Mission encre noire

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Mission encre noire episodes

  • Émission du 30 avril 2019

    Mission encre noire Tome 25 Chapitre 309. Oyana par Éric Plamondon paru en 2019 aux éditions Quidam éditeur. Oyana a grandi à Ciboure jusqu'en 1995, dans un lieu magnifique, entre mer et montagne. Elle se tient là en haut des marches, au bord de la plage, à quelques encablures du port. Elle n'ose pas encore franchir le pont qui enjambe la Nivelle et la sépare de son passé. Devant la rade, l'émotion l'a saisie, le ballet des hameçons, la pêche au thon, la baleine échouée sur la grève, les éclaboussures de sang sur les plats-bords des bateaux, la menace des bombes, les descentes de flic, l'ETA, la fuite, le Mexique, Montréal. Oyana ne s'attendait pas à tout ça, si vite. L'ETA, l'organisation socialiste révolutionnaire basque de libération nationale, Euskadi Ta Askatasuna annonce sa dissolution le 3 mai 2018. Oyana Etchebaster dit Nahia Sanchez ne peut plus mentir. Surtout pas à Xavier Langlois, sa terre d'accueil, au Québec, depuis 23 ans. Elle lui doit la vérité, sa vérité, elle se raconte. Oyana décide de s'échapper de nouveau, même si elle ne sait pas dire adieu. Éric Plamondon s'éprends de ce paysage du Pays basque qu'il connait si bien. Une violence minutieuse se pose sur les souvenirs d'Oyana, à la joie du retour se mélange le désarroi d'avoir tout perdu. Éric Plamondon surfe parfaitement sur les vagues du Golfe de Gascogne alors qu'un monde militant s'écroule. De Terre-Neuve à Biarritz, les pêcheries de la baleine et des morues réaniment les braises et les plaies des origines. Éric Plamondon est notre invité à Mission encre noire.

    Extrait: «J'ai coupé tous les ponts, je ne connais plus personne. Pourtant, quelque chose me pousse à revoir ces lieux, comme si cela pouvait répondre à des questions que je n'arrive pas à formuler. Tu disais souvent à la blague, en parlant de ta vie à Montréal et ta jeunesse dans la ville de Québec: on peut sortir un gars de Québec mais on ne peut pas sortir Québec d'un gars! Je ne pouvais m'empêcher de ne pas être d'accord. C'était tout l'inverse de ma vie. Je m'étais arrachée de l'intérieur tout ce qui pouvait me lier au Pays basque. Je faisais un rejet complet de tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à des histoires de régionalisme, nationalisme, isme, isme, isme. Ce n'était pas par conception politique, c'était une expérience personnelle. Tu peux le comprendre maintenant. Je ne pouvais pas me définir par ce type d'appartenance même si j'ai toujours adoré le Québec. Une fois que l'on s'est arraché à la géographie d'un lieu, on doit s'accrocher à son pays intérieur. C'est en soi que se joue la vraie guerre d'indépendance.»

    Dirty Week-end de Helen Zahavi paru en 2019 aux éditions Libretto, traduit par Jean Esch. Réfléchissez. Bella lève sa tasse pour porter un toast au cadavre de Timothy. Bella sirote son thé en regardant son corps disloqué. Elle n'éprouve rien et cela l'effraie. Réfléchissez. Bella ne supportait plus ce voisin voyeur qui menaçait de lui faire mal. Elle, la fille dont on oublie le nom, celle qu'on espionne, celle qu'on humilie. Dans son demi sous-sol de Brighton, elle voulait seulement profiter de ses fenêtres ouvertes les nuits d'été. Sans la peur du noir, de l'agresseur. Alors d'autres suivront, proches, patron, médecin, fêtard du samedi soir, à l'inconnu dans la rue, puisque personne ne les a prévenu que les règles ont changé. Bella va opposer son désir de vengeance. Elle va désapprendre à ne pas se battre. Dirty Week-end fait mouche dès sa sortie en Angleterre en 1991. Ce roman contemporain du Baise-moi de Virginie Despentes et de Thelma et Louise va être le dernier livre à faire l'objet d'une demande d'interdiction pour immoralisme à la Chambre des lords. Roman impitoyable, il l'est, dans un style vibrant autant que radical, Helen Zahavi vous offre une perspective différente et salutaire.

    Extrait: «Elle se laissa tomber à genoux ; des éclats, des torrents de rire incontrôlables et interminables jaillissaient de sa gorge. Elle se tenait les côtes et se balançait d'avant en arrière, des larmes de joie coulaient sur ses joues. Elle rit, et son rire était un péché terrible. C'était un rire de pécheresse. Il ne faut jamais rire. Quoi qu'ils fassent, ne riez pas. Quoi qu'ils ne fassent pas, ne riez pas. Et surtout, ne riez jamais quand vous êtes dans une chambre d'hôtel avec un inconnu. Même un inconnu cultivé, avec de petits pieds et des hanches larges. Quoi que vous fassiez, ne riez pas. À moins d'être Bella.»

    La cabane du métayer de Jim Thompson paru en 2019 aux éditions Rivages/Noir, traduit par Hubert Tézenas. Cropper's Cabin est un classique datant de 1952 et enfin retraduit comme la plupart des autres oeuvres de ce fils d'un shérif de l'Oklahoma né en 1906 et décédé en 1977. Bon nombre de ses scénarios ont été adaptés au cinéma par Stanley Kubrick, Stephen Frears ou Bertrand Tavernier pour ne citer qu'eux. La famille de Tommy Carver, 19 ans, vit et exploite les terres de Matthew Ontime, riche héritiers amérindien faisant parti des Cinq tribus - Creeks, Choctaws, Chickasaws, Cherokees et Séminoles à s'être implantées ici, en Oklahoma. L'arrivée des prospecteurs de compagnies pétrolières, avides de mettre la main sur les richesses des sous-sols, va lézarder l'équilibre social et familial de la communauté. Voici une magnifique replongée dans l'univers du roman noir de Jim Thompson. Tommy est le héros Thompsonnien par excellence. Un jeune homme ordinaire devient le jouet d'une société dont le portrait au noir de l'auteur est sans concession. La cabane du métayer est un classique que je vous recommande chaudement, la vie parfois réclame une seconde chance qui se mérite.

    Extrait: «Quelquefois, quand je suis dehors, disons en train de marcher dans un champ, ce vide que je sens dans mes mains me pèse tellement que je dois ramasser des mottes de terre ou cueillir des graines de coton. Il me semble que je vais devenir dingue si je ne trouve pas quelque chose à me mettre entre les doigts, n'importe quoi qui me donne l'impression de pouvoir m'y raccrocher. Je sors mon vieux canif de ma poche, je l'aiguise contre une de mes semelles et je commence à tailler un bout de bois. Ce n'est pas un bon couteau, il s'émousse en un rien de temps, mais c'est toujours ça de pris pour mes mains. J'essaie de deviner, en grande partie pour éviter de penser à autre chose, où est passé mon super canif d'avant.»

    1 hr
  • Émission du 30 avril 2019
    Mission encre noire Tome 25 Chapitre 309. Oyana par Éric Plamondon paru en 2019 aux éditions Quidam éditeur. Oyana a grandi à Ciboure jusqu'en 1995, dans un lieu magnifique, entre mer et montagne. Elle se tient là en haut des marches, au bord de la plage, à quelques encablures du port. Elle n'ose pas encore franchir le pont qui enjambe la Nivelle et la sépare de son passé. Devant la rade, l'émotion l'a saisie, le ballet des hameçons, la pêche au thon, la baleine échouée sur la grève, les éclaboussures de sang sur les plats-bords des bateaux, la menace des bombes, les descentes de flic, l'ETA, la fuite, le Mexique, Montréal. Oyana ne s'attendait pas à tout ça, si vite. L'ETA, l'organisation socialiste révolutionnaire basque de libération nationale, Euskadi Ta Askatasuna annonce sa dissolution le 3 mai 2018. Oyana Etchebaster dit Nahia Sanchez ne peut plus mentir. Surtout pas à Xavier Langlois, sa terre d'accueil, au Québec, depuis 23 ans. Elle lui doit la vérité, sa vérité, elle se raconte. Oyana décide de s'échapper de nouveau, même si elle ne sait pas dire adieu. Éric Plamondon s'éprends de ce paysage du Pays basque qu'il connait si bien. Une violence minutieuse se pose sur les souvenirs d'Oyana, à la joie du retour se mélange le désarroi d'avoir tout perdu. Éric Plamondon surfe parfaitement sur les vagues du Golfe de Gascogne alors qu'un monde militant s'écroule. De Terre-Neuve à Biarritz, les pêcheries de la baleine et des morues réaniment les braises et les plaies des origines. Éric Plamondon est notre invité à Mission encre noire.
    Extrait: «J'ai coupé tous les ponts, je ne connais plus personne. Pourtant, quelque chose me pousse à revoir ces lieux, comme si cela pouvait répondre à des questions que je n'arrive pas à formuler. Tu disais souvent à la blague, en parlant de ta vie à Montréal et ta jeunesse dans la ville de Québec: on peut sortir un gars de Québec mais on ne peut pas sortir Québec d'un gars! Je ne pouvais m'empêcher de ne pas être d'accord. C'était tout l'inverse de ma vie. Je m'étais arrachée de l'intérieur tout ce qui pouvait me lier au Pays basque. Je faisais un rejet complet de tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à des histoires de régionalisme, nationalisme, isme, isme, isme. Ce n'était pas par conception politique, c'était une expérience personnelle. Tu peux le comprendre maintenant. Je ne pouvais pas me définir par ce type d'appartenance même si j'ai toujours adoré le Québec. Une fois que l'on s'est arraché à la géographie d'un lieu, on doit s'accrocher à son pays intérieur. C'est en soi que se joue la vraie guerre d'indépendance.»
    Dirty Week-end de Helen Zahavi paru en 2019 aux éditions Libretto, traduit par Jean Esch. Réfléchissez. Bella lève sa tasse pour porter un toast au cadavre de Timothy. Bella sirote son thé en regardant son corps disloqué. Elle n'éprouve rien et cela l'effraie. Réfléchissez. Bella ne supportait plus ce voisin voyeur qui menaçait de lui faire mal. Elle, la fille dont on oublie le nom, celle qu'on espionne, celle qu'on humilie. Dans son demi sous-sol de Brighton, elle voulait seulement profiter de ses fenêtres ouvertes les nuits d'été. Sans la peur du noir, de l'agresseur. Alors d'autres suivront, proches, patron, médecin, fêtard du samedi soir, à l'inconnu dans la rue, puisque personne ne les a prévenu que les règles ont changé. Bella va opposer son désir de vengeance. Elle va désapprendre à ne pas se battre. Dirty Week-end fait mouche dès sa sortie en Angleterre en 1991. Ce roman contemporain du Baise-moi de Virginie Despentes et de Thelma et Louise va être le dernier livre à faire l'objet d'une demande d'interdiction pour immoralisme à la Chambre des lords. Roman impitoyable, il l'est, dans un style vibrant autant que radical, Helen Zahavi vous offre une perspective différente et salutaire.
    Extrait: «Elle se laissa tomber à genoux ; des éclats, des torrents de rire incontrôlables et interminables jaillissaient de sa gorge. Elle se tenait les côtes et se balançait d'avant en arrière, des larmes de joie coulaient sur ses joues. Elle rit, et son rire était un péché terrible. C'était un rire de pécheresse. Il ne faut jamais rire. Quoi qu'ils fassent, ne riez pas. Quoi qu'ils ne fassent pas, ne riez pas. Et surtout, ne riez jamais quand vous êtes dans une chambre d'hôtel avec un inconnu. Même un inconnu cultivé, avec de petits pieds et des hanches larges. Quoi que vous fassiez, ne riez pas. À moins d'être Bella.»
    La cabane du métayer de Jim Thompson paru en 2019 aux éditions Rivages/Noir, traduit par Hubert Tézenas. Cropper's Cabin est un classique datant de 1952 et enfin retraduit comme la plupart des autres oeuvres de ce fils d'un shérif de l'Oklahoma né en 1906 et décédé en 1977. Bon nombre de ses scénarios ont été adaptés au cinéma par Stanley Kubrick, Stephen Frears ou Bertrand Tavernier pour ne citer qu'eux. La famille de Tommy Carver, 19 ans, vit et exploite les terres de Matthew Ontime, riche héritiers amérindien faisant parti des Cinq tribus - Creeks, Choctaws, Chickasaws, Cherokees et Séminoles à s'être implantées ici, en Oklahoma. L'arrivée des prospecteurs de compagnies pétrolières, avides de mettre la main sur les richesses des sous-sols, va lézarder l'équilibre social et familial de la communauté. Voici une magnifique replongée dans l'univers du roman noir de Jim Thompson. Tommy est le héros Thompsonnien par excellence. Un jeune homme ordinaire devient le jouet d'une société dont le portrait au noir de l'auteur est sans concession. La cabane du métayer est un classique que je vous recommande chaudement, la vie parfois réclame une seconde chance qui se mérite.
    Extrait: «Quelquefois, quand je suis dehors, disons en train de marcher dans un champ, ce vide que je sens dans mes mains me pèse tellement que je dois ramasser des mottes de terre ou cueillir des graines de coton. Il me semble que je vais devenir dingue si je ne trouve pas quelque chose à me mettre entre les doigts, n'importe quoi qui me donne l'impression de pouvoir m'y raccrocher. Je sors mon vieux canif de ma poche, je l'aiguise contre une de mes semelles et je commence à tailler un bout de bois. Ce n'est pas un bon couteau, il s'émousse en un rien de temps, mais c'est toujours ça de pris pour mes mains. J'essaie de deviner, en grande partie pour éviter de penser à autre chose, où est passé mon super canif d'avant.»
    0 min
  • Émission du 23 avril 2019

    Mission encre noire Tome 25 Chapitre 308. Ma dévotion de Julia Kerninon paru en 2019 aux éditions Annika Parance. Helen a passé sa vie à écrire. il y a 23 ans qu'elle attend ce moment, précisément: retrouver son amour de toujours Frank Appledore. Il se tient là, à primrose Hill, sur un trottoir de Londres. Cette fois-ci, elle ne se taira plus. Helen va enfin raconter sa vie, leur vie. Quelques pages vous suffiront pour être happé par le tourbillon d'une passion. Helen et Franck appartiennent au même monde, une aristocratie faites de façades et de mensonges. Ils fuiront ce milieu néfaste. Des années 50 à ce jour terrible de 1995, qui scellera leur destinée, Helen, raconte avec style, une histoire tragique de deux destins exceptionnels. Il serait trop simple, bien sûr, de dépeindre Franck comme le génie consacré par sa peinture et Helen sa muse pragmatique et dévouée. Julia Kerninon esquisse le portrait de deux êtres qui se tiennent la main sur le seuil de leur maison en flamme, les couleurs intenses s'écoulent et les débris d'une vie de passion folle partent en cendres. Julia Kerninon est notre invitée à Mission encre noire.

    Extrait: «C'est tellement bouleversant, à tout moment, lorsque je tombe sur un des tableaux que tu as peints durant notre vie ensemble, à la télévision, dans les magazines d'art ou, bien sûr, dans les musées, de voir solidement accrochée au mur et protégée par un gardien placide et une alarme une toile dont je me rappelle les circonstances de création, les différentes étapes, une toile que j'ai vue chez nous, ou posée au sol dans l'atelier, ou sortant sous mes yeux d'un papier cadeau scintillant à Noël, à présent affichée dans un espace public avec tant de précautions. Chaque fois me reviennent des scènes entières, des flash-back sans autre rapport entre eux que la vision du tableau en fond. J'ai vu ces tableaux, mais eux aussi, ils m'ont vue. S'ils pouvaient parler, ils diraient tout de moi.»

    Le nombril de la lune de Françoise Major paru en 2018 aux éditions Le Cheval d'août. Au commencement il y eût un meurtre symbolique, Huitzilopochli, décapite et garroche le corps de sa soeur du haut de la montagne. Il est le soleil, le guide suprème du peuple Nahuas qui part fondé Tenochtitlan sur une île du lac Texcoco, qui deviendra Mexico. Françoise Major a passé six ans au coeur de la capitale mexicaine. En partant, elle aussi, à la découverte du nombril immolé de cette riche mythologie, l'autrice nous offre une visite inédite et palpitante de la mégalopole. Dans la ville qui tremble, sous la menace de couteaux, coincé dans un métro bondé, assis sur un banc, côtoyant la pauvreté alarmante de certains quartiers ou au cours d'un repas de Noël chez des gens riches, l'homme ou la femme qui vous frôle dans l'une des vingt-trois nouvelles, vous interpelle directement en langue originale. Resterez-vous à l'écart de cette remarquable musique familière ou vous laisserez-vous piquer par la curiosité de découvrir la cité comme rarement. Mexico devient un lieu de carrefour émotionnel et relationnel truculent sous la plume de l'autrice. Françoise Major est invitée à Mission encre noire.

    Extrait: «Mariana cherche ses enfants. Luis et Joaquin font le tour de la salle ; pigent dans les centres de table, se tachent les lèvres de chocolat. Mariana cherche Mauro. Il s'est réfugié à l'écart. Elle le rejoint, s'arrête derrière lui, l'écoute demander à un jeune homme, avec des mots pâteux qu'il mouille d'une gorgée de téquila, quelle est la source du malheur de l'humanité. Elle s'approche, lui caresse le dos, les cheveux, chhhhh. Le contact ne déroute pas Mauro. Il répond à sa propre question, met le garçon en garde contre «les femmes, les femmes, las pinches mujeres». Ni l'un ni l'autre n'ajoute rien. Ils trinquent. Nul besoin d'expliquer l'évidence, d'Ève à La Malinche à Carmen, de Carmen à Jenny.»

     

    1 hr
  • Émission du 23 avril 2019
    Mission encre noire Tome 25 Chapitre 308. Ma dévotion de Julia Kerninon paru en 2019 aux éditions Annika Parance. Helen a passé sa vie à écrire. il y a 23 ans qu'elle attend ce moment, précisément: retrouver son amour de toujours Frank Appledore. Il se tient là, à primrose Hill, sur un trottoir de Londres. Cette fois-ci, elle ne se taira plus. Helen va enfin raconter sa vie, leur vie. Quelques pages vous suffiront pour être happé par le tourbillon d'une passion. Helen et Franck appartiennent au même monde, une aristocratie faites de façades et de mensonges. Ils fuiront ce milieu néfaste. Des années 50 à ce jour terrible de 1995, qui scellera leur destinée, Helen, raconte avec style, une histoire tragique de deux destins exceptionnels. Il serait trop simple, bien sûr, de dépeindre Franck comme le génie consacré par sa peinture et Helen sa muse pragmatique et dévouée. Julia Kerninon esquisse le portrait de deux êtres qui se tiennent la main sur le seuil de leur maison en flamme, les couleurs intenses s'écoulent et les débris d'une vie de passion folle partent en cendres. Julia Kerninon est notre invitée à Mission encre noire.
    Extrait: «C'est tellement bouleversant, à tout moment, lorsque je tombe sur un des tableaux que tu as peints durant notre vie ensemble, à la télévision, dans les magazines d'art ou, bien sûr, dans les musées, de voir solidement accrochée au mur et protégée par un gardien placide et une alarme une toile dont je me rappelle les circonstances de création, les différentes étapes, une toile que j'ai vue chez nous, ou posée au sol dans l'atelier, ou sortant sous mes yeux d'un papier cadeau scintillant à Noël, à présent affichée dans un espace public avec tant de précautions. Chaque fois me reviennent des scènes entières, des flash-back sans autre rapport entre eux que la vision du tableau en fond. J'ai vu ces tableaux, mais eux aussi, ils m'ont vue. S'ils pouvaient parler, ils diraient tout de moi.»
    Le nombril de la lune de Françoise Major paru en 2018 aux éditions Le Cheval d'août. Au commencement il y eût un meurtre symbolique, Huitzilopochli, décapite et garroche le corps de sa soeur du haut de la montagne. Il est le soleil, le guide suprème du peuple Nahuas qui part fondé Tenochtitlan sur une île du lac Texcoco, qui deviendra Mexico. Françoise Major a passé six ans au coeur de la capitale mexicaine. En partant, elle aussi, à la découverte du nombril immolé de cette riche mythologie, l'autrice nous offre une visite inédite et palpitante de la mégalopole. Dans la ville qui tremble, sous la menace de couteaux, coincé dans un métro bondé, assis sur un banc, côtoyant la pauvreté alarmante de certains quartiers ou au cours d'un repas de Noël chez des gens riches, l'homme ou la femme qui vous frôle dans l'une des vingt-trois nouvelles, vous interpelle directement en langue originale. Resterez-vous à l'écart de cette remarquable musique familière ou vous laisserez-vous piquer par la curiosité de découvrir la cité comme rarement. Mexico devient un lieu de carrefour émotionnel et relationnel truculent sous la plume de l'autrice. Françoise Major est invitée à Mission encre noire.
    Extrait: «Mariana cherche ses enfants. Luis et Joaquin font le tour de la salle ; pigent dans les centres de table, se tachent les lèvres de chocolat. Mariana cherche Mauro. Il s'est réfugié à l'écart. Elle le rejoint, s'arrête derrière lui, l'écoute demander à un jeune homme, avec des mots pâteux qu'il mouille d'une gorgée de téquila, quelle est la source du malheur de l'humanité. Elle s'approche, lui caresse le dos, les cheveux, chhhhh. Le contact ne déroute pas Mauro. Il répond à sa propre question, met le garçon en garde contre «les femmes, les femmes, las pinches mujeres». Ni l'un ni l'autre n'ajoute rien. Ils trinquent. Nul besoin d'expliquer l'évidence, d'Ève à La Malinche à Carmen, de Carmen à Jenny.»
    0 min
  • Émission du 9 avril 2019

    Mission encre noire Tome 25 Chapitre 307. La minotaure de Mariève Maréchale paru en 2019 aux éditions Triptyque dans la collection Queer. La narratrice de ce roman note tout, de cette violence qui la suit depuis son enfance, des blessures dans sa tête que ses yeux ne savent pas guérir. Elle écrit à cette amie, Maude, décédée, seule au Pérou, d'un AVC. Elle lui parle, elle nous parle, car le bruit du monde ne s'en va pas. Il lui est difficile d'échapper à son bonhomme sept heures, cet homme blanc et pauvre qui s'en prend aux femmes, aux noires, aux arabes, aux gens fancy qui ne votent pas libéral, aux fifs parce qu'il est le centre du monde. Alors, la Minotaure sera son ombre, son véritable reflet. Son échappée-bête court furieusement dans son corps, gronde de souffrance et de plaisir. La Minotaure est un astre de papier lancé à pleine vitesse dans votre ciel de lecture. Un premier récit détonnant, une perle noire qui diffracte le discours éclairé de son autrice Mariève Maréchale. Elle est notre invité à Mission encre noire.

    Extrait:«Cette adresse à toi m'est nécessaire pour réussir à traverser des espaces et des temps violents sans me perdre, sans m'étioler. J'ai si peur de disparaître si je reste seule. Il faut que je te dise qu'il existe une histoire d'abandons et de mensonges qui se passe de génération en génération et qui s'arrête soudainement dans la force de tempérament de mes soeurs et dans ma force d'écriture. Nous avons arrêté un siècle. Nous avons dit non. Nous avons tout fait éclater et cela sans même nous entendre. Comprends-tu, Maude?»

    Des femmes savantes de Chloé Savoie-Bernard paru en 2018 aux éditions Alias Poche. Il faudrait pouvoir quitter la littérature, fermer les livres, un instant seulement nous dit l'autrice. Pour ne pas finir suicidée comme Nelly et Sylvia, pour apprendre à vivre, puissante et légère comme ces filles de cégep aux ongles vernis. Pour se laisser creuser par le désir qui élance, pour jouer à tester les limites. Pour Laissez son amant devenir le témoin de sa peau troué qui ne retient rien et surtout pas l'amour. Pour gagner sa vie, comme on la perd, nue, avec ou sans maquillage, à s'étourdir, à la merci des ordres de l'oeil inquisiteur du photographe. Oui, je, tu, elle, en ont assez de feindre. Les nouvelles de ce recueil sont un petit bouillon de poulet sans le gras, qui, petit à petit, compilent des morceaux de chair et d'âmes éparpillés dans la violence, le rejet et le silence coupable. Chloé Savoie-Bernard est d'abord une fille de Montréal et indéniablement rejeton du Mile End, elle est notre invitée à Mission encre noire.

    Extrait:«J'ai souvent eu l'impression de n'avoir qu'à me pencher pour cueillir celui dont j'ai envie, Ne m'as-tu pas dit, maman, que tout le monde aime les jolies filles, ainsi black blanc beur peu importe, j'ai vérifié plus souvent qu'à mon tour la véracité de ta théorie, et presque jamais ne m'as-t-on refusé une baise. N'avais-tu pas prévu, maman, que le mélange de ta fragile beauté et de la robustesse typique des corps du mauvais versant de l'île d'Hispaniola me fabriquerait un physique aux proportions de film porno qui me condamnerait à être soit nunuche soit salope ; à cette loterie déficitaire, j'ai préféré être une catin, les corps comme le mien ne peuvent pas vraiment se payer le luxe d'une personnalité.»

     

    1 hr
  • Émission du 9 avril 2019
    Mission encre noire Tome 25 Chapitre 307. La minotaure de Mariève Maréchale paru en 2019 aux éditions Triptyque dans la collection Queer. La narratrice de ce roman note tout, de cette violence qui la suit depuis son enfance, des blessures dans sa tête que ses yeux ne savent pas guérir. Elle écrit à cette amie, Maude, décédée, seule au Pérou, d'un AVC. Elle lui parle, elle nous parle, car le bruit du monde ne s'en va pas. Il lui est difficile d'échapper à son bonhomme sept heures, cet homme blanc et pauvre qui s'en prend aux femmes, aux noires, aux arabes, aux gens fancy qui ne votent pas libéral, aux fifs parce qu'il est le centre du monde. Alors, la Minotaure sera son ombre, son véritable reflet. Son échappée-bête court furieusement dans son corps, gronde de souffrance et de plaisir. La Minotaure est un astre de papier lancé à pleine vitesse dans votre ciel de lecture. Un premier récit détonnant, une perle noire qui diffracte le discours éclairé de son autrice Mariève Maréchale. Elle est notre invité à Mission encre noire.
    Extrait:«Cette adresse à toi m'est nécessaire pour réussir à traverser des espaces et des temps violents sans me perdre, sans m'étioler. J'ai si peur de disparaître si je reste seule. Il faut que je te dise qu'il existe une histoire d'abandons et de mensonges qui se passe de génération en génération et qui s'arrête soudainement dans la force de tempérament de mes soeurs et dans ma force d'écriture. Nous avons arrêté un siècle. Nous avons dit non. Nous avons tout fait éclater et cela sans même nous entendre. Comprends-tu, Maude?»
    Des femmes savantes de Chloé Savoie-Bernard paru en 2018 aux éditions Alias Poche. Il faudrait pouvoir quitter la littérature, fermer les livres, un instant seulement nous dit l'autrice. Pour ne pas finir suicidée comme Nelly et Sylvia, pour apprendre à vivre, puissante et légère comme ces filles de cégep aux ongles vernis. Pour se laisser creuser par le désir qui élance, pour jouer à tester les limites. Pour Laissez son amant devenir le témoin de sa peau troué qui ne retient rien et surtout pas l'amour. Pour gagner sa vie, comme on la perd, nue, avec ou sans maquillage, à s'étourdir, à la merci des ordres de l'oeil inquisiteur du photographe. Oui, je, tu, elle, en ont assez de feindre. Les nouvelles de ce recueil sont un petit bouillon de poulet sans le gras, qui, petit à petit, compilent des morceaux de chair et d'âmes éparpillés dans la violence, le rejet et le silence coupable. Chloé Savoie-Bernard est d'abord une fille de Montréal et indéniablement rejeton du Mile End, elle est notre invitée à Mission encre noire.
    Extrait:«J'ai souvent eu l'impression de n'avoir qu'à me pencher pour cueillir celui dont j'ai envie, Ne m'as-tu pas dit, maman, que tout le monde aime les jolies filles, ainsi black blanc beur peu importe, j'ai vérifié plus souvent qu'à mon tour la véracité de ta théorie, et presque jamais ne m'as-t-on refusé une baise. N'avais-tu pas prévu, maman, que le mélange de ta fragile beauté et de la robustesse typique des corps du mauvais versant de l'île d'Hispaniola me fabriquerait un physique aux proportions de film porno qui me condamnerait à être soit nunuche soit salope ; à cette loterie déficitaire, j'ai préféré être une catin, les corps comme le mien ne peuvent pas vraiment se payer le luxe d'une personnalité.»
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  • Émission du 26 mars 2019

    Mission encre noire Tome 25 Chapitre 306. Le pourboire de Philippe Chagnon paru en 2019 aux éditions Triptyque Collection Encrages. Au moment où l'hiver semble ne plus vouloir se terminer, un narrateur, sa blonde et ses parents prennent un avion pour le Mexique. Alors qu'il goûte à l'accueil de l'hôtel Fiesta Americana Condesa, un «tout compris» sur le bord de l'eau, aux allures de complexe central du Parc Jurassique, une angoisse terrible le saisit: il a omis de laisser le pourboire de bienvenue. Au-delà du sentiment de culpabilité qui grandit en lui, c'est l'ensemble du séjour qui va brusquement changer de registre. Voici un petit bijou de roman, même si la banalité du propos peut interpeller, à priori, l'écriture sinueuse et limpide de l'auteur va transcender ce banal voyage en une succession de fausses pistes, toutes bonnes à prendre. L'écriture minimaliste ne vous épargnera aucun des détails du lieu, jusqu'à l'écoeurement. Et pourtant, Philippe Chagnon va vous faire goûter le sentiment de joie pure d'être en adéquation avec un monde si familier, si loin, si proche, qui vous fera, peut être frémir de plaisir ou de nausée. Il est notre invité à Mission encre noire.

    Extrait: «Environ trente minutes plus tard, on appelle enfin notre numéro de vol au micro. Nous prenons nos sacs et nous nous dirigeons vers la porte où il faut encore une fois présenter notre passeport et nos billets. La file est longue et nous avançons lentement. Je remarque que la majorité des gens qui étaient assis dans notre section sont maintenant debout, devant ou derrière nous. Après avoir présenté nos documents à un préposé, nous avançons dans un long corridor en accordéon qui rapetisse en largeur au fur et à mesure qu'on se rapproche de l'avion. Lorsque c'est à mon tour d'entrer, je dois encre présenter - eh oui ! - mon billet pour qu'on puisse m'indiquer que mon siège est quelque part vers la droite. Mes parents se dirigent du même côté que nous et nous nous souhaitons un bon voyage lorsqu'ils trouvent leurs sièges et qu'ils y prennent place. Sophie et moi continuons à descendre l'allée avant de nous arrêter environ huit rangées plus loin. Assis côte à côte, nous sommes heureux de constater qu'il n'y a personne d'attitré au siège libre qui donne sur l'allée.»

    Moebius 160 «Déposer ma langue sur un crochet, crier enfin: «je suis rentrée à la maison!». C'est la phrase thème de ce magnifique numéro 160 du magazine Moebius. La couverture cartonnée et colorée est l'oeuvre de Julie Delporte, qui, souvenez-vous, a publié sa lettre à Pattie O'Green dans le numéro 158 de la revue. Elle est l'artiste en résidence. Ce nouveau numéro est piloté par Jeannot Clair et Karianne Trudeau Beaunoyer. Pour celles et ceux qui n'ont pas eu la chance de découvrir Lucille de Pesloüan avec ses premiers textes parus dans le fanzine miniature Shushanna Bikini London, Cherry Bomb vous propose une collection de vignettes souvenirs dans un style très proche. Elle est l'autrice en résidence. Stéphane Martelly nous parle d'écriture, Catherine Mavrikakis s'adresse à Philippe Forest et rêve de ne pas pleurer en lui parlant. Vous découvrirez d'autres pépites inédites de Marise Belletête, Mahité Breton, Martina Chumova, Laurence Gagné, Martin Hervé, Louis-Philippe Labelle, Anthony Lacroix, Guylaine Massoutre, Francis Paradis, Diane-Ischa Ross, Kaliane Ung et Mathieu Villeneuve. Le numéro 160 est d'ors et déjà disponible en kiosque.

    Extrait: «J'ai essayé de m'entraîner à garder le silence. À ne plus me laisser aller en bavardages flasques et inutiles. À imposer une tenue digne à ma parole. Une belle colonne vertébrale bien droite. Du logique. Du lumineux, celui des ampoules halogènes éblouissantes. Du nettoyé de toute scories niaise. De la crête de montagne bien dessinée, proprement découpée par la bise du nord, avec un grand philosophe posté sur l'éperon le plus haut ; non pas de ces crêtes biscornues chiquées de lichens qu'on rencontre dans nos contrées sans hauteur. Oui, j'ai essayé de m'entraîner rigoureusement. Vous aurez déjà pu le constater: j'ai échoué.»

    Cadillac de Biz paru en 2018 aux éditions Leméac.Tout est histoire de filiation ici. La mort de son grand-père Théodule et la naissance à venir de son fils perturbe Derek. Lui qui aurait dû patiner sur la glace en LNH pour le compte des Red-Wings de Détroit, coule une vie paisible à vendre des caddies dans le West Island. Il décide de quitter ses chums de l'aréna Mont-Royal, sa blonde enceinte et sa concession Cadillac pour une escapade sur les traces de ses ancêtres pour se refaire une santé. Il décroche le dernier chandail du fond de sa garde robe, celui des Red Wings avec Lamothe dans le dos et file vers le Paris du Midwest: Détroit. Ce court roman d'à peine cent pages vous donnera certainement l'envie de prolonger le travail de l'auteur. Pour Biz, les québécois.e.s d'aujourd'hui portent en eux/elles, les victoires et les défaites de leurs ascendant.e.s, une identité façonnée par de multiples vécus.

    Extrait: «Derek quitte l'île de Montréal dès 6 heures le jeudi matin. À l'inverse du trafic, la circulation est fluide sur la 40 ouest. Go West, young man. Direction le Pays-d'En-haut. Sur une carte, façonné par les lacs Huron et Michigan, l'État du Michigan ressemble à une mitaine gauche, Détroit étant situé sur la partie extérieure de son pouce. À part l'Alaska, C'est le seul endroit où le Canada est au sud des États-Unis. Le bassin des Grands Lacs, c'est littéralement le coeur de l'Amérique. Un réseau artériel irriguant la moitié d'un continent. Avec 18% des réserves mondiales, c'est la plus grande source d'eau douce au monde. De mémoire de Lamothe, la grande-route l'a toujours apaisé. Pendant son hockey junior, il a sillonné tout le Québec en autobus. Il aimait particulièrement les voyages contre les Foreurs de Val-d'or et les Huskies de Rouyn-Noranda. Des nuits entières à traverser l'interminable parc de La Vérendrye.» 

    59 min
  • Émission du 26 mars 2019
    Mission encre noire Tome 25 Chapitre 306. Le pourboire de Philippe Chagnon paru en 2019 aux éditions Triptyque Collection Encrages. Au moment où l'hiver semble ne plus vouloir se terminer, un narrateur, sa blonde et ses parents prennent un avion pour le Mexique. Alors qu'il goûte à l'accueil de l'hôtel Fiesta Americana Condesa, un «tout compris» sur le bord de l'eau, aux allures de complexe central du Parc Jurassique, une angoisse terrible le saisit: il a omis de laisser le pourboire de bienvenue. Au-delà du sentiment de culpabilité qui grandit en lui, c'est l'ensemble du séjour qui va brusquement changer de registre. Voici un petit bijou de roman, même si la banalité du propos peut interpeller, à priori, l'écriture sinueuse et limpide de l'auteur va transcender ce banal voyage en une succession de fausses pistes, toutes bonnes à prendre. L'écriture minimaliste ne vous épargnera aucun des détails du lieu, jusqu'à l'écoeurement. Et pourtant, Philippe Chagnon va vous faire goûter le sentiment de joie pure d'être en adéquation avec un monde si familier, si loin, si proche, qui vous fera, peut être frémir de plaisir ou de nausée. Il est notre invité à Mission encre noire.
    Extrait: «Environ trente minutes plus tard, on appelle enfin notre numéro de vol au micro. Nous prenons nos sacs et nous nous dirigeons vers la porte où il faut encore une fois présenter notre passeport et nos billets. La file est longue et nous avançons lentement. Je remarque que la majorité des gens qui étaient assis dans notre section sont maintenant debout, devant ou derrière nous. Après avoir présenté nos documents à un préposé, nous avançons dans un long corridor en accordéon qui rapetisse en largeur au fur et à mesure qu'on se rapproche de l'avion. Lorsque c'est à mon tour d'entrer, je dois encre présenter - eh oui ! - mon billet pour qu'on puisse m'indiquer que mon siège est quelque part vers la droite. Mes parents se dirigent du même côté que nous et nous nous souhaitons un bon voyage lorsqu'ils trouvent leurs sièges et qu'ils y prennent place. Sophie et moi continuons à descendre l'allée avant de nous arrêter environ huit rangées plus loin. Assis côte à côte, nous sommes heureux de constater qu'il n'y a personne d'attitré au siège libre qui donne sur l'allée.»
    Moebius 160 «Déposer ma langue sur un crochet, crier enfin: «je suis rentrée à la maison!». C'est la phrase thème de ce magnifique numéro 160 du magazine Moebius. La couverture cartonnée et colorée est l'oeuvre de Julie Delporte, qui, souvenez-vous, a publié sa lettre à Pattie O'Green dans le numéro 158 de la revue. Elle est l'artiste en résidence. Ce nouveau numéro est piloté par Jeannot Clair et Karianne Trudeau Beaunoyer. Pour celles et ceux qui n'ont pas eu la chance de découvrir Lucille de Pesloüan avec ses premiers textes parus dans le fanzine miniature Shushanna Bikini London, Cherry Bomb vous propose une collection de vignettes souvenirs dans un style très proche. Elle est l'autrice en résidence. Stéphane Martelly nous parle d'écriture, Catherine Mavrikakis s'adresse à Philippe Forest et rêve de ne pas pleurer en lui parlant. Vous découvrirez d'autres pépites inédites de Marise Belletête, Mahité Breton, Martina Chumova, Laurence Gagné, Martin Hervé, Louis-Philippe Labelle, Anthony Lacroix, Guylaine Massoutre, Francis Paradis, Diane-Ischa Ross, Kaliane Ung et Mathieu Villeneuve. Le numéro 160 est d'ors et déjà disponible en kiosque.
    Extrait: «J'ai essayé de m'entraîner à garder le silence. À ne plus me laisser aller en bavardages flasques et inutiles. À imposer une tenue digne à ma parole. Une belle colonne vertébrale bien droite. Du logique. Du lumineux, celui des ampoules halogènes éblouissantes. Du nettoyé de toute scories niaise. De la crête de montagne bien dessinée, proprement découpée par la bise du nord, avec un grand philosophe posté sur l'éperon le plus haut ; non pas de ces crêtes biscornues chiquées de lichens qu'on rencontre dans nos contrées sans hauteur. Oui, j'ai essayé de m'entraîner rigoureusement. Vous aurez déjà pu le constater: j'ai échoué.»
    Cadillac de Biz paru en 2018 aux éditions Leméac.Tout est histoire de filiation ici. La mort de son grand-père Théodule et la naissance à venir de son fils perturbe Derek. Lui qui aurait dû patiner sur la glace en LNH pour le compte des Red-Wings de Détroit, coule une vie paisible à vendre des caddies dans le West Island. Il décide de quitter ses chums de l'aréna Mont-Royal, sa blonde enceinte et sa concession Cadillac pour une escapade sur les traces de ses ancêtres pour se refaire une santé. Il décroche le dernier chandail du fond de sa garde robe, celui des Red Wings avec Lamothe dans le dos et file vers le Paris du Midwest: Détroit. Ce court roman d'à peine cent pages vous donnera certainement l'envie de prolonger le travail de l'auteur. Pour Biz, les québécois.e.s d'aujourd'hui portent en eux/elles, les victoires et les défaites de leurs ascendant.e.s, une identité façonnée par de multiples vécus.
    Extrait: «Derek quitte l'île de Montréal dès 6 heures le jeudi matin. À l'inverse du trafic, la circulation est fluide sur la 40 ouest. Go West, young man. Direction le Pays-d'En-haut. Sur une carte, façonné par les lacs Huron et Michigan, l'État du Michigan ressemble à une mitaine gauche, Détroit étant situé sur la partie extérieure de son pouce. À part l'Alaska, C'est le seul endroit où le Canada est au sud des États-Unis. Le bassin des Grands Lacs, c'est littéralement le coeur de l'Amérique. Un réseau artériel irriguant la moitié d'un continent. Avec 18% des réserves mondiales, c'est la plus grande source d'eau douce au monde. De mémoire de Lamothe, la grande-route l'a toujours apaisé. Pendant son hockey junior, il a sillonné tout le Québec en autobus. Il aimait particulièrement les voyages contre les Foreurs de Val-d'or et les Huskies de Rouyn-Noranda. Des nuits entières à traverser l'interminable parc de La Vérendrye.»
    0 min
  • Émission du 19 mars 2019

    Mission encre noire Tome 25 Chapitre 305. Parler en Amérique, Oralité, Colonialisme, Territoire de Dalie Giroux, paru en 2019 aux éditions Mémoire d'Encrier. De quoi se constitue l'amériquanité ? Quel est aujourd'hui le résultat des multiples tentatives d'assimilation des minorités au cours de l'histoire des États du Nouveau monde ? Ces mêmes États, peuvent-ils vraiment occulter de leur identité, ces territoires de langues, si précieux à l'édification de l'Amérique ? «C'est pas intéressant l'maudit Français», Dalie Giroux nous invite au voyage, à partir sur les traces de Ti-Jean Kerouac, se laisser bercer par le verbe innu de Joséphine Bacon, à s'accrocher à la langue libre de Pierre Perrault ou au chant en innu de Chloé Sainte-Marie. Les parlures régionales irriguent ce brillant essai, tout autant que de nombreuses langues dîtes subalternes, qui trouvent ici un formidable écho hospitalier. L'autrice a parcouru l'Amérique francophone et ailleurs, a erré à travers les soubassements de la culture dominante, pour nous faire résonner la langue des pauvres, le bagout, une forme de vie encore inédite pour beaucoup d'entre-nous. Dalie Giroux ne manque ni d'audace ni d'humour pour nous fait entrer de plain-pied dans «le territoire de l'âme» de Pierre Perrault ou nous offrir une brillante pensée critique de la «marde». Ce soir, Mission encre noire laisse la porte ouverte à la «machine intime de décolonisation» de Dalie Giroux, qui est notre invitée.

    Extrait: «Au Canada, dès les premiers jours de la colonisation européenne sur les rives de la Grande rivière, l'habitation linguistique anglaise et française dominante s'est superposée à une habitation linguistique iroquoienne, algonquienne, athapaskane, salish, esquimo-aléoute, etc. Ce sont là les noms de familles linguistiques qui comprennent chacune plusieurs langues, et chacune de ces langues contient plusieurs dialectes. Dans la seule vallée du Saint-Laurent, nous côtoyons les langues algonquines, abénaquise, mohawk, wendat, atikamekw, malécite, innue, mi'gmak, sans parler de la langue crie et de l'inuktitut qui viennent du Nord mais qu'on peut surprendre tous les jours à Montréal et à Ottawa, par exemple. À ces langues qui côtoient le français et l'anglais en tant que langues coloniales et s'y mêlent et vice-versa, s'abouchent aussi celles des gens de partout qui se fabriquent une demeure canadienne.»

    Cartographies III: Translations Collectif sous la direction de Sébastien Dulude paru en 2019 aux éditions La mèche. Précédé de deux tomes consacrés à l'exploration des territoires singuliers des couronnes Sud et Nord de Montréal, le troisième recueil de textes à d'autres perspectives, sans s'arrêter à une zone géographique spécifique. Patrice Lessard nous promène dans le centre de Naples, ou plutôt dans la Sanità, un quartier qui effraie les italiens eux-même. Maryse Andraos, s'interroge sur ses racines, sur ce qui compose son identité. Elle, qui se sent tellement chez elle, ici, et si étrangère à cette Égypte dont on l'habille. Éric Mathieu a retrouvé les carnets de route d'une époque où il vivait à Londres. Nina Hagen était au Kit-Kat Club, il fumait des joints, devenait cuisinier, dépensait sa paye au Tower records sur Piccadilly Circus. Il nous raconte tout ça, la tête reposée sur la vitre du bus de nuit. Mélikah Abdelmoumen cartographie ses lieux d'élection à Lyon, en France, celles qui mènent aux marges, à ses bidonvilles. un livre de George Perec dans une main, elle tente de laisser une trace de ces hommes et femmes, de ces enfants croisés dans cette autre France. Daniel Canty embarque une machine à écrire sur la MS Norröna sur la côte du Jutland. Il devient un marin malgré lui, un porte-bonheur improbable livré aux flots hostiles. Véronique Béland invente un langage d'outre-espace, à travers des textes aléatoires générés par un programme informatique dédié, lui-même, à recevoir des ondes radio provenant du cosmos. Histoire d'aiguiser encore plus votre appétit de Cartographies, Sébastien Dulude est notre invité.

    Extrait: «Dans le «mé-tissage», je vois l'idée d'un tissage parsemé de brèches, de trous, d'ouvertures, et par là même la possibilité de tisser des liens inusités entre des identités séparées. On Mé-tisse comme on rompt un tissu social trop uniforme, comme on coud des morceaux dépareillés pour leur donner une nouvelle singularité. On n'appartient à aucune trame, c'est pourquoi on doit apprendre à inventer la sienne.»

    1 hr
  • Émission du 19 mars 2019
    Mission encre noire Tome 25 Chapitre 305. Parler en Amérique, Oralité, Colonialisme, Territoire de Dalie Giroux, paru en 2019 aux éditions Mémoire d'Encrier. De quoi se constitue l'amériquanité ? Quel est aujourd'hui le résultat des multiples tentatives d'assimilation des minorités au cours de l'histoire des États du Nouveau monde ? Ces mêmes États, peuvent-ils vraiment occulter de leur identité, ces territoires de langues, si précieux à l'édification de l'Amérique ? «C'est pas intéressant l'maudit Français», Dalie Giroux nous invite au voyage, à partir sur les traces de Ti-Jean Kerouac, se laisser bercer par le verbe innu de Joséphine Bacon, à s'accrocher à la langue libre de Pierre Perrault ou au chant en innu de Chloé Sainte-Marie. Les parlures régionales irriguent ce brillant essai, tout autant que de nombreuses langues dîtes subalternes, qui trouvent ici un formidable écho hospitalier. L'autrice a parcouru l'Amérique francophone et ailleurs, a erré à travers les soubassements de la culture dominante, pour nous faire résonner la langue des pauvres, le bagout, une forme de vie encore inédite pour beaucoup d'entre-nous. Dalie Giroux ne manque ni d'audace ni d'humour pour nous fait entrer de plain-pied dans «le territoire de l'âme» de Pierre Perrault ou nous offrir une brillante pensée critique de la «marde». Ce soir, Mission encre noire laisse la porte ouverte à la «machine intime de décolonisation» de Dalie Giroux, qui est notre invitée.
    Extrait: «Au Canada, dès les premiers jours de la colonisation européenne sur les rives de la Grande rivière, l'habitation linguistique anglaise et française dominante s'est superposée à une habitation linguistique iroquoienne, algonquienne, athapaskane, salish, esquimo-aléoute, etc. Ce sont là les noms de familles linguistiques qui comprennent chacune plusieurs langues, et chacune de ces langues contient plusieurs dialectes. Dans la seule vallée du Saint-Laurent, nous côtoyons les langues algonquines, abénaquise, mohawk, wendat, atikamekw, malécite, innue, mi'gmak, sans parler de la langue crie et de l'inuktitut qui viennent du Nord mais qu'on peut surprendre tous les jours à Montréal et à Ottawa, par exemple. À ces langues qui côtoient le français et l'anglais en tant que langues coloniales et s'y mêlent et vice-versa, s'abouchent aussi celles des gens de partout qui se fabriquent une demeure canadienne.»
    Cartographies III: Translations Collectif sous la direction de Sébastien Dulude paru en 2019 aux éditions La mèche. Précédé de deux tomes consacrés à l'exploration des territoires singuliers des couronnes Sud et Nord de Montréal, le troisième recueil de textes à d'autres perspectives, sans s'arrêter à une zone géographique spécifique. Patrice Lessard nous promène dans le centre de Naples, ou plutôt dans la Sanità, un quartier qui effraie les italiens eux-même. Maryse Andraos, s'interroge sur ses racines, sur ce qui compose son identité. Elle, qui se sent tellement chez elle, ici, et si étrangère à cette Égypte dont on l'habille. Éric Mathieu a retrouvé les carnets de route d'une époque où il vivait à Londres. Nina Hagen était au Kit-Kat Club, il fumait des joints, devenait cuisinier, dépensait sa paye au Tower records sur Piccadilly Circus. Il nous raconte tout ça, la tête reposée sur la vitre du bus de nuit. Mélikah Abdelmoumen cartographie ses lieux d'élection à Lyon, en France, celles qui mènent aux marges, à ses bidonvilles. un livre de George Perec dans une main, elle tente de laisser une trace de ces hommes et femmes, de ces enfants croisés dans cette autre France. Daniel Canty embarque une machine à écrire sur la MS Norröna sur la côte du Jutland. Il devient un marin malgré lui, un porte-bonheur improbable livré aux flots hostiles. Véronique Béland invente un langage d'outre-espace, à travers des textes aléatoires générés par un programme informatique dédié, lui-même, à recevoir des ondes radio provenant du cosmos. Histoire d'aiguiser encore plus votre appétit de Cartographies, Sébastien Dulude est notre invité.
    Extrait: «Dans le «mé-tissage», je vois l'idée d'un tissage parsemé de brèches, de trous, d'ouvertures, et par là même la possibilité de tisser des liens inusités entre des identités séparées. On Mé-tisse comme on rompt un tissu social trop uniforme, comme on coud des morceaux dépareillés pour leur donner une nouvelle singularité. On n'appartient à aucune trame, c'est pourquoi on doit apprendre à inventer la sienne.»
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Mission encre noire parle de littérature tous les mardis soir en direct à 19h00 sur Choq.ca et vous donne l'envie de lire

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