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Des nuits de Montmartre aux lumières du Moulin Rouge, des cafés-concerts aux maisons closes, Henri de Toulouse-Lautrec a été le grand chroniqueur du Paris de la Belle Époque, au tournant du 20ᵉ siècle. Plus de 100 ans après sa mort, le Caumont-Centre d'art d'Aix-en-Provence, dans le sud de la France, propose un regard inédit sur son univers. À travers une centaine d'œuvres et une scénographie immersive aux airs de cabaret, l'exposition révèle comment ce peintre et affichiste visionnaire a su transformer les figures de la nuit en icônes intemporelles.
Henri de Toulouse-Lautrec a saisi comme nul autre l'effervescence de la vie nocturne parisienne à l'heure de la Belle Époque et de ses quelque 600 cabarets. Armé d'un crayon, cet aristocrate de petite taille aux jambes fragiles passe ses nuits à observer le monde du spectacle. À travers un geste, une silhouette, un accessoire, il parvient à révéler l'identité de ses modèles, comme l'explique Sophie Guérinet, responsable de la médiation culturelle de l'exposition : « Par exemple pour La Goulue, c'est le chignon. Pour Yvette Guilbert, ça va être les gants noirs. Jane Avril, elle, a un joli déhanchement et un chapeau incroyable. Donc il va styliser pour aller directement à l'essentiel ».
À une époque où les affiches publicitaires envahissent les rues, Toulouse-Lautrec comprend la force d'une image simple. Quelques traits lui suffisent pour immortaliser Aristide Bruant, le chansonnier au chapeau noir et à l'écharpe rouge.
« Même dans les couleurs, c'est assez épuré. Pour la grande affiche majeure du Moulin Rouge réalisée en 1891, il utilise uniquement trois couleurs : le rouge, le jaune et le noir. Et contrairement à d'autres affichistes qui vont représenter des Parisiennes plutôt idéalisées, lui va tout de suite mettre en avant des personnages que l'on retrouvait au sein de ces différents cabarets », poursuit Sophie Guérinet.
Toulouse-Lautrec, dans l'intimité de ses modèlesMais au-delà des vedettes du Moulin Rouge, ce sont les êtres humains qui fascinent Toulouse-Lautrec, comme l'analyse la responsable de la médiation culturelle de l'exposition : « Ce qu'il aime avant tout, c'est vraiment représenter les portraits, la figure. Il va même s'installer au sein de ces maisons closes ; il y aura sa chambre. Il va rentrer un peu dans l'intimité de ces jeunes femmes et il va les représenter sans jugement avec beaucoup de bienveillance. Donc, on les voit en train de faire leur toilette, de se coiffer les cheveux, en train de faire leurs ongles ».
Ce regard profondément humain se pose aussi sur de parfaites inconnues croisées loin des lumières et de l'exubérance des cabarets, à l'exemple de Carmen Gaudin, « une jeune fille qu'il va rencontrer dans la rue, qui est une blanchisseuse, une jeune ouvrière. Elle sera son modèle pendant de nombreuses années. Il fera à la fois des peintures à l'huile, de grands tableaux et des peintures sur carton », selon Sophie Guinet.
Parmi les 5 000 œuvres réalisées au cours de sa courte vie - 36 ans - seules 31 sont des affiches. Il n'en fallait pas davantage à Toulouse-Lautrec pour capturer l'esprit de toute une époque et rendre ses personnages immortels.
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Si vous étiez au festival d'Aix-en-Provence cette semaine, vous avez sûrement entendu jouer l'Orchestre des Jeunes de la Méditerranée qui rassemble de jeunes artistes de tout le bassin méditerranéen. Un des morceaux joués était une composition originale d'un groupe de cinq musiciens.
C'est au milieu de la palmeraie, face aux pyramides de Dahchour, que les musiciens-compositeurs du quintet se sont rassemblés cette année pour trouver l'inspiration. Leur mentor, le saxophoniste et compositeur Fabrizio Cassol, nous explique le concept : « Le principe est celui de l'oralité, c'est-à-dire de composer à la base sans partitions et de se retrouver avec un orchestre symphonique où la tradition de l'orchestre symphonique, c'est pas du tout ça. C'est justement de travailler avec un chef d'orchestre, des partitions. On est dans une relation de lecture par rapport à la musique. »
Deux chanteurs, une pianiste, un tromboniste, un oudiste : aucun ne se connaissait avant et tous viennent d'horizons différents, de Tunisie, de Grèce, de France et d'Égypte. Un véritable défi, comme le raconte la chanteuse égyptienne Amina el Abd : « J'ai fait beaucoup de compositions dans le cadre de mes études, mais j'étais le plus souvent seule, jamais en groupe, donc ce projet est spécial. C'était un véritable casse-tête. J'ai beaucoup apprécié l'expérience, mais c'était un défi. »
Un melting-pot qui a engendré de longues discussions et débats. Un partage d'expériences que le tromboniste français Jules Regard, 20 ans à peine, trouve particulièrement fructueux : « Forcément, on n'a pas les mêmes manières d'aborder la musique, parce que certains d'entre nous ont un "background" théorique de conservatoire. Certains moins, qui ont moins la théorie mais qui sont plus dans l'intuition, l'instinct. L'intuition est aussi bonne que la théorie. Les deux mélangés donnent quelque chose de nouveau et de sincère. »
La première version de l'œuvre créée à l'issue de cette semaine de résidence artistique avait ensuite vocation, de retour en France, à être adaptée pour un orchestre symphonique, toujours selon le principe de l'oralité.
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Le Festival d'Avignon se termine ce samedi 25 juillet, et aura mis en avant la langue coréenne à travers le théâtre. Dans cette veine, la ville d'Avignon accueille au Palais des Papes le grand artiste contemporain coréen Lee Ufan qui vient de fêter ses 90 ans. Mais qu'à cela ne tienne, il fait visiter avec entrain son exposition.
Au cœur de l’exposition, une œuvre monumentale, Primitive Room, prend place dans la chapelle du Palais des Papes. Elle a nécessité plus de 60 tonnes d'ardoise que l'artiste a déployées sur 650 m². Une œuvre brute et pleine d'énergie conçue en lien avec le lieu qui la reçoit. Lee Ufan : « Cette installation a déjà été réalisée dans d’autres lieux de culte et des musées. Ici, c’est un lieu religieux, très ancien, où des quantités de personnes sont passées. À travers cette œuvre, je souhaite apaiser leur âme et leur rendre hommage également. Par ailleurs, cette pièce est une salle tout en pierre. Je voulais accentuer ce fait en y mettant une œuvre en pierre également. Je voulais créer un espace qui rappelle l’origine de l’humanité tout en mettant l’accent sur la force de la nature. »
Une invitation à ralentir et contemplerLe titre de l'exposition Relatum signifie union, mise en relation. Alain Lombard, président du musée consacré à Lee Ufan à Arles : « Ce n’est pas seulement un artiste plasticien, c’est aussi un philosophe, un poète. On sent, dans chacune de ses paroles, une profonde réflexion sur la vie en général, le rapport avec le cosmos. Ce qui fait qu’on apprend avec lui beaucoup à prendre le temps de regarder les œuvres, à prendre le temps de penser à beaucoup de choses, que la vie souvent, à un rythme effréné que nous menons, ne nous conduit pas à prendre en compte. »
En plus de cette œuvre majeure, Lee Ufan a conçu d'autres installations toutes en lien avec la nature ainsi que le travail de l'homme. La pierre et des éléments industriels peuvent ainsi entrer en relation. Des peintures terminent l'exposition. Les sculptures et les peintures ayant en commun des motifs épurés géométriques en dialogue avec l'histoire du Palais des Papes : « Ici, au Palais des Papes, beaucoup de touristes viennent visiter ce lieu historique. Je souhaite qu’en sortant de mon exposition, ils ressentent le passage du temps, le passé, mais aussi l’avenir. Si, en sortant d’ici, ils arrivent à regarder vers le futur, j’en serai heureux. »
Une exposition qui invite à la méditation. Un temps suspendu dans un monde chaotique.
Au festival d'Aix-en-Provence, impossible d'échapper à l'un des opéras les plus célèbres du répertoire : La Flûte enchantée de Mozart. Pour cette nouvelle lecture sous les étoiles du théâtre de l’Archevêché, le festival a réuni le chef argentin Leonardo García Alarcón et le réalisateur et vidéaste français Clément Cogitore, qui signe sa première mise en scène pour le festival d'art lyrique. Ensemble, ils transforment ce conte initiatique en un voyage de l'enfance à l'âge adulte, entre mémoire des guerres, promesses de progrès et quête d'humanité.
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À Montréal, le festival international Nuits d'Afrique fête sa 40e édition avec des concerts prévus jusqu'au dimanche 19 juillet au soir. Si ce rendez-vous culturel accueille aujourd'hui un public de plus de 250 000 personnes, il a débuté dans la pénombre d'un petit bar, grâce à la volonté d'un ancien danseur et chorégraphe guinéen nommé Lamine Touré. En 1985, il fonde le désormais mythique Club Balattou, pour « bal à tous, à tout le monde », berceau des musiques du monde à Montréal.
De notre envoyée spéciale à Montréal,
On le surnomme « le baobab de Montréal ». Après une enfance entre Boké en Guinée et Bouaké en Côte d'Ivoire, Lamine Touré passe une décennie en Europe, puis s'installe dans la plus grande ville du Québec. À son arrivée en 1974, il constate que les Africains ne sont qu'une cinquantaine ici, et qu'ils ne font pas communauté. « Quand je suis arrivé à Montréal, j'ai trouvé que chacun faisait sa culture, mais chacun dans son coin. Alors moi, j'ai dit : "Mais non, ça c'est pas normal." C'est mieux qu'on trouve une façon de rassembler tout le monde, pour que par exemple nous, les immigrants, on puisse profiter. Mais les Québécois de souche aussi vont profiter. Parce qu'à travers la culture, on peut se connaître », explique-t-il.
Le premier lieu du genre au CanadaNi une ni deux, Lamine Touré fonde le Club Balattou, boulevard Saint-Laurent. Le lieu rassemble les cultures africaines, antillaises et latino-américaines et devient rapidement une institution. La première discothèque africaine du Canada est tout en longueur, avec une scène très proche du public, des canapés en cuir, des miroirs aux murs et au plafond. La chanteuse sud-africaine Lorraine Klaasen évoque avec émotion ce lieu mythique : « Des fois, je passe là-bas au Balattou, je vois les petites photos là où j'étais jeune avec beaucoup d'autres artistes, je me dis "Oh mon Dieu". Cela existe toujours comme un lieu où tu vas aller vraiment écouter les musiques africaines, si tu veux danser. Et il y a le miroir. Donc quand j'y chante, je me regarde moi-même dans le miroir (rires), il y a mon reflet, je me dis "Oh Lorraine, you are cute'' (''Oh Lorraine, tu es mignonne"). Alors, si tu veux vraiment aller dans une place où tu veux écouter la musique africaine, va au Balattou. »
Un refuge où rencontrer sa communautéPapa Wemba, Youssou N'Dour, Boubacar Diabaté, Oumou Sangaré… Tous les désormais grands noms de la sono mondiale sont passés par le Balattou. Au-delà de la musique, le lieu devient un repaire, un refuge où se sentir chez soi, peu importe d'où l'on vient. « L'accueil qu'il y a au Balattou, tu ne trouves ça nulle part ailleurs. Parce que moi, je fais l'accueil à l'africaine. Supposons si je viens chez toi, dans ta maison, dès que je rentre, qu'est-ce que tu fais ? Tu me serres la main, non ? C'est ce que je fais au Balattou jusqu'à maintenant. Depuis que j'ai ouvert, je suis toujours là. »
Du Club Balattou au festival Nuits d'AfriqueLamine Touré voulait faire du Balattou un lieu familial, mais il se heurte à une limite légale : l'interdiction du club aux moins de 21 ans à cause de la vente d'alcool. « Il faut faire quelque chose. Parce que si ça reste comme cela, il n'y a pas de relève. C'est à ce moment-là que j'ai pensé à faire Nuits d'Afrique en plein air. C'est pour la famille », se souvient-il.
Deux ans plus tard, Lamine Touré sort les cultures afrodescendantes du Balattou et les déploie dans les rues de la ville pour toucher les plus jeunes. Quarante ans plus tard, le festival Nuits d'Afrique prend place dans le quartier des spectacles, en plein cœur de Montréal. Et Lamine Touré, l'homme qui a installé l'Afrique à Montréal, rêve désormais de créer des festivals similaires en Guinée, en Côte d'Ivoire, au Mali ou au Sénégal.
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Depuis vendredi soir 10 juillet, la ville de La Rochelle, dans le sud-ouest de la France, accueille la 42ᵉ édition des Francofolies, ce festival dédié aux musiques françaises et francophones. Jusqu’à mardi soir, les têtes d’affiche se succèdent sur scène : Orelsan, Gims, ou Aya Nakamura pour ne citer qu’eux. Mais depuis leur création, les Francofolies ont aussi toujours mis en valeur l’émergence, notamment grâce à un dispositif dédié.
Lorsqu’on vient à La Rochelle, impossible de louper ce bâtiment : une grande bâtisse en bois sur le vieux port estampillée « Le Chantier des Francofolies » et qui abrite le programme du même nom.
« Très simplement, le Chantier des Francofolies, c'est ce que l'on appelle un dispositif d'accompagnement », explique Marc Mottin. Il est le coordinateur artistique et pédagogique du Chantier des Francofolies. « On est tourné vers l'émergence, donc c'est vrai que ce sont plutôt des jeunes artistes qui sont encore à leurs débuts. Pour l'essentiel d'entre eux, de carrière. Ils ont souvent sorti maximum un projet dans leur histoire. »
Accompagnement artistique et techniqueTous les automnes, l’équipe du Chantier reçoit des centaines de candidatures, 800 précisément pour l’édition 2026. Seule une quinzaine est ensuite sélectionnée pour participer au dispositif avec un objectif bien précis.
« Sa spécificité, c'est qu'on est tourné vers le perfectionnement du live, donc on travaille essentiellement la scène », ajoute Marc Mottin. « Donc, cela va, je dirais, à la fois d'un travail artistique, à un travail aussi technique, parce qu'on fait aussi un travail d'accompagnement là-dessus, notamment aussi avec les ingénieurs du son des artistes. »
Travailler l'énergie et ne former qu'une entité sur scèneEt c’est bien pour cela que le dispositif se conclut par un passage, aux Francofolies, des artistes épaulés toute l’année. Tout le monde s’appelle. Clara fait partie des 14 groupes de la mouture 2026. Ce samedi, le quintette 100 % féminin et 100 % queer s’est produit en plein cœur de La Rochelle. L’occasion de mettre en pratique tous les enseignements de l’année.
« Un exercice qui m'a marqué, c'était l'exercice de prendre l'énergie, de regarder l'énergie qu'on avait chacune sur scène et après de s'en inspirer pour justement ne former qu'une espèce d'entité sur scène et être vraiment ensemble et mieux se comprendre et mieux jouer ensemble, finalement », explique Clara Bureau, la fondatrice du groupe.
Zaho de Sagazan, Juliette Armanet, et les autresDes leçons d’autant plus précieuses qu’elles sont prodiguées par d’anciens lauréats du chantier. « C'est un espace où on est avec des professionnels qui n'ont pas d'intérêt auprès de nous, qui ne sont pas là pour nous faire signer, nous faire aller par ci, par là », souligne Malo Texier, la bassiste du groupe. « Et ce sont des espaces rares, c'était exceptionnel pour ça. Ça nous a fait un bien fou. Et l'avant-après était aussi dans l'épanouissement, dans le travail... »
Pour ce groupe né il y a tout juste deux ans, le Chantier est tout à la fois une école, une marque de légitimité et un espoir pour la suite, car il faut dire que depuis sa création en 1998, le dispositif a fait ses preuves : Feu! Chatterton, Zaho de Sagazan, Juliette Armanet ou encore Clara Luciani ont tous fait leurs armes à La Rochelle.
Les spectacles sont décidément aussi nombreux que variés au Festival d'Avignon. Dans la programmation off, riche de près de 1 800 spectacles dans 140 lieux, la musique et le théâtre font souvent bon ménage. Thomas Fersen, chanteur confirmé, s'essaye aux planches et livre à la Scala Provence tous les jours à 18h30 un récit personnel rehaussé par la musique live.
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17 jours après le massacre du 7-Octobre perpétré par le Hamas, la cinéaste israélienne Anat Even a filmé la frontière qui sépare son pays du territoire palestinien totalement détruit : la bande de Gaza. Un champ de ruines filmé de loin. C’est la prise de conscience politique de l’horreur que raconte le documentaire Collapse. Il est diffusé en France, mais pas en Israël.
« Je dirais que c’est un film anti-guerre et c’était important pour moi de parler de mes amis qui sont morts », confie la réalisatrice Anat Even. Peu après le 7-Octobre, elle retourne dans ce qui était autrefois sa maison, à Nir Oz, un kibboutz martyr. Au-delà de la clôture, après les terres agricoles transformées en zone militaire, on distingue la bande de Gaza. « Ça tambourinait dans ma tête pour essayer de comprendre ce qui se passait là-bas. Ce qui se passait à Gaza. On entendait parler d’anéantissement, de famine, pointe-t-elle. On entendait tous ces mots. Et j’ai compris que l’on parlait d’évènements terribles et incompréhensibles. D’un côté, un massacre et puis l’attaque israélienne. Terrible. Avec l’intention d’anéantir. Je ne pouvais pas comprendre... »
Le tournage va durer deux ans. « C’est un film de guerre sans la guerre. On entend la guerre, mais on ne la voit pas », explique la réalisatrice. La bande son est un véritable personnage du film, des tumultes suivis de silences. « Les oiseaux criaient, hurlaient, appelaient, parlaient... C’était très fort, insiste-t-elle. Et puis, il y avait les bombardements. C’était comme une symphonie de guerre avec les oiseaux et les bombardements. »
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« Comment parler de Gaza quand on est du côté israélien de la frontière ? »Plan fixe sur les plumes majestueuses d’un paon qui se promène dans un kibboutz vide aux maisons incendiées. La réalisatrice s’interroge. Elle appelle son ami Ariel, le film est un dialogue ponctué de points d’interrogation. « Comment parler de Gaza quand on est du côté israélien de la frontière ?, interroge la réalisatrice. Comment parler de la souffrance des gens sans les voir, sans leur parler ? Je dois dire que je n’avais pas les mots. Je ne pouvais pas réfléchir. Je pouvais juste revenir là. »
Revenir inlassablement au même endroit comme on laboure un champ, Collapse essaie de répondre à cette question : qu’est-ce qui pousse sur une terre où l’on plante uniquement des drapeaux ?
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Lever de rideau au Festival d’Aix-en-Provence, dans le sud de la France, pour l’une des productions lyriques les plus attendues de cette 78ᵉ édition : la création mondiale d’Accabadora. Inspiré du roman de l’autrice sarde Michela Murgia, figure du féminisme italien engagée contre le fascisme et pour les droits des personnes LGBTQ+, cet opéra de l'Italien Francesco Filidei, sacré meilleur compositeur aux Victoires de la musique classique 2026, nous plonge dans la Sardaigne rurale des années 1950. Au cœur du récit, une couturière respectée et redoutée : elle tisse le fil de la vie le jour, mais accompagne aussi les mourants la nuit pour abréger leurs souffrances.
Un métier à tisser géant domine la scène du Théâtre du Jeu de Paume d’Aix-en-Provence. Symbole du destin et du fil de la vie que l’on noue, transmet puis finit par rompre, il accompagne tout au long de l’opéra la trajectoire de l’accabadora, personnage central de cette création mondiale présentée au Festival d’Aix.
Adapté du roman éponyme de l’autrice sarde Michela Murgia, disparue en 2023, Accabadora nous transporte dans la Sardaigne rurale des années 1950. L’histoire suit Maria, une enfant confiée selon la tradition locale à une mère adoptive, Tzia Bonaria. Couturière respectée du village, celle-ci cache pourtant une autre fonction : celle d’accabadora, appelée au chevet des mourants pour mettre fin à leurs souffrances.
Pour la metteuse en scène argentine Valentina Carrasco, cette figure dépasse largement le seul contexte sarde.
« L’accabadora est quelqu’un qui peut accoucher deux fois. Elle peut accoucher d’un enfant, mais aussi de la mort. Ce sont des personnes qui aident des personnes en fin de vie qui veulent mourir. C’est une tradition non seulement en Sardaigne, mais aussi dans d’autres territoires du sud de l’Italie, qui existe depuis des siècles. »
Quand la Sardaigne devient un personnageL’opéra marque aussi un retour aux sources pour Francesco Filidei. Le compositeur, sacré meilleur compositeur aux Victoires de la musique classique 2026, entretient un lien intime avec l’île méditerranéenne par sa grand-mère.
À la lecture du roman de Michela Murgia, il retrouve un univers familier, peu présent dans le répertoire lyrique italien.
« En Italie, il n’y a pas eu de grands opéras, ou même de petits opéras, sur la Sardaigne, tandis que pour la Sicile, il y en a beaucoup. Il y a "Cavalleria rusticana" ou "Les Vêpres siciliennes" notamment. Pourtant, en Sardaigne, on a le chant des ténors, ce qui est magnifique. Il y a une tradition folklorique énorme, des couleurs, des sons, les brebis, les cloches, les vents, la mer : la nature qui parle. »
Loin d’une reconstitution folklorique, Accabadora cherche plutôt à faire entendre l’âme de l’île. Le chœur chante en sarde, tandis que l’orchestre convoque des paysages sonores inspirés de la nature et des traditions locales.
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Cloches, vent et voix rugueusesPour la cheffe d’orchestre Lucie Leguay, l’œuvre est avant tout une aventure sonore.
« C’est un laboratoire, une exploration sonore incroyable. Il y a des cloches qui viennent spécialement de la Sardaigne, elles ont un son magnifique que je n’ai jamais entendu ailleurs. Et une multitude de percussions, avec des petits sifflets rossignols, le bruit d’un chien qui pleure. Puis, on a cinq générations sur scène : de la petite fille de 7 ans jusqu’aux grand-mères entre 80 et 93 ans. Nous avons aussi travaillé les voix avec les chanteurs lyriques pour leur donner une couleur plus nasillarde, plus rauque, une couleur un peu ocre, comme la Sardaigne. »
Entre cordes stridentes, polyphonies envoûtantes et bruitages inspirés du quotidien rural, la partition fait de la Sardaigne un protagoniste à part entière.
Une œuvre qui résonne avec les débats contemporainsMais derrière cet ancrage territorial se dessine une question universelle : comment accompagner les derniers instants d’une vie ?
Sans jamais prendre la forme d’un manifeste, l’opéra dialogue avec les débats contemporains sur la fin de vie. Francesco Filidei revendique d’ailleurs un engagement qui passe par l’émotion plutôt que par le discours politique.
« De toute façon, ça n’existe pas un opéra à notre époque qui n’est pas engagé. On n’a pas besoin de parler de politique d’une manière directe. En plus, l’opéra est dédié à un ami à moi qui est dans cette situation ; il est dans le coma depuis un an. Donc, je dédie cet opéra à lui, c’était la seule chose que je pouvais faire. »
À travers cette histoire de transmission entre une mère adoptive et sa fille d’âme, Accabadora aborde la mort sans sensationnalisme, avec délicatesse et humanité.
Une œuvre où la vie et la mort semblent parfois se frôler, à peine séparées par un fil.
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Ils peignent sur les murs de béton de nos villes, voire sur les transports publics. On les aime ou on les déteste. Autrefois appelés juste graffeurs, ils sont aujourd'hui de plus en plus considérés comme de vrais artistes, des artistes de rue. Certains sont devenus des stars, d'autres préfèrent l'anonymat. Les street artists sont à l'honneur dans une exposition à la Grande Halle de la Villette à Paris. Une forme de reconnaissance, peut-être aussi de récupération d'un mouvement culturel né dans la rue. De la rue au musée, comment le street art est-il devenu un art noble ? Un reportage d'Iris Hawker
Dans le quartier du Sentier, dans le centre de Paris, deux street artists commentent leur dernière fresque. « C’est une façade qui appartient au bar l’Ivresse, explique Hugo, du tandem Tito/Mulk. Il y a une histoire un peu personnelle pour nous, parce qu'à l’époque où on avait encore peur de mettre de la peinture sur les murs, et qu’on faisait juste des collages, on avait fait ce mur. Et là on a été invités officiellement par une association d'art à Paris. »
Mathieu, son acolyte grapheur, a décidé de prendre la ville pour toile. Il raconte la genèse du street art : « Au tout début, quand le tag est arrivé dans les années 1970 à New York, l’acte était politique parce qu’il était revendicatif, mais les thèmes abordés ne l'étaient pas. C'étaient que des gens qui marquaient leur nom. »
Avec leur univers coloré, inspiré de la pop culture, ils ont décidé de porter des messages qu'ils qualifient eux-mêmes d'impertinents. « Dans la rue, on veut dire des choses. Effectivement, on fait partie des gens qui pensent que le street art et l’art en général doivent être politiques. Il l’est de toute façon parce que c’est une prise de parole en public », s'exclame Mathieu.
Ces dernières années, l’art de rue n’a cessé de gagner en reconnaissance, et même auprès d'un public inattendu, comme Monique, cette riveraine de 78 ans, qui se réjouit de pouvoir admirer l'art de la rue : « J'habite dans le quartier depuis 33 ans, j’aime beaucoup, ça fait partie de l’évolution de l’art. »
Et c’est justement cette évolution qui interroge. Comment préserver l'essence d'un art pensé pour être libre et gratuit, quand il s'institutionnalise et se commercialise ? L'exposition, Beyond the streets, présente en ce moment, à Paris, des œuvres de Shepard Fairey ou Invader. Pour son curateur, le grand collectionneur Roger Gastman, le fait que le street art s'académise n’est pas un problème, c’est le signe d’un rêve américain réalisé.
« Nous travaillons avec des artistes qui, pour la plupart, ont à la fois de grandes carrières dans les musées, mais aussi des projets institutionnels, explique Roger Gastman. Une grande partie de ce qu'ils font aujourd'hui en intérieur diffère de ce qu'ils faisaient autrefois illégalement dans la rue, mais ils ont su trouver le moyen de canaliser cette énergie et de la transposer dans leur peinture. »
Roger Gastman a vu beaucoup d'artistes graffeurs transformer leur travail et se propulser sur la scène urbaine internationale. Il considère que : « tout le monde grandit, et tant de personnes qui étaient autrefois considérées comme des vandales, des ratés ou des voyous sont aujourd’hui des directeurs artistiques, des chefs d’entreprise, des personnalités à part entière de la société ».
Être légitime dans la rue, ou reconnu au musée ? La nouvelle génération ne veut plus choisir. Hugo et Mathieu, de Tito/Mulk, n'ont pas peur des paradoxes, ils travaillent avec les marques et dénoncent leurs travers, car selon eux : « Le but d’une publicité, c’est plutôt de ramollir le cerveau, pour pouvoir mieux faire passer son message. Nous, au contraire, on essaye plutôt de faire réfléchir les gens, de les emmener eux-mêmes à certaines conclusions. »
Si certains trouvent leurs œuvres préférées dans les musées, d'autres les découvrent dans la rue. Pour Mathieu, « ce qu'on peut souhaiter au street art, c'est que les gens continuent à se promener dans la rue, à ouvrir les yeux et à s'émerveiller ».
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