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Or


La responsabilité de l'artiste
S’il arrive que cette sélection pèse sur leurs futurs mandats professionnels, qu’en est-il de son impact sur les fans? La notoriété d’un musicien ou d’une actrice lui donne un certain pouvoir sur une communauté parfois jeune et malléable. Suivant les sujets défendus, quelle responsabilité est-ce que cela implique? Surtout lorsqu’un décalage entre le discours et les actes est notifié, comme cela a été le cas pour l’humoriste Norman Thavaud, placé en garde à vue pour viol et corruption de mineurs.
Influence et éthique
Le rappeur Booba, qui s’était lancé en 2022 dans une lutte acharnée contre ce qu’il nomme les influ-voleurs, vient de créer sa propre agence d’influence. Cette dernière représente des artistes urbains, réunis autour d’une charte éthique. La promesse: ses talents viseront l’excellence au travers de partenariats vertueux. Un tel intermédiaire entre une star et son audience est-il nécessaire? Et d’autre part, profite-t-il aux deux parties?
L'impact de l'humour
L'humoriste Thibaud Agoston ne se considère pas comme un influenceur. Sa présence sur les réseaux sociaux est pour lui un moyen d'amener des spectateur·rice·s dans la salle, mais il profite aussi de ce contact pour stimuler sa créativité. Il fait par exemple participer ses abonné·e·s en leur demandant des idées de thèmes et se lance le défi de tous les inclure dans un spectacle. Il évoque également les retours, positifs ou négatifs, permis par les différentes plateformes. S'il est conscient que l'humour peut blesser, il préfère retravailler la forme et la finesse de l'expression pour ne pas censurer les sujets abordés dans ses spectacles et chroniques.
L'importance du message
Carlos Leal est acteur, musicien et photographe. Pour lui, l'influence est acceptable lorsqu'un message est transmis. Il est intéressé par celles et ceux qui ont quelque chose à dire et à défendre. Quant au lien entre art et influence, il explique la différence de contact avec les publics qu'il rencontre en fonction de l'art exercé. Le lien noué n'est pas le même lors d'un concert, d'une pièce ou d'une exposition. Le public est primordial pour l'artiste, mais ce dernier ne devrait pas en dépendre au moment de la création.
L'avis du public
Rachel Maisonneuve a pris place dans le hall d’entrée d’Uni Mail pour sonder les étudiant·e·s sur leur connexion avec des influenceur·euse·s. Elle y a également rencontré la sociologue Claire Balleys pour décrypter ses recherches sur les réseaux sociaux et les nouveaux espaces de communication qu’ils offrent avec ces inconnus de la vague numérique. De son côté, José Lillo adresse une lettre de colère au siècle en cours avant la trêve hivernale et les distractions de fin d’année.
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Heureusement que l'on peut compter sur cette chronique pour détricoter le bazar et révéler à la face du monde que oui, parfaitement, même les hommes peuvent allaiter…
Marie-Eve: Pour cette émission placée sous le signe du sein, nous avons sollicité Olivier et lui avons demandé une chronique. Oui, Olivier, notre chroniqueur Hibernatus, tout droit décryogénisé et débarquant de ses seventies natales toutes pleines d’affreux machos. Du coup, je me demande si on a bien fait et si on ne va pas entendre des horreurs…
Marie-Eve, Simona, détrompez-vous, je goûte particulièrement l’honneur d’être parmi vous aujourd’hui, tout mâle non allaitant que je suis, et doté pourtant d’un torse et de pectoraux avantageux qui pourraient faire l’affaire mais que j’utilise seulement, tout mâle désirant que je suis, comme appeau à nanas. D’ailleurs, c’est pour ça que je me suis habillé large aujourd’hui, car je ne voulais pas troubler votre concentration mesdames. On vous connaît hein: un T-shirt près du corps ou une chemise largement ouverte sur des pecs de compète, et vous voilà l’œil qui frise, à mater sans vergogne, que c’en est limite gênant. Non mais #MeToo quoi, non mais BalanceTaLouve!
M.-E.: Ouais c’est bien ce que je craignais. Avec toi, pour continuer dans le genre bestiaire, on ne sait jamais si c’est du lard ou du cochon.
Peut-être un peu des deux, qui sait? Bon, il faut dire que oui, en effet, je viens d’un temps où les mentalités étaient moins affûtées sur les questions de genre, où les identités semblaient plus figées, encore que… On peut aussi arrêter de déconner deux minutes et se souvenir par exemple de la coupe mulet des années 80, pas vraiment le modèle top moumoute du virilisme patriarcal. Allez avoir l’air d’un mâle alpha, quand votre coiffure évoque un hérisson à qui on aurait greffé une serpillère rincée à l’eau sale en guise de queue!
M.-E.: Les seins Olivier, les seins, aujourd’hui on parle de ça, pas des cheveux ou des poils. Les seins, et en particulier les seins des hommes.
Mais quelle bonne idée! Non là je suis sérieux: même si, à la découverte du thème du podcast de Simona, je n’ai plus su pendant un moment à quel sein me vouer (déso, je devais la faire celle-là), je dois dire que ce premier épisode est très intéressant et soulève pas mal de questions. Oui, parler des roberts de Robert, de Marcus ou de Jean-Jacques, ça ouvre des pistes de réflexion inattendues.
OK, perso, ayant abondamment torché, langé, bercé, nourri mes gosses, ayant tenu certaines nuits mes gremlins contre mon torse nu et les ayant vus prêts à téter tout ce qui passait, y compris un boulon ou un oursin, je confesse avoir entendu dans cet épisode consacré aux seins des hommes peu de scoops. Des trucs bizarres qui vous poussent sous les aréoles à l’adolescence? La lecture d’un article apprenant que même les hommes peuvent se manger un cancer du sein? La découverte que la stimulation des tétons provoque des décharges d’ocytocine ou, pour le dire en langage moins médical, de foutues sensations très agréables? Check, check, check et re-check! La vie et l’expérience sont des préceptrices formidables.
Là où je suis fasciné en revanche, c’est que le podcast en question est parcouru de contradictions stimulantes. Donc je demande: veut-on vraiment contrecarrer les effets du dérèglement climatique en jouant les apprentis sorciers, en balançant des tonnes de particules diverses dans l’atmosphère par exemple, histoire de diminuer le rayonnement solaire sur notre planète?
M.-E.: Hein, mais quel rapport Olivier?
Le rapport, il est ici: militer pour l’ingénierie climatique comme pour l’allaitement masculin, c’est verser dans une sorte de transhumanisme qui ne dit pas son nom. On a niqué notre biotope? Pas grave, un surcroît de technologie nous tirera d’affaire. L’allaitement et toutes les charges mentales et physiques qui vont avec incombent à la femme? Pas grave: farcissons les hommes d’hormones et le tour sera joué.
Dans le cas qui nous occupe, ce que l'on ne voit pas assez, c’est qu’il se joue là une sorte de fantasme de l’androgynie qui remonte à Platon, au moins, mais un Platon à la sauce postlibérale. Pourquoi s’acharner à vouloir gommer les magnifiques différences entre les sexes, si ce n’est pour aspirer à des corps interchangeables, produire de braves soldats tous également disponibles et mobilisables au service de la machinerie économique? Soit au service justement de la machinerie qui nous rapproche, jour après jour, de notre extinction en tant qu’espèce?
Et puis au fond, vous savez, c’est pas bien compliqué l’allaitement au masculin. Vous prenez Robert, Marcus ou Jean-Jacques par la main, vous lui montrez ces inventions stupéfiantes que sont le robinet, la casserole ou la bouilloire, vous lui expliquez les concepts du lait maternisé et de la dosette (des concepts accessibles aux hommes, je vous assure), vous lui collez un biberon dans les pattes et roulez jeunesse! Vous avez un mec capable de nourrir son petit. Et ce sans gober la moindre pilule. Les pharmas et le Grand Capital vont tirer la gueule mais après tout, eux, ils n'ont pas besoin d’être nourris.
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Découvrir un tabou
Le podcast À la découverte des seins est lauréat de l’appel à projet Radio Bascule 2022 et son contenu est des plus étonnants. L’autrice de cette création sonore, Simona Ferrar, s’est lancée dans une recherche sur les poitrines humaines et plus particulièrement celles des hommes. Son enquête fouillée l’a menée à découvrir certaines réalités dont on ne parle pratiquement pas. Pourquoi un tel tabou? Pourquoi, les rares fois où il est évoqué, l’allaitement masculin est-il tourné en dérision? Il ne tient pourtant pas tant de la science-fiction que cela. Est-ce qu’à l’avenir, cette pratique pourrait devenir commune, voire être encouragée? Plus globalement, est-ce que la tétée humaine, mâle ou femelle, pourrait résoudre un problème écologique?
Un vaste sujet de recherche
L’initiatrice de ce projet, la performeuse, chorégraphe et chercheuse Simona Ferrar pose sa voix dans cette création sonore, accompagnée du compositeur et musicien meyrinois Andrès Garcìa. Les deux artistes reviennent sur les coulisses de la création du podcast, tandis qu'Olivier Mottaz détricote quelques interrogations sur le sujet. À la découverte des seins naît d'une réflexion lors de l'élaboration d'une pièce sur le thème des seins. Les recherches de Simona Ferrar lui font réaliser l'ampleur des informations inconnues du grand public sur un sujet si universel. Elle décide alors de multiplier les formes d'expressions artistiques pour partager toutes ses découvertes.
À la découverte des seins masculins
Le premier épisode du podcast est consacré aux seins des hommes. Lorsque l'on parle de ces derniers, le vocabulaire diffère. On parle de torse, mais pas de seins, sauf lorsqu'il s'agit d'un contexte médical, ce qui intrigue les deux créateurices. Entre allaitement masculin physiologiquement possible et gynécomastie, le développement de la poitrine chez certains hommes, Simona Ferrar s'adresse aux HUG, à des anthropologues et à diverses associations pour étoffer le podcast. Elle contacte Andrès Garcìa, intéressé autant par le sujet que par la forme du projet, qui décrit cette expérience comme l'opportunité de
Jouer avec un texte comme avec un autre musicien.
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Philosophie et cuisine
Patrik Engisch n’est pas cuisinier, ni critique gastronomique, mais philosophe. Spécialisé en philosophie moderne et contemporaine, il décroche son doctorat en 2017 à l’Université de Fribourg et crée avec Andrea Borghini, la même année, The Culinary Mind, un centre de recherche en philosophie de la gastronomie. Il s'intéresse ainsi aux nombreuses questions liées à la cuisine, aidé dans sa tâche par des historiens, anthropologues et praticiens.
Une passion retrouvée
S'il s'oriente finalement vers une carrière académique, Patrik Engisch est passionné de cuisine depuis de nombreuses années. Son vif intérêt pour le domaine lui vient peut-être de sa grand-mère, et de ses filets de perche inimitables, ainsi que des restaurants réguliers en famille lorsqu'il était enfant. Il se souvient notamment d'un trio de pâtes qui l'a particulièrement marqué. C'est par hasard qu'il retrouve la gastronomie durant sa carrière académique. Andrea Borghini lui apprend l'existence de la philosophie de la cuisine. Au sein de The Culinary Mind, les deux chercheurs travaillent à structurer la recherche internationale sur ce sujet et à créer un réseau pour connecter les spécialistes. Ils organisent des conférences pluridisciplinaires et publient par exemple A Philosophy of Recipes.
La gastronomie et l'art
La question de la place de la gastronomie dans l'art peut se poser. Patrik Engisch comprend leur rapprochement, tout en les distinguant:
La cuisine est là avant tout pour plaire, alors que l'art n'a pas forcément pour vocation de plaire.
Quant au rapprochement des chefs aux stars du monde musical, illustré par exemple par la double vocation du jeune chef Danny Khezzar, il observe:
Bientôt, cuisiner, ce n'est plus suffisant.
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Lucie Eidenbenz a rencontré la cheffe de cuisine Francesca Fucci, une femme déterminée et passionnée ayant travaillé dans de nombreux établissements étoilés.
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Les chefs sont-ils les nouvelles rock stars? C’est une vraie question Olivier? Alors oui, pour l’usage de la cocaïne et les tatouages de Guillaume Sanchez. Mais à part ça, franchement je ne vois pas. On est quand même dans deux univers différents. Quand je vois Cyril Lignac, je ne pense pas à Van Halen. Mais attends, si si, il y a bien un point commun en fait, ça me revient.
La place des femmes. Il n'y en a pas plus dans la cuisine que dans la musique rock. Quand je dis cuisine, c’est dans les grands restaurants, parce que dans la cuisine de la maison, là elles y ont toujours été. C’est quand même la pire discipline pour ça. Pendant des siècles, c’était une affaire de femmes, et dès qu'il y a eu de l’argent et de la notoriété, là bim, ce ne sont que des mecs. Dingue non? En France, en 100 ans de guide Michelin, quatre femmes triplement étoilées. Bon, il faut il y aller tranquille. Cette année, même pas 10% de femmes dans les chefs étoilés. Oublie la parité à ce compte-là.
J’ai fait mes petites recherches et je l’ai trouvée ma rock star des fourneaux. Elle s’appelle Julia Sedefdjian. Elle a 28 ans et c’est la plus jeune cheffe étoilée depuis ses 21 ans. Deux ans plus tard, elle ouvre son propre restaurant, Baieta, et là bim, elle chope une étoile direct. Julia, elle dégomme, elle fonce, elle n'a pas le temps. Elle casse les codes, elle propose de la cuisine végane et sans gluten, notamment dans son deuxième restaurant Cicéron. Et elle a un look. Side cut des deux côtés, piercing sous la lèvre, casquette LA Dodgers, survêt Adidas. En plus d’être une femme cheffe, Julia est queer. Jeune, femme, lesbienne et étoilée, alors là on est sur de la niche de qualité.
En fait quand on cherche, des femmes qui dégomment en cuisine, il y en a. Claire Vallée, première étoilée végane, Nadia Sammut, première étoilée sans gluten, Dominique Crenn, première femme triplement étoilée aux États-Unis, Alexia Duchêne, plus jeune femme sur le podium de Top Chef. Que des premières fois. Les femmes prendraient-elles plus de risques? En tout cas, à part celles qui passent en prime time sur M6, elles sont moins visibles. Peut-être parce qu’elles passent plus de temps à travailler leur métier que leur image, parce qu’elles ont plus besoin de faire leurs preuves que leurs homologues masculins.
Qu’est-ce que ça change d’être une femme en cuisine? En réalité, ça ne devrait pas changer grand-chose. Mais il se trouve qu’elles questionnent un peu le game quand même. Plus proches de leurs employés, moins d’insultes et de crises de colère, plus proches des questions environnementales, avec une cuisine plus végétale, moins impactante en carbone et en déchets. Une cuisine plus abordable aussi. Quand elle devient cheffe des Fables de la Fontaine, Julia Sedefdjian change toute la carte et divise les prix par deux. Résultat, le resto repart comme sur des roulettes.
Les femmes en cuisine, c’est des rock stars par définition. Gravir les échelons dans un système militaire, se faire une place dans un milieu masculin, voire machiste, ça c'est ambitieux et il faut les reins, comme une tournée d'adieux de Johnny. Et même reconnaissance pour celles qui cuisinent à la maison: faire des coquillettes au jambon tout en faisant les devoirs, en payant les factures, en lavant le linge, sans faire cramer la baraque et en restant zen, ça, c'est rock'n'roll.
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Des rock stars en cuisine
Ils sont partout, sur tous les écrans, dans les gazettes, les cuisines, les conversations, les librairies, les news, les guides gastronomiques, j’en passe et des meilleures. Ils? Les chefs de cuisine bien sûr, ces gardiens du bien-manger et ces garants de la créativité au piano. Évidemment, ce star-system gastronomique a ses limites, son snobisme, ses travers.
Salt Bae, le sémillant olibrius qui a fait du salage de ses viandes une chorégraphie peut-être agaçante, vend par exemple à une clientèle que l'on aurait envie de dire décadente des steaks recouverts de feuilles d’or et facturés plusieurs centaines de dollars. Au terme de la finale de la dernière Coupe du monde de football, il va littéralement harceler, photobomber Lionel Messi pour poser avec lui et tripoter de ses mains la fameuse coupe. Sans doute que l’ego de ce monsieur est un petit peu plus grand que sa cuisine. Il y a des chefs qui vendent leur image tous azimuts, parfois sans discernement et, si j’avais par exemple Hélène Darroze sous la main, je lui dirais tout le mal que je pense d’un modèle de poêle vendu à son effigie et d’une qualité toute relative.
Philosophie et cuisine
Au-delà des excès, des craquages, la notoriété quasi-planétaire de certains chefs interroge. Pourquoi voue-t-on une telle admiration à ces alchimistes des produits comestibles? Notre obsession pour la cuisine est-elle le symptôme d’une société affolée, coupée de la nature et cherchant dans la nourriture un réconfort presque anxiolytique? Est-ce la perte de contact avec l’aspect matériel des choses qui nous fait regarder les grands cuisiniers avec les yeux de Chimène, eux qui justement savent tirer le meilleur des produits de la terre?
Patrik Engisch n’est pas cuisinier, ni critique gastronomique, mais philosophe. Spécialisé en philosophie moderne et contemporaine, il décroche son doctorat en 2017 à l’Université de Fribourg et crée avec Andrea Borghini, la même année, The Culinary Mind, un centre de recherche en philosophie de la gastronomie. Il s'intéresse ainsi aux nombreuses questions liées à la cuisine, aidé dans sa tâche par des historiens, anthropologues et praticiens. Quant au rapprochement des chefs aux stars du monde musical, illustré par exemple par la double vocation du jeune chef Danny Khezzar, il observe:
Bientôt, cuisiner, ce n'est plus suffisant.
Les femmes dans la gastronomie
Candice Savoyat livre son regard sur le monde gastronomique. Peu convaincue par ce milieu très masculin où l'ego règne, elle revient sur les jeunes cheffes prometteuses du moment. Lucie Eidenbenz fait un tour du côté du Fiskebar, restaurant gastronomique de l’Hôtel Ritz-Carlton à Genève, qui développe un art culinaire basé sur la fusion de saveurs nordiques et méditerranéennes. Elle a rencontré la cheffe de cuisine Francesca Fucci, une femme déterminée et passionnée ayant travaillé dans de nombreux établissements étoilés.
Célébrités artistiques et culinaires
Figures rassurantes d’un lien avec le monde physique, avec les nourritures terrestres, génies créatifs qui maîtrisent le feu, la chimie, la transmutation des aliments, vecteurs d’éblouissements gustatifs, les chefs de cuisine sont pour tous ces motifs et d’autres encore des étoiles qui brillent au firmament de la pop culture. Et pour tout dire, vu le côté très prenant de ce métier et ce qu’il nous apporte, on dira qu’il y a d’autres célébrités nettement moins méritées que celle qui s’attache aux grands chefs de notre temps.
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Colorer le quotidien
La styliste Lucie Guiragossian est une ancienne étudiante de la HEAD. Sa formation achevée, elle fonde à Genève, en 2019, sa marque Lundi Piscine. Les pièces proposées par la créatrice sont colorées et joyeuses, en accord avec son objectif premier: rendre heureux·se par les vêtements. La fonctionnalité émotionnelle de l'habillement compte énormément pour Lucie Guiragossian, qui aime explorer, inspirée par exemple par les tendances suisses allemandes. Contrairement aux idées reçues, ces dernières sont bien plus libres et exubérantes qu'en Suisse romande.
Une production plus verte dans l'industrie de la mode
Lucie Guiragossian fait le constat de la situation:
À l'heure actuelle, l'industrie textile tient la palme de la deuxième industrie la plus polluante au monde.
Elle s'interroge alors sur les possibilités de créer sans détruire, mais en valorisant ce qui est déjà. L'upcycling est l'une des approches de la création de vêtements durables: il s'agit de récupérer le textile d'éléments de seconde main pour fabriquer les nouvelles pièces. Présent de tous temps et à travers de nombreuses cultures, l'upcycling a d'abord été une nécessité induite par la rareté des matériaux. Lorsque le textile est fabriqué à la main sur un métier à tisser, il est indispensable d'en utiliser chaque morceau et de valoriser le matériau. Lucie Guiragossian s'aventure également du côté de la sérigraphie pour créer des modèles uniques et ne perd jamais de vue ses valeurs. Sa dernière collection mêle le durable à la recherche artistique: à la manière d’un cadavre exquis, Lundi Piscine lance Rond-point fleuri, une collection inspirée des dessins d’Elorri Charriton, eux-mêmes réalisés pour une exposition de Manon Thomas Pavlowsky. Les rideaux de l'exposition sont récupérés par la styliste qui s'en sert pour confectionner vestes et pantalons.
La récupération pour la création n'est pas une nouveauté dans la pratique artistique de Lucie Guiragossian, qui vient de la HEAD, au sein de laquelle l'upcycling d'objets chinés est encouragé. Celui-ci avantage non seulement les porte-monnaies, mais est également intrinsèquement lié au processus créatif de l'école. Lucie Guiragossian ne voit pas la production éthique et durable d'un vêtement uniquement dans les tissus utilisés et les conditions de travail des couturier·ère·s. En désaccord avec le dicton Il faut souffrir pour être belle, la styliste propose des pièces unisexes, qui s'adaptent aux morphologies et aux variations de poids:
La durabilité n'est pas qu'une question de textile, mais aussi de design.
La conception d'un vêtement, de son ébauche sur papier à sa fabrication, peut considérablement influencer sa durée de vie et donc son impact écologique.
Le coût d'une marque éthique et durable
Si les prix des vêtements fabriqués dans de bonnes conditions humaines et environnementales peuvent être intimidants pour les consommateur·trice·s, il est également difficile pour les stylistes de rentrer dans leurs frais. Lucie Guiragossian explique que certains ateliers refusent de travailler avec elle pour cette raison. Elle fait le calcul: les couturier·ière·s genevois·ses sont rémunéré·e·s 60 CHF de l'heure. Un T-shirt leur prend entre une heure et une heure et demie, puis le coût du matériel s'ajoute, ainsi que les frais liés à l'espace de travail et la marge à appliquer. Tout en gardant une marge aussi basse que possible, Lucie Guiragossian n'arrive pas à se rémunérer. Pour cela, le marché à Genève devrait évoluer. En effet, pour le moment, celles et ceux qui ont les moyens d'investir dans des pièces locales leur préfèrent les grandes marques.
Il faut partir dans la décroissance, consommer seconde main, économiser pour s'offrir une pièce qui fait sens et va durer.
La mode n'est donc pas un domaine superficiel, futile ou dépourvu d'enjeux. Économiques, sociaux ou écologiques, les questionnements sont nombreux et les artistes engagé·e·s s'interrogent et agissent tout en créant.
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Pour une mode durable
Beata Modrzynska est une styliste polonaise, diplômée de la HEAD. Elle crée en 2019 Aporeei, une marque avec laquelle elle prône une mode qui prend le temps et respecte les travaillleur·euse·s et l'environnement. Elle souligne l'importance de concilier mode et conscience écologique et pratique notamment le Zero Waste dans la découpe des patrons. Les chutes sont réutilisées en ornements et rien n'est jeté.
Prendre le temps de la création
La recherche autour des courbes dans ses créations suit également la voie de la durabilité. Une couture courbe est plus longue à terminer qu'une couture en ligne droite. Beata Modrzynska déconstruit le processus de production et s'écarte d'un modèle économique et efficace, pour revaloriser chaque pièce. La valeur émotionnelle attachée à un vêtement est aussi liée à son temps de production. Aporeei propose de l'upcycling et une production en petites séries, sur commande. Une pièce peut prendre jusqu'à deux semaines pour être confectionnée avant d'être disponible, contrairement au modèle de la fast-fashion. Attachée au concept d'éco-design, Beata Modrzynska explique qu'un vêtement bien créé et bien construit dure plus longtemps. Tout est une question de temps.
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Salut à toi,
Embarqué dans cette époque contre ta volonté et que, sans doute, tu n’aurais jamais pensé vivre. Oui, bon, il me semble que c’est un peu l’état général en ce moment, la sidération. Je ne connais personne qui soit là: ah mais 2023 mais c’est trop cool, j’adore! Ni 2022 d’ailleurs, ni 2021, ni... Ouais, bon, on peut dérouler comme ça jusqu’à je-ne-sais-plus.
Je dis contre ta volonté parce que je soupçonne que si tu avais été un tant soit peu prévenu de ce que ça impliquait d’être contemporain de 2023, tu te serais dit: eh oh, ça va pas, me réveiller avec des images d’enfants défoncés dans des ruines chaque matin et des films de femmes pantelantes à moitié mortes et en sang, emmenées par des monstres, des travellings de cadavres au sol à perte de vue. Disparition des espèces, des glaciers, des coraux, des peuples, phénomènes extrêmes, dans la nature et dans le cœur humain.
Je ne suis pas fait pour. C’est trop pour ma force.
Je soupçonne que si tu avais eu le choix de la période terrestre historique à vivre en mode C’est toi le client! Allez, choisis, c’est la maison qui offre: première moitié du XXIe siècle? Oui? Non? tu aurais peut-être pas forcément fait allez go, ça c’est pour moi, je me sens dans mon élément là. Mais alors quoi? Moitié du XXe siècle? Début du confort moderne, eau chaude, frigo, mais génocide nazi et Guerre mondiale, bombe atomique, guerre froide, Vietnam, Staline, début du putain de gros délire consumériste et exploitation sans limite de la planète, mais cinéma, liberté d’expression, rallongement de l’espérance de vie...
Tentant mais en même temps, comment dire, non plus hein. Ou alors, carrément chasseresses-cueilleurs à moitié à poil l’été? Svelte et fringuant avec le clan, loin, très loin de toute cette merde, en -10'000 avant le gars qui a dit: Mais aimez-vous les uns les autres bordel ou ça va mal finir! Bon, ce n'est pas littéralement ça, mais c’est à peu près l’idée il me semble. Mais en -10'000, pas de séries à streamer le soir, pas de podcasts, pas de GTA V, pas de WiFi, pas Tik-Tok ou Insta, pas Midi Bascule, je sais pas, j’hésite... -10'000, c’est cool, il y a la nature intacte et tout, des fruits avec du vrai goût de fruit, l’air doit être tellement pur que ça doit te faire direct tomber dans les vapes! On n'a plus l’habitude, vu d’ici.
Non, nous, en 2023, ce dont on a pris l’habitude maintenant, c’est d’entendre paniquer la communauté scientifique, genre: Eh, c’est la première fois dans l’histoire qu’on a une journée qui dépasse les 2 degrés de réchauffement en moyenne globale avec un pic de 60 degrés à Rio qui a contraint Taylor Swift à reporter ses dates après que le cœur d’une femme de 23 ans ait lâché pendant qu’elle faisait la queue pour le concert. C’est pas du tout ce qu’on avait convenu dans les accords de Paris en 2015. On est en 2023 et on n’a baissé que de 2% nos émissions de gaz à effets de serre alors que l'on a juré de les diminuer de 43% d’ici 2030, pour que le réchauffement se maintienne à maximum 1,5 degré.
Nous ne sommes pas du tout là où nous devrions en être.
Et c’est un euphémisme: feux incontrôlables, inondations dévastatrices, sécheresses, famines, tout ça est déjà là. Et ça, c’est sur un réchauffement irréversible déjà atteint de 1,2 degré. On bat successivement tous les records de chaleurs comme des sportifs surdopés les précédents records dans des championnats d’athlétisme. Sauf que là, ce sont les mondiaux de la connerie, de l’irresponsabilité et du déni pathologique, de la débilocratie et de la vénalité poussée jusqu’à la pulsion de mort collective. La trajectoire du réchauffement climatique actuelle nous précipite, d’ici la fin du siècle, à 3 degrés supplémentaires dans le monde par rapport à l’ère préindustrielle. 3 degrés. La ligne rouge à expressément ne pas franchir est à 2 degrés sous peine de réactions en chaîne incommensurables.
Tu sais quoi, nous sommes toutes et tous placé·e·s dans la situation d’Hamlet et, comme lui, nous n’avons pas le choix: Le temps est disloqué. Ô sort maudit, faut-il que je sois né pour le remettre en ordre? La réponse, impérative, catégorique, irrésistible, est: Oui.
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En 2020, Radio Vostok, la chaîne indé qui décape les oreilles, et le Théâtre Forum Meyrin, une scène qui porte haut l’étendard du spectacle vivant, créaient Radio Bascule, plateforme de podcasts plus accueillante encore qu’une auberge espagnole. Et comme l’appétit vient en mangeant, il n’était pas question de s’arrêter en si bon chemin. Pourquoi ne pas lancer une émission?
Le rêve se concrétise en 2021. Son ambition? Proposer un espace de réunion et d’échange, à l’heure où la pandémie fait encore planer la menace d’un retour à la distanciation sociale. Être le sismophone des changements à venir, à la fois détecteur, porte-voix et acteur. Et surtout, sans jargon, dans un esprit curieux et convivial, réfléchir à l’impact des crises à répétition sur les interprètes, les techniciens, les créateurs – sur toutes ces bonnes volontés coalisées sans lesquelles l’art n’existerait pas.
Tandis que les fronts se durcissent, que les réseaux sociaux nous libèrent autant qu’ils nous enferment dans des bulles cognitives, que la défiance lamine les autorités politiques et scientifiques, que chacun ou presque s’intronise seul maître à bord et que d’aucuns, toute honte bue, n’ont à la bouche que le credo «Tout pour ma gueule, et merde aux autres», il est plus que jamais urgent de s’entendre. Écouter, échanger, inventer, débattre, rire et rêver: n’est-ce pas ce qui, sur l’aile du son, fait la beauté irremplaçable de la radio?
Midi Bascule, c'est tout cela. Un ensemble choral de reportages, d’interviews, de chroniques, de consignes créatives et de respirations musicales. Sans prétention mais avec cœur – et avec un auditoire que nous espérons considérable!
De septembre 2023 à juin 2024, Midi Bascule est produite en collaboration avec le Service de la culture de Meyrin.