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Or


Forger son identité
Quand on décide de suivre telle ou telle formation, on agit et on prend position dans le monde. Idem lorsque l'on fréquente ce groupe d’amis-ci, plutôt que celui-là. Chaque expérience de vie donne à l’individu autonome l’occasion de forger son identité propre. Mais si les choix sont les nôtres en apparence, les effectue-t-on vraiment en toute liberté et en connaissance de cause? Les enseignements reçus n’étant pas neutres, certaines personnes les remettent en question et entrent alors en déconstruction. D’autre part, lorsque les alternatives n’existent pas, comment refuser les modèles? Dans une société basée, par exemple, sur la binarité de genre, comment faire si l'on ne se reconnaît ni dans le masculin, ni dans le féminin? Ou au contraire, que l'on se sent appartenir à l’un et à l’autre en même temps? Lorsque l'on réalise le peu de latitude que l'on a, on peut vouloir se défaire de l’héritage de nos ancêtres. Mais face à une société remplie de normes et de règles, comment se rebeller sans finir reclus?
Un système de genre
Loïc Valley est improvisateur, comédienne, metteur en scène et enseignante de théâtre. Non-binaire, iel revient sur son parcours personnel et artistique. Faute de modèles queer durant son enfance, hormis quelques antagonistes de dessins animés, c'est plus tard, en discutant avec son entourage, qu'iel comprendra son propre rapport au genre.
Le genre, c'est un grand jeu auquel beaucoup de gens jouent. Je comprends les règles, mais ne suis pas d'accord d'y jouer.
Face à l'emballement médiatique autour de ces questions, Loïc Valley explique qu'une personne trans ou non-binaire politise son identité, parfois à contrecœur. Et si certains et certaines ne se sentent pas impliqué·e·s, le genre en tant que système concerne pourtant tout le monde, explique l'artiste.
Représenter pour dénoncer
Candice Savoyat partage son expérience théâtrale du spectacle Désobéir de Julie Berès, qui explore la construction d'identité de femmes issues de l'immigration. Kevin Keiss, auteur et dramaturge, a co-écrit avec celle-ci, ainsi qu'avec Lisa Guez et Alice Zeniter, la pièce La Tendresse, qui parle de masculinités au pluriel. Travaillant ensemble à l'écriture depuis une dizaine d'années, les dramaturges explorent l'effacement des auteur·rice·s au profit de l'oralité. Un travail long et immersif précède l'écriture, entre rencontres, recherches et lectures. Si la violence de certaines scènes et des réactions de certains personnages peut décontenancer, Kevin Keiss explique que
Pour dénoncer la misogynie, il faut aussi la représenter.
Loïc Valley rebondit sur la question de la représentation de la violence dans l'art:
Si on veut faire société, on doit aussi composer avec la parole des oppresseurs.
Quant à José Lillo, il profite de l'évocation de la tendresse pour déclarer sa flamme à Davos.
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Reconnaître un domaine artistique
Emmanuel Cuénod est le directeur du Pôle de création numérique depuis 2022. À la tête du Geneva International Film Festival entre 2013 et 2020, il considère les frontières entre les disciplines artistiques comme importantes dans le processus de financement des œuvres, mais restrictives lorsque l'utilisation de technologies numériques est perçue comme une menace pour les autres formes de création.
Rien ne l'emporte sur l'autre.
Au sein du GIFF, la télévision, le cinéma et les œuvres numériques dialoguent sans prendre le pas sur l'autre. Selon lui, la difficulté des créateur·rice·s numériques aujourd'hui réside dans l'accès à un financement reconnaissant leur discipline en tant que telle. Une création numérique doit souvent piocher dans des budgets alloués à d'autres domaines, en tordant son concept pour entrer dans les cases. Ainsi, un jeu vidéo doit intégrer un aspect théâtral, lyrique ou collaborer avec une compagnie de danse pour obtenir les fonds nécessaires à sa production, provenant des budgets de ces disciplines.
Des innovations de forme et de fond
Le Pôle de création numérique cherche à structurer, soutenir et innover. Les projets qu'il suit peuvent prendre diverses formes et réfléchir à la nature même de la création numérique, à son impact écologique, comme par exemple le Carbovirium de Yoann Douillet, qui permet de visualiser de manière tangible l’activité en ligne de foyers romands et des émissions carbones que cette activité émet. Une manière d’interpeller et de sensibiliser les visiteurs des espaces qui accueillent cette installation numérique mais aussi les habitants des lieux où le dispositif est installé.
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Du papier à l'écran
Adriana de Pesters est créatrice de jeux vidéos et lauréate 2023 des bourses de recherche et développement pour un projet de création numérique de Genève. Son dernier projet, Echo of the Waves, reprend l'esthétique de l'aquarelle sur papier, inspirée par les dessins de sa sœur Eléonor de Pesters, retravaillés sur tablette. Les joueur·euse·s pourront suivre le parcours du protagoniste, qui voyage en bateau d'île en île, en quête de compréhension du monde et de lui-même. Son instrument de musique lui permet de se connecter à la nature.
Vivre de la création numérique
Adriana de Pesters revient sur la production d'un jeu vidéo, un processus coûteux qui rassemble plusieurs corps de métier: game design, dessin, animation, programmation, sound design, composition de la musique, écriture de la narration et des dialogues, interprétation de ces derniers, traduction, production, management ou encore testing. Créer un jeu vidéo demande donc du temps et des fonds. Elle vit aujourd'hui de cela, mais est consciente qu'il s'agit d'un métier encore récent en Suisse.
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Camille de Dieu s’intéresse à ce que le numérique a de vivant et à la façon dont il peut rendre compte du vivant. Un reportage de Lucie Eidenbenz.
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Salut à toi podcastophile, Salut à toi fandom du JoséLilloverse,
Et nous voilà tout frais pimpantes, Dry January oblige, pour cette nouvelle année – nom de code, sans surprise, 2024. C’est d’une monotonie arithmétique. On est spoilé à la base, on le savait. On sait forcément que l’année prochaine s’appellera, suspens, 2025. Et l’année d’après, attends laisse-moi additionner un sans demander à mon appli smartphone, 2026! Et ainsi de suite, quel rite de neuneu! Je ne sais pas, je m’étais dit, pour une fois, on aurait pu innover, il y a de l’innovation partout, alors pourquoi pas pour le passage à la nouvelle année. Genre, allez, on saute de 2023 à, soyons fous, soyons quantiques, 2050! Pour voir si on est encore là, s’il reste des oiseaux dans le ciel et des poissons dans l’eau, des arbres dans le centre-ville genevois, si Tom Cruise va enfin être vieux, s'il y aura GTA 8.
Eh ben non, au lieu de ça, on a 2024, qui rime avec psychiatre. Ouh pas bon signe ça. C’est vrai que dans l’ensemble, on ne se porte pas très bien, je trouve, collectivement parlant. Et je ne parle pas que des gens qui défendent Depardieu, qui tenaient absolument à se mater un Astérix et Obélix avec Big G en famille à Noël sur la RTS. Quelle polémique stupide. Comme si les gens au XXIe siècle dépendaient encore de la RTS pour mater un film, à l’heure des plateformes, du streaming, de la vidéo à la demande, de la smart TV. Quelle idée de déprogrammer DeparGod... Putain, mais tu leur effaces DeparGod, mais les gens ils te foncent sur une I.A. générative d’images en mouvement, ils te font un long avec Gégé et Martine font du poney et ils te le postent sur Youporn juste pour faire chier les wokes. Avec des coups foireux comme ça, ce n'est pas Depardieu qui va être effacé, c’est la redevance.
L’époque est teigneuse. Tout le monde énerve tout le monde. D’ailleurs, 2024, je remarque, ça rime aussi avec combattre ou abattre. 2024. Un nombre minuscule si on le compare avec le nombre de morts répertoriés à ce jour à Gaza: 23’357. 59'410 blessés, 8'000 disparus. Bon, sur une population estimée à plus de 2 millions, il y a encore de la marge... Si on cumule les chiffres, que l'on se dit que les blessés succombent à leurs blessures, faute de soins, de médicaments, de bouffe, d’eau potable, tout ça, que les disparus le restent, on arrive à un ratio de moins de 5% de morts en tout. Et il y a encore des excités pour parler de génocide! Moi je dis, tant que ça n'atteint pas les 6 millions comme en 45... Ta gueule! C’est juste une guerre avec les aléas de la guerre. Ce n'est pas une partie de Smash Bros. en local. Faut débrancher la Switch et ouvrir les livres d’Histoire un peu, les gens, le niveau baisse là!
Vous croyez quoi? Que si le Hamas pouvait bombarder à la Tsahal, avec en appui l’intelligence artificielle pour maximiser les dégâts, faire dans la quantité plutôt que dans la qualité et réussir à faire en une frappe des centaines de morts au lieu d’une petite dizaine de rien du tout, il se priverait? Et le 7 octobre? C’était un reboot de La Petite Maison dans la Prairie peut-être? Charles Manson GoPro director’s cut alors... Quoi, il y a un immeuble sur deux qui est détruit dans la bande de Gaza? Et ça ne se reconstruit pas un immeuble? Qui c’est qui a construit Tel-Aviv? Qui c’est qui a fait le gros-œuvre hein? Les Palestiniens! Eh ouais! Alors qu’on ne vienne pas me dire qu’il n'y a pas la main-d’œuvre sur place hein. L’ONU n'a qu’à aéroporter et balancer de la colle et qu’ils se démerdent! De toute façon, qu’est-ce que vous voulez que des Bédouins foutent dans un immeuble? Ils sont beaucoup mieux dans des tentes les arabes, c’est leur culture, c’est pas la peine qu’il se vautrent dans les fausses valeurs occidentales, dans l’aliénation capitaliste. Moi je dis, retour aux sources pour tout le monde, le confort moderne, c’est pour les occidentaux et leurs belles démocraties humanistes. Ou ce qu’il en reste.
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Le numérique dans l'art
Si certain·e·s créateur·rice·s utilisent les technologies dans leurs œuvres depuis les années 1940, la reconnaissance d’un domaine à part entière par les organismes subventionneurs prend aujourd'hui un tournant. Jusqu’à récemment, les artistes digitaux qui souhaitaient obtenir des fonds effectuaient leurs demandes auprès des entités responsables de leur secteur d’activité initial. Les performances scéniques immersives pouvaient être tantôt financées par la catégorie théâtre, tantôt par la danse. Quant aux bandes dessinées numériques, elles obtenaient des soutiens à l’édition.
Reconnaître un domaine artistique
Le paysage des aides financières se métamorphose: en 2023, la Ville de Genève lance ses premières bourses entièrement dédiées à la création digitale et, plus largement en Romandie, un Pôle de création numérique voit le jour. Pourquoi créer une catégorie numérique distincte alors que le digital est présent dans la plupart des disciplines artistiques? La branche est vaste, elle regroupe l’intelligence artificielle, les réalités virtuelles ou augmentées, en passant, entre autres, par les jeux vidéos. Comment mettre les technologies au service des histoires racontées? Peut-on appeler artistes les personnes qui tapent des lignes de code sur un clavier? Que disent ces évolutions sur le devenir du monde?
Le numérique comme art
Emmanuel Cuénod prend la direction du Pôle de création numérique en 2022. À la tête du Geneva International Film Festival entre 2013 et 2020, il considère les frontières entre les disciplines artistiques comme importantes dans le processus de financement des œuvres, mais restrictives lorsque l'utilisation de technologies numériques est perçue comme une menace pour les autres formes de création.
Rien ne l'emporte sur l'autre.
Au sein du GIFF, la télévision, le cinéma et les œuvres numériques dialoguent sans prendre le pas sur l'autre. Selon lui, la difficulté des créateur·rice·s numériques aujourd'hui réside dans l'accès à un financement reconnaissant leur discipline en tant que telle. Une création numérique doit souvent piocher dans des budgets alloués à d'autres domaines, en tordant son concept pour entrer dans les cases. Ainsi, un jeu vidéo doit par exemple intégrer un aspect théâtral, lyrique ou collaborer avec une compagnie de danse pour obtenir les fonds nécessaires à sa production, provenant des budgets de ces disciplines.
Rendre compte du réel avec le numérique
Camille de Dieu est une artiste numérique genevoise, co-fondatrice du studio z1, avec Laurent Novac. Lucie Eidenbenz est allée à leur rencontre. Dans sa pratique, Camille de Dieu s’intéresse à ce que le numérique a de vivant et à la façon dont il peut en rendre compte. Adriana de Pesters est créatrice de jeux vidéos et lauréate 2023 des bourses de recherche et développement pour un projet de création numérique de Genève. Son dernier projet, Echo of the Waves, reprend l'esthétique de l'aquarelle sur papier, inspirée par les dessins de sa sœur Eléonor de Pesters, retravaillés sur tablette. Les joueur·euse·s pourront suivre le parcours du protagoniste, qui voyage en bateau d'île en île, en quête de compréhension du monde et de lui-même. Son instrument de musique lui permet de se connecter à la nature. José Lillo, de son côté, ne découvre pas un monde poétique et coloré à coups de pinceaux et de notes de musique, il se plonge dans l'actualité de ce début d'année.
Vivre de la création numérique
Adriana de Pesters revient sur la production d'un jeu vidéo, un processus coûteux qui rassemble plusieurs corps de métier: game design, dessin, animation, programmation, sound design, composition de la musique, écriture de la narration et des dialogues, interprétation de ces derniers, traduction, production, management ou encore testing. Créer un jeu vidéo demande donc du temps et des fonds. Elle vit aujourd'hui de cela, mais est consciente qu'il s'agit d'un métier encore récent en Suisse.
Dialogue et complémentarité entre les arts, financement, thématiques liées à la nature et impact écologique, la création numérique en est à ses débuts et les interrogations autour de ces formes artistiques sont nombreuses, tout comme les artistes fourmillant d'idées à exprimer à travers ces différents formats.
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De la substance derrière l'influence
Carlos Leal est acteur, musicien et photographe. Pour lui, l'influence est acceptable lorsqu'un message est transmis. Il est intéressé par celles et ceux qui ont quelque chose à dire et à défendre. S'il n'y a aucun avis exposé ou défendu derrière une collaboration avec une marque, il ne voit l'influenceur·euse que comme un gigantesque panneau publicitaire humain.
Le lien entre l'artiste et son public
Carlos Leal explique la différence de contact avec les publics qu'il rencontre en fonction de l'art exercé. Le lien noué n'est pas le même lors d'un concert, d'une pièce ou d'une exposition. C'est en concert que le contact est le plus étroit: les spectateur·rice·s réagissent au rythme, dansent et participent. Au théâtre, le quatrième mur coupe davantage l'artiste de la salle, tandis qu'au cinéma et à la télévision, la distance avec le public est très grande. La photographie permet une proximité inattendue avec les visiteur·euse·s lors des expositions, où les discussions se nouent en direct. Si le public est primordial pour l'artiste, ce dernier ne devrait, selon Carlos Leal, pas en dépendre au moment de la création.
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Stand-up et réseaux sociaux
L'humoriste Thibaud Agoston ne se considère pas comme un influenceur. Sa présence sur les réseaux sociaux est pour lui un moyen d'amener des spectateur·rice·s dans la salle, mais il profite aussi de ce contact pour stimuler sa créativité. Il fait par exemple participer ses abonné·e·s en leur demandant des idées de thèmes et se lance le défi de tous les inclure dans un spectacle.
J'ai parfois surestimé l'intelligence collective.
Il s'amuse de ce que ses fans lui proposent, conscients de mettre l'humoriste en difficulté avec l'absurdité de certaines réponses.
L'impact de l'humour
Thibaud Agoston évoque également les retours, positifs ou négatifs, permis par les différentes plateformes. Selon les thématiques explorées, la réception d'une partie du public peut être extrême. Il a, par exemple, reçu un jour une lettre de menace. S'il est conscient que l'humour peut blesser, il préfère retravailler la forme et la finesse de l'expression pour ne pas censurer les sujets abordés dans ses spectacles et chroniques. En effet, peu importe le sujet, il y aura toujours des personnes mécontentes. Il se souvient avoir énervé un professeur de ski en exprimant son désintérêt pour ce sport.
Pour Thibaud Agoston, l'humour a pour première vocation de faire rire. Le choix d'apporter une touche politique aux sketchs appartient à l'artiste et n'est pas une nécessité. Le secret, c'est d'être aligné avec ses paroles et ses actes, explique-t-il.
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Salut à toi le siècle.
Oui, j’ai décidé de m’adresser au siècle, les gens en cette fin d’année, vous êtes assez compliqués politiquement parlant. Sur les réseaux, dans les médias, on voit que vous n'êtes pas du tout du tout d’accord entre vous. Si vous aviez le pouvoir de vous annihiler les uns les autres par la pensée, vous n’hésiteriez pas une seconde. Je ne vois pas par quelle imprudence je viendrais me mêler.
Et puis tout devient très très confus: l’extrême gauche c’est l’extrême droite, l’extrême droite c’est la droite républicaine, l’écologie c’est du terrorisme, le terrorisme c’est de la résistance, l’avenir c’est la croissance et les rois du pétrole vont nous mener à un monde décarboné.
Non, les gens, la seule chose que vous avez encore en commun, quoique pour des raisons diamétralement opposées, c’est le fait de tenir ce siècle pour un désastre. Ça fait un point de convergence entre nous, sauf que je préfère ne pas vous parler. Mieux vaut que ça reste entre le siècle et moi. Faites comme si on n’était pas là.
Alors, salut à toi siècle d’épouvante, abominable saloperie. Salut à toi année finissante. Le 31 décembre, personnellement, j’aurai vraiment du mal à prononcer les traditionnels vœux de bonne année, sachant que l’année prochaine, tu seras dans l’exact prolongement de l’année actuelle. On aura sans doute un décompte plus précis des morts sous les bombardements de l’armée la plus morale du monde, à Gaza. Enfin, si une instance neutre est autorisée un jour à entrer.
70% de femmes et d’enfants en dommages collatéraux selon les chiffres de l’Unicef, au 11 décembre. 17'177 morts, plus de 5'350 enfants et au moins 3'250 femmes. 46'000 blessés dont 9'000 enfants. 4'500 portés disparus dont 3'500 enfants. On n’ose pas imaginer les chiffres si les bombardements avaient été le fait d’une armée immorale. 45% des logements détruits au 6 décembre selon Handicap International.
Cette année l’esprit de Noël, là-bas, va survoler un amas de ruines. Il ne va pas pouvoir se poser sur la bande de Gaza le traîneau du Père Noël. De toute façon: pas de cheminée, pas de cadeaux de Noël. Et puis Gaza, ce n'est pas Maman j’ai raté l’avion, c’est plutôt Maman l’avion ne m'a pas raté. Gaza, c’est une sorte de Où est Charlie à ciel ouvert avec le Hamas à la place de Charlie, sauf que du Nord au Sud, il n'y a que des Charlie partout partout. Derrière chaque être humain, dans tous les bâtiments, les ambulances, les hôpitaux, partout. Avec sa petite écharpe rayée rouge et blanche et son bonnet mignon, mais qu’au lieu de pointer Charlie quand tu le trouves, tu le bombardes à mort, rien à foutre des autres persos sur la page, des otages, tu bombardes. Tu éradiques Gaz… euh, le Hamas… enfin, Charlie, enfin, je ne sais plus.
Franchement, si on en est là, le siècle, autant lâcher une bombe atomique. C’est moins cruel, plus rapide, plus efficace, plus franc. Étonnant que l’I.A. avec laquelle l’armée morale élabore ses bombardements pour optimiser les frappes pertinentes ne l’ait pas encore proposé. Ça doit être une I.A. avec, je ne sais pas, des scrupules écologistes. Déjà que le bilan carbone ne doit pas être bon avec plus de 12'000 bombes de 150 à 1'000 kilos larguées sur la zone la plus densément peuplée du monde, on ne va quand même pas l’aggraver avec une explosion atomique, même si ça règlerait le problème une fois pour toutes.
De toute façon, le problème va se régler tout seul, parce que, selon l’OMS, les maladies non traitées tueront plus que les bombardements, si le système de santé n’est pas rétabli, que l’aide humanitaire et les médicaments restent entassés pour rien au point de non passage égyptien de Rafah. La pluie, le froid et l’hiver qui s’installent devraient encore accélérer le cours des choses.
C’est d’ailleurs le moment qu’a choisi le Conseil National, sous l’impulsion d’un UDC, pour couper la contribution suisse annuelle de 20 millions de francs à l’Agence pour les réfugiés palestiniens sous mandat onusien, le seul acteur humanitaire opérant encore à Gaza. Je salue la cohérence et la neutralité de la patrie depuis laquelle j’adresse ces mots de colère à un siècle qui désormais me dégoûte.
Les conventions de Genève sont traitées à peu près de la même façon qu’une femme israélienne par le Hamas un 7 octobre de ce siècle abject. Les horreurs de toutes les parties sont consignées, l’Histoire dira notre inhumanité, notre apathie, notre trahison de toutes les valeurs dont nous nous réclamons en vain pour justifier nos crimes. Ils sont épouvantables. À la fin des fins, il n’y a jamais eu que deux camps: les amis de la mort ou les amis de la vie.
Les amis de la vie ne pactisent pas avec la mort. Jamais.
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C’est dans ce même lieu que Rachel Maisonneuve a rencontré la sociologue Claire Balleys pour décrypter ses recherches sur les réseaux sociaux et les nouveaux espaces de communication qu’ils offrent avec ces inconnus de la vague numérique.
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En 2020, Radio Vostok, la chaîne indé qui décape les oreilles, et le Théâtre Forum Meyrin, une scène qui porte haut l’étendard du spectacle vivant, créaient Radio Bascule, plateforme de podcasts plus accueillante encore qu’une auberge espagnole. Et comme l’appétit vient en mangeant, il n’était pas question de s’arrêter en si bon chemin. Pourquoi ne pas lancer une émission?
Le rêve se concrétise en 2021. Son ambition? Proposer un espace de réunion et d’échange, à l’heure où la pandémie fait encore planer la menace d’un retour à la distanciation sociale. Être le sismophone des changements à venir, à la fois détecteur, porte-voix et acteur. Et surtout, sans jargon, dans un esprit curieux et convivial, réfléchir à l’impact des crises à répétition sur les interprètes, les techniciens, les créateurs – sur toutes ces bonnes volontés coalisées sans lesquelles l’art n’existerait pas.
Tandis que les fronts se durcissent, que les réseaux sociaux nous libèrent autant qu’ils nous enferment dans des bulles cognitives, que la défiance lamine les autorités politiques et scientifiques, que chacun ou presque s’intronise seul maître à bord et que d’aucuns, toute honte bue, n’ont à la bouche que le credo «Tout pour ma gueule, et merde aux autres», il est plus que jamais urgent de s’entendre. Écouter, échanger, inventer, débattre, rire et rêver: n’est-ce pas ce qui, sur l’aile du son, fait la beauté irremplaçable de la radio?
Midi Bascule, c'est tout cela. Un ensemble choral de reportages, d’interviews, de chroniques, de consignes créatives et de respirations musicales. Sans prétention mais avec cœur – et avec un auditoire que nous espérons considérable!
De septembre 2023 à juin 2024, Midi Bascule est produite en collaboration avec le Service de la culture de Meyrin.