La Cédéao a apporté son soutien au gazoduc Nigeria-Maroc, un projet long de 7 000 kilomètres lancé il y a près de dix ans. Destiné à alimenter 13 pays d'Afrique de l'Ouest en gaz avant d'approvisionner le Maroc et l'Europe, il doit entrer en service à partir de 2031. Reste un défi majeur : réunir les 25 milliards de dollars nécessaires à sa construction.
L'une des principales ambitions du gazoduc est de renforcer l'accès à l'énergie en Afrique de l'Ouest. La moitié des volumes transportés, soit environ 15 milliards de m3 de gaz par an, sera destinée aux 13 pays situés sur le tracé. L'autre moitié alimentera le Maroc, avant d'être exportée vers le marché européen.
Pour Amina Benkhadra, directrice générale de l'Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) du Maroc, cette double vocation est au cœur du projet. « Il longera 13 pays sur la côte africaine, depuis le Nigeria jusqu'au Maroc et sera connecté à l'Europe, à l'Espagne à travers le gazoduc Maghreb-Europe, qui est déjà en production aujourd'hui », explique-t-elle.
Une infrastructure pensée d'abord pour les besoins africains
Au-delà de l'exportation, les promoteurs présentent le gazoduc comme un levier de développement pour les économies de la région. L'objectif est d'offrir une énergie plus stable aux ménages mais aussi aux secteurs industriels, notamment les activités minières, particulièrement consommatrices d'électricité.
Pour Amina Benkhadra, cette disponibilité énergétique est un préalable à la croissance : « Beaucoup de pays sur le tracé ont besoin d'une énergie durable pour pouvoir assurer leur développement économique et social. Il y a plusieurs industries énergivores. Parlons par exemple des industries minières, qui ont besoin d'une énergie stable et durable comme le gaz. Et donc, c'est d'abord une énergie qui va être mise à leur disposition pour assurer le développement et la croissance dans leur pays. »
Le soutien affiché par les 13 États concernés s'explique aussi par leurs intérêts économiques. Les futurs producteurs de gaz, comme le Sénégal ou la Mauritanie, pourraient utiliser cette infrastructure pour exporter une partie de leur production.
Pour Francis Perrin, directeur de recherche à l'IRIS à Paris et chercheur associé au Policy Center for the New South à Rabat, l'accord politique de la Cédéao constitue une étape importante, sans pour autant garantir le succès du projet : « Quand l'idée de ce projet a été lancée par le Maroc et le Nigeria, qui sont les deux promoteurs principaux en 2016, ça pouvait apparaître comme un très beau rêve. La décision importante de la Cédéao ne veut pas dire que c'est gagné. Mais le projet a quand même avancé. Chacun des pays sur ce tracé a intérêt à ce que ce projet marche. C'est une base, ça permet d'avancer. Ce n'est pas une garantie absolue de succès, bien sûr. »
Le défi du financement
Le principal obstacle reste désormais financier. Construire près de 7 000 kilomètres de gazoduc représente un investissement estimé à 25 milliards de dollars. Selon Francis Perrin, le financement devrait associer des institutions internationales, des banques de développement, des agences de crédit à l'exportation et des investisseurs privés. La viabilité économique du projet dépendra avant tout de l'existence d'un marché capable d'absorber le gaz transporté.
« Il pourrait y avoir des institutions financières internationales type Banque mondiale qui a déjà commencé à être contacté par le Maroc et le Nigeria, des banques de développement. On peut penser évidemment à la Banque africaine de développement et aux banques européennes. Il y aura aussi des agences de crédit à l'exportation. Des contacts ont commencé avec la US Export Import Bank et évidemment, dernier point, des financeurs privés, c'est vraiment ce couple "marché-financement" qui fonctionne. Il n'y a pas de financement sans marché, et il n'y a pas de marché sans financement. »
À ses débuts, le projet avait même suscité l'intérêt du géant russe Gazprom, avant que la guerre en Ukraine ne rebatte les cartes géopolitiques. Les opérateurs nigérians et marocains visent désormais un lancement des travaux d'ici deux ans et les premières livraisons de gaz à partir de 2031.
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