Polaroid 41

Polaroid 41

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Polaroid 41 episodes

  • Strasbourg

    http://polaroid41.com/strasbourg/

    Mercredi 11 mars 2020 – 9h27.

    Ce week-end j’étais en déplacement à Strasbourg pour y jouer une pièce de théâtre. Strasbourg. C’est curieux comme le nom de cette ville m’est familier alors que je n’y ai jamais mis les pieds. C’est la ville de naissance de ma grand-mère paternelle Alice, qui m’a vu naître mais que je n’ai pas vraiment connue parce qu’elle est décédée quand j’avais un an et demi. Alice est née à Strasbourg et a quitté cette ville à cause de la deuxième guerre mondiale. C’est tout ce que je sais de cette histoire. Mon père m’affirme que c’est tout ce qu’il sait lui aussi. Il est né en Dordogne à côté de Sarlat et n’a connu sa mère qu’en Dordogne. Elle y est d’ailleurs enterrée aujourd’hui.

    Depuis quelques semaines mon père me demande régulièrement au téléphone quand est-ce que je monte à Strasbourg. Je le sens ému, sans vraiment comprendre pourquoi. Lors de son dernier coup de fil « Va dans la Petite France si tu peux. Rue des dentelles, au numéro 9. C’est là qu’habitait ma mère. Elle serait contente de te savoir là-bas ». Il raccroche rapidement. Il m’a semblé fébrile là encore.

    Et me voici à Strasbourg. Deux représentations le samedi 7 mars et une le dimanche 8. Quartier libre dimanche matin, je décide donc de partir explorer la vieille ville. La cathédrale est absolument incroyable. Elle se dresse au détour d’une rue comme un paquebot qui serait rentré par erreur dans la ville. Pas d’esplanade, je me retrouve donc au pied de l’édifice à devoir lever les yeux le plus haut possible pour en apercevoir la flèche. C’est réellement vertigineux. C’est  jour de messe et les cloches se mettent à sonner. Je bois un café, là, légèrement ému par la grâce de ce moment. Je décide ensuite de me faufiler dans les petites rues typiques du vieux Strasbourg. J’atterris finalement au bord d’un canal qui, si mes calculs sont bons, doit me conduire à la Petite France. Une dizaine de minutes plus tard me voilà à destination. Le quartier est typique de la région. Des maisons à colombages, les fleurs sur les balcons, les petits restaurants alsaciens… Je prends sur ma droite et me retrouve Rue des dentelles, Spitzegass en alsacien. J’avance jusqu’au numéro 9. Un porche avec une porte bleue. J’ai bêtement regardé l’interphone pour voir si Schuschu, le nom de naissance de ma grand-mère, s’y trouvait. Peine perdue évidemment. C’est à ce moment là que l’émotion m’a submergé. J’ai pris quelques photos malgré les larmes qui me montaient aux yeux. J’ai pensé très fort à cette grand-mère Alice. J’avais l’impression d’être un petit garçon de huit ans. Ma mamie allait apparaitre derrière cette porte bleue. Je lui sauterai au cou, elle serait très surprise de me voir là. On verserait alors une larme en se serrant très fort dans les bras.

    Et non.

    Quelques mots-clés tapés sur Google et voici ma découverte d’hier soir.

    Alice avait 33 ans lorsqu’elle à quitté Strasbourg. L’ordre lui en a été donné par le gouvernement français de l’époque le 1 septembre 1939, le jour même où l’Allemagne envahit la Pologne. Les nazis alors sont à nos portes et bien décidés à récupérer l’Alsace qui leur a officiellement été reprise 20 ans plus tôt. Alice part précipitamment. Elle n’a que quelques heures pour quitter Strasbourg. Elle part sur les routes avec son papa, Franz, allemand d’origine; trente kilos d’affaires, le maximum autorisé, et de la nourriture pour trois jours. Ils suivent le plan d’évacuation mis en place pour eux comme 600 000 autres alsaciens.


    Ils embarqueront dans des trains à bestiaux depuis les Vosges à destination du Sud-Ouest. 80 000 d’entre eux atterriront dans le Périgord, dont Alice et Franz. On imagine la réticence première.... (polaroid et texte intégral disponibles à http://polaroid41.com/strasbourg/)

    5 min
  • War Stories

    http://polaroid41.com/war-stories/

    Tuesday March 31st, 2020 – 12:53pm.

    Just over two months ago, on Wednesday January 29th, we picked Elliot up from school at 11:30 (school only goes half days here on Wednesdays) and on a whim we decided to have lunch at Elliot’s favorite restaurant, which is just downstairs from our apartment. His favorite restaurant, much to my delight, is decidedly not a ‘kid restaurant’ but an actual honest-to-God restaurant with an awning that says “Café du Midi – Brasserie – Depuis 1875.”  Café du Midi, brasserie since 1875.

    Let me remind you, I’m from Minnesota, a state that only became a state in 1858, a mere 17 years before this restaurant opened its doors. I come from a place where nothing is old and have made a life for myself here in a place with so much history. After over 15 years in France, I am still not desensitized to  the magic of old places.  The restaurant is long with hardwood floors, straight backed wooden chairs and burgundy booths that line the walls. A bar stretches along one side and servers weave their way between six steel structural poles and closely spaced tables.  Elliot orders an orange juice which comes in a glass bottle and a cheeseburger ‘rare.’ The burger is as big as he is, I swear. It comes with a salad, which he ignores, and  ‘frites maison’…real French fries.  I can’t help marvelling at the fact that my little boy is French and that this is his favorite restaurant (not to knock it, but at his age my favorite restaurant was Wendy’s.)

    1875…I’m standing at the bar to pay the bill and suddenly I’m struck by the thought that just over 100 years ago people sat at this very bar, drinking coffee and reading headlines about World War I.  Which of course wasn’t called World War I at the time because we didn’t know there would be another… it was called la Grande Guerre, or The Great War. Today in France it’s also often referred to as the ‘la guerre de quatorze – dix-huit,’ or the War of 1914-1918.

    For a few moments, I am caught up in these thoughts: four long years of wartime and the only way of getting news was from newspapers, public announcements or letters. I imagine regulars sitting at the bar, reading the headlines, worrying about sons on the battlefield, hoping the end was in sight.  I pay the bill, the hostess gives Elliot a square of dark chocolate for being such a polite little restaurant go-er and my thoughts fade as we head out to continue our Wednesday afternoon : a flurry of judo lessons, homework, dinner prep, bathtime, bedtime…

    We didn’t know that in just  six weeks time simple things  like school pick-up,  lunch in a restaurant and after school activities would all be out of reach.

    Fast-forward two months and here we are, two and a half weeks into “le confinement.” Across the country, and literally all around the world, over 2.5 billion people are being ordered to stay home.  Despite the French president’s insistence, we are not actually at war, but I am part of a generation who has never had their freedoms restricted and this is the closest thing to a wartime experience any of us have known.  In the face of other tragedies, we have come together. After the terrorist attacks in Paris in 2015, going to a concert or sitting at the terrace of a café were acts of solidarity and defiance.  Now the enemy is an indiscriminate, invisible virus and solidarity means isolation. Never have so many people around the world been faced with the same crisis at the same time, never has there been such a collective and widespread experience, and yet the very nature of it requires us to go through it more or less alone....


    (polaroid and full text available at: http://polaroid41.com/war-stories/)

    8 min
  • Journée en ville

    www.polaroid41.com/journee-en-ville/

    Samedi 2 novembre 2019 – 20h03.

    Jeudi 31 Octobre, le jour est fixé. Cette journée sera entièrement consacrée à ma fille, la deuxième, la seule restée à la maison avec nous alors que ses sœurs sont en vacances chez mes parents. Je bien envie qu’on aille se balader à Toulouse, la grande ville. La grande ville dont elle entend régulièrement parler mais où finalement on ne va que très rarement. Je lui en parle, elle valide. Au programme : hamburger et cinéma, en centre ville.

    Et nous voilà partis tous les deux. Première découverte de la fillette de sept ans, le métro. Elle n’y a jamais mis les pieds. Elle est un peu intimidée et se colle à moi dans un premier temps avant de s’accrocher fermement à une barre de maintien. Je l’observe du coin de l’œil. Elle dévisage discrètement les passagers qui l’entourent et leur fait cadeau de son plus beau sourire avec un air un peu gêné. Toutes les personnes élues lui sourient en retour. Je trouve ça absolument génial. Ma fille fait sourire une rame de métro. Comme ça, simplement. Le papa que je suis est rempli d’émotion et de fierté.

    On arrive en ville sous des trombes d’eau. On court se réfugier sous les parasols du premier restaurant à l’angle de la rue. Ils font des burgers maison et nous sommes à deux cents mètres du cinéma. C’est absolument parfait. On s’installe l’un en face de l’autre et on papote gentiment. Anouk me dit combien elle est contente de passer cette journée avec moi. « Métro, burger, ciné. Quand mes sœurs vont savoir ça ! » Elle fait plaisir à voir avec son grand sourire plein de dents manquantes. On commande nos burgers. Un pauvre bougre, probablement un sdf, fait irruption sur la terrasse. Il est trempé jusqu’aux os. Il retire aussitôt son pull et l’agite devant le radiateur de terrasse. Il porte sur le dos un énorme sac à dos carré isotherme marqué Uber Eats. La patronne du restaurant sort et fait savoir au bonhomme qu’il n’a pas le droit de rester là. Il gêne les clients avec son énorme sac, il ne compte pas manger et tient en main gauche une canette de bière entamée. Il doit partir. Le type lui demande le droit de se réchauffer quelques minutes, avant de retourner sous le déluge. Elle lui fait non de la tête d’un air faussement désolé.

    _ « Non, non. C’est non, monsieur. Je vais vous demander de bien vouloir partir. Je ne peux pas tolérer ça ».

    Uber tente de négocier :

    _  « Vous ne pouvez pas, ou vous ne voulez pas ?

    _ Les deux monsieur, les deux. S’il vous plaît ne faîtes pas d’histoire. Je retourne dans le restaurant faire mon service, quand je ressors faites-moi le plaisir d’être parti ».


    Elle s’exécute et repart en salle. Le type hagard regarde autour de lui à la recherche d’un vague soutien. Personne ne le remarque vraiment. L’explication est restée discrète et peu de clients ont vraiment remarqué ce qui se passait. Ou alors ils font semblant de ne rien avoir remarqué. De mon côté, je suis toujours en grande conversation avec ma fille qui, comme moi, à suivi l’affaire du coin de l’œil. Le sdf se tient à un mètre cinquante de sa chaise. Elle me confie qu’elle est embêtée pour ce monsieur transi de froid, mais qu’elle comprend également la restauratrice qui doit pouvoir servir tranquillement ses clients. Nos burgers arrivent, les yeux de ma fille s’illuminent de joie. Elle prend la pose et exige que je la prenne en photo devant son burger. On parle maintenant cinéma et elle choisit le film d’animation qu’on ira voir dans une heure.

    Tout à coup un serveur jaillit du restaurant et commence à pousser violement le squatteur pour lui faire quitter la terrasse. Il est jeune, athlétique, porte une chemise slim noire et aimerait autant que possible que tout le monde le remarque... (polaroid et texte intégral disponibles à www.polaroid41.com/journee-en-ville/)

    11 min
  • A Creative Adult

    http://polaroid41.com/a-creative-adult/

    Friday February 21st, 2020 – 5:04pm.

    “Un adulte créatif est un enfant qui a survécu.”

    I first hear this in French but find out later that it’s a quote from the American author Ursula K. Le Guin : The creative adult is the child who has survived.

    This resonates deeply. I feel like a creative adult and I feel like my inner child is very present, though I’d never drawn such a direct link between the two.

    What do you picture when I say “I’m in touch with my inner child” ??? Do you see me wearing pigtails in my hair and running down the sidewalk skipping rope? Do you imagine me absorbed in hours of unfettered “play”?  Maybe. But I’d say that’s a very “adult” way to perceive childhood. We tend to forget how high stakes everything feels when we’re children. We idealize it as carefree time but much of childhood is fraught. Our emotions are big and we don’t often have the means to understand them or navigate them.  We have little control, for years we don’t really understand how time works or why we are being shuffled from one place to another, why sometimes we are asked to sit and wait for what feels like an eternity and other times we are being rushed, rushed, rushed…shoes crammed on our feet, stuffed into coats and scooted out the door into a big busy world where almost everyone towers above us.  I was a loved and happy child, but I was also fairly serious. I played all the time, but I was serious about my play, absolutely committed to the worlds I created.


    Being in touch with my inner child or being a child “who has survived” manifests itself in my life as continuing to feel really big emotions, staying deeply curious, having a rich internal life of dreams, imagination, hopes, longings…. It manifests as refusing to accept life “as is” but rather questioning all time, seeing things from as many angles as possible.  It makes me crave deep connections and it makes me love stories…. I love to get swept up in them, to listen to them, to read them, to write them, to tell them.

    I have a very good memory and even have friends who call me The Historian because I’m so often the one saying, “Hey, remember ten years ago today? Hey, remember when we….? Want to see these photos from that time when….”  I save everything….notes, letters, emails, photos, ticket stubs, notebooks, journals… it’s probably a very good thing that we’ve reached the digital age or I’d likely be drowning in letters and photographs. My strong memory makes me feel linked to my childhood self and to all of the different versions of “me” along the way.  My sister Angie was born was I was only 21 months old, and the very first version of me that I’m carrying is “Angie’s big sister Tina.” I feel connected to that young girl who took her role as a big sister very seriously. I remember Tina who was part of a family of four in the house on France Avenue. Then there’s Tina as a proud big sister again at age 6 and a half.  Tina moving to the new house on Olinger Boulevard, the oldest girl in a family of five. There’s Tina who loves school and her school friends so wholeheartedly. Tina who makes up songs and skits to perform in her backyard or in front of her third grade class. There’s Tina whose parents are together and then there’s Tina whose parents aren’t together anymore. There’s Tina who gets new step-parents and Tina who moves to Lake Crystal. There’s Tina who navigates a new school, a new town at age 13. There’s Tina who starts high school, who loves science and loves theatre and who starts doing “real” shows for the first time. There’s Tina who falls in love for the first time... (polaroid and full text available at: http://polaroid41.com/a-creative-adult/)

    10 min
  • Moments

    www.polaroid41.com/moments/

    Mercredi 20 novembre 2019 – 21h13.

    Je suis sur la plage d’Hendaye avec une de mes filles qui me fait remarquer qu’on est bien, là tout de suite. Elle a conscience qu’on est en train de vivre un petit bonheur et me dit qu’il faut qu’on s’en souvienne. Cette petite fille de sept ans me bouleverse. Elle ajoute qu’elle va noter ce moment dans un cahier de moments et que les jours de tristesse, elle se mettra dans un coin et feuillettera son cahier de moments. « Ca sera génial de revivre tous ces moments où j’ai été heureuse ! ». Ben ouais, une enfant de sept ans peut nous rappeler ce genre de choses. Se souvenir des moments de bonheur. Et me voilà moi plongé dans une espèce d’introspection de mes moments de bonheur.

    Quand ai-je eu conscience que j’étais heureux ? Que je vivais un petit bonheur ? Je ne parle pas évidemment des grands bonheurs comme la naissance de mes filles, le jour où j’ai rencontré ma douce, ni même notre mariage. Non. Les petits bonheurs, ceux qui ont l’art de se faire oublier. Mais c’était sans compter sur ma fille…Petits bonheurs. Fugaces. Aussi courts et intenses qu’une bouffée d’air frais. Ils sont à coup sûr dans l’enfance. Cette période de la vie où on est plus enclin aux petits bonheurs. On se réjouit plus fort, on s’émerveille, le regard de l’autre ou la norme sociale n’existe pas encore. On ne se retient pas d’être heureux.

    J’ai neuf ans, c’est l’été, et je passe l’intégralité de mes vacances scolaires dans la ferme de mes grands-parents et de mon oncle. Après le déjeuner, malgré la chaleur écrasante, nous sortons de table avec ce dernier pour rejoindre le troupeau de vaches laitières qui est plus loin en contrebas de la ferme et s’assurer qu’elles ont suffisamment d’eau à boire. Nous marchons côte à côte, et j’ai, peut-être pour la première fois de ma vie, la sensation d’être un homme. Un petit homme certes, mais déjà un homme. On se parle peu. On avance du même pas et déjà on aperçoit les vaches au bout du chemin. Le baquet, qui se trouve sous un immense tilleul, est au trois quarts vide ce qui est normal vu les températures de ces derniers jours. Mon oncle introduit donc le tuyau d’arrosage relié à la tonne, cette réserve d’eau roulante attelée au tracteur, dans le baquet et ouvre le robinet. Sans dire un mot, il s’allonge dans l’herbe, dans l’ombre fraîche du tilleul, bascule son chapeau de paille sur ses yeux et s’endort tranquillement. Je reproduis ses gestes par mimétisme, me place à son côté, bascule ma casquette sur mes yeux et attends. Mais je suis inquiet. Si je m’endors et que l’eau déborde ? Il faut que l’un d’entre nous reste éveillé. Nous sommes deux hommes, deux soldats unis dans l’adversité. C’est son tour de dormir. C’est mon tour de veiller.

    Toutes les deux minutes je me redresse et jette un œil au niveau d’eau dans le baquet. Il monte lentement, très lentement. Je m’allonge  à nouveau dans l’herbe en imitant la posture de cowboy de mon oncle. Il dort profondément, sa respiration est régulière. Sois tranquille partenaire, je veille. Dors du sommeil du juste, je te dois bien ça. Deux minutes plus tard je me redresse à nouveau pour contrôler le niveau, tout va bien. Un coup d’œil au baquet, un coup d’œil à l’oncle et je m’allonge à nouveau. Et ainsi de suite plusieurs fois d’affilée. Combien ? Je ne sais pas, mais plusieurs fois c’est sûr. Tout à coup j’ouvre les yeux en sursaut et je découvre mon oncle en train de ranger tranquillement le tuyau d’arrosage. Zut, je me suis endormi. Le baquet est plein à ras bord. Je sors de ma sieste d’enfant dans la fraîcheur et l’odeur du tilleul.

    J’ai la tête posée dans mes deux mains sous ma nuque, une vache renifle bruyamment le bout de ma chaussure gauche. Mon oncle me sourit.  Notre mission est terminée, il va falloir repartir ...  (polaroid et texte intégral disponibles à www.polaroid41.com/moments/)

    6 min
  • Let Me Stay

    http://polaroid41.com/let-me-stay/


    Tuesday October 1st, 2019 – 10:05am.

    On the seventh day of your life I went back outside for the first time. We’d been living in the little yellow second floor bubble of a hospital room since you roared into the world at 5:29am on February 3rd, 2013.  Now it was time to go home. I remember leaving our apartment around midnight a week before, trying to get the timing right between contractions to make it down the four flights of stairs. Bruno had gone down ahead of me, carrying my bag and assuring the taxi we were coming. I was alone for a minute and looked back and thought: when we come back here, there will be three of us.

    It’s an amazing thing at every birth there is suddenly a whole new person in the room who just moments before wasn’t there at all.

    We stepped out into the February cold and strapped you into a borrowed car seat.  Our taxi driver, a big tough looking guy, seemed as excited as we were. And we were off ! Down the street and the first left…and we were stopped. There was a giant moving truck blocking the road. The taxi driver hopped out and ordered them out of the way with great authority, “I have a new mother and her baby in my taxi. You will move this truck immediately!” I felt so proud and important.

    Pretty soon we were on our way and heading north from the 12th up to the the 19th. It was a Saturday morning and the streets were full of people doing errands, there were Saturday morning markets lining the boulevard. I was marveling at all the colors and movement, so many people, so much noise. My entire world had changed since last Saturday and that tiny little hospital room was big enough to hold it all. It was so surprising to suddenly be confronted with a whole big, busy world outside. I wanted to roll down the window and yell: EVERYTHING IS DIFFERENT NOW! DON’T YOU KNOW?! EVERYTHING HAS CHANGED!!! I couldn’t understand why they were acting the same.

    I kept looking at them all and thinking, “You were babies once. You were all babies once. Your mothers felt like this about you.”

    Then we drove past Père Lachaise cemetery and my heart clenched. You were all babies once, too. Little 1800s babies wearing white christening gowns. You were babies once.

    Being so close to birth and the beginning of life unexpectedly also brought me close to death. I moved up a (///10///) generation. I moved up in the line. I was no longer the last on the list. Suddenly I could not die because someone needed me more than ever before and at the same time, I have to die before him, that has to be the order, anything else is too unbearable. Not the natural order of things. Children bury their parents. It can’t be the other way around.

    Giving birth and witnessing the beginning of life made me more aware of my own mortality.

    As Elliot has gotten older, he’s become aware of death and asks me questions about it sometimes. He’s told me on a few occasions that on the day I die he will try to die too because he doesn’t want to live without me.  He told me that when I die he will hold his breath until he dies, too. These moments always shake me deep at my core. On the surface I try to stay bright, light, reassuring. I make promises that I can’t keep : “I am going to be here for a long, long time! I’m not going to die until I’m a great grandma and you’re a grandpa and we don’t have to worry because we still have so much living to do!”  And inside I am terrified. Terrified of letting him down. Of becoming ill or having an accident, of leaving too soon and leaving an unbearable hole in his heart and in his life. I don’t usually pray but in those moments a silent, fervent prayer fills my heart and head: please let me stay, please let me stay.

    6 min

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