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Mission encre noire Tome 26 Chapitre 314. Une sorte de lumière spéciale de Maude Veilleux paru en 2019 aux éditions de l'Écrou. Être née quelque part, en garder le goût weird sous les ongles, ce sont des mots comme cela, simplement, qui peuvent vous attraper au détour d'une lecture curieuse. Maude Veilleux fait parti de ces autrices dont la rencontre peut-être déterminante pour vous accrocher à un style, une langue, une voix. Originaire de la Beauce, montréalaise jusqu'au bout des ongles, depuis, l'autrice tente tout. Elle écrit sur tous les supports, roman, fanzine, revue, recueil de poésie, blog, web série...Les mots, les murmures dans l'oreille, le slang, le slam, les chemins étranges, la langue des ruelles, l'amitié, l'amour à marde, les lendemains de veille, il y a de tout ça dans ses recueils et plus. Une sorte de lumière spéciale pourrait sonner comme un rap américain, un flow soutenu entre colère et résignation. Si Maude Veilleux aligne les souvenirs c'est pour mieux appréhender le présent. Oui, l'autrice désire changer le monde, et alors ? Pas vous ? Il y a des rencontres de lecture qui peuvent être déterminantes, celle-ci en est une. Maude Veilleux est invitée à Mission encre noire.
Extrait: « écrire dans le noir/écrire dans mon appartement/écrire devant internet/écrire avec mon chat/écrire/you do you/je te crisse pas/j'aimerai inventer une forme/le poème rhétorique/celui qui règle les comptes/qui argumente/comme dans le rap américain/avec une crew et des lance-flammes/voici ma crew/c'est qui ma crew?»
Dire encore après...de Sylvain Campeau paru en 2019 aux éditions Triptyque dans la collection Poésie accompagné du CD de musique Havres. Uniquement disponible à partir du 07 août, l'objet est magnifique. Tandis que le recueil de poésie interroge la langue, notre histoire, débusque les mots dont nous sommes l'écho, le projet musical Havres se fait l'amant du livre. Avec les voix de José Acquelin, Sylvain Campeau, Catherine Kidd, Trina Stacey et Seaghan Mac An tSionnaigh, le montage sonore adaptant le poème Havres habille de façon magistrale un texte où s'entrechoquent les langues irlandaises et Mohawk, plongé au coeur de la forge vibrante modelée par Chantal Dumas. Auparavant, le recueil vous parlera de résistance, d'hommage aux disparus, d'identité, de langue, d'arbres encore et toujours. Sylvain Campeau nous exhorte au voyage et à sortir de l'époque pour nourrir d'autres rêves d'ici. Les mots s'écoutent jazzés par le poète ou blessés et pleurés dans les méandres d'un blues. Sylvain Campeau est à Mission encre noire, ce soir.
Extrait: « La vigie belle est affaire d'horizons qui/s'éloignent/visions d'un monde à ciel désastre/à forêts imbriquées en tourbes levées/J'arrive, blanc, assurément,/canadien déjà par l'aventure/de cette appellation qui n'a plus cours/quand suivie de la langue par français/Perdu le sort de ces ancêtres/dans un continent de batailles/et d'ententes avec les habitants du lieu.»
Mission encre noire Tome 26 Chapitre 313. L'enlèvement de Damien Blass à paraître le 07 Août 2019 aux éditions Triptyque dans la collection satellite. Le visage d"André Lépine se reflète dans le miroir de la pharmacie de la salle de bain familiale située dans une agglomération morne de banlieue québécoise. Irrésistiblement son regard est happé par une lueur qui illumine un étroit passage. Osera-t-il la suivre ? De lourds nuages s'amoncellent autour de cette famille reconstituée, en route vers le sanctuaire de l'Église du souffle. André est accueilli par de jeunes chrétiens au ministère pour les adolescents. Alors que le générique de fin d'une vidéo sur les extraterrestres défile, l'attention d'André se détourne des ferveurs de la prière, son estomac contracté. Des enlèvements se produisent dans la communauté, des adolescents sont emportés par des «anges». Roman apocalyptique, conte fantastique, Sci-fi born again, rituels évangéliques, mythes ufologiques, ce premier roman, très réussi, est un miroir révélateur des peurs ancestrales qui peuplent notre imaginaire et celui de l'auteur. Je vous invite à réveiller la magie de l'enfant qui dort en vous, ce soir, j'accueille Damien Blass à Mission encre noire.
Extrait: « André retourna le cadeau entre ses doigts. La couverture en cuir brun était de bonne qualité. le marque page avait été placé au début du livre d'Ézéchiel. « ne lis pas tout de suite. Attends que je sois parti.» « Vous croyez vraiment que j'ai été enlevé par les anges ? » « Je ne sais pas si c'était des anges, mais je sais que tu as été enlevé. Quand ma fille est tombée malade, j'ai tellement prié que je n'avais plus d'espoir. J'ai cru que j'allais perdre la foi. C'est alors qu'ils sont arrivés avec une solution. Ils nous ont proposé un pacte. Je n'ai jamais hésité, tu sais. Je leur ai donné Dorothée pour la sauver.» David Salomon retroussa la jambe de son pantalon pour lui dévoiler sa jambe. Ils comparèrent leurs cicatrices: c'était la même. »
Le truc de l'oncle Henry par Alain Gagnon réédité en 2019 aux éditions Alias dans la collection Hors cadre. Alain Gagnon est décédé en 2017, son oeuvre possède une large bibliographie, une quarantaine d'ouvrages. Dans un prologue signé par son ami Yvon Paré, l'auteur a travaillé à rebaptiser son bout de pays. Il crée, pour cela, un territoire, l'Euxémie et des personnages récurrents dont Olaf Bégon, chef de la sûreté municipale de saint-Euxème, petit village exilé au milieu des murmures de la forêt. Des disparitions suspectes, des morts, et des attaques sauvages contre les travailleurs autour de la construction d'un barrage dans la gorge des Conscrits sème la panique. Un endroit connu depuis longtemps dans les légendes des amérindiens. et qu'eux-même jugent maudit. Olaf Bégon redoute le pire. Vous qui aimez l'univers décalé de Stephen King, les péripéties tumultueuses de Ville-Dieu de François Barcelo ou l'environnement des forêts obscures et menaçantes chez Andrée A. Michaud, Le truc de l'oncle henry, va vous surprendre. Cette réédition devrait charmer un nouveau public et devenir, qui sait, une référence culte SF, ici, au Québec.
Extrait: « Elle n'était ni folle ni hallucinée. La vidéo montrait et, surtout, laissait entendre...Ces sons horribles. De bêtes. De bêtes. De bêtes presque humaines. « J'ai entendu bien des histoires, des légendes, a commencé Olaf. La forêt qui encercle la ville, vous savez, si vous vous y perdez et si vous avez assez d'énergie, vous pouvez vous ramasser au pôle Nord. C'est vous dire comme c'est vaste et plein d'inconnu. Les Amérindiens, ils faisaient comme nous, ils longeaient les rives. Les rivières, c'étaient leurs chemins qui marchent. Il y a des milliers de kilomètres carrés où l'humain n'a jamais mis le pied. Alors les histoires, les légendes ont tout le territoire qu'il faut...»
Anatomie de l'horreur de Stephen King réédité en 2018 aux éditions Albin Michel.« Étranger, pénètre ici à tes risques et périls: en ce lieu sont des tigres.» Ce sont par ces mots dédiés à six maîtres du macabre, malheureusement décédés aujourd'hui, que s'ouvre ce livre culte qui dessine les grandes lignes d'un univers envoûtant. Anatomie de l'horreur, publiée en français en 1995, est ici augmentée de deux préfaces et de nombreuses références rassemblées dans un appendice très complet en fin d'ouvrage. L'auteur est pointilleux et documentés. Stephen King est intarissable, dans un style direct, un brin cynique, qu'on lui connaît bien. On peut facilement lui pardonner, autant l'horreur, au même titre que le fantastique ou le polar partagent encore trop souvent, à tort, une mauvaise réputation de sous-genre. Stephen King vous permet d'explorer les dessous d'une littérature qui a une formidable capacité d'invention. Il nous entraîne, au gré de son histoire, à redécouvrir des oeuvres majeures et autres cauchemars qui attendent de vous assaillir, tapis au coin des pages de cet essai. En maître des lieux, l'auteur américain, vous ouvre une porte, forcément grinçante, sur sa collection personnelle de références en tout genre. Les pages du livre auront la manie de se tourner toutes seules sous votre regard incrédule, sachez que le caractère horrible du propos est désamorcé par une bonne dose d'humour: l'horreur, suggère, c"est vous-même, qui l'a complété.
Extrait: « Psychose n'a jamais été diffusé à la télé à une heure de grande écoute, mais si on en ôtait les quarante-cinq secondes que dure cette scène, ce film pourrait passer pour un téléfilm (en termes de contenu, bien entendu ; son style le hausse à cent coudées au-dessus du téléfilm moyen). En fait, Hitchcock nous sert une bonne tranche de viande alors que son film a à peine entamé son deuxième quart. Ensuite, nous n'avons plus droit qu'au fumet. Et si on le prive de ces quarante-cinq secondes cruciales, le film devient complètement banal. en dépit de sa réputation, Psychose est une oeuvre d'une retenue admirable ; Hitchcock a même décidé de tourner son film en noir et blanc afin que le sang aperçu lors de la scène de la douche ne ressemble pas à du sang, et à croire une rumeur - presque certainement apocryphe -, il avait envisagé de le tourner en couleurs...à l'exception de cette fameuse scène, qui aurait été filmée en noir et blanc.»
Mission encre noire Tome 26 Chapitre 313. L'enlèvement de Damien Blass à paraître le 07 Août 2019 aux éditions Triptyque dans la collection satellite. Le visage d"André Lépine se reflète dans le miroir de la pharmacie de la salle de bain familiale située dans une agglomération morne de banlieue québécoise. Irrésistiblement son regard est happé par une lueur qui illumine un étroit passage. Osera-t-il la suivre ? De lourds nuages s'amoncellent autour de cette famille reconstituée, en route vers le sanctuaire de l'Église du souffle. André est accueilli par de jeunes chrétiens au ministère pour les adolescents. Alors que le générique de fin d'une vidéo sur les extraterrestres défile, l'attention d'André se détourne des ferveurs de la prière, son estomac contracté. Des enlèvements se produisent dans la communauté, des adolescents sont emportés par des «anges». Roman apocalyptique, conte fantastique, Sci-fi born again, rituels évangéliques, mythes ufologiques, ce premier roman, très réussi, est un miroir révélateur des peurs ancestrales qui peuplent notre imaginaire et celui de l'auteur. Je vous invite à réveiller la magie de l'enfant qui dort en vous, ce soir, j'accueille Damien Blass à Mission encre noire.
Extrait: « André retourna le cadeau entre ses doigts. La couverture en cuir brun était de bonne qualité. le marque page avait été placé au début du livre d'Ézéchiel. « ne lis pas tout de suite. Attends que je sois parti.» « Vous croyez vraiment que j'ai été enlevé par les anges ? » « Je ne sais pas si c'était des anges, mais je sais que tu as été enlevé. Quand ma fille est tombée malade, j'ai tellement prié que je n'avais plus d'espoir. J'ai cru que j'allais perdre la foi. C'est alors qu'ils sont arrivés avec une solution. Ils nous ont proposé un pacte. Je n'ai jamais hésité, tu sais. Je leur ai donné Dorothée pour la sauver.» David Salomon retroussa la jambe de son pantalon pour lui dévoiler sa jambe. Ils comparèrent leurs cicatrices: c'était la même. »
Le truc de l'oncle Henry par Alain Gagnon réédité en 2019 aux éditions Alias dans la collection Hors cadre. Alain Gagnon est décédé en 2017, son oeuvre possède une large bibliographie, une quarantaine d'ouvrages. Dans un prologue signé par son ami Yvon Paré, l'auteur a travaillé à rebaptiser son bout de pays. Il crée, pour cela, un territoire, l'Euxémie et des personnages récurrents dont Olaf Bégon, chef de la sûreté municipale de saint-Euxème, petit village exilé au milieu des murmures de la forêt. Des disparitions suspectes, des morts, et des attaques sauvages contre les travailleurs autour de la construction d'un barrage dans la gorge des Conscrits sème la panique. Un endroit connu depuis longtemps dans les légendes des amérindiens. et qu'eux-même jugent maudit. Olaf Bégon redoute le pire. Vous qui aimez l'univers décalé de Stephen King, les péripéties tumultueuses de Ville-Dieu de François Barcelo ou l'environnement des forêts obscures et menaçantes chez Andrée A. Michaud, Le truc de l'oncle henry, va vous surprendre. Cette réédition devrait charmer un nouveau public et devenir, qui sait, une référence culte SF, ici, au Québec.
Extrait: « Elle n'était ni folle ni hallucinée. La vidéo montrait et, surtout, laissait entendre...Ces sons horribles. De bêtes. De bêtes. De bêtes presque humaines. « J'ai entendu bien des histoires, des légendes, a commencé Olaf. La forêt qui encercle la ville, vous savez, si vous vous y perdez et si vous avez assez d'énergie, vous pouvez vous ramasser au pôle Nord. C'est vous dire comme c'est vaste et plein d'inconnu. Les Amérindiens, ils faisaient comme nous, ils longeaient les rives. Les rivières, c'étaient leurs chemins qui marchent. Il y a des milliers de kilomètres carrés où l'humain n'a jamais mis le pied. Alors les histoires, les légendes ont tout le territoire qu'il faut...»
Anatomie de l'horreur de Stephen King réédité en 2018 aux éditions Albin Michel.« Étranger, pénètre ici à tes risques et périls: en ce lieu sont des tigres.» Ce sont par ces mots dédiés à six maîtres du macabre, malheureusement décédés aujourd'hui, que s'ouvre ce livre culte qui dessine les grandes lignes d'un univers envoûtant. Anatomie de l'horreur, publiée en français en 1995, est ici augmentée de deux préfaces et de nombreuses références rassemblées dans un appendice très complet en fin d'ouvrage. L'auteur est pointilleux et documentés. Stephen King est intarissable, dans un style direct, un brin cynique, qu'on lui connaît bien. On peut facilement lui pardonner, autant l'horreur, au même titre que le fantastique ou le polar partagent encore trop souvent, à tort, une mauvaise réputation de sous-genre. Stephen King vous permet d'explorer les dessous d'une littérature qui a une formidable capacité d'invention. Il nous entraîne, au gré de son histoire, à redécouvrir des oeuvres majeures et autres cauchemars qui attendent de vous assaillir, tapis au coin des pages de cet essai. En maître des lieux, l'auteur américain, vous ouvre une porte, forcément grinçante, sur sa collection personnelle de références en tout genre. Les pages du livre auront la manie de se tourner toutes seules sous votre regard incrédule, sachez que le caractère horrible du propos est désamorcé par une bonne dose d'humour: l'horreur, suggère, c"est vous-même, qui l'a complété.
Extrait: « Psychose n'a jamais été diffusé à la télé à une heure de grande écoute, mais si on en ôtait les quarante-cinq secondes que dure cette scène, ce film pourrait passer pour un téléfilm (en termes de contenu, bien entendu ; son style le hausse à cent coudées au-dessus du téléfilm moyen). En fait, Hitchcock nous sert une bonne tranche de viande alors que son film a à peine entamé son deuxième quart. Ensuite, nous n'avons plus droit qu'au fumet. Et si on le prive de ces quarante-cinq secondes cruciales, le film devient complètement banal. en dépit de sa réputation, Psychose est une oeuvre d'une retenue admirable ; Hitchcock a même décidé de tourner son film en noir et blanc afin que le sang aperçu lors de la scène de la douche ne ressemble pas à du sang, et à croire une rumeur - presque certainement apocryphe -, il avait envisagé de le tourner en couleurs...à l'exception de cette fameuse scène, qui aurait été filmée en noir et blanc.»
Mission encre noire Tome 26 Chapitre 312. La Pomme et l'Étoile d'Étienne Beaulieu paru en 2019 aux éditions Varia. Alors que l'auteur médite sur la plage, en face de Provincetown, à Eastham Nord, il trace mentalement dans le sable une comédie automatiste que la mer vient balayer. Il songe à Paul-Émile Borduas et à sa peinture venu de nulle part, à l'étrangeté de la matière. Ou bien envisage-t-il sa maison de Sherbrooke, si proche en terme de distance, qui le relie plus volontiers au besoin d'enracinement d'un Ozias Leduc. Lui, qui avoue y avoir installé du bois de grange décoratif, sa manière d'établir, à la façon du peintre du Mont-Saint-Hilaire, un lieu d'enracinement. La pomme C'est Ozias Leduc. L'étoile, Paul-Émile Borduas. Ces deux peintres vont servir de carburant colérique, suite à son divorce, à l'écriture de cet essai littéraire sans pareil, qui poursuit l'objectif de «mettre des mots justes sur ce que vous ressentez depuis l'enfance sans trop y penser.» Le livre que vous tenez dans les mains va vous parler d'amour fou, de femmes, d'art et du Québec, vous faire traverser deux mondes, et faire naître un écrivain sous vos yeux ébahis. Pour René Girard, il y a trois personnes en amour comme en littérature, vous, le livre et l'auteur, Étienne Beaulieu est notre invité ce soir à Mission encre noire.
Extrait: « Borduas semble avoir été fasciné par la puissance annonciatrice des départs. Une toile peinte au début des années 1930, La jeune fille au bouquet ou le départ, montre avec nostalgie cet engouement pour le moment sentimental et déchirant des adieux. Il peut s'agir bien sûr du départ de la France, que Borduas quitte alors avec beaucoup de regrets semble-t-il. Est-ce la fameuse Lulu que l'on voit apparaître dans le Journal que tient Borduas pendant son séjour d'un an en France ? Mais on peut voir dans cette étrange figure de jeune femme au regard perdu dans un bouquet de fleurs un départ plus fondamental, de nature ontologique: le départ vers une autre aventure que celle du réel.»
Moebius 161 est en librairie ! La citation-thème est une phrase choisie de l'Amèr ou le chapitre effrité de Nicole Brossard paru chez Typo en 2013: « La matière s'est, de tout temps, mise à bouger seule.» Ce numéro se veut exclusivement féminin, à part la présence de Marc-André Baron associé à Chloé Savoie-Bernard pour la direction littéraire. Nonobstant le somptueux objet livre mis en forme et en couleur par Julie Delporte, artiste en résidence, à découvrir, vous y trouverez des textes inédits de Lucile de Pesloüan, écrivaine en résidence, Mélodie Bujold, Marie-Hélène Constant, Mégane Desrosiers, Caroline Guindon, Mimi Haddam, Patricia Houle, Mélanie Landreville, Valérie Lefebvre-Faucher, Nancy Rivest, Sanna, Brigitte Vaillancourt, ainsi que Laurance Ouellet Tremblay dans la rubrique « Penser la création » et Daria Colonna qui écrit à la poète Emmanuelle Riendeau.
Mission encre noire Tome 26 Chapitre 311. Dans L'ombre du brasier de Hervé Le Corre paru en 2019 aux éditions Rivages/Noir, Les effarés de Hervé Le Corre paru en 2019 (réédition) aux éditions L'Éveilleur. La parution du troisième roman, réédité aux éditions L'Éveilleur, ainsi que le succès grandissant de son immense dernier livre Dans l'ombre du brasier, nous donne l'occasion d'accueillir Hervé Le Corre à Mission encre noire pour une généreuse entrevue fleuve. Paris, pendant les dix derniers jours de la Commune et Bordeaux et ses quartiers populaires sont au coeur de cette rencontre. Dans l'ombre du brasier, un roman implacable, noir, sauvage comme l'a été cette semaine sanglante, l'aboutissement tragique de plus de deux mois d'insurection au sein de la capitale française en 1871. Henri Pujols, la silhouette menaçante qui se perd dans la foule des grands boulevards à la fin de L'homme aux lèvres de saphir (Rivages/Noir), psalmodiant à voix basse de longs passages des Chants de Maldoror, réapparaît assis dans un canapé de l'atelier d'un photographe pornographe pour lequel il travaille à kidnapper des jeunes femmes dans la rue. Paris est sous les bombes des versaillais et l'ennemi prussien patiente aux portes de la ville, que l'armée nettoie les immeubles et les trottoirs des bataillons débraillés des communards. Cet immense roman est un portrait sanglant du petit peuple parisien meurtrie, l'histoire vivante des luttes des quartiers de la capitale, des hommes et des femmes montés à l'assaut d'un idéal à l'agonie ; le peuple veut prendre en main sa destinée:« Le peuple, disait la révolutionnaire Louise Michel, n'obtient que ce qu'il prend. »
Extrait: «Dans une trouée, le soleil déjà bas les a éblouis de sa grande lueur cuivrée et ils ont rabattu les visières de leurs képis. Nicolas et le rouge sont redescendus vers la place où les hommes s'alignaient devant les cantines. Ils ont mangé un rata convenable préparé par deux femmes vêtues de noir, aux airs maussades, l'une petite et replète, l'autre élancée, presque maigre, qu a rappelé à Nicolas le soir de février où Caroline l'avait emmené écouter Louise Michel dans un club du XVIII ème. Était apparue à la tribune sa longue silhouette sombre et la salle avait explosé d,applaudissements joyeux que l'oratrice avait eu du mal à faire taire, un sourire timide aux lèvres, des yeux rieurs, qui, sitôt le silence revenu, avaient repris leur expression grave, leur acuité perçante.»
Dans une deuxième partie de l'entrevue, Hervé Le Corre revient sur le troisième volet de sa trilogie bordelaise, sa région natale. Les Effarés paru en 1996 dans la Série noire, trois jeunes désoeuvrés se réfugient au quatorzième étage d'un immeuble abandonné de la Cité lumineuse, surnommé le bunker, dans le quartier ouvrier de Bacalan. Des braqueurs de matériel hi-fi deviennent, malgré eux, des ennemis publics, sous un cagnard subsaharien. Marion Ducasse, une femme policière inspectrice, enquête sur le braquage d'un camion qui a tourné au meurtre. Lâchée au milieu d'une meute machiste, Ducasse va prendre en charge l'investigation, au centre de laquelle se dresse, inexorablement, la Cité lumineuse. Quelques années plus tard, en 2004, Hervé Le Corre publie L'homme aux lèvres de saphir, un premier tournant dans l'oeuvre, qui se déroule loin de la Gironde. L'auteur rend un dernier hommage à un bâtiment et un quartier, chers aux souvenirs de son enfance, et qui illustrent la disparition progressive des classes populaires dans la sphère des villes. Hervé Le Corre, tel un photographe au Noir, excelle dans l'art d'ajuster les contrastes et les luminosités pour jouer avec l'équilibre de nos nerfs.
Extrait: «L'homme frissonne. Il tire vainement sur le col de son tee-shirt. Les canettes vides roulent au fond de la coquille de noix à cause du clapot, et leurs chocs castagnent en écho dans sa cervelle congestionnée. Il cherche à tâtons s'il n'en resterait pas une, par hasard, qui aurait échappé à sa soif, parce qu'il sait de quoi il a besoin pour aller mieux. Tant pis. devant lui le pont d'Aquitaine tend son arc lumineux, où glisse un trafic permanent et silencieux. Tous ces cons qui roulent à cette heure. Même chose sur la rive droite, où la route est sur la berge. Il se rappelle qu'à l'époque où ils habitaient la Cité lumineuse, avant qu'on les vire, il passait des soirées à regarder la circulation des autos et des trains de l'autre côté, en bas des collines de Lormont. Il voyait luire les lueurs de la cimenterie de Poliet-et-Chausson, et flotter le panache grisâtre que crachait en permanence la grande cheminée. le fleuve était noir, et quand la marée montait, on entendait le remous rigoler doucement, et parfois un peu d'air plus frais, moins lourd que celui de la ville, accompagnant le mouvement.»
Le chant de corbeau de Lee Maracle paru en 2019 aux éditions Mémoire d'encrier traduit par Joanie Demers. Ce livre est dédié «À toutes ces femmes qui ont combattu l'épidémie alors que le Canada ne se souciait pas de notre santé». Lee Maracle, qui est venu récemment à Montréal pour présenter cette première traduction de son livre en français, a mis trois jours à l'écrire pour participer à un concours. Depuis, le livre a connu un tout autre destin. Stacey, fille de Momma se rends régulièrement dans le monde des blancs pour étudier. Il ne lui reste que deux mois avant de diplômer, au prix de nombreuses brimades et sacrifices. Autant dire que l'épidémie de grippe asiatique qui décime son village tombe très mal. Nous sommes dans les années 50, en Colombie-Britannique, sur un île reliée au continent par un pont. Celia, la soeur de Stacey, voit d'un mauvais oeil cette nouvelle cette nouvelle contagion, elle, qui parle à Cèdre et Corbeau. Elle confirme une sombre prophétie: un monde s'apprête à être remplacer par un autre. Stacey va réapprendre les gestes et les coutumes qui, peu à peu, lui échappent, à fréquenter un monde qui l'isole et la rejette. L'acculturation fait son chemin, malgré tout et le village du clan du loup n'y échappe pas. Ce roman est un bijou de sensibilité et de poésie. Il nous renseigne sur les conditions de vies difficiles des familles, qui pour beaucoup ont péri. L'accès fictionnel temporaire qui nous est donné à un territoire si fragile, en voie de disparaître est un trésor inestimable. La triste réalité des faits subsiste: l'autochtone reste considéré comme un immigrant sur ses propres terres. L'entendez-vous le chant de Corbeau ?
Extrait:«Stacey était exténuée et son bras lui faisait terriblement mal, mais elle se sentait pleine d'optimisme. L'avenir. Ses projets s'étalaient devant elle par-delà les repères des saisons auxquels se référait toujours le reste des villageois. Pour eux, les projets se limitaient à se préparer pour la migration du saumon, à économiser en vue d'acheter un fusil de chasse ou pour les conserves l'année suivante. personne ne planifiait sur un horizon de quatre ans: ils étaient trop occupés à survivre. Or, à présent, dans leur village à eux, il y avait une jeune fille de dix-sept ans assez intelligente pour penser à l'avenir. C'était extraordinaire.»
Mission encre noire Tome 26 Chapitre 310. Pour coeurs appauvris de Corinne Larochelle paru en 2019 aux éditions Cheval d'Août. « Non il n'y en aura pas d'autres. Je ne crois pas, moi que les gens soient interchangeables», déclare la narratrice de ce recueil de nouvelles, tout en notant dans un carnet bleu marine, à la couverture de cuir, made in italy,« Ne pas perdre ma solitude». En nomade assumée de l'amour, elle aime qu'on la frôle. Elle débusque ces regards affamés qui l'accrochent, pour combler l'urgence de s'enivrer de la tension si particulière des premiers moments. Et puis pour être franche, elle préfère tourner les talons à la lourdeur des ruptures qui taisent leur nom. Corinne Larochelle abreuve la soixantaine de tableaux vivants à même la source de son expérience amoureuse et de celles qui lui ont été rapportées. Cette femme célibataire raconte, de ses dix sept ans à sa quarantaine, ces hommes qui se sont mis à genoux, ceux qui ont tremblé, là où d'autres se sont parfois enfuit. L'amour a beau être parfois du cinéma, les blessures qu'il inflige sont quelquefois d'une cruelle douceur. Toutefois, le coeur en marais, c'est la pulsion de vie qui s'exprime ici. Ce judicieux recueil ludique et pernicieux ignore l'art perdu du secret et laisse glisser du vent sur la peau. Pour quelques volutes d'érotisme de plus dans un monde plein de ronces j'accueille Corinne Larochelle à Mission encre noire.
Extrait: «Je prends une douche, je passe le fer dans mes cheveux, je maquille mes yeux avec du khôl et du mascara, je me parfume, je choisis avec soin mon chandail, ma jupe, je prends le métro, je marche. Il a déjà commandé une bière lorsque j'arrive. Il commence, Ah au fait, je n'ai pas eu le temps de te le dire, mais j'ai cinquante-sept ans. Sur sa fiche, c'était inscrit quarante-sept. Pour moi, ce n'est pas important l'âge, ajoute-t-il, cherchant à minimiser l'impact de son aveu. Et si j'avais eu dix ans de plus, je suppose que ça ne t'aurait pas dérangé? Il rougit un peu, pas assez. Je tourne les talons.»
Freshkills, recycler la terre de Lucie Taïeb paru en 2019 aux éditions Varia collection Proses de combat. Freshkills, l'une des plus grandes décharge à ciel ouvert du monde de 1948 à 2001, située à Staten Islands, en face de Manhattan, occupe l'essentiel de ce surprenant essai. Interpellée par l'existence d'un tel phénomène à la lecture d'Outremonde de l'auteur américain Don Dellilo, l'autrice décide d'aller se rendre compte, sur place, de la transformation du site en l'un des futurs plus grand parc de New York. Lucie Taïeb prends les mesures du site, explore ses marges et ses recoins encore mal définis. Freshkills est un essai écologique documenté et inspiré qui dénonce les faux semblants d'une époque qui se plaît encore à cultiver une image lisse et policé dans un monde où la consommation de masse intoxique la terre et ses habitants. Freshkills est une remarquable radiographie d'un aveuglement collectif à l'échelle de la planête aujourd'hui. Lucie Taïeb nous rend visite à Mission encre noire.
Extrait: «Freshkills n'est pas une métaphore. C'est un épicentre. La grande négativité, le grand vide qui nous submerge, la vacuité, la vanité sans fin de nos existences protégées viennent de Freshkills et se propagent, comme une onde invisible, à l'infini, sur le territoire lisse et policé de la ville normalisée. Tout s'organise soudain et tout fait sens, comme une ligne, comme un fil rouge qui vient ceindre notre cou et serre: l'enfance quadrillée, surprotégée, domestiquée, l'exploitation d'une zone naturelle hybride, instable, impropre à tout, la destruction de toute vie sauvage, du braconnage comme fragment organique, dynamique et en perpétuelle métamorphose, l'avènement d'un espace de loisir conforme, en attendant le retour des promoteurs, et la recréation simulée d'un paysage à l'identique, mais sans errance, sans déviance, sans liberté - cela fait sens, et même système.»
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