En République démocratique du Congo, le 8 janvier 1996, un avion Antonov An-32B de la compagnie privée Scibe-Zaïre Air Lift ratait son décollage à l’aérodrome de Ndolo pour finir sa course sur l’un des marchés du centre-ville de la capitale congolaise. Un des pires drames de l’aviation africaine qui a coûté la vie à 237 personnes, selon le bilan officiel des autorités zaïroises de l’époque. Trente ans après, jour pour jour, le marché a repris ses droits, mais Kinshasa n’a pas oublié toutes ces victimes.
De notre correspondante à Kinshasa,
« À l’époque, j’avais 15 ans et j’étais encore à l’école, mais il y avait toute ma famille ce jour-là au marché. » Trente ans plus tard, Didier Lumbu Sangwa est le président du marché Tipe K Bomoko, installé à l’endroit même où l’Antonov s’est écrasé après son décollage de l’aéroport Ndolo, en raison vraisemblablement d’une surcharge de l’appareil.
Le 8 janvier 1996, le maréchal Mobutu était encore au pouvoir, le pays s’appelait le Zaïre et Didier était en classe quand il a entendu une énorme explosion. « Ça a vraiment fait boum ! On nous a dit qu’il y avait eu un crash ici, donc je suis arrivé très vite. Heureusement, grâce à Dieu, ma famille était vivante. »
À ses côtés, il y a Ismaël. Aujourd’hui, il s’occupe de la sécurité du marché, mais à l’époque, il avait tout juste 12 ans. « C’était un jour normal, comme d’habitude, confie celui qui faisait de petits travaux sur place quand l’accident est arrivé. Et puis, il y a eu le crash de cet avion. Il devait normalement se poser dans la plaine de secours, mais même dans cette plaine, il y avait beaucoup de monde. »
Scène de chaos
Il raconte ensuite une scène de chaos : « J’ai vu les mamans, les papas qui étaient tous les jours, que l’on voyait tout le temps, ils étaient morts. Il y avait beaucoup de vendeurs, de clients qui ont trouvé la mort ce jour-là. »
Après le crash, Didier le président se souvient que ce qu’il restait du marché est alors devenu un lieu de pèlerinage. « C’est vrai, chaque 8 janvier, les pasteurs, les prêtres venaient prier pour les victimes. Et quand vous veniez la nuit, les gens faisaient des prières, des cérémonies. Et puis, une entreprise chinoise avec le gouvernement congolais est venue pour reconstruire le marché. »
Il a fallu des années avant que le marché ne renaisse de ses cendres, que la vie reprenne ici. Désormais, il y a des étals partout, beaucoup de monde, des vendeuses et des vendeurs de fruits et de légumes. Il y a de la musique, les bruits du chantier d’à côté et des clients qui négocient.
«
Ma grand-mère était présente »
Dans cette foule, il y a aussi Kalala. À 28 ans, le marché de Tipe K, c’est sa deuxième maison. Il y vend tous les jours des tomates, comme on le fait dans sa famille depuis plusieurs générations. « Je n’étais pas encore né quand il y a eu cette catastrophe, explique-t-il, mais j’en ai bien sûr entendu parler dans ma famille, à l’école. Ma grand-mère, la mère de mon père, était vendeuse de tomates ici et elle était présente ce jour-là. Elle est morte avant ma naissance, donc elle n’a pas pu me raconter son histoire, mais mes parents m’en ont parlé. »
À la sortie du marché, on voit directement la piste de l’aéroport, lui aussi toujours là trente ans plus tard. Si l’on entend encore les décollages et les atterrissages, les avions de Ndolo ne survolent quasiment plus le marché. Depuis le crash, ils prennent la direction opposée vers le fleuve Congo. Quant aux nombreuses victimes de cette catastrophe, malgré des démarches, 30 ans après ce drame, elles disent ne pas avoir encore été indemnisées.