Mission encre noire Tome 20 Chapitre 255 Qui maîtrise les vents connaît son chemin de Verena Stefan paru en 2017 aux éditions Héliotrope. Appuyée au souvenir de son grand-père, Verena Stefan livre un portrait de zones d'ombres et de tâche claires d'une époque, l'après-guerre des années 50, en Suisse. De ce profil, se découpent les traits du docteur Julius Brunner, interné en hôpital psychiatrique pour avoir procédés à des activités d'avortements, des interventions jugées criminelles, alors. On ouvre ce livre comme les vieux albums souvenirs où les photos racontent un passé de manières désordonnées et chaotiques. Au fil du récit du déroulement du procès, la prose poétique de Verena Stefan rend hommage à un homme qu'elle a très peu connu, mais surtout aux courages des femmes qui subissent la froideur d'un système implacable.
Extrait:«Lorsqu'elle fut en fâcheuse posture, on vint le chercher. On l'avait repêchée dans le lac Léman, un avortement manqué. Grâce à un confrère, il la fit accepter à l'hôpital universitaire de Berne. Pas en tant que Flora Brunner. Que sa fille tentât de se suicider ne nécessitait pas une mention dans un dossier. Tant qu'il pouvait agir seul, il arrangeait tout en quelques manoeuvres habiles. Lui, Julius Brunner, ne craignit jamais ni bureaux ni autorités.»
L'homme qui mit fin à l'histoire de Ken Liu paru en 2017 aux éditions Le Bélial collection Une heure lumière. Un procédé scientifique d'un genre nouveau basé sur l'observation de la vitesse de la lumière permet de remonter le passé. Ken Liu renoue, ici, avec le vieux fantasme de la machine à remonter le temps, sauf que le professeur Evan Wei et sa compagne Akemi Kirino, ne contrôle pas la fréquence des retours: le passage s'effectue une seule et unique fois et s'efface des mémoires. Ken Liu profite du format de la novella pour aborder le sujet brûlant du négationnisme dans l'Histoire à travers un exemple mal connu, l'unité 731, une mission scientifique japonaise basée sur de soi-disant recherches bactériologiques en 1932 et 1933, faisant plusieurs milliers de victimes chinoises. Une merveille de récit paru aux éditions Le Bélial, une maison d'édition française qui n'a pas froid aux yeux et continue de nous surprendre avec des publications (fantasy, science fiction, fantastique, imaginaire)de grandes qualités.
Extrait:«Outre sa dimension spatiale, chaque État en possède une autre, temporelle. Il s'agrandit et se réduit au fil du temps, assujettit des peuples et parfois libère leurs descendants. On tient le japon d'aujourd'hui pour constitué seulement de son archipel, mais à son apogée, en 1942, il englobait la Corée, l'essentiel de la Chine, Taiwan, Birmanie, la Malaisie et une grande partie de l'Indonésie, ainsi que bon nombre d'îles du Pacifique. L'héritage de cette époque continue de façonner l'Asie, encore aujourd'hui.
L'un des problèmes les plus fastidieux qu'engendre le processus violent et instable par lequel les États s'étendent et se rétractent s'énonce de la sorte: puisque la maîtrise d'un territoire passe d'une souveraineté à l'autre au gré du temps, sous quelle juridiction doit se trouver le passé du territoire en question ?»
Un seul parmi les vivants de Jon Sealy paru en 2017 aux éditions Albin Michel collection Terres d'Amérique. Premier roman attendu d'un jeune écrivain américain prometteur, Jon Sealy situe son intrigue en 1932 en Caroline du sud. Castle est une ville relativement épargnée par la Grande Dépression qui fait des dégâts ailleurs dans le pays. L'industrialisation galopante de l'économie modifie durablement le quotidien des habitants. Le boom du textile et des chemins de fer qui sillonnent les deux Caroline, est une aubaine et un déracinement social pour bien des familles. L'alcool est interdit, néanmoins, un baron du bourbon prospère en toute liberté. Ce n'est pas l'aspect semi-légal de son usine de soda qui fera illusion longtemps. Le vieux shérif Chambers en consomme lui-même. Confronté à deux meurtres crapuleux dans l'un des établissement appartenant au magnat, Chambers n'a plus le choix que d'intervenir. Jon Sealy, fidèle à une certaine littérature du sud, Erskine Caldwell ou William Faulkner en tête, imagine une région, une vie sociale gangrènée par l'alcoolisme, la violence domestique et le puritanisme de bon aloi. Le sud De Jon Sealy est hanté par ses fautes et par la nostalgie de sa grandeur oubliée.
Extrait:«Le grand-père de Willie était un vieil homme maigre affligé de grandes oreilles, d'un grand nez et d'une figure qui tombait tristement comme celle d'un basset. Les ouvriers le surnommait Happy, alors qu'il s'appelait en réalité Abel Washington. Il était arrivé de la ferme au printemps pour habiter avec eux et travailler à la filature comme les autres. La mine renfrognée, il regarda les cheminées jumelles de l'usine de Bell qui , du haut de la colline, dominaient le village. On voyait qu'il maudissait intérieurement les oeuvres amorales de Larthan Tull. Débaucahant la moitié des habitants avec son alcool de contrebande et son repaire de joueurs, ce n'était pas un bon chrétien, et le pasteur aurait dû dire quelque chose. Ils étaient là à attendre la nouvelle Jérusalem pendant que Tull transformait le comté en véritables Sodome et Gomorrhe. Des signes et des miracles, tu parles !»