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Mission encre noire Tome 20 Chapitre 257 Cardinal song de Vincent Giudicelli paru en 2017 aux éditions Annika Parance éditeur. Depuis qu'il a rencontré Marie, le narrateur vit une révolution. Comme bien des couples ils tentent d'ériger un nouveau monde. Celui de Marie gravite autour de la peinture, de la recherche d'un père parti trop tôt et d'une mère envahissante. Lui, il vient juste d'hériter du décès de ses parents. Il vivote à Paris, il renoue avec Norman, son ami de toujours, ingénieur du son de génie et l'homme des bons plans. Marie se consume vite, trop peut-être, au goût de son nouvel amant, éperdument épris d'elle. Tunis, Hanoï, Las Vegas, Los Angeles, aucun port, aucune ville n'a assez d'envergure pour abriter le couple de cette tempête qui les menace. Cardinal song est un premier roman à lire mal assis, un road trip étonnant. Les amoureux se foutent ici, des bancs publics, c'est l'extase qu'ils recherchent. Vivre une vie en résistance pour ne pas abandonner son idéal de liberté en faisant comme tout le monde, est leur mot d'ordre. Aussi planant qu'un bon riff de rock, Cardinal song refuse de rentrer dans le rang, Vincent Giudicelli non plus, il est notre invité à Mission encre noire pour une entrevue transatlantique.
Extrait:«Nous étions en juillet. J'avais appelé André pour le prévenir que l'appartement serait à nouveau libre. En deux jours, j'avais fait les sacs, repeint le salon, réparé la chasse d'eau, résilié nos abonnements téléphoniques, internet, revendu la télé, prévenu un transporteur de fret, fait suivre le courrier. Tout en faisant ça, je me répétais que je devais être dingue, moi aussi. Une partie de moi-même était effrayée par la distance et le changement qui s'opérait soudain dans ma vie. Mais elle avait pris le dessus sur celle qui était effrayée de finir ses jours-là où j'étais né. Je n'avais jamais voyagé ailleurs qu'en Europe - et encore, pour le boulot - et cette nuit où nous avons roulé vers le sud, à la veille d'un week-end du 14 juillet, est sans doute celle dont les détails me reviennent avec le plus de précision. Chaque fois que je sortais de la voiture pour faire le plein, je me sentais plus grand. Déplié. Nous fumions nos cigarettes à la lumière des néons des aires d'autoroutes, jeans et t-shirts défroissés par le vent, les cheveux mouillés, les yeux brillants de cette nuit à dépasser, «juste une paire de demi-dieux».
93 Panthers de Jilali Hamham paru en 2017 aux éditions Rivages Thriller. La prochaine révolution ne sera pas télévisée et elle se fera sans doute sans vous ! Y avez-vous déjà réfléchi ? Et si la Seine st Denis devenait indépendante avec un président auto-proclamé et un capitale: La Courneuve ? Et si l'avenue des Champs Élysées devenait le théatre sanglant d'un soulèvement révolutionnaire ? Et si le chef du commando 93 Panthers tournait une fois pour toute le dos à un système raciste et blanc dominé par des canailles enrichies? Il y a tout ça dans 93 Panthers, voire même plus encore. Voici un thriller noir, âpre, éclairant et surtout rondement mené par l'une des nouvelles voix du polar français. Oserez-vous mettre le doigt dans l'engrenage ?
Extrait:«La faction rejoignit par la suite l'une des deux colonnes qui quadrillait déjà l'avenue. Chaque moto escortait ainsi un groupe de dix soldats auxquels se joignaient souvent les jeunes banlieusards présents, au débuts par hasard, puis par conviction, bien décidés à tirer profit de tout ce bazar. Seuls Alix Malinka, commandant suprême de l'organisation, et sa troupe d'élite bénéficiaient du soutien de huit motos. Celles-ci tournoyaient autour du camion «bélier» dont il avait pris le contrôle...
- Oh my goodness, criait-on dans la boutique en voyant le mastodonte sur roues tenter de fracturer la vitrine Louis Vuitton.
Esprits embrasés, liquides salvateurs, fumées nocturnes ; on plaidait la cause des Panthers avec la finesse du barbare.
- Elle ne sera pas télévisée cette révolution. Elle ne sera pas télévisée je vous dis, s'écriait Alix avec une fureur au moins égale à la puissance de son assaut.»
Mission encre noire Tome 20 Chapitre 256 Acceptabilité sociale: sans oui, c'est non de Pierre Batellier et Marie-Ève Maillé paru en 2017 aux éditions Écosociété. Aiguiser son esprit à résister, affiner son goût pour le débat, prendre conscience des enjeux liés à notre territoire, affirmer son droit à la parole, voici quelques exercices auxquels cet essai pourrait bien vous conduire. L'acceptabilité sociale, qu'est-ce que c'est ? Ce livre se propose de répondre à la question, avec rigueur, humour et pertinence. Saviez-vous qu'hydro Québec prend un L au lieu du R - Hydlo - lorsque la compagnie négocie avec les Cris car ils ont du mal à prononcer les R? Moi non plus! C'est un exemple, parmi tant d'autres, qui fourmillent dans ce livre qui devrait devenir, selon nous, une référence dans son domaine. Pour en savoir plus et vous mettre en appétit pour cette lecture intelligente et enlevante, Marie-ève Maillé est notre invitée ce mardi, aux côtés d'Hélène Lefranc, co-fondatrice de l'émission, qui se prête au jeu de l'entrevue.
Extrait:«Les conflits sociaux naissent, il est vrai, d'individus qui, un jour, refusent ce qu'on leur propose et le font savoir. Dans le discours dominant, on affuble ces citoyen.ne.s mobilisé.e.s de l'étiquette d'"opposant.e.s", mais en réalité, qui s'oppose à qui ou à quoi ? Autrement dit : et si les opposant.e.s étaient plutôt les promoteurs d'autres choses pour leur milieu de vie : d'un autre mode de vie, d'un autre mode de développement ou, carrément, d'autres projets économiques pour leur village et leur région ? À l'inverse, pourquoi ne considère-t-on jamais les promoteurs comme les opposants à la protection d'un milieu, à d'autres projets de développement, à une certaine qualité de vie ou au doux équilibres des choses comme elles sont ? Bref, on aime à dépeindre les citoyen.ne.s mobilisé.e.s comme des empêcheurs de développer un potentiel qui n'attendrait qu'à l'être et les promoteurs comme des visionnaires qui ont bien compris eux, ce qu'il faudrait en faire. selon cette vision, les promoteurs ont le beau rôle de construire le monde et d'apporter le progrès, et les opposant.e.s, le rôle négatif de les en empêcher. Cette distribution des rôles a d'importantes conséquences sur la façon dont ces gens sont perçus et sur la mobilisation entourant les projets. Les empêcheurs de développer et les visionnaires ne sont pas toujours dans le camp que l'on croit."
Agenda: Le duo AN_NA met sur pied un laboratoire artistique en plein coeur du boulevard St Laurent. Du 12 au 16 juillet 2017.
Galerie MAINLINE (de 10h00 à 22h00)
3905 St Laurent
Montréal
Show-Vernissage le 14 juillet à 18h30
Mission encre noire Tome 20 Chapitre 255 Qui maîtrise les vents connaît son chemin de Verena Stefan paru en 2017 aux éditions Héliotrope. Appuyée au souvenir de son grand-père, Verena Stefan livre un portrait de zones d'ombres et de tâche claires d'une époque, l'après-guerre des années 50, en Suisse. De ce profil, se découpent les traits du docteur Julius Brunner, interné en hôpital psychiatrique pour avoir procédés à des activités d'avortements, des interventions jugées criminelles, alors. On ouvre ce livre comme les vieux albums souvenirs où les photos racontent un passé de manières désordonnées et chaotiques. Au fil du récit du déroulement du procès, la prose poétique de Verena Stefan rend hommage à un homme qu'elle a très peu connu, mais surtout aux courages des femmes qui subissent la froideur d'un système implacable.
Extrait:«Lorsqu'elle fut en fâcheuse posture, on vint le chercher. On l'avait repêchée dans le lac Léman, un avortement manqué. Grâce à un confrère, il la fit accepter à l'hôpital universitaire de Berne. Pas en tant que Flora Brunner. Que sa fille tentât de se suicider ne nécessitait pas une mention dans un dossier. Tant qu'il pouvait agir seul, il arrangeait tout en quelques manoeuvres habiles. Lui, Julius Brunner, ne craignit jamais ni bureaux ni autorités.»
L'homme qui mit fin à l'histoire de Ken Liu paru en 2017 aux éditions Le Bélial collection Une heure lumière. Un procédé scientifique d'un genre nouveau basé sur l'observation de la vitesse de la lumière permet de remonter le passé. Ken Liu renoue, ici, avec le vieux fantasme de la machine à remonter le temps, sauf que le professeur Evan Wei et sa compagne Akemi Kirino, ne contrôle pas la fréquence des retours: le passage s'effectue une seule et unique fois et s'efface des mémoires. Ken Liu profite du format de la novella pour aborder le sujet brûlant du négationnisme dans l'Histoire à travers un exemple mal connu, l'unité 731, une mission scientifique japonaise basée sur de soi-disant recherches bactériologiques en 1932 et 1933, faisant plusieurs milliers de victimes chinoises. Une merveille de récit paru aux éditions Le Bélial, une maison d'édition française qui n'a pas froid aux yeux et continue de nous surprendre avec des publications (fantasy, science fiction, fantastique, imaginaire)de grandes qualités.
Extrait:«Outre sa dimension spatiale, chaque État en possède une autre, temporelle. Il s'agrandit et se réduit au fil du temps, assujettit des peuples et parfois libère leurs descendants. On tient le japon d'aujourd'hui pour constitué seulement de son archipel, mais à son apogée, en 1942, il englobait la Corée, l'essentiel de la Chine, Taiwan, Birmanie, la Malaisie et une grande partie de l'Indonésie, ainsi que bon nombre d'îles du Pacifique. L'héritage de cette époque continue de façonner l'Asie, encore aujourd'hui.
L'un des problèmes les plus fastidieux qu'engendre le processus violent et instable par lequel les États s'étendent et se rétractent s'énonce de la sorte: puisque la maîtrise d'un territoire passe d'une souveraineté à l'autre au gré du temps, sous quelle juridiction doit se trouver le passé du territoire en question ?»
Un seul parmi les vivants de Jon Sealy paru en 2017 aux éditions Albin Michel collection Terres d'Amérique. Premier roman attendu d'un jeune écrivain américain prometteur, Jon Sealy situe son intrigue en 1932 en Caroline du sud. Castle est une ville relativement épargnée par la Grande Dépression qui fait des dégâts ailleurs dans le pays. L'industrialisation galopante de l'économie modifie durablement le quotidien des habitants. Le boom du textile et des chemins de fer qui sillonnent les deux Caroline, est une aubaine et un déracinement social pour bien des familles. L'alcool est interdit, néanmoins, un baron du bourbon prospère en toute liberté. Ce n'est pas l'aspect semi-légal de son usine de soda qui fera illusion longtemps. Le vieux shérif Chambers en consomme lui-même. Confronté à deux meurtres crapuleux dans l'un des établissement appartenant au magnat, Chambers n'a plus le choix que d'intervenir. Jon Sealy, fidèle à une certaine littérature du sud, Erskine Caldwell ou William Faulkner en tête, imagine une région, une vie sociale gangrènée par l'alcoolisme, la violence domestique et le puritanisme de bon aloi. Le sud De Jon Sealy est hanté par ses fautes et par la nostalgie de sa grandeur oubliée.
Extrait:«Le grand-père de Willie était un vieil homme maigre affligé de grandes oreilles, d'un grand nez et d'une figure qui tombait tristement comme celle d'un basset. Les ouvriers le surnommait Happy, alors qu'il s'appelait en réalité Abel Washington. Il était arrivé de la ferme au printemps pour habiter avec eux et travailler à la filature comme les autres. La mine renfrognée, il regarda les cheminées jumelles de l'usine de Bell qui , du haut de la colline, dominaient le village. On voyait qu'il maudissait intérieurement les oeuvres amorales de Larthan Tull. Débaucahant la moitié des habitants avec son alcool de contrebande et son repaire de joueurs, ce n'était pas un bon chrétien, et le pasteur aurait dû dire quelque chose. Ils étaient là à attendre la nouvelle Jérusalem pendant que Tull transformait le comté en véritables Sodome et Gomorrhe. Des signes et des miracles, tu parles !»
Mission encre noire Tome 19 Chapitre 254 Amqui d'Éric Forbes paru en 2017 aux éditions Héliotrope Noir. Quelque chose ne tourne pas rond, comment un libraire peut-il devenir un tueur sanguinaire ? Étienne Chénier, mi trentaine, adepte des arts martiaux vient de sortir de la prison Bordeaux dans le quartier Ahuntsic à Montréal. Il devance la date officielle d'une bien curieuse manière. Mais ça, on ne peut pas en parler, de son désir de vengeance non plus d'ailleurs. En tout cas, pas tout de suite. L'enquêteur du SPVM ne l'entend pas de cette oreille, lui. Il se lance à la poursuite de cet ex-libraire fan de romans policiers, une traque qui le conduit jusque dans le Bas Saint-Laurent. Ce roman impitoyable va vous faire gicler hors de votre hamac, car les hommes ici n'ont rien à perdre. Et si la vengeance a un arrière goût de beignet graisseux, c'est que nous sommes sur la même longueur d'onde d'un auteur qui n'a pas froid aux yeux, Éric Forbes est notre invité à Mission encre noire.
Extrait:«Il entra à la librairie du Square, la première librairie qu'il avait fréquentée lors de son arrivée à Montréal, plusieurs années auparavant, et s'imprégna de l'odeur si caractéristique de l'endroit. Étonnée, la propriétaire qui le reconnut immédiatement, lui demanda où il avait disparu. À l'étranger, mentit-il, un peu mal à l'aise, sans trop s'étendre sur le sujet. Il feuilleta quelques polars, puis saisit un Ian Rankin, l'ouvrit et enfouit son visage entre ses pages, se grisant de l'arôme: un mélange enivrant de colle, de papier et d'encre. En prison, les livres puaient, et comme polars on ne trouvait que les SAS, des Agatha Christie, ainsi qu'un ramassis de best-sellers insignifiants. Rien pour suciter son intérêt. Il acheta le dernier Mankell, salua la propriétaire et sortit.»
Rien ne se perd de Cloé Mehdi paru en 2016 aux éditions Jigal Polar. À quoi ressemble le monde pour Mattia, vu du haut de ses onze ans? Abandonné par sa mère à son tuteur Zé, son père s'est suicidé en hôpital psychiatrique, sa soeur et son frère ne lui donnent que de rares signes de vie. Cette petite ville française semblable à tant d'autres porte en elle une malédiction, le meurtre de Saïd Zahidi, quinze ans, lors d'un contrôle d'identité qui dégénère. Le quartier tentera bien de se faire justice lui-même, en vain, c'est l'abîme du silence et la justice aveugle qui étouffera l'affaire...des tags à la peinture rouge aparaissent soudain réclamant justice! Ce roman est une mine d'or récompensé par plusieurs prix. Cloé Mehdi trace des mots noirs sur toute cette frustration qui marche les mains enfoncées dans les poches. Magnifique perle noire.
Extrait:«J'ai l'impression qu'une heure s'est écoulé quand elle se remet à parler. Elle a écrasé son mégot contre la gouttière depuis longtemps mais elle n'a pas refermé la fenêtre. Le froid a envahi la chambre. J'ai la chair de poule. Pas elle. Gina est invincible. C'est ce qu'elle m'a dit une fois, adolescente. Invincible Mattia. Elle le disait avec une telle conviction que j'y croyais. Toi aussi, invincible. Un mur de briques. Les mêmes défenses. Sauf qu'elle pouvait partir, et moi pas. Pas comme nos parents, In-vin-cibles, répète-le. Ensuite elle s'est enfuie et j'ai commencé à la détester. Je ne l'aime que quand elle revient, pas souvent donc.»
La maison Wolfe de James Carlos Blake paru en 2017 aux éditions Rivages. Le second tome de la saga familiale des Wolfe nous invite en terre mexicaine. Au cours d'un mariage dans la haute société de Mexico, une dizaine d'invités de riches familles vont être enlevés. Le business si lucratif des enlèvements est une manière rapide d'améliorer son fond de trésorerie et d'afficher, pourquoi pas, un profil séduisant pour les recruteurs des cartels. Ça, c'est dans le meilleur des mondes possibles, en réalité, parmi les otages figure Jessie Wolfe, amie proche de la mariée. Et chez les Wolfe la famille c'est sacré. La meute débarque à Mexico. James Carlos Blake sait manier l'art de décrire les courses poursuites dans la capitale fédérale comme personne et surtout, il vous donne l'occasion de découvrir un parcours de visite de Mexico ignoré des cartes touristiques.
Extrait:«Toute l'affaire s'est déroulée rapidement et sans un mot, sauf les ordres des braqueurs. Jessie entend des murmures mais ne comprend pas ce qui se dit. Les portières se ferment. Les voitures démarrent et allument leurs phares. Comme la première, elles contournent prudemment le gros 4X4 Suburban et disparaissent l'une derrière l'autre. Jessie se demande ce que foutent les vrais flics, les vigiles des entrepôts, enfin quelqu'un, quoi. Qu'est-ce qu'ils glandent tous, ces abrutis? Et puis elle se dit soudain: Seigneur, que tu es bête, ma fille. Précisément: il n'y a ni police ni patrouille. Pas ici, pas ce soir. Ces gars s'en sont occupés. Peut-être même qu'ils ont un accord en bonne et due forme pour cette zone.»
Mission encre noire Tome 19 Chapitre 253 Tu aimeras ce que tu as tué de Kevin Lambert paru en 2017 aux éditions Héliotrope. Et si les morts décidaient de revenir vivre leur bout de vie volée ? Et si tous ces enfants, morts trop tôt, à Chicoutimi, en avaient plus qu'assez de toute cette fourbe normalité? Il ne fait pas bon vivre du côté de la ville de Saguenay, un contexte idéal pour déployer une allégorie des plus riche et délirante. Faldistoire se sent rejeté, il meurt à 4 ans. C'est injuste, il revient pour témoigner et nous raconter un monde insensé qui n'a que faire des différences. Un endroit, non loin d'ici, qui va être contaminé par la rage qu'il a, lui même, enfanté. Ce Premier roman est une vraie réussite, Kevin Lambert fait preuve d'un remarquable imaginaire et d'une redoutable plume frondeuse. Nous avons le plaisir de le recevoir à Mission encre noire.
Extrait:«Grâce à notre lien de parenté, je trouve des photos de Paule avant son opération dans des albums d'Angèle, la soeur de mon grand-père Fernand. Il avait été son garçon adoré avant d'être renié par toute la famille à cause de ses délires transsexuels. Quand on soupe chez ma grand-tante et que, un peu soûle, elle se met à parler de son fils unique enlevé par les démons de la sodomie parce que son père a jamais été présent pour le redresser, le prémunir contre les vices les plus tordus de la sexualité, je fais semblant de dormir sur le divan et j'écoute ses rengaines contre la vie qui donne toujours tout aux mêmes, contre la nature qui fait des familles de dix enfants sans qu'y en aille pas un de fucké pendant que ma grand-tante se ramasse toute seule à pelleter toute la marde du monde entier.»
Adel, l'apprenti migrateur de Salah El Khalfa Beddiari paru en 2017 aux éditions Mémoire d'encrier. Adel débarque au Québec en conquérant. Il ne tient plus en place, lui, le rêveur, Adel le juste. Arabe et musulman, il tombe en amour avec une société qui l'étourdit sous ses charmes. Paré de ses perles de glace et de braise, le pays va se révéler cependant, sous des atours moins avenants. L'apprenti migrateur, son bagage de philosophie et de poésie sur le dos, tel un ulysse déposé par le ressac, ne se doute pas encore de l'odyssée qui l'attend. Voici un bijou de récit aux allures de conte philosophique par un écrivain québécois qui rebrasse les cartes de la quête de la citoyenneté. Comment devient-on citoyen? Doit-on effacer notre mémoire? L'amour sauvera-t-il Adel? Car, oui, immigrer c'est aussi et surtout une autre conjugaison du verbe aimer (son nouveau pays), une autre façon d'élever le débat. De passage au festival de la poésie de Montréal 2017, j'ai tendu le micro de Mission encre noire à Salah El Khalfa Beddiari.
Extrait:«Adel est envoûté, l'amour le sidère. Il cède une pelure après l'autre jusqu'à son ocre épiderme. Creusera-t-il jusqu'à ses os? Il revient sur ses pas, prêt à se racheter, il demande pardon. Il cédera sur l'exclusivité, il partagera son amour s'il le faut, il s'excusera, il fera amende honorable. Adel s'invite chez son Amour. Il sort la langue de sa mère de la poche et la dépose sur la table, il la regarde puis la remet dans son coeur.«je l'enterre, tu ne la reverras plus jamais, mon Amour, dit-il.» »
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