Reportage Afrique

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  • Gabon: l'énorme succès du poisson de Mayumba provoque une pénurie

    Située dans le sud du Gabon, la ville de Mayumba est devenue célèbre jusque dans la capitale. Un marché saisonnier du nom de cette ville côtière a même ouvert à Libreville. Le marché de Mayumba n'y est ouvert que le samedi. Outre la viande de brousse, le marché Mayumba de Libreville est connu pour son poisson frais, venu droit de la ville de Mayumba. Les Librevillois raffolent tellement de ce poisson que, dans la ville de Mayumba, il est désormais en pénurie.

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    3 min
  • Tchad: depuis 15 ans, Tabitha Hawa accueille des enfants abandonnés dans l'orphelinat qu'elle a fondé

    Au Tchad, faute de structures étatiques adaptées, ce sont des personnes de bonne volonté qui, avec des moyens dérisoires, prennent en charge les orphelins. Leur engagement illustre une solidarité remarquable, mais révèle aussi l'absence criante de dispositifs publics de protection. Exemple à Ndjamena, où Mianodji Tabitha Hawa a transformé sa propre concession en orphelinat en 2011 : l'orphelinat Apsoa.

    De notre correspondant à Ndjamena,

    L'orphelinat Apsoa se trouve dans le 8e arrondissement, dans le quartier N'Djari. Ce matin-là, une vingtaine d'enfants jouent dans la cour. D'autres prennent leur bouillie, tandis que la plus jeune, âgée d'à peine un mois, pleure sans répit. « Je suis obligée de la prendre. Elle veut toujours qu'on la prenne en main », confie Mianodji Tabitha Hawa.

    La fondatrice de cet orphelinat est une ancienne employée de banque dans les années 1980. Mariée alors qu'elle n'avait que 12 ans, maltraitée, elle explique comment ses blessures l'ont poussée à se consacrer aux enfants abandonnés : « C'est une vision que j'ai eue en 2004, et j'ai essayé d'en parler à d'autres personnes pour qu'ils puissent m'aider. Ils n'ont pas pu. J'ai banalisé cela et jusqu'en 2009, la même vision m'est revenue encore. Je suis allée voir les veuves puisque j'étais veuve aussi, les veufs également, les personnes de bonne volonté. Et c'est en 2011 qu'on a eu l'autorisation de fonctionner. »

    Dans une concession de 500 m² environ, composée de cinq chambres et d'un salon modestement aménagé, vivent 50 enfants. Une vingtaine de lits, des nattes posées au sol, un téléviseur, mais l'orphelinat n'a ni école, ni centre de santé. « Nous nous débrouillons avec les moyens du bord, explique Tabitha Hawa. Notre chef de communication a essayé de faire les communications en ligne, et les gens de bonne volonté viennent pour nous donner les Bic, les cahiers, ainsi de suite. Quand ils (les enfants, NDLR) tombent malades, on fait d'abord appel à notre petite caisse de pharmacie qui est à la maison. Et au cas où c'est plus que notre force, on est obligé de passer par l'hôpital, et nous-même, nous dépensons notre argent pour les soins. »

    Et pour les moments de distraction, Laouré Paulin est là. C'est un rappeur et un ancien juriste. Il est tout acquis à la cause : « Nous les aidons dans la musique et nous faisons également plusieurs jeux pour pouvoir ouvrir leur esprit. Ces activités permettent également de véhiculer certaines valeurs, par exemple le respect, l'amour, la dignité. »

    L'orphelinat dispose d'un terrain pour y construire une école, mais faute de partenaires financiers, le projet reste en suspens depuis des années. « Dans toute œuvre humaine, les difficultés ne manquent pas, confie la fondatrice. Il faut que tu aies les finances pour pouvoir faire ce genre de travail. Les soucis, c'est le fait que les enfants, les tout petits, marchent d'ici pour aller à l'école. »

    Depuis 2011, Apsoa a accueilli près de 2 000 orphelins, sans distinction d'ethnie, de religion ou de sexe.

    3 min
  • Côte d'Ivoire: le label historique Coast to Coast fête ses 30 ans avec une semaine de création musicale

    Une vingtaine d'artistes venus d'Afrique, d'Amérique latine et d'Europe étaient réunis début octobre, à Abidjan, pour une semaine de créations musicales. L'occasion de célébrer, en collaboration avec l'ambassade de France en Côte d'Ivoire, les 30 ans d'activité du label ivoirien Coast to Coast, premier label dédié aux musiques urbaines en Afrique francophone. Il a produit des artistes incontournables de la scène ivoirienne.

    De notre correspondante à Abidjan,

    Ils viennent de se rencontrer et se retrouvent à composer ensemble en studio. 1da Banton et Maud Elka sont venus du Nigeria et de France pour mélanger leurs univers dans un morceau dont ils ont déjà choisi le thème : « C'est un amour à distance de Lagos to Paris. » Petit à petit, le son prend forme. La semaine de création est dédiée au label Coast to Coast. Sa dernière recrue est JP N'Dah, jeune influenceur ivoirien qui s'est lancé dans le rap ivoire et vient de sortir un premier EP. Lui qui débute dans le milieu profite de l'expérience du label. « Ce que j'apprécie vraiment, c'est que tu n'as pas l'impression que tu es dans un label. Tu as l'impression que tu es dans une famille genre. Parce que tout est au calme, il n'y a pas de pression », explique-t-il.

    En 30 ans, le label s'est imposé comme une référence. « Aujourd'hui, C2C est plus qu'un label. C'est un incubateur, parce qu'on a des artistes qui sont dans plusieurs pays, pas seulement en Côte d'Ivoire. Et la marque est une marque qui, aujourd'hui, voyage à travers des succès qu'on a avec des artistes comme L'Oiseau Rare, à travers des artistes qu'on veut signer au Cameroun, et qui ont déjà un certain nom et cachet », ajoute Cheikh-Louis Tall, directeur de Coast to Coast.

    L'aventure a commencé en 1996 avec Jean-Marc Guirandou, le fondateur du label, décédé en 2016. « Coast to Coast et Jean-Marc Guirandou ont été les premiers à ramener le rap français mais ivoirien, avec l'argot ivoirien. Donc, avec Almighty et le premier album qui s'appelait Le dieu du swing. Ils ont fait 10 000 ventes en 24 heures et ils ont vendu 100 000 albums au total, ce qui représentait sur le marché ivoirien quelque chose de très gros et qui n'avait jamais été fait auparavant », explique-t-il.

    Aujourd'hui, le label porte des figures de la scène ivoirienne comme le rappeur Didi B ou encore L'Oiseau rare, artiste gabonais résident en Côte d'Ivoire. Un succès remarqué vu les difficultés qui se font ressentir dans l'industrie musicale du pays. « Malheureusement, beaucoup de labels sont venus et sont partis quelques années après par manque de subventions, d'aides, de résultats vraiment impactants », ajoute-t-il. L'un des problèmes communs à d'autres pays d'Afrique francophone est la non monétisation des artistes sur les plateformes. Un sujet sur lequel se penche actuellement la Côte d'Ivoire.

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    3 min
  • Cameroun: à l'hôpital Jamot de Yaoundé, briser le silence des violences faites aux femmes

    Un service gratuit pour l'écoute, la prise en charge médicale, psychologique, le suivi des femmes et jeunes victimes des violences... À l'hôpital Jamot de Yaoundé, les frais de consultation sont supportés par la fondation Françoise Puene pour la liberté. Cette organisation non gouvernementale (ONG) a aménagé des locaux dans ce centre hospitalier public spécialisé dans la santé mentale.

    De notre correspondant à Yaoundé,

    « Il est près de 14 heures, nous avons encore la salle d'attente bien garnie », lance-t-il. Le docteur Kamga Olen Jean-Pierre, médecin psychiatre, n'a pas enfilé sa blouse blanche aujourd'hui. Costume bleu, chapeau sur la tête, il nous conduit d'un pas tranquille vers un box de consultation du service de santé mentale de l'hôpital Jamot, à Yaoundé au Cameroun. « Dans ce box, nous recevons en priorité des personnes victimes des violences sociétales. Elles sont orientées ici, au service de santé mentale de l'hôpital Jamot. Elles sont exemptes de frais de consultation, et s'il y a des cas qui nécessitent une hospitalisation, c'est également gratuit », explique-t-il.

    Le box fait cinq mètres carrés. Au coin d'un mur, un tableau représente une soignante qui accueille, tout sourire, une survivante des violences. Le docteur Kamga s'installe derrière sa table. Devant lui, un gros registre noir. « C'est un registre que nous avons voulu ouvrir pour avoir une traçabilité et pouvoir générer des statistiques de façon périodique. Nous avons ouvert ce registre le 8 juillet 2025, et ce jour-là, nous avons reçu une première victime de violences sociétales », précise-t-il. Treize noms seulement, bien loin de refléter l'ampleur des violences dans la société, indique-t-il.

    Un tout petit nombre de victimes ose pousser la porte du centre d'écoute. Certaines assistent ce jour, dans une salle attenante de l'hôpital Jamot, aux échanges sur les féminicides. Marguerite a une vingtaine d'années. Elle a été mariée pendant deux ans. Elle reste discrète pendant les échanges. Puis, elle accepte de se confier. « Mon mari m'a isolée. C'est quand il a commencé à vouloir m'étrangler, c'est à ce moment que je me suis dit que ce n'est pas normal. Je me suis dit qu'en venant suivre cette conférence, ça va m'aider un peu à guérir de mes blessures psychologiques », raconte-t-elle.

    « Ayons le courage de dénoncer, sachons que nous allons être protégées »

    Dans la salle, Anne-Cécile Nanga est habillée en judogi, la tenue de combat en judo. À ses côtés, trois autres femmes de l'association des pratiquantes des arts martiaux. « Je m'appelle Nanga Anne-Cécile, je suis pratiquante d'arts martiaux. Le message que nous voulons passer aux femmes, c'est qu'elles peuvent se défendre pour aller chercher de l'aide, pas pour affronter les hommes, explique-t-elle. Accompagner une initiative comme celle-ci, c'est dire que si ces femmes qu'on tue avaient quelques notions de self-défense, elles se seraient défendues pour sauver leur vie. »

    Se défendre, certes, mais Françoise Puene, femme politique et fondatrice de l'ONG éponyme, appelle les femmes à briser le silence : « Désormais, ayons le courage de dénoncer, et sachons surtout que nous allons être protégées après cette dénonciation. Nous avons organisé cette table ronde pour vous rassurer, pour ne plus avoir peur de la stigmatisation, pour ne plus cacher ces gens-là qui vous violentent. Commençons. »

    Une autre initiative est en préparation à Yaoundé pour les femmes victimes de violences : la construction de la Maison de l'espoir. Elles pourront y apprendre un métier et y être hébergées temporairement.

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    3 min
  • En Afrique du Sud, comment expliquer la prolifération d'armes à feu?

    L’Afrique du Sud, qui enregistre l’un des plus hauts taux d'homicides de la planète, avec environ 60 meurtres par jour, est aussi confrontée aux fusillades de masse. Deux fusillades sanglantes ont fait 28 morts en un seul week-end le 27 septembre. Parmi les nombreux facteurs qui expliquent cette situation : le nombre très important d’armes à feu illégales en circulation, lié, entre autres, au passé brutal du pays et de sa région, et à la corruption. 

    De notre correspondant à Johannesburg,

    Beaucoup d’armes à feu illégales en Afrique du Sud viennent de pays voisins qui ont connu des conflits, comme le Mozambique, frappé par 15 ans de guerre civile. Certains stocks d’armes auraient ensuite été détournés par des réseaux criminels transnationaux. « On estime qu'il y a 3,8 millions d'armes à feu illégales en circulation dans le pays, souligne Jacob Mofokeng, professeur en criminologie à l’université de Pretoria. En Afrique du Sud, la majorité des meurtres sont liés aux armes à feu. Et on le voit avec ces fusillades récentes qui ont fait 28 morts par balles en un seul week-end ! »

    La nation arc-en-ciel a également hérité des armes de l’apartheid, un régime brutal et surarmé. Si aujourd’hui la police confisque des milliers d’armes à feu illégales chaque année, la corruption continue d’alimenter les réseaux criminels : « Un colonel a été arrêté, poursuit le criminologue, il travaillait au registre des armes à feu. Lorsque l'État confisquait certaines de ces armes, cet individu avait trouvé le moyen de les revendre aux membres de gangs. »

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    Remonter les réseaux criminels

    Le gouvernement a mis en place une commission d’enquête pour comprendre cette infiltration des réseaux criminels au sein de la police. Cette commission, Stanley Maphosa, directeur de Gun Free Afrique du Sud, une organisation qui milite pour se débarrasser de la violence des armes à feu, la suit assidûment. « Une seule arme peut être utilisée dans plusieurs fusillades. Le problème, c'est qu'en Afrique du Sud, on s’intéresse surtout au tireur, à celui qui appuie sur la gâchette, explique-t-il. Cette personne est recherchée puis arrêtée, mais on ne trace pas l’arme. D'où vient le réseau qui fournit ces AK-47 ? Comment pouvons-nous remonter jusqu'à ce réseau et parvenir à le démanteler ? »

    Selon lui, les communautés veulent aider, mais craignent les représailles : « La majorité des gens ne veulent pas d'armes. Ils sont disposés à servir d'informateurs, mais ils ont peur, car les informateurs sont susceptibles d'être tués et ne bénéficient pas d'une protection suffisante, déplore Stanley Maphosa. D'une certaine manière, cela crée un climat de peur et de normalisation. Je pense que la peur et la normalisation sont deux phénomènes bien présents dans les communautés. »

    Car l’Afrique du Sud enregistre en moyenne 60 homicides par jour. Et selon les autorités sud-africaines, les armes à feu restent le moyen le plus fréquemment utilisé pour commettre ces meurtres, devant les armes blanches.

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    3 min
  • En Tanzanie, certains voient l'arrivée d'El Niño comme une opportunité [3/3]

    La région de Morogoro, à l’ouest de Dar es Salaam, est l’une des grandes régions agricoles de Tanzanie, et l’arrivée prochaine d’El Niño est suivie de près. Ce phénomène devrait apporter de fortes précipitations sur une grande partie du pays. Si certains les redoutent, d’autres y voient une opportunité. C’est le cas de l’association Agriwezesha qui va proposer aux petits agriculteurs qu’elle aide de profiter de ces pluies garanties pour planter des arbres. 

    De notre envoyée spéciale à Morogoro, 

    Au pied des monts Uluguru, à 5 heures de route de la capitale économique Dar es Salaam, Deograsia Ignas observe ses allées de plants d’arbres de toutes sortes. Certains sont encore tout jeunes, d’autres prêts à être plantés : « Ici, vous voyez, ce sont des girofliers qui ont à peu près 6 mois, montre-t-elle. Ici, nous avons des cacaoyers et des manguiers qui sont tous prêts à être plantés, on attend juste la pluie. »

    La jeune femme a fondé l’association Agriwezesha en 2019 et son objectif est d’accompagner les petits agriculteurs de la région à développer leurs terres et pérenniser leur production agricole. Selon Deograsia, les pluies à venir d’El Niño sont une aubaine : « D’habitude, nous plantons de mars à mai, donc ce qu’on va faire, c’est profiter d’El Niño pour remplacer les arbres morts de la saison dernière. »

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    Une saison des pluies supplémentaire

    Avec El Niño, l’irrigation est garantie et gratuite sur des parcelles qui n’ont aucun système d’irrigation artificiel. Une saison des pluies supplémentaire en somme qui fait gagner du temps aux agriculteurs. « En temps normal, nous devrions attendre jusqu’à mars prochain pour remplacer les arbres morts, en même temps que la plantation de la saison prochaine, précise Deograsia Ignas. Donc si la pluie vient, on pourra séparer les deux étapes et se focaliser uniquement sur les nouveaux arbres l’an prochain. Ça nous permet de commencer le travail en avance. »

    L’œil rivé sur ses petits plans collés les uns aux autres dans des pots en plastique noir, Mustafa Mtawa est l’un des jardiniers d’Agriwezesha. Lui tente de préparer au mieux sa pépinière avant l’arrivée de la pluie. « Les fortes pluies sont un défi mais on ne peut pas l’éviter, on doit le gérer, reconnait-il. C’est pour ça qu’on a creusé un système d’évacuation des eaux ici. Quand la pluie commencera, on sera sûrs que nos plants ne seront pas endommagés » Selon lui, une fois les précautions prises, il faudra ensuite tirer le meilleur de cette situation. « Les agriculteurs sont contents, pour ceux situés dans les hauteurs des montagnes, ils pourront en profiter pour cultiver des variétés à cycles courts. C’est une véritable opportunité », se réjouit-il.

    Les pluies d’El Niño devraient arriver dès le mois d’octobre avec un pic autour des mois de novembre et décembre en Tanzanie. 

    À lire aussiÀ Morogoro, la Croix Rouge prépare la population à l'arrivée d'El Niño [2/3]

    3 min
  • À Morogoro, la Croix Rouge prépare la population à l'arrivée d'El Niño [2/3]

    La Tanzanie s’apprête à affronter l’un des phénomènes climatiques les plus forts de l’année : El Niño. Parmi ses conséquences, le pays pourrait subir de fortes pluies prévues dès le mois d’octobre et qui devraient durer jusqu’à février prochain. Alors pour préparer au mieux la population, la Croix-Rouge fait plusieurs campagnes de prévention. 

    De notre envoyée spéciale à Morogoro,

    Dans le bureau local de la Croix-Rouge de Morogoro, ils sont une petite dizaine ce matin, veste rouge de bénévoles sur le dos et mégaphones en mains. Frank Tegwa, responsable du district pour l’association, leur explique le programme du jour : aller sur un marché pour prévenir des fortes pluies à venir causées par El Niño. « Ça, ce sont des affiches pour savoir comment se préparer avant l’arrivée des inondations prévues, montre-t-il. Sur ce dessin, vous pouvez voir quelqu’un qui écoute la radio car nous voulons que les gens reçoivent des informations justes et claires. Ici, on voit quelqu’un qui creuse un système d’évacuation. Comme ça, si El Niño arrive, l’eau pourra circuler. »

    Ces affiches seront placardées sur le marché de Mawenzi au nord de la ville. À 9 heures, ils rentrent dans deux bajaj, des véhicules à trois roues locaux. Une fois arrivés sur le marché, l’équipe explique sa venue au mégaphone : « Nous avons besoin de votre soutien pour nous préparer aux pluies à venir dues à El Niño. »

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    Réduire le risque d'épidémies

    Au milieu des stands de fruits, légumes ou énormes sacs de riz, une petite équipe de la Croix-Rouge passe le balai sur le sol terreux. Deocles, 24 ans, fait partie des bénévoles ce jour-là : « Nous encourageons les gens à nettoyer autour de leur stand, surtout ceux avec des produits périssables, explique-t-il, ça nous aide à réduire le risque d’épidémies pendant les pluies à venir. »

    Avec les fortes pluies, le risque de propagation de maladies comme le choléra augmente et la Croix-Rouge tente de sensibiliser à la propreté de l’environnement et au nettoyage des mains. Depuis son étal de plants de bananes exposés à même le sol, Maria regarde les jeunes volontaires s’affairer autour d’elle. « C’est bien ce qu’ils font, notre plus grande peur, ce sont les maladies car quand la saleté s’accumule et les pluies sont fortes, ça devient un gros problème », s'inquiète-t-elle.

    El Niño devrait frapper la Tanzanie dès le mois d’octobre et durer jusqu’à février, une période bien plus longue que la saison des pluies habituelle en novembre. En 2024, le phénomène avait affecté plus de 200 000 personnes à travers le pays et fait au moins 155 morts.

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    3 min
  • Tanzanie: à Dar es Salaam, le quartier vulnérable de Kipawa se prépare à El Niño [1/3]

    À Dar es Salaam, 70 % de la population vit dans des quartiers informels, souvent dans des zones où assainissement et système d’évacuation d’eau sont rares. À l’approche d’El Niño, les habitants du quartier de Kipawa, qui vivent au bord de la rivière Msimbazi, tentent de se préparer au mieux face aux fortes pluies prévues et à la montée des eaux toutes proches.

    De notre correspondante à Dar es Salaam,

    À une poignée de kilomètres de l’aéroport international de Dar es Salaam, en Tanzanie, des habitants se retrouvent autour du collectif écologiste de Kipawa, KEG. Le quartier, situé au bord de la rivière Msimbazi, est sujet aux inondations depuis des décennies. Alors avec l’arrivée prochaine de fortes pluies provoquées par le phénomène El Niño, William et son association ont décidé de se préparer au mieux. Il nous emmène en contrebas de la rivière : « Comme vous le voyez ici, montre-t-il, nous avons construit une digue pour contrôler l’écoulement de l’eau. On a aussi planté des arbres pour lutter contre l’érosion des sols. »

    Devant lui, un mur de sable de 6 mètres de haut et 200 mètres de long que les habitants ont érigé en deux jours. Peter Boniface habite à Kipawa et sa famille a déjà perdu deux maisons à cause des inondations. « Quand j’étais petit, il suffisait de faire un pas pour traverser la rivière, mais ça s’est beaucoup élargi », déplore-t-il.

    L’urbanisation grandissante de Dar es Salaam fait diverger les cours d’eau et certains quartiers comme Kipawa se retrouvent en zone inondable. Avec l’arrivée d’El Niño, le gouvernement incite les citoyens à risque à quitter leur domicile. Une idée difficilement réalisable selon Peter Boniface : « Déménager, mais pour aller où ? Chez qui ? La seule chose qu’on peut faire, c’est prier Dieu pour que les prévisions de pluie se soient trompées, mais si ça doit arriver, ça arrivera », conclut-il, philosophe.

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    « J’ai peur, mais qu’est-ce qu’on peut faire ? »

    Si le collectif écologiste de Kipawa tente de préparer au mieux le quartier, les habitants, eux, se sentent impuissants. C’est ce qu’explique Ramadan Mangalaye, chauffeur de taxi-moto : « Il y a beaucoup d’inquiétude. Lors du précédent El Niño, les dégâts étaient considérables et beaucoup de maisons ont été emportées », se rappelle-t-il.

    Un peu plus loin, devant son échoppe de poissons grillés, Dionesia Luande aussi appréhende les pluies à venir. Sa maison a déjà été emportée une fois par les inondations. « Honnêtement, j’ai peur, mais en tant que citoyens, qu’est-ce qu’on peut faire ? », interroge-t-elle. Lorsqu’on lui demande si le gouvernement apporte de l’aide, sa réponse est sans équivoque : non.

    El Niño devrait frapper la Tanzanie au plus fort en novembre et décembre 2026.

    À écouter dans L'invité d'Afrique midiMobilisation en Tanzanie: «Les menaces de répression ont conduit de nombreuses personnes à rester chez elles»

    3 min
  • Centrafrique: Birao est «profondément ancrée dans sa culture, ses coutumes et ses traditions» [3/3]

    À Birao, la modernisation et la mondialisation peinent encore à s’imposer. Les habitants restent profondément attachés à leurs traditions, à leur culture et à leurs coutumes. Leur langue, leur manière de s’habiller, leur alimentation et leur façon de célébrer les cultes témoignent de cette identité fortement préservée. À Birao, la population vit principalement du commerce, de l’élevage et de l’agriculture. 

    De notre envoyé spécial de retour de Birao,

    À Birao, en Centrafrique, dès 4 heures du matin, les premières lueurs apparaissent à l’horizon. Peu à peu, la ville se réveille doucement. Sous ce baobab, situé à quelques mètres d’un marigot, dans le quartier Korsi, Cyriack-Moustapha s’adonne à l’artisanat traditionnel. Âgé de 32 ans, il reste profondément attaché à ce mode de vie transmis de génération en génération. « Loin de la modernité des grandes métropoles, notre ville conserve une identité profondément ancrée dans sa culture, ses coutumes et ses traditions, se réjouit-il. Je fabrique des chaises, des lits, des vêtements et des chaussures à partir de rotin et de peaux d’animaux. Je vends également des matériaux traditionnels utilisés pour la construction de maisons en bambou. »

    Fidèles à la culture locale, la plupart des hommes portent de grands boubous adaptés à la chaleur. Les femmes, quant à elles, se parent de gros bracelets et de colliers colorés. Selon Marita, une habitante, ces accessoires ne sont pas seulement décoratifs. « Ils expriment aussi l’appartenance culturelle et l’élégance que nous avons héritées de nos ancêtres, souligne-t-elle. Pour fabriquer ces colliers et ces bijoux, nous utilisons la peau des fruits, le bois et les écorces. Nous fabriquons également des parfums naturels à partir de certaines plantes, fleurs et essences d’arbres. »

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    « C’est important de vivre selon ses propres réalités »

    À Birao, Ali Mahamat fait partie des potiers les plus célèbres. Depuis 50 ans, il tient sa poterie, baptisée « Birao Tamam », ce qui signifie « Birao est bon ». Ici, le travail commence par la préparation de l’argile. La terre est soigneusement sélectionnée, débarrassée des pierres et des impuretés, puis travaillée avant d’être façonnée. « Depuis l’origine, la poterie est très utile dans cette région à forte chaleur. Nous fabriquons des vases qui nous permettent de garder l’eau fraîche, explique l'artisan. Nos pots et vases racontent l’histoire de la vie, des naissances, des luttes et de l’espoir d’un monde meilleur. »

    Mais à Birao, les infrastructures modernes restent limitées. Les quelque 30 000 habitants se déplacent principalement à dos d’âne, en charrette ou encore à vélo. « C’est important de vivre selon ses propres réalités. Il n’y a ni bus ni taxis, ni transport en commun pour relier les différents quartiers, poursuit-il. On se déplace avec des ânes ou des charrettes. C’est un moyen de transport simple et accessible à de nombreuses familles. Ici, l’âne est notre principal moyen de transport. Il nous aide à transporter les produits et à faire [tourner] l’économie. »

    Aujourd’hui, la ville fait face à plusieurs défis majeurs : l’insécurité, la dégradation du réseau routier et son isolement, qui entraînent une hausse du coût de la vie.

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  • Centrafrique: avec le football, «on oublie la guerre et les armes» à Birao [2/3]

    À Birao, dans l'extrême nord-est de la République centrafricaine, le sport, et particulièrement le football, se pratique dans des conditions extrêmement difficiles. Le manque criant d'infrastructures et d'équipements freine le développement des sportifs, malgré l'existence de nombreux talents.

    De notre correspondant à Bangui,

    Faute de terrains aménagés et de matériel adapté, plusieurs jeunes de Birao, en Centrafrique, s'entraînent sur des espaces improvisés, avec les moyens du bord, pour entretenir leur passion. Dans cette région marquée par l'insécurité et la dégradation des routes, les sportifs espèrent voir un jour leurs conditions s'améliorer. Mais à Birao, le football est bien plus qu'un simple sport. Il constitue un espace de dialogue, de fraternité et d'unité, capable de rapprocher les communautés et de nourrir l'espoir d'un avenir meilleur.

    Sur le terrain poussiéreux et accidenté du stade de Birao, quelques jeunes se retrouvent autour d'un ballon. Chaussures usées aux pieds, maillots multicolores de clubs européens sur le dos, ils sont une vingtaine réunis autour d'une même passion : le football.

    Dès que le coup d'envoi est donné, Henri Maliavo, vêtu d'un maillot du Paris Saint-Germain, raconte les difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes footballeurs de Birao : « Nous aimons vraiment le football, mais nous manquons de moyens. Nous jouons sur des terrains difficiles, sans équipements. Malgré cela, nous continuons à nous entraîner parce que nous rêvons de pouvoir un jour jouer dans une équipe professionnelle. Nous organisons nous-mêmes de petites compétitions locales, avec les moyens du bord. »

    L'enclavement de la ville, la dégradation des routes et les difficultés liées à l'insécurité compliquent également le développement du sport. Quelques passionnés tentent malgré tout de maintenir les activités sportives. Pour beaucoup de jeunes comme Souleymane, jouer au football reste avant tout une affaire de débrouille et de détermination : « Le principal problème, c'est le manque d'infrastructures et d'encadrement. Nous avons du talent mais il n'y a pas de championnat ni de structures pour nous accompagner. Si des moyens étaient investis dans le sport, beaucoup de jeunes pourraient aller plus loin, pourquoi pas, représenter la RCA à l'échelle internationale. »

    « Une dimension qui dépasse largement le cadre sportif »

    Et pourtant, les jours de match de gala, Birao change de visage. Les rencontres mobilisent des milliers de personnes autour de terrains improvisés. Marcelin Ngandia, inspecteur des sports, témoigne de l'importance du football dans cette ville enclavée : « Quand il y a un match, toute la ville semble changer. Les jeunes viennent et les gens se retrouvent autour du même événement. Pendant quelques heures, on oublie la guerre et les armes. Dans cette région marquée par l'isolement et les tensions, un simple match peut ainsi prendre une dimension qui dépasse largement le cadre sportif. Le sport est le seul événement qui rassemble et met d'accord la population. »

    Aujourd'hui, les habitants de Birao ont un seul vœu : pouvoir pratiquer leur passion dans de meilleures conditions : « Nous ne demandons pas grand-chose ​​​​​​​: un terrain praticable, des équipements et la possibilité de participer à des compétitions régulières. Nous voulons simplement avoir les mêmes chances que les jeunes des autres villes. Le talent existe ici, il faut seulement nous donner la possibilité de pratiquer le sport. »

    À Birao, ville de plus de 30 000 habitants, dont une grande partie est constituée de jeunes, le manque d'infrastructures sportives limite fortement les possibilités de pratique. Faute d'activités sportives structurées, beaucoup de jeunes se tournent vers les travaux champêtres ou les activités socioprofessionnelles.

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