Reportage culture

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Reportage culture episodes

  • La photographe Angèle Etoundi Essamba corrige la focale occidentale

    La Camerounaise Angèle Etoundi Essamba, qui vit et travaille depuis quarante ans aux Pays-Bas, est l'une des grandes dames de la photographie artistique africaine. Précurseuse et photographe subtile, Angèle Etoundi Essamba expose ce weekend à la foire d'art contemporain africain Akaa, à Paris. L'une de ses photos, La Jeune fille à la boucle d'ambre, directement inspirée du peintre Vermeer, illustre d'ailleurs l'affiche de la foire. 

    « Mon premier appareil photo, je l'ai eu, c'était en classe de seconde », se souvient Angèle Etoundi Essamba. Les vocations naissent parfois d'un hasard ou d'un cadeau. « Ça a été une expérience totalement magique… », ajoute-t-elle. Mais finalement, cet appareil photo miraculeux n'a fait que révéler l'âme curieuse d'Angèle Etoundi Essamba. Elle raconte : « Enfant déjà, je crois que j'ai toujours été fascinée par les images, par l'humain, par les gens. J'ai toujours aimé regarder les gens, leurs gestuelles, leurs expressions, les émotions. » 

    Cet intérêt pour l'autre se cristallise aux Pays-Bas, où Angèle Essamba arrive à l'âge de vingt ans, après plusieurs années en France. Elle y apprend les techniques photographiques, l'art de saisir un visage et de figer les émotions sur la pellicule. Elle se fixe aussi un but quasi philosophique, rendre à la femme noire sa visibilité. 

    « Dans ce paysage visuel dans lequel je vivais, je ne retrouvais pas d'images de femme noire dans lesquelles je pouvais m'identifier, déplore-t-elle. Je voulais me reconnaître quand ces femmes étaient représentées ou quand les Noirs étaient représentés. En général, c'était des représentations stéréotypées, sexualisées, exotisées, réduites et enfermées à des rôles subalternes. Donc, il y avait une rage en moi. Et c'est devenu comme un besoin vraiment viscéral. »

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    « On a des attentes projetées sur les artistes noirs »

    Bien avant les combats afroféministes actuels, Angèle met en scène des visages noirs dans l'imaginaire occidental. Plus récemment, elle revisite le Siècle d'or hollandais, celui de Rembrandt. Son portrait de La Jeune fille à la perle d'ambre fait écho au célèbre portrait de La Jeune Fille à la perle signé Johannes Vermeer. « Je reprends le regard, ce regard vraiment, qui est unique, qui nous captive comme ça… qui est pénétrant mais impénétrable en même temps », précise-t-elle.

    Au final, Angèle Etoundi Essamba revendique l'universalité de ses inspirations : « On a des attentes projetées sur les artistes noirs, à savoir qu'ils devraient se limiter à leur héritage local, culturel. Tant qu'on fait des masques, waouh, c'est super, ça ne questionne personne, ça n'ennuie personne, mais quand on fait ça (autre chose NDLR), on nous demande pourquoi on fait ça alors que c'est tout à fait normal. Pourquoi Picasso s'est inspiré des arts océaniens et des arts africains ? »

    Une rétrospective de ses quarante ans de carrière est prévue en mars prochain aux Pays-Bas. 

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    3 min
  • À la galerie Nadine Fattouh, l'oiseau et la liberté réunissent les artistes avec grâce

    C'est autour du thème de l'oiseau que la galerie Nadine Fattouh réunit quatorze artistes contemporains, principalement syriens mais aussi libanais, algériens et japonais. L'oiseau, symbole de liberté, affranchi de la gravité, a fasciné au fil des siècles les artistes et poètes, de Baudelaire, avec son célèbre Albatros, à Constantin Brâncusi, et ses sculptures monumentales où il dit sculpter le vol et non l'oiseau. Témoins du vent, c'est le titre très poétique de l'exposition où chaque artiste s'empare différemment de cette symbolique.

    À écouter dans Sur le pont des arts«L'espèce absolue, c'est les oiseaux»: Amélie Nothomb revient avec «L’Adolescence du perroquet»

    3 min
  • Exposition: Kerry James Marshall replace la peinture noire au centre de l'histoire de l'art

    Remettre les personnes noires, les Afro-Américains, les Africains, au cœur de la peinture et de l'histoire de l'art occidental : c'est la mission exploratrice que s'est donnée Kerry James Marshall, figure majeure de la peinture contemporaine. Célèbre aux États-Unis depuis plus de 40 ans, l'artiste afro-américain est invité pour la première fois en France, au Musée d'Art moderne de Paris, pour une rétrospective majeure de son travail.

    Dans ce grand monochrome noir, deux petits yeux blancs rieurs sur une rangée de dents, sourire éclatant. Ce visage que l'on devine reprend les traits d'une caricature raciste. Avec ce tableau de 1986, Kerry James Marshall pose les bases de son œuvre.

    « Si tu regardes les tableaux de Rembrandt, Léonard de Vinci, etc., tous les personnages sont blancs. C'est normal, ces maîtres sont qui ils sont. Et leurs œuvres sont magnifiques. Mais quand tu veux réaliser tes propres représentations, tu te retrouves confronté au fait que les gens qui te ressemblent ne sont pas représentés dans le panthéon de la grande peinture, sauf de manière périphérique. Donc moi, en tant qu'artiste afro-américain, je veux voir des images de personnes noires au centre des tableaux, et pas de manière occasionnelle. Je veux les voir tout le temps », explique Kerry James Marshall.

    « Ces figures sont factuellement noires »

    Pour replacer les figures noires, invisibilisées, dans l'histoire de l'art, il interroge la « noiritude » : ces personnages hyperréalistes ne sont pas marron, ni bruns, mais noirs, noire d'ivoire, comme le charbon. « Il y a le fait d'être noir en tant qu'idée, et le fait d'être noir en tant qu'identité. Ici, nous sommes dans la noiritude en tant qu'idée. Ces figures sont factuellement noires. C'est de la peinture noire. C'est pour ça qu'ils sont aussi noirs, pour libérer les gens de la notion qu'être noir, c'est une limite. Tu peux être ce que tu veux, tu ne dois pas forcément te mouler aux stéréotypes », analyse l'artiste.

    Dialoguer avec les maîtres

    Dans des décors très colorés, il dépeint le quotidien des Afro-Américains : chez le barbier, au café, en famille... Ici, un pique-nique au bord d'un lac à la manière de Seurat. Là, des amoureux qui s'embrassent dans des paysages bucoliques dignes du rococo.

    « Il a une culture phénoménale. Dans sa jeunesse, il a étudié tous ces maîtres, tous ces peintres pour créer des tableaux majestueux, puissants et soigneusement composés en dialoguant avec l'histoire de l'art parce qu'il a une connaissance profonde et très importante de cette histoire », raconte Kelly Christina Grant, conseillère scientifique de l'exposition.

    Selon elle, les tableaux, pleins de symboles et de détails, ont plusieurs niveaux de lecture : « En haut du tableau, on va avoir une pochette d'un album de Lauryn Hill. On va avoir cette figure anamorphique, au centre de la composition, qui représente la Belle au bois dormant de Disney, où il interroge les canons occidentaux, les canons blancs, et on voit que seuls les enfants semblent intrigués par cette figure. Mais les figures adultes, elles, ne se préoccupent plus de ces canons, de ces standards. »

    Un peintre d'histoire

    Kerry James Marshall se pense comme un peintre d'histoire. Dans cinq tableaux inédits, il s'attaque à un sujet rarement représenté : le rôle joué par certains Africains dans la traite transatlantique. « On a le chef guerrier en arrière-plan, en rouge, qui regarde cette scène car il aborde une histoire difficile, des faits historiques. Il reprend le procédé de composition des Sabines de David », détaille la conseillère scientifique. 

    À l'ère des batailles mémorielles et du révisionnisme historique, la peinture, comme outil de réparation, est l'une des ambitions de ces tableaux monumentaux, où les personnages presque grandeur nature nous regardent souvent droit dans les yeux.

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    3 min
  • Théâtre: Pauline Bayle adapte la monumentale épopée indienne «Mahabharata» au féminin

    C'est l'un des plus anciens récits de l'humanité : une histoire de famille, de pouvoir et de violence. Le Mahabharata, monumentale épopée indienne de 250 000 vers, répartis en 19 livres, issue d'une tradition orale et fixée par écrit, en sanskrit, au 5ᵉ siècle avant J.-C., raconte une guerre fratricide entre deux clans de la famille royale des Bharata qui se disputent le trône. Un texte fleuve auquel s'attaque aujourd'hui la metteuse en scène française Pauline Bayle, au Théâtre public de Montreuil. Mahabharata, une histoire de la violence, est à voir jusqu'au 24 octobre au Théâtre public de Montreuil.

    À l’origine du monde, il y a Vyasa, le poète narrateur, grand-père des princes. En tamoul et en français, le texte du Mahabharata sonne dans toute sa puissance, dans un décor à l’épure. Au fond, une lune surplombe la scène, témoin des massacres à venir. Au sol, un grand cercle de sable où se défient deux lignées de cousins, les Kaurava et les Pandava.

    Joute verbale, défi aux dés, les jeunes guerriers, nourris d’orgueil et de ressentiment, vont finir par s’entretuer. La prouesse de la metteuse en scène Pauline Bayle est d’avoir réussi à resserrer et vulgariser le Mahabharata sans le trahir. « Il y a une espèce de cycle éternel où les bourreaux deviennent des victimes et les victimes deviennent des bourreaux. Comme ça, jusqu’à la nuit des temps, souligne la metteuse en scène. On peut tout à fait comprendre que quelqu’un recoure à la force parce qu’il a subi quelque chose de très violent. Mais ce que le Mahabharata montre, c’est qu’en fait, même si on peut comprendre cela avec son empathie, en revanche, la violence ne résoudra rien ». Sont mis en exergue les épisodes de viol qui engendrent la vengeance ou comment la haine se transmet de génération en génération.

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    « Le dilemme que représente l’usage de la violence est un impensé de nos imaginaires »

    Musique électro, costumes, shorts, baskets : le regard se concentre sur le jeu des huit actrices. Une distribution exclusivement féminine pour incarner cette histoire pleine de testostérone. « Le Mahabharata est rempli d’hommes qui tentent d’être à la hauteur de ce qu’on attend d’eux, et c’est très difficile. Et ils échouent, en fait », explique Pauline Bayle. 

    « L’Histoire, la mémoire collective, ont laissé de côté toutes les femmes qui ont fait le choix de la violence, pour des raisons politiques ou par conviction personnelle, poursuit la metteuse en scène. Et je trouve que c’est absurde que le dilemme que représente l’usage de la violence soit un impensé de nos imaginaires de cette façon. »

    L’univers du jeu vidéo est convoqué : la danse urbaine, le krump, est utilisée pour faire ressentir les combats. Le mythe est mis au goût de notre époque, caméra à la main. « Avoir une caméra, c’est une arme. Et donc, les points de vue de la caméra dans le spectacle sont tout le temps subjectifs, pointe Pauline Bayle. Ce ne sont que les vainqueurs, entre guillemets, enfin, le camp des plus forts qui raconte l’histoire et qui pose sa caméra sur la réalité. »

    La réécriture dépouillée de Pauline Bayle propulse le Mahabharata au XXIᵉ siècle avec sa leçon ancestrale d’une révoltante actualité : une guerre nourrit toujours la prochaine, et notre incapacité à renoncer à la violence mène invariablement à l’autodestruction.

    À écouter dans Sur le pont des artsPauline Bayle nous plonge dans «Les Vagues» de Virginia Woolf

    3 min
  • La radio et le théâtre comme armes de résistance: Tatiana Frolova et Soro Solo réunis par la rébellion

    Un ou une journaliste et un ou une artiste réunis sur scène pour raconter l'actualité : voilà le concept du Grand ReporTERRE imaginé en 2020 au Théâtre du Point du jour à Lyon par ses co-directeurs, Angélique Clairand et Éric Massé. Au fil des années, il a été question d'écologie, de féminisme, de colonisation, des rapports de domination... La 12e édition de ReporTERRE vient d'être créée au Festival des Zébrures à Limoges et sera jouée à partir du 12 octobre au Théâtre du Point du Jour à Lyon. Et c'est sous le titre, « Rebelles en exil », que se sont retrouvés la metteuse-en-scène russe Tatiana Frolova et notre confrère à RRFI, le journaliste ivoirien Soro Solo.

    3 min
  • Le musée de Georges Lucas,, le père de Star Wars, a ouvert à Los Angeles

    Le Lucas Museum of Narrative Art a ouvert ses portes à Los Angeles, pas loin d'Hollywood, le 22 septembre 2026. Cet immense  bâtiment blanc signé de l'architecte chinois Ma Yansong s'étend sur 28 000 mètres carrés. Certains le prennent pour un ovni, lui y voit un nuage avec des gens dedans. 

    Georges Lucas, le père de Star Wars, a financé seul ce projet à un milliard de dollars, imaginé il y a 20 ans. Son ambition : raconter l'histoire de la narration visuelle, des peintures rupestres a Banksy ou JR. Sur cinq étages, accessibles par des ascenseurs ultrarapides en forme de capsules, les costumes et les décors de sa saga culte côtoient ainsi toiles de maître ( Picasso, Frida Khalo)  et art populaire (affiches, bandes dessinées).  

    Sa collection colossale  compte plus de 40 000 pièces  dont 1 300 seulement sont exposées. Sans aucune hiérarchie scénographique  entre les œuvres, le musée casse les codes stylistiques. Ce choix, la directrice Tracy Bates l'assume pleinement. Pour Georges Lucas, démocrate convaincu, c'est un « temple de l'art du peuple » ouvert au partage  pour résister à une certaine « trumpisation » de la culture. À 82 ans, le Jedi Lucas tient toujours son sabre bien haut. Que la force soit avec lui.

    À écouter aussiTous les cinémas du monde: Star Wars, histoires d'un tournage

    3 min
  • À Londres, la BRIT School, une pépinière de stars publique et gratuite

    Les chanteuses Amy Winehouse, Adele, ou Raye et l'acteur Tom Holland ont tous un point commun : chacun est passé par les couloirs de la BRIT School ! Cette école londonienne, installée dans un quartier populaire de la capitale britannique, enseigne les arts depuis plus de 30 ans à des jeunes âgés de 14 à 19 ans. Avec le temps, l'établissement est devenu une véritable pépinière de stars. Reportage dans cette école unique en son genre.

    Des potins partagés joyeusement entre deux leçons, trop de monde à la cantine, et des couloirs bondés de jeunes allant d'un cours à l'autre : au premier regard, la BRIT School ressemble à toutes les autres écoles du monde. Mais cette ressemblance s'évanouit dès le seuil des salles de classe. 

    Claquettes, théâtre et chant au programme 

    Ici, il suffit d'ouvrir une porte pour tomber sur un groupe d'élèves en justaucorps, pratiquant leurs claquettes, ou sur plusieurs étudiants penchés sur les croquis de ce qui deviendra des costumes de scène. Dans leurs vêtements de tous les jours – fait rare au Royaume-Uni, la BRIT School n'impose pas d'uniforme –, les élèves bénéficient d'une grande liberté. Certains ont un casque sur les oreilles, d'autres travaillent sur leur ordinateur. La sonnerie, les heures de colle ou les carnets de correspondance sont des concepts tout à fait étrangers à cet établissement. 

    « Nous voulons responsabiliser les élèves autant que possible, raconte Stuart Worden, qui nous accueille pieds nus dans son bureau encombré de souvenirs d'illustres étudiants. L'idée, c'est de les mettre en situation professionnelle. Lorsqu'on est adulte, on n'a pas de sonnerie pour nous rappeler d'aller à tel ou tel rendez-vous. On fait ce qu'on a à faire au moment où on doit le faire. Il n'y a pas de raison que ce soit différent pour les élèves ! » 

    De fait, ici, la plupart des 1 500 élèves ne semblent pas avoir besoin de contrainte pour travailler : « Ils sont très investis, sourit Kat Zawadzki, qui enseigne les arts numériques à la BRIT School depuis 6 ans. Ce sont des gens qui ont compris très tôt qu'ils étaient passionnés par quelque chose, et qui sont prêts à y mettre du leur pour progresser. » Sapphire, 18 ans, qui étudie le théâtre depuis 2 ans, ne dit pas autre chose : « C'est vrai que l'école est exigeante. Mais ça vaut le coup, ça vaut tellement le coup ! Comment peux-tu t'attendre à réussir dans cette industrie si tu n'es pas prêt à donner le meilleur de toi-même ? » 

    Des liens puissants avec l'industrie artistique 

    Difficile, justement, de ne pas penser à « l'industrie » lorsqu'on déambule dans les couloirs de la BRIT School. De grandes statuettes à taille réelle des Brit Awards décorent l'établissement. « C'est parce que nous avons un partenariat avec ces récompenses, sourit la directrice de la communication Rhea Badwal. Ils font partie de nos mécènes. » De généreux donateurs qui ont permis d'équiper l'école de matériel et de salles dernier cri, dans plusieurs domaines : théâtre, cinéma, chant, danse, design graphique… La BRIT School dispose ainsi de deux théâtres, de logiciels de pointe, de plusieurs salles de musique… 

    À quoi il faut ajouter les opportunités professionnelles qu'offre l'école. Kat Zawadzki se rappelle ainsi de ce jeune homme embauché « dès sa sortie d'école », après avoir été « ​​​​​sélectionné plusieurs fois aux Bafta du meilleur jeu vidéo ». Tandis que Sapphire se souvient avec joie d'avoir été lauréate d'un concours d'écriture de scénario extérieur à l'école.

    L'inclusion comme valeur cardinale 

    La BRIT School a surtout pour particularité d'être inclusive en toute chose. «​​​​​​​ ​​​​​​​Ici, ils prennent vraiment en compte notre bien-être, sourit Sapphire. L'administration discute régulièrement avec nous pour savoir si on se sent bien, si telle ou telle organisation nous convient. » Kat Zawadzki renchérit : «​​​​​​​ La gentillesse et l'inclusivité font partie des valeurs de notre école. » 

    Cette bonne volonté se voit surtout en acte : «​​​​​​​ N'importe quel élève peut postuler ici, indépendamment de ses résultats scolaires, martèle le principal Stuart Worden. Nous n'avons d'ailleurs même pas le droit de regarder leur dossier académique. » Avec toutefois une nuance : l'immense majorité des élèves vient de Londres et de sa région, l'école ayant un quota de 10% d'étudiants seulement recrutés ailleurs au Royaume-Uni.

    C'est aussi pour des raisons d'ouverture que l'école est publique et gratuite, malgré les ressources impressionnantes dont dispose l'école. Le coût de la scolarité est donc pris en charge à 80 % par l'État, les 20 % restants étant financés par ceux que le directeur appelle des «​​​​​​​ ​​​​​​​amis » : des organisations de l'industrie musicale ou des marques mécènes. «​​​​​​​ Personne ne paie pour étudier ici, pointe Stuart Worden. Cela signifie que n'importe qui peut devenir acteur, réalisateur, peintre ou danseur. Et cela, c'est quelque chose de très puissant. »

    À lire aussiAux Beaux-Arts de Paris, des étudiants exilés se reconstruisent en renouant avec l’art

    3 min
  • Amina Agueznay, la mémoire de la laine à la Biennale de Venise

    De toutes les matières, c'est la laine qu'elle préfère. Lauréate du prestigieux Norval Prize en 2024, Amina Agueznay représente le Maroc dans le premier pavillon de son pays à la 61é édition de la Biennale de Venise. Avec la commissaire Meriem Berrada, l'artiste casablancaise y prolonge sa réflexion sur la mémoire les savoir-faire ancestraux du royaume. 

    Traverser les plus de cent pavillons nationaux de la Biennale de Venise, dans la cohue des visiteurs et le ballet des vaporetti, tient de l'épreuve d'endurance. Au cœur de la lagune, le Maroc offre une halte poètique  confieé à Amina Agueznay après un appel à projets national lancé en 2025.

    Architecte de formation, l'artiste d'une soixantaine d'années y déploie Asǝṭṭa, une installation monumentale et immersive. Fils, cordes, bandes tissées de laine blanche et ocre s'entrecroisent, montent, retombent, composant un ballet textile suspendu. Le visiteur s'y glisse et circule librement au milieu de cette constellation de laine.

    Faire dialoguer l'art et l'artisanat

    L'ouvrage évoque l'hospitalité et surtout d'héritage car sous sa simplicité apparente, il introduit dans l'enceinte de la Biennale  la maitrise textile  transmise de génération en génération chez elle.  Avec une centaine de tisseurs de son pays, Amina Agueznay  poursuit sa réflexion sur la mémoire patrimoniale. Cette attention aux gestes d'hier,  structure aujourd'hui toute sa démarche , saluée en 2024 par le Norval Prize, qui distingue les artistes contemporains d'Afrique et de sa diaspora.

    Pensée par Koyo Kouoh, première femme africaine à la direction de la Biennale de Venise, disparue il y a un an, cette 61ᵉ édition devenue un testament s'intitule « En tonalité mineure », où les ténors de l'art contemporain cèdent la place à des voix plus discrètes, dont celle d'Amina Agueznay. Elle fait dialoguer deux univers qu'on oppose à tort, l'art et l'artisanat. Mais avec cette tisseuse de rêves, la frontière se dissout en grandeur nature entre les fils. 

    La Biennale de Venise se tient jusqu’au 22 novembre 2026.

    À lire aussiNabil Nahas, l'artiste Libanais est en vedette à la Biennale de Venise

    3 min
  • «Sunville», une création afrofuturiste entre exil, mémoire et réconciliation

    Sur une île peuplée de survivants, entre fin du monde et terre promise, Sunville imagine la société de demain. Ce théâtre musical porté par les textes du poète congolais Fiston Mwanza Mujila, la mise en scène de Stephanie Thiersch et la musique de Sofia Jernberg, née en Éthiopie, mêle rumba congolaise, jazz, électronique et musique contemporaine. Une création mondiale foisonnante qui inaugure « Unlimited », la nouvelle section de la Deutsche Oper Berlin dédiée aux formes artistiques sans frontières.

    Une mer de boules noires en plastique, des costumes éclatants et une galerie de personnages échoués sur une île imaginaire. C'est dans ce décor singulier que s'ouvre Sunville, une utopie née de la rencontre entre l'écrivain congolais Fiston Mwanza Mujila et la chorégraphe et metteuse en scène allemande Stephanie Thiersch.

    « Il y a des gens qui arrivent de partout, qui ont fui des maladies, des guerres ou des dictatures et qui essaient sur cette île de construire la société de demain », explique Fiston Mwanza Mujila. Mais cette société idéale reste insaisissable. « On ne sait pas si elle est meilleure ou mauvaise », souligne Stephanie Thiersch. Entre mythologies, récits contradictoires et sauts dans le temps, la metteuse en scène compose un univers mouvant où la mer de boules peut tour à tour évoquer le danger, le chaos ou un terrain de jeu propice aux rencontres.

    Les blessures du passé au cœur du récit

    Présentée dans la Tischlerei, l'ancienne menuiserie transformée en laboratoire de création de la Deutsche Oper Berlin, l'œuvre fait dialoguer passé et futur. Le contre-ténor belgo-congolais Serge Kakudji y interprète un ancien champion de boxe de l'époque coloniale. « À l'époque coloniale, en Afrique du Sud, beaucoup de Noirs étaient cantonnés à la boxe », rappelle le chanteur.

    Son personnage porte les stigmates de cette histoire, mais aussi l'espoir d'une réparation symbolique. Sur scène, les objets abandonnés ou dévalorisés retrouvent une dignité nouvelle. « Il y a un message de réconciliation, mais aussi un clin d'œil à la restitution des objets d'art emportés par les puissances coloniales, explique Serge Kakudji. Même des objets du quotidien que l'on rejette habituellement retrouvent ici une valeur. Un pneu crevé peut devenir un objet précieux une fois peint en doré. »

    Une mosaïque musicale sans frontières

    À l'image de son récit éclaté, Sunville refuse les catégories. La compositrice suédoise d'origine éthiopienne Sofia Jernberg compose une partition foisonnante où se croisent rumba congolaise, chants sud-africains, musique classique et guitare électrique.

    « La guitare électrique renvoie à un personnage qui aime détruire et brûler les choses, d'où cette esthétique trash, explique la compositrice. Il nous fallait quelque chose de brut, de contemporain. J'ai même créé certains sons diffusés par les haut-parleurs avec l'intelligence artificielle, ce que je trouvais amusant pour un projet futuriste. »

    Cette diversité musicale reflète l'identité même de Sunville, œuvre polyglotte interprétée en français, allemand, anglais, lingala, swahili, hébreu et suédois.

    Rire contre la nuit

    Malgré les thèmes graves qu'elle aborde, la création ne cède jamais au pessimisme. Au contraire, elle fait du rire une forme de résistance. « Sur scène, nous rions contre le colonialisme, contre la xénophobie, affirme Fiston Mwanza Mujila. Le rire peut être un remède contre la nuit, contre la solitude. Ce rire est une magie. »

    Dans un monde secoué par les crises et les replis identitaires, Sunville choisit ainsi la poésie, le métissage et l'humour pour esquisser d'autres futurs possibles.

    À lire aussiFiston Mwanza Mujila, un enfant des mines et du crayon

    4 min
  • «Une Vénus de 5 743 ans», au Festival des Zébrures à Limoges

    À Limoges, le Festival des Zébrures se poursuit et met en avant la scène francophone dans toute sa richesse. Olivia Csiky Trnka, autrice et metteuse en scène suisso-slovaque, a voulu rendre hommage à la femme et à la vieillesse. Son solo est interprété avec brio par Laurence Mayor, une actrice confirmée dans une performance ovationnée par le public. Une Vénus de 5 743 ans est rejouée ce samedi 25 septembre au Théâtre de l'Union à Limoges.

    À lire aussiAu Festival des Zébrures de Limoges, Ulrich N'Toyo interroge les traces laissées par l'esclavage

    5 min

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