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Le milliardaire nigérian Aliko Dangote prévoit une nouvelle méga-raffinerie à Lamu, sur la côte est du Kenya. Le chantier a été lancé officiellement mercredi 30 septembre. Le coût est estimé à 16 milliards de dollars et la construction devrait s'achever en 2030 pour permettre à terme de traiter 700 000 barils de pétrole brut par jour. Le président du Kenya, William Ruto, en a largement fait la promotion, promettant la création de 60 000 emplois, directs et indirects, et l'émergence d'industries dérivées. Aliko Dangote a promis des formations pour 1 000 jeunes des communautés des alentours. Sur place, le projet est accueilli avec prudence, entre espoirs de développement et inquiétudes sur ses retombées.
De notre envoyée spéciale à Lamu,
Issa Timamy, le gouverneur du comté de Lamu au Kenya, a été le premier à se réjouir de la naissance de ce projet de raffinerie lors de la cérémonie de lancement du chantier, le 30 septembre : « Pendant de nombreuses années, Lamu a été présentée comme une région en marge. Un comté riche de son histoire, de sa culture et de ses ressources naturelles, mais trop souvent laissé en retrait du développement. Aujourd'hui, Lamu fait la Une de l'actualité internationale en tant que destination pour les investissements et que terre d'opportunités. »
Ce lancement a été suivi de près sur l'embarcadère animé de Mokowe, petite ville à une dizaine de kilomètres du port de Lamu, où la cérémonie a eu lieu. Dans cette région frontalière avec la Somalie, bien loin de la capitale, les promesses de développement font rêver Zion. Ce jeune de 27 ans dit gagner un peu d'argent en aidant les passagers à débarquer : « Pour l'instant, l'économie tourne au ralenti. Une fois la raffinerie en activité, elle va beaucoup se développer. Les gens viendront acheter des terrains, construire davantage de maisons et il y aura davantage de commerces. Nous aurons une grande ville dans le comté de Lamu ! »
Impact environnementalDonald, 27 ans aussi, perché sur sa moto-taxi, dit avoir postulé à deux reprises pour travailler dans le port, mis en activité en 2021, sans succès. Alors, il se montre plus prudent : « Nous ne savons pas exactement ce qui se passe, nous sommes simplement spectateurs. J'espère que tout le monde pourra participer au projet et, surtout, en tirer quelque chose. La vie est un peu difficile ici. Tout a augmenté. Nous faisons de notre mieux pour survivre. »
Le projet est aussi suivi de près sur l'île de Lamu, en face de Mokowe. Très prisée des touristes, qui apprécient sa tranquilité, les eaux de l'océan Indien bordées de mangrove et sa vieille ville, riche de la culture swahili. Mais des inquiétudes émergent sur les conséquences d'un tel projet sur cet écosystème marin et ces paysages paradisiaques. Jamil Mohamed Ali est président de l'association du tourisme sur l'île et lui-même directeur d'un hôtel : « L'industrie touristique est le pilier de l'île, tout tourne autour. Même si je crois à l'importance de transformer et créer de la valeur à partir de nos propres ressources, nous devons être extrêmement vigilants afin de ne pas détruire l'environnement et nos moyens de subsistance au nom des revenus supplémentaires que cette transformation de nos ressources pourrait générer. »
Le président William Ruto a affirmé, lors du lancement du chantier, que les impacts environnementaux et sociaux de la raffinerie feraient l'objet « d'une évaluation rigoureuse ».
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Huit ans après la promulgation du code minier en RDC, le gouvernement envisage une nouvelle réforme. Malgré la hausse de la production, soit plus de 3 millions de tonnes de cuivre et 220 000 tonnes de cobalt en 2025, l’État estime que les recettes minières restent en deçà du potentiel du secteur minier. À Lubumbashi et à Kolwezi, la société civile recommande notamment une réforme qui permette à l’État de mieux capter les recettes minières.
De notre correspondante à Lubumbashi,
Entre 2018 et 2022, par exemple, les recettes fiscales en RDC sont passées de quatre milliards de dollars à au moins 5,5 milliards selon le FMI. Mais pour les acteurs de la société civile, plusieurs défis restent à relever. « Le premier problème, c’est le nombre de taxes, impôts, droits et redevances que les entreprises doivent payer. On est autour de 60. Cela pose problème », pointe Fabien Mayani, chargé de programme au Centre Carter. C’est pourquoi la société civile propose de « diminuer le nombre d’instruments fiscaux » et aussi de « regarder l’utilité même de certains instruments ».
Au-delà des taxes, le régime fiscal d’exception dont bénéficie la société minière Sicomines, créée dans le cadre de l’accord RDC-Chine, pose aussi problème. Selon le ministère du Budget, ce régime fait perdre à l’État près d’un milliard de dollars par an. Pour Fabien Mayani, il faut y mettre fin car ce modèle particulier met en place des exonérations fiscales qui font perdre à l’État des recettes. « On a la même chose avec l’accord qui a été récemment signé avec les Américains, qui semble aussi créer des particularités vis-à-vis du code minier », souligne l’expert de l’industrie extractive. Il recommande donc que « tous les opérateurs miniers [soient] soumis au régime fiscal du code minier. »
Des difficultés de recouvrementLa société civile dénonce aussi les faiblesses dans le recouvrement de l’impôt sur les bénéfices excédentaires des sociétés minières, en période de hausse des prix. Cet impôt a généré 365 millions de dollars en 2022 contre 90,6 millions en 2023, soit une baisse de près de 25 %. Maître Jean Keba est membre de l’ONG Afrewatch : « Vous avez l’impôt sur le bénéfice excédentaire qui a été instauré en 2018, mais que l’État a des difficultés à recouvrer parce que la régie financière qui recouvre cet impôt n’a pas la maîtrise des études de faisabilité mises à jour par les entreprises redevables. »
Des études de faisabilité qui permettent d'évaluer la rentabilité de l'entreprise. Annie Tshibola, membre de la dynamique des femmes du secteur minier, plaide plutôt pour une redevance minière fixée en fonction du prix du minerai sur le marché, à l’image de la Zambie. Dans ce pays, « pour le cuivre, lorsque le prix est supérieur à 4,5 mille dollars par tonne, on applique le taux de 4 % de redevance. Quand le prix de la tonne va au-delà de 9 000, on applique le taux de 10 % », prend-elle pour exemple. Pour sa part, la Chambre des mines estime qu’il faut avant tout évaluer l’application de l’actuel code minier avant toute nouvelle réforme.
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Les tensions en mer Noire et les perturbations du détroit d'Ormuz font remonter les inquiétudes sur l'approvisionnement mondial en blé. Pour les pays africains, fortement dépendants des importations, la hausse des cours et surtout leur volatilité compliquent déjà les approvisionnements et ravivent le spectre d'une nouvelle crise alimentaire.
Le prix du blé a augmenté de plus de 20% depuis le début de l'année. À cette hausse des cours s'ajoutent l'augmentation des coûts du fret et des assurances, dans un contexte de tensions sur plusieurs routes commerciales stratégiques.
Cette hausse se répercute déjà sur les consommateurs africains. Pour Rémi Depoix, président de la société de négoce internationale Céréalis, spécialisée dans l'exportation de blé vers l'Afrique, le risque serait plus important encore en cas de rupture d'approvisionnement :
« Il y a un impact, bien sûr, pour les opérateurs économiques, mais aussi pour le consommateur. Parce que même si le prix du pain a parfois été bloqué/fixé dans les pays, le consommateur va le payer plus cher. Mais cela pourrait être plus grave s'il y avait vraiment des ruptures d'approvisionnement dans certains pays. Cela voudrait dire qu'il pourrait y avoir un manque de pain pour l'Égypte, pour l'Algérie ou pour d'autres pays qui en sont de grands consommateurs. Cela pourrait avoir des conséquences sociales extrêmement graves. »
Les minoteries africaines exposées à la volatilitéCéréalis a exporté quelque 900 000 tonnes de céréales vers le continent l'an dernier. Selon Rémi Depoix, les minoteries africaines sont particulièrement exposées aux fluctuations des prix, car elles achètent principalement au plus près du marché, plutôt que dans le cadre de contrats à long terme.
À cette dépendance aux importations s'ajoutent les difficultés des productions locales. La sécheresse a notamment affecté certaines récoltes africaines. Au Tchad, le gouvernement a interdit l'exportation de plusieurs céréales, dont le blé, afin de préserver les stocks disponibles.
Le ministre tchadien de l'Économie, Tahir Hamid Nguilin, se veut toutefois rassurant sur la situation du pays : « Nous avons énormément de terre. Le Tchad a fait autour de trois millions de tonnes de céréales par an. C'est le premier pays d'Afrique centrale en termes de production alimentaire vivrière en céréales. C'est pour dire le niveau. Nous pensons qu'on a un gap de 100 000 tonnes sur la production de cette année, en sachant que les deux années précédentes, nous avons eu quelque part une certaine surproduction. Nous n'avons pas de crainte à ce niveau. »
Des récoltes qui ne suffisent pas à réduire la dépendanceCertains pays d'Afrique du Nord ont enregistré de bonnes récoltes, à commencer par le Maroc, qui devrait produire environ neuf millions de tonnes de blé cette année. Mais cette récolte ne devrait pas modifier en profondeur les besoins du royaume en importations, estime l'économiste Abdelmalek Alaoui, président de l'Institut marocain d'intelligence stratégique :
« Bien qu'il y ait eu une campagne agricole importante l'an dernier, elle profite majoritairement aux industries exportatrices qui, elles, apportent des devises. Quant à la souveraineté alimentaire en matière de blé, le Maroc est structurellement déficitaire du fait des habitudes alimentaires des Marocains. Le Maroc est un importateur de blé tendre. Si les Marocains consommaient plus de blé dur, nous ne serions pas dans cette situation systémique de déficit. »
Le souvenir du choc de 2022 reste présent. Au début de la guerre en Ukraine, le prix du blé était passé d'environ 170 à 400 euros la tonne sur les marchés à terme. Les cours restent aujourd'hui très éloignés de ces niveaux. Mais le contexte logistique s'est de nouveau tendu, notamment autour des ports russes. Les exportations de blé de la Russie, premier fournisseur mondial, ont chuté à 347 000 tonnes en septembre, contre plus d'un million de tonnes de plus un an auparavant.
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Aux portes d’Antananarivo, à Madagascar, la région de l’Itasy abrite de nombreuses exploitations maraîchères familiales. Alors que la croissance démographique impose d’augmenter la production agricole, les sols souffrent de l’érosion et sont appauvris à long terme par l’utilisation d’engrais chimiques. Mais depuis près de dix ans, des milliers de paysans ont adopté un biofertilisant liquide dans leurs pratiques agricoles, ce qui a permis d’améliorer les rendements tout en préservant l’environnement.
De notre envoyé spécial de retour d'Itasy,
De l’ambiaty et du tanamasoandro sont disposés sur le sol en terre battue devant la maison de Fabienne Razafindraibe. « Ce sont des plantes bénéfiques pour la terre et elles poussent un peu partout aux alentours », explique-t-elle. Après avoir haché ces végétaux, l’agricultrice les verse dans un bassin rempli d’eau avec du fumier de zébu ramassé dans la localité.
« Le bassin doit avoir la meilleure exposition au soleil possible. On mélange tous les quatre jours et le biofertilisant est prêt au bout de 28 jours. On le sait car le liquide est vert et homogène et il ne s’en dégage plus de fortes odeurs », détaille l’agricultrice. À ce mélange, d’autres plantes aux facultés répulsives, comme la consoude ou le tephrosia, peuvent être ajoutées pour lutter contre les nuisibles.
La technique a été enseignée par l’ONG Agrisud à un réseau de 350 maîtres exploitants, des agriculteurs référents chargés de transmettre ensuite cette pratique innovante aux communautés paysannes locales. Environ 15 000 producteurs utilisent désormais le biofertilisant liquide dans la région de l’Itasy, explique Fetison Ramaly Andriamahitsy, chef de projet dans le cadre du programme Agriter : « La production des biofertilisants liquides est accessible à tous les producteurs parce qu’on n’a pas besoin de matériel sophistiqué. Les producteurs peuvent même utiliser des bidons jaunes comme récipients », souligne-t-il. Cette technique permet l’amélioration de la productivité avec une augmentation de 20 % des rendements, assure Fetison Ramaly Andriamahitsy.
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Amélioration des revenus, diversification des activitésL’usage des engrais chimiques ou des pesticides chimiques, nocifs pour la santé, rendait l’air irrespirable, se souvient Jean-Patrick Ramanandraibe. Les biofertilisants liquides, que ce paysan utilise désormais, sont particulièrement efficaces pour la culture d’haricots verts. Sur un terrain de 100 m² , il en récolte 250 à 300 kilos, contre 150 kilos auparavant.
« La terre produit plus, donc je gagne plus, étant donné que la majeure partie de la récolte est destinée à la vente. Je peux désormais nourrir correctement mes porcs et mes volailles, alors que ce n’était pas le cas auparavant. Les revenus supplémentaires m’ont permis d’investir pour améliorer mon activité d’élevage », témoigne-t-il.
Une diversification des activités économiques également bienvenue à l’heure où la croissance démographique réduit la taille moyenne des parcelles agricoles léguées par les parents à leurs enfants. L’Institut national de la statistique anticipe un doublement de la population malgache à l’horizon 2050.
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À Madagascar, l’érosion menace les terres agricoles et les revenus des paysans. Dans la région de l’Itasy, les pluies plus intenses accélèrent la dégradation des sols et l’ensablement des rizières. Agriculteurs et ONG tentent de restaurer ces terres et de préserver les activités qui en dépendent.
Aux portes d’Antananarivo, les champs de l’Itasy aménagés à flanc de colline sont de plus en plus exposés à des pluies intenses. Sur des terrains fragilisés par certaines pratiques agricoles, l’eau dévale les pentes et emporte progressivement la couche arable du sol. « Quand il n’y a plus cette partie arable, les 20 premiers centimètres du sol, toute la fertilité part avec ça. En dessous, on a un socle très dur, la texture ne permet plus d’avoir de bonnes productions », explique Ramarofidy Andriamirajo, coordinateur national de l’ONG Agrisud.
L’érosion provoque également l’ensablement des rizières et des zones fertiles situées en contrebas des versants. À Madagascar, les immenses ravines creusées dans les sols sont appelées « lavaka ». Elles sont devenues l’un des signes les plus visibles de la dégradation des terres.
Pour les agriculteurs, les conséquences sont directes. Hanitriniaina Fanomezantsoa a vu une grande partie de ses parcelles recouverte de sable. « Les trois quarts de mes terrains ont été envahis par le sable. Pendant cinq ans, je n’ai eu aucune récolte d’haricots, de pommes de terre et de riz. Certains habitants ont même déménagé à cause de ce problème, d’autres cherchent des sources de revenus complémentaires pour compenser le manque à gagner », raconte-t-il.
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Planter pour retenir les solsPour lutter contre le phénomène, 26 pépinières ont été installées dans la région dans le cadre du programme « Agriter ». Elles produisent notamment des acacias, des pins et du café robusta. « On cultive des plants d’acacias, de pinus et de café robusta. Ces espèces ont été sélectionnées pour leur capacité à freiner l’érosion du sol », explique Julienne Ramirantsoa, responsable de l’une de ces pépinières.
Les jeunes arbres sont ensuite plantés sur les terrains les plus dégradés. Plus de 1,5 million d’arbres ont ainsi été mis en terre dans la région. L’ONG Agrisud aménage également des courbes de niveau le long des versants afin de ralentir l’écoulement de l’eau. « Sur les lignes de courbes de niveau, on installe des plantes stabilisatrices du sol type vétiver, des ananas, des defrosia, des citronnelles… Et entre les lignes des courbes de niveau, c’est là que les producteurs vont installer les cultures vivrières », détaille Ramarofidy Andriamirajo.
À terme, ces aménagements doivent permettre de transformer progressivement les pentes en terrasses agricoles et de favoriser l’infiltration de l’eau dans les sols.
Un enjeu qui dépasse l’agricultureLa protection des bassins versants concerne bien plus que les seules parcelles agricoles. Dans l’Itasy, le lac du même nom est lui aussi menacé par l’ensablement.
Selon Agrisud, sans intervention, le lac pourrait être fortement affecté par le phénomène dans les prochaines décennies. Or il constitue une ressource importante pour l’économie locale : il attire des visiteurs venus notamment de la capitale et fait vivre pêcheurs et artisans.
Préserver les sols agricoles revient donc aussi à protéger l’ensemble de l’activité économique qui dépend de cet environnement.
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Comme l'Afrique du Sud et l'Égypte, le Sénégal a connu cette année une fréquentation accrue de la part des touristes français (+18 % en 2025-2026). Ils se sont reportés vers les destinations africaines, face aux risques liés à la guerre au Moyen-Orient. Mais avec un million et demi de touristes en 2025, le Sénégal est loin de son objectif de 2 millions et demi de visiteurs annuels. Face à l'essoufflement du tourisme balnéaire, le pays de la Téranga veut diversifier son offre et sa clientèle.
Dans le tourisme depuis plus de 40 ans, Boubacar Sabaly, directeur général de l'hôtel Bougainvillées à Saly-Portudal, sur la Petite Côte, au sud de Dakar, observe que beaucoup d'hébergements balnéaires ont fermé. « Dans notre zone, nous avons perdu 2 000 lits. Nous avons eu la fermeture de l'hôtel Aldiana, 300 chambres, la fermeture également du Domaine de Nianing, 300 chambres, liste ce professionnel de l'hôtellerie. Nous avons perdu deux hôtels Savana, 216 chambres. Nous avons perdu l'hôtel Teranga, 75 chambres. Nous avons perdu également l'hôtel L'Espadon… Ça fait beaucoup. »
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Plus d'immersion culturelleDiversifier l'offre touristique du Sénégal est impératif, reconnaît Malick Mbaye, le secrétaire général de l'Agence sénégalaise de promotion touristique, et c'est l'objectif des États généraux du tourisme, qui se poursuivront jusqu'à la fin de l'année. « Le Sénégal est malheureusement positionné comme une destination "soleil d'hiver balnéaire", alors que le potentiel culturel que nous avons est beaucoup plus important que ce que nous avons sur le balnéaire, martèle-t-il. Et c'est ça qui fait l'originalité d'une destination. Les touristes d'aujourd'hui cherchent des expériences aussi bien sur la culture que sur la nature. Le Sénégal a un potentiel très important. »
Le Sénégal cherche à mieux vendre ses rendez-vous culturels, Festival de jazz et Fanal de Saint-Louis, Biennale de Dakar, Festival des minorités, mais aussi à promouvoir l'immersion des touristes dans la culture et le mode de vie sénégalais. Et c'est ce qu'Oumy Sall, directrice de production de l'agence sénégalaise Sahel Découverte, veut proposer de plus en plus aux tour-opérateurs. « Nous faisons découvrir Saint-Louis à travers des programmes immersifs. Pendant le festival de jazz, c'est le développement économique, social, touristique et culturel de Saint-Louis. Il y a aussi les îles du Saloum, où nous avons la possibilité de faire des ateliers d'initiation aux foyers améliorés, de plantation de la mangrove, décrit-elle. En Casamance, on propose des ateliers dans les rizières ou des ateliers de transformation de la noix de cajou. Même à Saly, réputée station balnéaire, on a de l'immersion, avec des ateliers de batik sur la plage et on fait découvrir comment se passent les mariages. »
Jeunes de la diasporaEn recevant les Jeux olympiques de la jeunesse dans un peu plus d'un mois, le Sénégal veut prouver qu'il peut accueillir des événements d'ampleur et développer le tourisme d'affaires, mais aussi miser sur l'appétit culturel des nouvelles générations de la diaspora africaine, avec, en projet avec l'Unesco, une future scénographie ludique des grands héros d'Afrique au musée Théodore Monod de Dakar. Une plateforme numérique « Le Sénégal en un clic » devrait d'ici la fin de l'année rassembler toute l'offre touristique du pays et mobiliser les influenceurs.
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Au Cameroun, la direction générale des douanes a collecté entre avril et début septembre 2026 1,8 milliard de FCFA (environ 2,7 millions d’euros) de droits de douanes et taxes sur des téléphones, tablettes et terminaux numériques importés, grâce au nouveau mécanisme de collecte en vigueur. Avant l’entrée en vigueur de la réforme, le dédouanement des téléphones approvisionnait les caisses de l’État d’à peine 100 millions de francs par mois. Ce mécanisme fait grincer les dents chez certains importateurs alors que la douane dit poursuivre des objectifs fiscaux, sécuritaires et économiques.
Avec notre correspondant à Yaoundé,
Le lieu-dit avenue Kennedy à Yaoundé grouille de monde. C’est le principal point de vente des téléphones portables importés au Cameroun. Seydou, un importateur de téléphones d’occasion, dit avoir quelques soucis avec le nouveau mécanisme de déclaration et de dédouanement : « On importe les téléphones d’occasion qui sont vendus ici entre 20 000 et 25 000 francs CFA. Ils sont dédouanés à l’aéroport, mais les douaniers n’enregistrent pas leur numéro de série. Quand on les vend aux clients, ils reviennent nous dire qu’ils reçoivent tout le temps des messages qu’on va bloquer leurs téléphones. »
Depuis le 1er avril dernier, les prix des téléphones ont augmenté selon ce revendeur. « Les clients ne sont pas intéressés à acheter les téléphones non dédouanés, mais ils ne peuvent pas non plus payer le prix des téléphones dédouanés. Donc cela nous cause beaucoup de préjudices », témoigne Gérard Fontem. Ce dernier vend désormais ses téléphones plus chers, pour certains les prix ont presque doublé, passant de 45 000 à 85 000 francs CFA.
« Ceux qui estiment que le prix du téléphone a augmenté, ce sont ceux qui ne payaient pas »De 68 euros à 129 euros environ, pour Paul Olivier Libii, inspecteur principal des douanes et point focal de la réforme à la direction générale des douanes à Yaoundé, les importateurs sont loin d'être asphyxiés : « Ceux qui estiment que le prix du téléphone a augmenté, ce sont ceux qui ne payaient pas [leurs taxes], parce que pour ceux qui payaient sur la base de la valeur transactionnelle à 66 %, le prix du téléphone va plutôt diminuer. Mais ceux qui ne payaient pas utilisaient le droit de douane comme variable d'ajustement pour mettre à mal ceux qui payaient. Le nouveau mécanisme va venir mettre tout le monde au même niveau. »
Ce nouveau mécanisme n’est pas une nouvelle taxe, mais plutôt un nouveau système de collecte qui est fondé sur la digitalisation, soutient Paul Olivier Libii : « La valeur transactionnelle a été divisée par quatre, voire par sept. Nous avons huit catégories de collecte qui vont de 5 000 à 400 000 francs CFA. Ensuite le taux global est passé de 67 % à 33,33 %, donc ce sont des méthodes de facilité. » Environ cinq millions de téléphones échappaient encore au système, des téléphones qui seront retrouvés, promettent les services des douanes.
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Le commerce entre pays africains progresse, mais l’intégration économique du continent reste confrontée à un problème très concret : faire circuler les marchandises plus rapidement et à moindre coût. En Afrique de l’Ouest, le corridor Abidjan-Lagos permet de mesurer ces avancées. Les procédures se numérisent, les temps de passage diminuent à certains postes-frontières.
Plus de 1 000 kilomètres de route et plusieurs postes-frontières jalonnent cet axe stratégique, avec des temps de passage encore très variables. Malgré ces difficultés, les échanges intra-régionaux entre le Nigeria et la Côte d’Ivoire ont progressé de plus de 20 % l’an dernier. La progression est également marquée avec le Togo.
Des temps de traversée plus courts contribuent à rendre le corridor plus compétitif. « Plus qu’une route, c’est une colonne vertébrale », résume Youssouf Sangaré. Cet enseignant-chercheur travaille depuis 25 ans sur la digitalisation des corridors commerciaux. « Il concentre plus de 75 % des activités commerciales de la Cédéao et relie des aires majeures comme Abidjan, Accra, Lomé, Cotonou et Lagos. Nous sommes passés d'une vision purement infrastructurelle à une vision de corridors économiques intégrés ».
Le corridor Abidjan-Lagos représente une part majeure du commerce régional et constitue également un terrain d’expérimentation pour la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), notamment sur les règles d’origine et les tarifs préférentiels.
Les frontières restent le principal point de frictionPour Paul Akandé, chargé de programme à la Commission de la Cédéao, le corridor peut servir de modèle à l’échelle régionale. « La Cédéao, en tant qu’organisation régionale, facilite ce processus. Elle est en discussion sur le réseau routier qui relie Abidjan à Lagos, avec éventuellement une évolution vers le ferroviaire. Ce sont aussi ces initiatives qui permettent d’accélérer les échanges et le trafic entre les pays traversés par ce corridor. C’est donc un très bon modèle. »
Le principal obstacle à la compétitivité du corridor reste toutefois ce que les spécialistes appellent les « coûts de friction » : les dépenses supplémentaires, les pertes financières et les retards logistiques provoqués par les obstacles sur les routes et aux frontières.
Une récente étude menée par l’Organisation du Corridor Abidjan-Lagos (OCAL) montre que les temps de traversée observés sur une dizaine de postes-frontières vont de 2 à 47 heures. L’étude relève également la persistance de barrages routiers, notamment au Nigeria, ainsi que des paiements informels signalés par près des trois quarts des chauffeurs routiers interrogés.
De fortes disparités entre les postes-frontièresLa situation s’améliore néanmoins, estime Youssouf Sangaré, notamment grâce à la digitalisation des procédures : « Le système interconnecté de gestion des marchandises en transit de la Cédéao progresse. Les déclarations répétitives à chaque frontière, ce que j’appelle ici les coûts de friction, se réduisent. Un chargeur ivoirien n’a plus à tout recommencer à zéro à chaque poste-frontière, comme c’était le cas il y a dix ans. »
Mais l’interconnexion reste encore incomplète. À Noé-Elubo, entre la Côte d’Ivoire et le Ghana, la ressaisie manuelle des informations constitue toujours un point de friction. L’OCAL présente le poste de Noé-Elubo comme celui ayant enregistré la baisse la plus nette de son temps de passage : il serait passé d’environ 27 heures à 10 heures.
Les performances restent en revanche beaucoup plus contrastées ailleurs sur le corridor. C’est notamment le cas à Kraké, entre le Nigeria et le Bénin, ou encore à Kodjoviakopé, à la frontière entre le Togo et le Ghana.
Les investissements directs étrangers (IDE) reçus par un pays profitent-ils à son économie et à ses habitants ? Ce n'est en tout cas pas une évidence comme le montre l'exemple guinéen. La Guinée est arrivée en tête des IDE reçus l'année dernière, en Afrique. Le pays a reçu plus de 7,7 milliards de dollars, une somme essentiellement liée au lancement de la mine de fer de Simandou.
Le projet gigantesque de mine de fer de Simandou a connu une accélération en 2025 avant d'entrer en production en novembre. Mais l'achat d'équipement et les gros travaux de construction du chemin de fer et du terminal portuaire de Moribaya n'ont pas profité aux entreprises locales, explique Oumar Barry Totiya, directeur de l'Observatoire guinéen des mines et métaux : « Simandou, c'est surtout des acteurs étrangers qui ont capté ces investissements, la construction des rails et du port a bénéficié à des entreprises chinoises, les travaux d'ingénierie lourde dans la mine ont profité à des entreprises portugaises ».
Le secteur guinéen a hérité lui de quelques contrats de sous-traitance dans le domaine de la sécurité, de la restauration et de petits travaux de terrassement. Mais c'est loin d'être assez pour Chérif Mohamed Abdallah Haïdara, président du Groupe organisé des hommes d'affaires (GOHA) international : « Moi personnellement, je n'ai rien reçu, ni un marché, ni une proposition, ni un courrier d'invitation [à répondre à un marché], et je ne suis pas le seul. Nous invitons donc l'État à nous appuyer pour que les compagnies étrangères ne soient pas les seules à profiter. Nous ne les rejetons pas, mais si dans presque tous les domaines ce sont eux qui récupèrent les marchés, c'est compliqué »
Une économie nationale encore en retrait face à l’ampleur des investissementsTous les constats se rejoignent : la capacité de l'économie guinéenne à capter les investissements étrangers est encore trop faible. Le secteur bancaire est tout aussi concerné, explique l'économiste Bella Bah : « Si vous prenez les sept milliards de dollars d'investissements directs étrangers, à peine un milliard a été viré sur les comptes en Guinée. La Guinée est un pays qui vit de l'importation, avoir un important flux de devises nous permet de valoriser le franc guinéen et cela a un impact sur le prix des produits importés comme le riz, la farine et le sucre. »
Avoir suffisamment de devises permet notamment d'éviter tout retard de paiement, et de livraison, un facteur de stabilité des prix sur les marchés locaux. Bella Bah précise qu'il reste entre 13 et 15 milliards de dollars à investir dans le cadre du projet Simandou et espère qu'ils profiteront beaucoup plus à l'économie guinéenne.
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Le secrétaire d’État américain aux Affaires africaines, Franck Garcia, s’est rendu le 6 septembre dernier sur le chantier du futur aéroport international de Bishoftu, à une quarantaine de kilomètres d’Addis-Abeba. Une visite durant laquelle Washington a pu manifester son intérêt pour la méga-infrastructure, qui sera à terme le plus grand aéroport d’Afrique. L’occasion, aussi, de se positionner face au concurrent chinois.
De notre correspondante à Addis-Abeba,
Depuis la pose de la première pierre du futur aéroport en janvier 2026, les États-Unis et la Chine se livrent une bataille d’influence autour du financement du méga projet. Coût total estimé : plus de 12 milliards de dollars.
D’après Lema Mohamed, doctorant à l’université d’Ottawa et spécialiste des relations Chine-Afrique, Pékin, premier investisseur étranger en Éthiopie, a une longueur d’avance : « Ce n'est pas surprenant que la Chine soit en train de s'impliquer. Elle a déjà financé et construit beaucoup de projets. Aussi bien des projets d'infrastructures, mais aussi pour la transition énergétique, et aujourd'hui elle porte un discours sur les infrastructures digitales. Donc, l'implication de la Chine en Éthiopie est quand même bien ancrée. »
En avril, la Banque de Chine s’est entretenue avec Ethiopian Airlines et le ministère éthiopien des Finances. Des discussions similaires ont eu lieu un mois plus tôt, à Pékin, cette fois avec la Banque d'import-export et la Banque de développement de Chine. Mais les États-Unis, de leur côté, ne sont pas en reste, affirme Mesfin Tasew Bekele, PDG d’Ethiopian Airlines : « Le gouvernement des États-Unis nous a fait savoir qu'il soutenait ce projet », assure-t-il.
L'Éthiopie se positionne à l'international« La U.S. Development Finance Corporation (DFC) et l'Exim Bank ont également apporté leur soutien et ont commencé à travailler sur le dossier. Elles procèdent actuellement à l'évaluation du projet et à l'examen des études de faisabilité », poursuit le patron. Il affirme également que des banques commerciales américaines telles que JP Morgan et Citibank ont aussi commencé à travailler sur le projet d’aéroport. « L'intérêt des États-Unis est donc considérable », met en avant Mesfin Tasew Bekele.
Le département d’État américain a en effet confirmé à RFI « étudier la possibilité de soutenir le projet grâce aux instruments de financement du gouvernement ». Ce partenariat vise à prioriser une collaboration technique : le département d’État souligne que « les entreprises américaines sont synonymes de haute qualité et de normes de sécurité […] comme en témoignent les partenariats de longue date entre Ethiopian Airlines et Boeing ».
Pour Lema Mohamed, cette guerre commerciale montre la position stratégique d'Addis-Abeba à l'international. « L'importance de l'Éthiopie fait que tous ces pays voudraient quand même avoir leur mot à dire, si on peut le dire de la sorte, et prendre une place au sein du processus de développement du pays. Parce qu’il est certain que ne pas s'impliquer voudrait dire qu'on est en train de perdre du terrain », analyse le chercheur. D’autres pays ont manifesté leur intérêt pour l’aéroport. D’après Mesfin Tasew Bekele, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France se sont aussi positionnés.
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