble sur les questions fondamentales de leur construction. Lou dit: j’ai toujours ce doute-là de me dire, est ce que cette femme-là, elle est vraiment libre? La question du voile est centrale. Pourquoi le féminin doit être de l’ordre du privé? Charmine dit: c'est pas tant les traditions que j'ai combattu, c'est les hommes qui vivent dans ces traditions. Elles sont jeunes, mais on leur a déjà trop imposé. Julie Berès nous rappelle que l’intime est politique. Amour, famille, croyances, justice, violences. Plus les filles vont être enfermées et réduites au silence, plus la rébellion va être puissante. La radicalité pour affirmer sa liberté. Désobéir, c’est ce que nous apprend ce spectacle fondamental.
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Salut à toi ensemble complexe constitué de cellules spécialisées qui fonctionnent ensemble pour assurer les fonctions spécifiques nécessaires au maintien de la vie. Oui, c’est le début d’année, je me suis facilité la vie, j’ai pris la définition simple du corps humain, voilà. Comme ça, je n’ai exclu personne et j’ai englobé par cette périphrase certes un peu longuette l’ensemble des organismes vivants susceptibles d’entrer en contact cognitif avec cette chronique. Même si fonctionner ensemble pour assurer les fonctions spécifiques nécessaires au maintien de la vie, ce n’est pas ce qui nous caractérise en ce moment. Collectivement parlant j’entends... Franchement, en tant qu’espèce, on serait plutôt en-dessous des fonctions biologiques de base du corps humain. On est absolument inaptes à accomplir par l’intelligence, pour nos propres conditions de survie, ce que notre propre corps fait spontanément pour nous H24 tous les jours.
Heureusement il y a Davos! Ah Davos! Son Forum économique mondial, ses élites internationales aérolivrées et leur vocation chevillée au corps du bien commun planétaire, qui vont une fois de plus réfléchir ensemble à des solutions aux problèmes mondiaux, c’est beau! C’est beau! Non, moi, quand j’ai un petit coup de déprime, quand c’est le Blue Monday dans ma vie, que tous les jours de la semaine sont comme un troisième lundi de janvier, je pense à Davos. Je pense à Davos, les gens! Et une petite lumière dans mon cœur s’allume, et mon regard s’embrume de larmes naissantes et je chiale, les amis. Oui, je chiale. Comme la banquise sous un beau soleil d’été, comme un glacier suisse dans un rapport du GIEC. Je fais comme la théorie néolibérale, je ruisselle. Je veux dire, sans Davos, vous croyez par exemple que la start-up groenlandaise Artic Ice aurait pu extraire des fonds marins de la glace millénaire, gelée depuis plus de 100’000 ans pour l’expédier en glaçons dans les bars à cocktails de Dubaï et embellir les cuites de la jetset? Et développer au Groenland une autre source de revenu que juste le tourisme ou la pêche, qui fait du mal aux poissons?
Parce que le tourisme ou la pêche, je rappelle que ce n'est pas très écologique tout ça, en termes d’écosystème. Et puis quitte à se les peler sur place toute l’année, autant faire un peu de fric pour s’adoucir le passage sur terre et, en plus, créer de l’emploi, de la croissance et quoi de mieux pour ça que de la transition verte façon Artic Ice. Non, les gens, pour que des initiatives de ce genre puissent voir le jour, il faut de la dérégulation mondiale. Il faut du rien-à-foutrisme organisé. Il faut du libertarianisme économique à échelle mondiale. Il faut du Davos! Je rappelle que Nuuk-Dubaï c’est à 30'000 kilomètres de flotte: Océan nord Atlantique, Méditerranée, Canal de Suez, Mer Rouge, Mer d’Arabie, Golfe d’Oman. C'est pas beau cet accord économique territorial naval, c’est pas beau le multiculturalisme de la marchandise!
La liberté du commerce mondialisé, moi je dis c’est la Joconde du XXIe siècle. Ça te regarde avec un petit sourire en coin et tu ne sais pas si ça se fout de ta gueule ou si c’est simplement du bonheur à l’état pur. Je trouve que de façon générale, nous les gens, le commun, le vulgaire, les gauchiantes et les gauchiants, on souffre de manque de gratitude envers nos élites. C’est juste que vous et moi, on ne peut pas se payer un petit mojito bien trempé dans du glaçon multimillénaire à Dubaï, au milieu des belles personnes qui ont compris que la vie ce n'était pas gueuler sur Macron à un rond-point ou sur Trump dans des Tweetos faciles, mais qu’il valait mieux vendre de la daube sur le net avec un filtre sur la gueule. Crasser les cervelles et catcher du following sur n’importe quel réseau pour pouvoir enfin s’asseoir à la bonne table des vivants. La vie est courte, on ne va pas vers le mieux, c’est maintenant qu’il faut en profiter.
Mais voilà, on est des jaloux, on est des mesquins, on est là, tout le temps à critiquer ceusses qui osent, gna gna gna! Vous voulez que je vous dise, on a peur de la liberté. C’est Javier Milei, le président à la tronçonneuse, le Leatherface argentin, qui a raison dans son discours à Davos. On s’est laissé pourrir en Occident par un socialisme grincheux, obsédé par l’impôt et la redistribution, qui est en train de virer soviet rose-vert avec ses camps de déconstruction pour bobos oisifs. Ah, putain, j’ai la larmichette qui pisse tellement ce mec m’a ouvert les yeux. Oui, les gens:
Le capitalisme est le meilleur moyen pour mettre un terme à la pauvreté extrême dans le monde.
Merci Javier, merci Davos! Vous savez quoi, pour la première fois de ma vie, j’ai envie de dire Davos, mon amour!
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En 2020, Radio Vostok, la chaîne indé qui décape les oreilles, et le Théâtre Forum Meyrin, une scène qui porte haut l’étendard du spectacle vivant, créaient Radio Bascule, plateforme de podcasts plus accueillante encore qu’une auberge espagnole. Et comme l’appétit vient en mangeant, il n’était pas question de s’arrêter en si bon chemin. Pourquoi ne pas lancer une émission?
Le rêve se concrétise en 2021. Son ambition? Proposer un espace de réunion et d’échange, à l’heure où la pandémie fait encore planer la menace d’un retour à la distanciation sociale. Être le sismophone des changements à venir, à la fois détecteur, porte-voix et acteur. Et surtout, sans jargon, dans un esprit curieux et convivial, réfléchir à l’impact des crises à répétition sur les interprètes, les techniciens, les créateurs – sur toutes ces bonnes volontés coalisées sans lesquelles l’art n’existerait pas.
Tandis que les fronts se durcissent, que les réseaux sociaux nous libèrent autant qu’ils nous enferment dans des bulles cognitives, que la défiance lamine les autorités politiques et scientifiques, que chacun ou presque s’intronise seul maître à bord et que d’aucuns, toute honte bue, n’ont à la bouche que le credo «Tout pour ma gueule, et merde aux autres», il est plus que jamais urgent de s’entendre. Écouter, échanger, inventer, débattre, rire et rêver: n’est-ce pas ce qui, sur l’aile du son, fait la beauté irremplaçable de la radio?
Midi Bascule, c'est tout cela. Un ensemble choral de reportages, d’interviews, de chroniques, de consignes créatives et de respirations musicales. Sans prétention mais avec cœur – et avec un auditoire que nous espérons considérable!
De septembre 2023 à juin 2024, Midi Bascule est produite en collaboration avec le Service de la culture de Meyrin.