Ça n’arrête pas ! On avait déjà fait une critique un peu similaire mais là j’ai carrément reçu une patiente avec cette “fiche”.
Quelle misère.
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Le problème n’est pas le lithium
Cette vidéo part d’une fiche réellement remise à une patiente après la mise sous lithium.
C’est rempli de bêtises, et de précautions non nécessaires. Une molécule qui nécessite déjà pas mal de surveillance devient vite infernal à prendre si on ajoute des règles inutiles, des formulations vagues, des répétitions et qu’on mélange des conseils importants avec des éléments triviaux?
Une fiche doit répondre à quelques questions : comment prendre le lithium, les bases de la surveillance, quels effets indésirables sont importants, quelles situations doivent faire consulter et quelles interactions médicamenteuses sont à anticiper.
Téralithe 250 mg et LP 400 mg ne se prennent pas de la même façon
Il faut distinguer les deux formulations disponibles en France.
Le Téralithe 250 mg à libération immédiate et le Téralithe LP 400 mg à libération prolongée ne se prennent pas de la même manière, et la prise de sang ne se fait pas au même moment.
Le RCP français du Téralithe 250 mg impose trois prises quotidiennes, avec la dose la plus importante le soir. La concentration minimale est donc mesurée le matin – soit environ douze heures après la dernière prise (Medicaments Database). J’insiste encore : prendre le lithium le matin est une erreur.
Pour le Téralithe LP 400 mg, la prise se fait le soir. Une lithémie réalisée douze heures après la prise correspond donc à une concentration intermédiaire. La concentration minimale est située vingt-quatre heures après la prise, juste avant la suivante. (Medicaments Database)
Il ne faut donc pas donner une règle universelle sur l’heure de la prise de sang : ça dépend de la formulation.
Les effets indésirables doivent être hiérarchisés
L’information est tellement abondante que certains éléments vraiment utiles deviennent difficiles à identifier.
Exemple avec la soif et la polyurie.
Une augmentation importante de la soif ou du volume des urines n’est pas anecdotique sous lithium : c’est un problème qui doit être évalué parois rapidement. La notice officielle demande d’ailleurs explicitement de consulter en cas de soif excessive ou d’urines abondantes (Medicaments Database).
C’est le genre d’information qui doit se voir tout de suite dans les fiches des patients.
Pareil pour les effets rénaux, thyroïdiens, neurologiques ou digestifs. On n’est pas là pour leur faire peur. Décrire la liste de tous les effets secondaires existants ne sert à rien. On a juste besoin que le patient reconnaisse ce qui est fréquent, bénin, ou transitoire, et ce qui doit faire consulter un médecin.
Cette distinction est plus utile que d’empiler des conseils ou des règles que les patients oublieront 5 minutes après les avoir lues.
Les interactions qui comptent vraiment
Quand une personne prend du lithium, elle doit le signaler avant de prendre d’autres médicaments, dont certains pourraient modifier la lithémie ou la fonction rénale.
Avec les “anti-inflammatoires”, c’est carrément crucial.
Je vous redirige vers mon article sur les interactions entre les antalgiques et le lithium : lithium et antalgiques.
C’est un exemple de conseil pratique qui a plus de chance de rester que « ne prenez pas de médicaments non prescrits ».
Et malheureusement, la lithémie ne permet pas de tout anticiper, ni de tout surveiller. Toxicité, symptômes cliniques et lithémie ne sont pas parfaitement corrélés. Et quand ça n’est pas le cas, le prescripteur est vite en difficulté.
Une fiche patient doit aider à prendre le traitement
C’est le plus gros problème.
Quand on écrit une fiche destinée aux patients, il faut se demander ce qu’ils vont en faire. Est-ce qu’ils :
* vont mieux prendre leur médicament après l’avoir lue ?
* sauront quoi faire en cas d’oubli d’une prise ?
* sauront à quelle heure faire la prise de sang ?
* connaîtront les interactions importantes ?
* se souviendront de quels symptômes doivent les amener à consulter ?
Ou est-ce qu’ils ressortiront avec l’impression de devoir prendre le comprimé chaque jour exactement à la même heure, ne plus boire de thé, ne plus boire d’alcool, et surveiller leur poids selon un calendrier arbitraire ?
Plus on ajoute de contraintes, plus il faut être sûr qu’elles servent réellement.
La psychoéducation n’est pas l’accumulation maximale d’informations.
C’est leur sélection.
Ce que je changerais
Je ferais une fiche beaucoup, beaucoup plus courte.
Je distinguerais explicitement les deux formes : Téralithe 250 mg et Téralithe LP 400 mg.
Je mettrais plus en avant les règles sur la lithémie, la déshydratation, la soif, les signes de toxicité et les principales interactions médicamenteuses.
Je supprimerais les répétitions – même si ça peut se discuter.
Et surtout, quand une recommandation est approximative**,** je l’écrirais comme telle, au lieu de transformer une précaution en règle absolue.
Le lithium ne doit pas être présenté comme une molécule tellement compliquée qu’il faudrait organiser sa vie entière autour de sa prise.
Pour en savoir plus
* Un dilemme avec le lithium
* Intoxication au lithium avec des lithémies normales : pourquoi une lithémie ne doit jamais être interprétée indépendamment du contexte clinique.
Les commentaires, critiques et questions sont les bienvenus.
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