Afrique économie

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  • Les déconvenues judiciaires de Shell suivies de près par le secteur pétro-gazier

    En Afrique du Sud, l’entreprise pétrolière britannique Shell a perdu, le mois dernier, ses droits d’exploration au large de la Wild Coast qui longe l’océan Indien. La Cour constitutionnelle, la plus haute juridiction du pays, a donné raison aux populations locales et aux ONG qui avaient lancé cette action en justice. La décision ne laisse pas le secteur pétro-gazier indifférent.

    Avec notre correspondante en Afrique du Sud,

    Cela fait 5 ans que la société civile s’oppose aux explorations sismiques prévues par le géant britannique. Après plusieurs recours, la Cour constitutionnelle a finalement tranché : les populations n’ont pas été correctement consultées et le juge Jody Kollapen a donc confirmé à Shell le retrait de son autorisation : « La consultation est une procédure censée permettre de respecter la dignité humaine, en faisant une place à la table des décisions à ceux dont la vie et les moyens de subsistance pourraient être affectés ».

    Shell prévoyait de créer des ondes sismiques grâce à l’envoi d’un navire équipé de canons à air, afin de pouvoir analyser la structure géologique du sous-sol marin. Ce qui n’était pas au goût des militants locaux tels que Nonhle Mbuthuma. « Nous, les populations côtières, dépendons de l’océan et continuons à pratiquer des méthodes de pêche traditionnelles. Mais au-delà de nos moyens de subsistance, nous avons aussi des droits culturels : en tant qu'habitants de la Wild Coast, nous croyons que nos ancêtres résident dans l’océan », explique-t-elle.

    L’affaire pourrait créer des remous dans tout le secteur, estime Otlotleng Mokgatle, analyste chez Control Risks : « L'une des conséquences de cette décision, c’est de renforcer le sentiment, notamment chez les investisseurs, que le secteur offshore sud-africain est exposé à un ensemble de risques, liés à un groupe d’acteurs très actifs et, disons-le, offensifs en Afrique du Sud ».

    Le bassin d'Orange toujours attractif

    Le groupe français TotalEnergies a déjà connu des déboires similaires lorsque la justice a annulé, en première instance en 2025, une autorisation environnementale pour un ensemble de blocs au large du Cap. Cependant le bassin d'Orange, à la frontière avec la Namibie plus au nord, est plein de promesses et pourrait continuer à aiguiser les appétits et ce malgré les risques judiciaires.

    « Je ne dirais pas que cela va nécessairement réduire l’attractivité de l’Afrique du Sud pour de futurs investissements dans le pétrole et le gaz, notamment parce que le potentiel géologique reste très important. Les investisseurs prennent ce potentiel en compte, tout comme ils prennent en compte les conditions fiscales, les infrastructures existantes dans le pays, ainsi que les incertitudes judiciaires suite à cette décision. Je pense donc que cela aura davantage un impact sur la prime de risque, mais cela ne devrait pas faire perdre au marché toute son attractivité », selon Otlotleng Mokgatle :

    Début août, un tribunal a rejeté la demande d’associations qui cherchaient à empêcher une campagne d’études sismiques dans le bassin d'Orange. Shell y maintient pour l’instant sa présence, tout comme TotalEnergies, qui fait cependant l’objet d’un nouveau recours autour d’une autorisation environnementale.

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  • Entre le Nigeria et le Ghana, la «crise de l’oignon» révèle les limites du libre-échange

    Ces derniers mois, plusieurs cargaisons d’oignons nigérians ont été saisies sur des marchés ghanéens par des commerçants locaux. En réponse, les négociants nigérians ont interrompu leurs exportations. En cause : un désaccord sur les règles de distribution sur les marchés ghanéens, avec en toile de fond la question des prix.

    Le Ghana est un marché crucial pour la filière nigériane : près de 100 000 tonnes d’oignons y sont exportées chaque année. Alors, lorsque des camions sont interceptés et que des centaines de tonnes d'oignons sont saisies sur le marché de Kotoka à Accra, la tension monte rapidement. C’est ce qui s’est produit à plusieurs reprises depuis le mois d’avril. Cela a conduit les acteurs du nord du Nigeria à suspendre les livraisons d’oignons vers le Ghana.

    Des oignons ghanéens moins compétitifs

    Car les Nigérians vendent les oignons sur le marché au prix qu’ils ont fixé… et c’est précisément ce qui ne passe pas auprès des commerçants ghanéens, explique David Olujinmi, analyste économique chez SBM Intelligence, basé à Lagos : « Ils estiment que les Nigérians arrivent avec leurs produits et font baisser les prix, parce que les oignons qu’ils vendent sont proposés à un prix bien moins élevé. Les oignons produits au Ghana ne sont donc pas compétitifs par rapport à ceux que les Nigérians apportent sur le marché ghanéen. » Un accord tacite a depuis été trouvé. Le différend est terminé, assure l’Association nigériane des producteurs, transformateurs et distributeurs d’oignons.

    À lire aussiLe Ghana souhaite industrialiser son agriculture avec l'aide de la Chine

    Mais pour David Olujinmi, cet épisode soulève des questions plus profondes sur le cadre du libre-échange interafricain : « L’excédent commercial du Nigeria avec l’Afrique de l’Ouest est gigantesque. Le Nigeria n’achète pas énormément aux autres pays, mais il leur vend beaucoup de produits. Notre monnaie est probablement la plus faible de la sous-région, cela rend nos produits plus compétitifs en termes de prix par rapport aux produits fabriqués dans ces pays. Mais le commerce doit fonctionner dans les deux sens, estime l'économiste. Les pays comme le Ghana commencent à subir des pressions politiques pour protéger leurs propres producteurs locaux. Et toutes ces pressions conduisent à certaines des situations que nous avons vues, comme ces restrictions informelles. »

    « Mieux appliquer les règles du libre-échange »

    Pour Paul Akande, chargé de programme pour le développement de l'aquaculture à la Commission de la Cédéao, le différend commercial entre le Nigeria et le Ghana ne nécessite pas la mise en place d’un nouvel accord. Les deux pays sont déjà liés par les mécanismes de libre-échange de l’organisation régionale. L’enjeu est plutôt de renforcer l’information auprès des acteurs économiques et de rappeler les règles existantes : « Il faudrait davantage de sensibilisation et d’information : rappeler que nous appartenons au même espace commercial et que nous avons le droit de commercer librement dans le cadre des mécanismes de libre-échange de la Cédéao. »

    Pour Pau Akande, cette sensibilisation doit concerner l’ensemble des acteurs de la chaîne commerciale. « Il faut que les exportateurs, les importateurs, les acheteurs et les vendeurs comprennent qu’ils doivent faire preuve de souplesse et de compréhension, souligne-t-il, parce que nous appartenons au même espace commercial et sommes liés par les mêmes accords de libre-échange. » 

    Cette question intervient alors que le commerce entre les pays d’Afrique de l’Ouest poursuit sa progression. Selon le dernier rapport de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), la région affichait un « taux d’échange intra-régional élevé de 76,1 % » l’année dernière. La banque souligne notamment le dynamisme de plusieurs corridors commerciaux, parmi lesquels celui reliant la Côte d’Ivoire et le Nigeria.

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  • À Madagascar, modéliser les impacts du changement climatique pour mieux planifier

    Inondations, glissements de terrains, cyclones ont des conséquences importantes sur les populations et les infrastructures. Dans ce contexte, la Global Risk Modelling Alliance, alliance de partenaires publics-privés, travaille sur le coût et l’impact du changement climatique. AXA Climate membre de cette alliance a, l’année dernière, réalisé une première phase de cartographie des risques à Madagascar. Elle vient de lancer une deuxième phase.

    La première phase d’analyse estime par exemple à 311 millions de dollars en 2050 le coût lié aux risques d’inondations. Plus généralement, ce sont les impacts de 8 grands aléas qui ont ainsi été étudiés. La deuxième phase va se concentrer plus précisément sur les risques liés aux inondations – aléas majeurs sur la Grande Île - et sur les déplacements de population affectés par les aléas climatiques.

    Des cartes et des projections nécessaires aux autorités, explique Herman Julot, le directeur de la planification stratégique au sein de la cellule de prévention et de Gestion des urgences auprès de la primature (CPGU) : « La connaissance des risques nous permet de bien identifier les activités à mettre en œuvre. Si on connaît avant l'impact potentiel causé par les aléas, on peut déjà se préparer face à ces impacts là, et on peut planifier les activités. On peut estimer les budgets alloués pour les activités à mettre en œuvre suivant les éventuelles ampleurs des aléas. »

    En plus de 400 cartes libres d’accès, des formations ont été délivrées auprès d’une centaine d’experts techniques dans les ministères de l’Agriculture, des Travaux publics ou encore chez des partenaires internationaux. « On les a vraiment formés à l'utilisation des cartes sur différents logiciels qui permettent de superposer les cartes d'aléas, donc, les zones cycloniques, les zones à risque d'inondation avec des cartes de bâtiments, d'infrastructures ou de populations pour identifier les zones prioritaires. Donc ça, ce sera très utile », détaille Eliot Pernet, spécialiste responsable adjoint de l’équipe du conseil au secteur public d’AXA Climate.

    « Stratification des risques »

    Une meilleure visibilité des risques qui doit permettre une meilleure planification mais également de prévoir les outils financiers pertinents. « Une fois que vous savez combien vous devez mobiliser en cas de cyclone, en cas d'inondation, en cas de sécheresse ; une fois que vous savez quelles sont vos zones principales à risque, vous pouvez effectivement décider de mettre une assurance ici, un fonds de réserve là, un crédit contingent ici », précise Eliot Pernet. Une stratégie appelée « stratification des risques », c’est-à-dire compenser les pertes selon leur type et leur gravité « avec différents instruments financiers ».

    Car le domaine de l’assurance est onéreux, et les autorités peuvent rencontrer plusieurs défis, détaille Herman Julot. Dans des contextes de budgets contraints, ces choix s’avèrent stratégiques : « Le plus gros défi, c’est premièrement le paiement de la prime et aussi assurer la célérité des décaissements. Puis la célérité de la mise en œuvre des activités s’il y a des décaissements. » La deuxième phase d’étude doit aider à mieux comprendre les conséquences macroéconomiques des aléas climatiques, notamment leurs effets directs et indirects sur l'économie de Madagascar.

    À lire aussiMadagascar: Amnesty dénonce l’inaction de l’État face aux migrations climatiques des Antandroy

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  • L'île Maurice mise sur de nouveaux investissements pour relancer sa filière thé

    À Maurice, la filière thé cherche un nouveau modèle pour rester compétitive et répondre aux habitudes de consommation locales. Après des décennies de recul face à la canne à sucre et une diminution du nombre de planteurs, de nouveaux acteurs veulent relancer la production grâce à la mécanisation, de nouvelles techniques de culture et une meilleure valorisation du thé mauricien.

    Avec notre correspondant à Port-Louis, Patrick Hilbert

    C’est du jamais vu à Maurice. Le conglomérat ER investit 3 millions d’euros sur six ans dans une nouvelle plantation de thé à Valetta, dans la région de Moka, au centre de l’île. L’objectif est ambitieux : étendre progressivement les plantations sur 500 arpents, soit 210 hectares, au cours des cinq prochaines années. ER veut notamment réduire la dépendance de l’île aux importations.

    Olivier Baissac, directeur général d’ER Agri Ltd., explique les ambitions du groupe : « Cela fait 40 ans qu'aucun investissement d'envergure n'a été fait dans le thé à Maurice. Si ER relance cette filière, c'est parce qu'elle a du sens au niveau agronomique et économique. Il faut savoir qu'aujourd'hui près de 30 % du thé consommé à Maurice est importé et notre ambition est de réduire cette dépendance et d’apporter de la valeur à nos terres agricoles. À ce jour, nous avons importé plus d’un million de boutures de cultivars kényans. Une trentaine d'hectares ont déjà été plantés. Les premiers théiers montrent une croissance très encourageante et notre première récolteuse arrivera en septembre avec une première récolte attendue début 2027 ».

    Miser sur les terres moins adaptées à la canne

    À Valetta, ER mise sur les caractéristiques du terrain. Les sols acides et le climat humide de la région sont moins favorables à la canne à sucre, mais particulièrement adaptés à la culture du thé. Le groupe ne souhaite toutefois pas développer uniquement ses propres plantations. Il prévoit également d’accompagner les petits planteurs : formation aux nouvelles méthodes de culture, fourniture de plants, aménagement des parcelles et accès aux machines de récolte. Cette offensive intervient dans un secteur où les investissements privés d’envergure sont devenus rares. Une situation qui contraste avec l’histoire de Bois Chéri, acteur historique de la filière depuis la fin du XIXᵉ siècle.

    Pour Charles Guimbeau, directeur général du Groupe Saint-Aubin, propriétaire de Bois Chéri, le potentiel du secteur reste réel. « À Bois Chéri, nous croyons profondément à l'avenir du thé mauricien. C'est une filière qui est historique dans le pays et qui fait partie de notre patrimoine. Mais il est vrai que le secteur aujourd'hui fait face à pas mal de défis, notamment le manque de main-d'œuvre qui devient de plus en plus important dans les champs, avec une population vieillissante notamment au niveau des planteurs », regrette-t-il. 

    Moderniser et monter en gamme

    Pour Bois Chéri, l’enjeu est donc également de moderniser la production. Mécanisation des plantations et des usines, nouveaux équipements, mais aussi montée en gamme : les acteurs historiques cherchent désormais à mieux valoriser le thé produit à Maurice assure Charles Guimbeau. « Nous souhaitons aussi produire un thé de meilleure qualité, qui valorise notre terroir, et nous souhaitons développer des thés à plus forte valeur ajoutée. D'ailleurs, à Bois Chéri, nous utilisons le thé aussi pour produire du iced tea, des biscuits, du satini », explique-t-il.

    Pour ER comme pour Bois Chéri, le pari est donc le même : transformer une filière vieillissante en une activité agricole plus moderne, mécanisée et rentable. Reste à savoir si l’arrivée d’un nouvel investisseur de cette envergure permettra de créer un véritable écosystème autour du thé à Maurice, et surtout de relancer durablement une production qui ne couvre plus l’ensemble de la consommation locale.

    À lire aussiMaurice veut diversifier l’usage de la canne à sucre

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  • La Côte d’Ivoire veut faire tomber les barrières du commerce vers l’Europe

    Exporter vers l’Europe fait rêver de nombreuses entreprises ivoiriennes. Mais entre les normes, les certifications, les exigences de qualité et les difficultés d’accès au financement, peu parviennent à franchir le pas. Un an après sa création, la Chambre ivoirienne de commerce et d’industrie Côte d’Ivoire-Europe veut faire tomber ces barrières.  

    De notre correspondant à Abidjan,

    Yelen'Art fait partie des entreprises ivoiriennes qui ont réussi à conquérir le marché européen. Spécialisée dans les bijoux artisanaux haut de gamme, la marque est aujourd’hui présente à Bruxelles et à Paris, près de dix ans après sa création. « Les produits Yelen'Art accèdent au marché européen à travers des représentations via des boutiques ou concept stores qui sont intéressés par promouvoir du made in Africa, explique Stéphanie Nabo-Lehou, sa fondatrice. On exporte une qualité de produit, on exporte un savoir-faire. On souhaite devenir une marque de luxe de référence à travers le monde. » 

    Avec plus de 400 millions de consommateurs, l’Europe représente un marché important pour les entreprises ivoiriennes. Mangues séchées, noix de cajou ou dérivés du cacao y trouvent déjà leur place. Mais exporter suppose aussi de répondre à des normes strictes et de garantir la régularité des approvisionnements. Un défi auquel s’ajoute la question du financement. « Vous n’êtes pas producteur, vous êtes exportateur, vous avez donc besoin d’acheter les produits pour les expédier, souligne Mobio Marc Loba, conseiller technique à Côte d’Ivoire Export. Et quelques fois, il y a un problème de financement à l’exportation. Il y a le problème de régularité pour respecter les commandes : il ne s’agit pas de faire une opération et puis de disparaître. Il y a la nécessité que les entreprises ivoiriennes se mettent à niveau. »

    À lire aussiCôte d’Ivoire: début de la campagne de cacao, la carte du producteur devient obligatoire

    Formalités administratives complexes

    Pour aider les entreprises à braver ces obstacles, la Chambre ivoirienne de commerce et d’industrie Côte d’Ivoire-Europe mise sur l’accompagnement et la mise en relation avec des partenaires. « Certaines entreprises veulent pouvoir participer à des foires, à des salons en Europe, mais elles sont souvent confrontées à des problématiques administratives, souligne son président, Issiaka Abdou. La Chambre de commerce étant basée en Europe, elle a la possibilité de représenter ces structures africaines auprès de leurs partenaires pour pouvoir assurer un continuum d’activité. » 

    Pendant ce temps, le marché ivoirien s’ouvre progressivement aux produits européens. Dans le cadre d’un accord de partenariat économique, certains bénéficient d’une suppression progressive des droits de douane jusqu’en 2029. Pour les entreprises ivoiriennes, l’enjeu est désormais de se mettre à niveau pour tirer, elles aussi, profit de cette ouverture.

    À écouter dans Éco d'ici, éco d'ailleursEurope - Afrique : vers une nouvelle relation économique ?

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  • Le boom de la Bourse de Casablanca [5/5]

    L'indice de la place casablancaise a connu un boom ces dernières années. Des performances à peine remises en cause par la crise au Moyen-Orient puisque le MASI (Moroccan All Shares Index) devrait poursuivre sa croissance en 2026. À l'origine de ce climat d'euphorie : le retour des petits porteurs et évidemment la perspective de la Coupe du monde 2030, co-organisée par le Maroc.

    Avec notre correspondant à Casablanca,

    Il y a un an, le 18 juillet 2025, le cap des 100 milliards de dollars de capitalisation était franchi. Une première historique pour la Bourse de Casablanca. « Tout cela est dû au chantier de la Coupe du monde de 2030, et aussi parce qu'aujourd'hui, il y a un intérêt particulier d'entreprises qui viennent lever des fonds. La Bourse, aujourd'hui, a aussi un objectif : atteindre une introduction en bourse par mois », détaille Mohammed Jadri, économiste spécialisé en éducation financière.

    Avec une croissance du PIB de près de 5% attendue pour 2026 au Maroc, les perspectives économiques sont toujours aussi bonnes. « Jusqu'à peu, il n'y avait que des gros investisseurs. Aujourd'hui, on voit des particuliers, des fonctionnaires, des salariés du secteur privé. Donc ça montre qu'il y a un intérêt », poursuit-il.

    Ce qui a effectivement permis à la Bourse de Casablanca de battre des records, c'est notamment le retour des petits porteurs comme Jalal, un chef de projet snior dans l'informatique. « La Bourse de Casablanca a traversé plusieurs périodes difficiles. Il y a eu d'abord le retrait de la quote de plusieurs grandes sociétés, puis la crise du Covid. Le contexte s'est amélioré petit à petit, surtout après l'annonce de l'organisation de la Coupe du monde 2030. Donc tout cela a renforcé l'optimisme », témoigne-t-il. Les investisseurs particuliers représentent environ 30% des transactions.

    Casablanca au 2e rang des places financières africaines

    Investir en bourse n'a jamais été aussi simple et ludique. Les petits porteurs passent désormais par des plateformes de trading. Jalal partage ses espoirs : « Au-delà de la Coupe du monde, j'espère surtout que cette dynamique permettra d'attirer davantage d'entreprises en bourse, de développer le marché d'actions marocain. En tant qu'investisseur, c'est ça qui m'intéresse, c'est avoir plus d'opportunités d'investissement. »

    Après deux années de forte progression, la place casablancaise est entrée dans une phase de consolidation. Depuis le début de l'année, l'indice MASI affiche ainsi un recul d'environ 5% dû en grande partie à la guerre au Moyen-Orient. « L'année dernière, on a craint qu'à un moment donné, la Bourse rentre dans une bulle spéculative. Mais avec cette guerre, en fin de compte, il y a eu quelques points positifs pour le marché financier et le marché boursier de manière spécifique », analyse encore Mohammed Jadri. Casablanca est désormais au deuxième rang des places financières africaines en valeur, encore loin néanmoins de Johannesburg, à la capitalisation dix fois supérieure.

    À lire aussiEn Éthiopie, les débuts timides de la nouvelle Ethiopian Securities Exchange [4/5]

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  • En Éthiopie, les débuts timides de la nouvelle Ethiopian Securities Exchange [4/5]

    L'Ethiopian Securities Exchange (ESX) – la bourse d'Éthiopie – a été lancée en 2025. C'est la plus jeune bourse d'Afrique. Plus qu'une étape, le lancement de l'ESX a marqué « la naissance d'une nouvelle Éthiopie », d'après son directeur, Tilahun Kassahun. Elle concrétise aussi le virage libéral engagé par le Premier ministre Abiy Ahmed depuis son arrivée au pouvoir en 2018.

    Avec notre correspondante à Addis-Abeba,

    Le 10 janvier 2025 marque un tournant pour l'Éthiopie. Ce jour-là, l'ESX prend ses quartiers dans un immeuble cossu du quartier d'Arada, au centre d'Addis-Abeba. Le pays retrouve ainsi une bourse de valeurs, supprimée par le régime communiste du Derg en 1974. Pour les entreprises éthiopiennes, c'est une bonne nouvelle, estime Abreham Tesfaye, analyste indépendant spécialiste du secteur bancaire : « La bourse facilite l'accès aux capitaux, notamment à long terme, pour les startups et autres entreprises opérant sur le marché. Ces entreprises étaient auparavant dépendantes des prêts bancaires à court terme. »

    Pour Berhane Teame, économiste spécialiste des marchés financiers, l'ESX constitue aussi un atout pour le gouvernement. « Dans cette nouvelle bourse, il existe un marché pour les bons du Trésor : les bons du Trésor d'État. Donc n'importe qui, comme moi, peut en acheter et en vendre, ce qui permet ainsi au gouvernement de mobiliser des fonds pour subvenir à ses besoins », explique-t-il.

    Cinq entreprises cotées

    La création d'une bourse en Éthiopie illustre la volonté d'Abiy Ahmed de libéraliser l'économie, en rupture avec le modèle de « l'État développementiste », en place de 1991 à 2018. En 2024, le Premier ministre a ainsi ouvert le marché bancaire aux banques étrangères, une première. Le lancement de l'ESX s'inscrit donc dans une réforme en profondeur de l'économie éthiopienne, même si les résultats peinent encore à se concrétiser. « ​​​​​​​À ce jour, seules cinq entreprises sont entrées en bourse, et huit courtiers. Il y a donc plus de courtiers que de biens à vendre. Mais dans un sens, c'est normal, car cela est tout nouveau. Le nombre d'entreprises inscrites va finir par augmenter », se veut optimiste Berhane Teame.

    Pour Abreham Tesfaye, le manque d'informations constitue l'un des freins au développement de l'ESX. « ​​​​​​​Il est nécessaire de mieux informer les investisseurs, et l'ESX et l'Autorité des marchés financiers doivent redoubler d'efforts. Il s'agit notamment de comprendre le fonctionnement de l'ESX, les services proposés par les banques d'investissement, etc. Ces termes des marchés financiers doivent être parfaitement maîtrisés par les investisseurs qui souhaitent utiliser la plateforme », juge cet expert. Le 8 juillet, quatre sociétés éthiopiennes ont obtenu l'approbation de principe pour être cotées à l'ESX, élargissant ainsi le nombre d'émetteurs potentiels. L'objectif est fixé à 90 entreprises cotées d'ici dix ans.

    À lire aussiBRVM, la bourse solidaire de l'Afrique de l'Ouest [2/5]

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  • BRVM, la bourse solidaire de l’Afrique de l’Ouest [2/5]

    La Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) est l’institution boursière de l’Afrique de l’Ouest. Une bourse pour huit pays. Voici déjà ce qui en fait sa particularité. Surtout, elle est devenue au fil du temps une source de financement essentielle pour les États de l’UEMOA.

    Au sein de la BRVM, aujourd’hui, seules une cinquantaine de sociétés sont cotées. En réalité ce sont les États de la région qui utilisent vraiment l’outil que représente cette bourse. Ange Ponou, analyste chez Sika Finance : « J'ai un compartiment obligataire qui permet aux États de lever énormément de ressources puisque les entreprises n’y vont pas très souvent. Donc dans ce compartiment obligataire, il y a le compartiment du marché des titres publics qui est très animé et qui finance aujourd'hui l'essentiel des déficits budgétaires des États ».

    Aujourd’hui par exemple, le Sénégal peut difficilement se positionner pour emprunter sur les marchés internationaux. Il s’est donc largement tourné vers la BRVM. Au premier trimestre, Dakar a levé plus de 1 000 milliards de francs CFA. Une progression de près de 200 % par rapport à la même période l'année dernière. « C'est important dans un contexte où le Sénégal a des difficultés pour avoir des financements privés ou des financements bilatéraux ou multilatéraux. Dans le contexte de la dette, le Sénégal est aujourd'hui considéré comme un pays surendetté et donc qui doit réduire sa dette. Donc soit en en payant et en évitant d'accumuler de nouvelles dettes ou bien en restructurant. Donc on verra bien ce qui va être fait. Et donc l'État trouve en la BRVM une solution pour sortir des difficultés actuelles », analyse Moubarak Lô, économiste sénégalais.

    En 2025, 5 milliards d'euros pour l'AES

    Et malgré les tensions politiques, les financements restent possibles. Les pays de l’AES qui ont quitté la structure politique de la Cédéao continuent de se financer grâce à la BRVM. « En 2025, par exemple, ces trois États ont levé plus de 3 000 milliards de francs CFA. Ça fait environ 5 milliards d'euros. C'est énorme et ce n’est quand même pas une part non négligeable du budget 2025 voté par le Parlement de ces pays », précise Ange Ponou.

    Et de poursuivre : « C’est l’un des avantages du marché financier régional aujourd'hui. Imaginez un seul instant que le Burkina, le Mali et le Niger ne fassent pas partie de ce marché aujourd'hui. Quelle serait leur situation ? Ça va être beaucoup plus compliqué aujourd'hui de lever du financement. La région, l'UEMOA, c'est véritablement une bouée de sauvetage pour ces trois États ». Une solidarité dans la dette qui inquiète certains pays de la région. Un des défis de la BRVM pour les années à venir : attirer plus d’acteurs privés pour densifier le marché des actions.

    À lire aussiÀ la Johannesburg Stock Exchange, des innovations financières aux objectifs environnementaux

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  • À la Johannesburg Stock Exchange, des innovations financières aux objectifs environnementaux [1/5]

    L’Afrique du Sud possède la plus grande place financière du continent africain avec sa Johannesburg Stock Exchange (JSE). Quelques 400 entreprises cotées, une capitalisation de 1 500 milliards de dollars, et de nouveaux produits qui voient régulièrement le jour. C’est le cas de cette nouvelle obligation verte, indexée sur des résultats environnementaux. Lancée en avril, elle doit lutter contre des plantes invasives qui colonisent les bassins versants autour du Cap.

    De notre correspondante à Johannesburg,

    Sur le parvis de la Johannesburg Stock Exchange (JSE), trône une statue contemporaine d’un combat entre un ours et un taureau, des animaux qui représentent, dans le monde financier, les cours à la hausse et à la baisse. « Nous nous trouvons au cœur du quartier d'affaires de Sandton, décrit Maurice Madiba, le directeur des marchés primaires, sur la rue Maude, que j’aime bien surnommer la "Wall Street" d’Afrique. »

    Dans le hall d’entrée, des écrans affichent les fluctuations des marchés et une corne de koudou repose sur un socle : elle retentit à chaque entrée en Bourse d’une entreprise. Mais Maurice Madiba est là pour présenter une nouvelle sorte de produit, afin d’améliorer les obligations vertes déjà existantes : des obligations liées aux résultats. « Les obligations traditionnelles rapportent un certain taux d’intérêt, d’un montant fixe chaque année. Mais ici, on établit un taux d’intérêt minimal, et si l’initiative financée est une réussite, les investisseurs empochent en plus un coupon de performance », explique-t-il.

    Et pour ce premier essai, les 2,5 milliards de rands (environ 134 millions d’euros) émis sur 5 ans par l’une des banques du pays auprès d’investisseurs doivent servir à nettoyer les zones de captage d’eau dans la région du Cap de toutes les plantes invasives qui épuisent les ressources. « La ville du Cap a besoin d’eau, et elle est prête à payer. Elle s'engage à rémunérer les gains en eau auprès de l’organisme qui nettoie. Plus le volume d’eau qui s'écoule vers l'aval est important, plus le projet génère de revenus, et plus les intérêts versés peuvent être élevés », détaille Maurice Madiba.

    À écouter dans Grand reportageFace au changement climatique, Le Cap peut-il montrer la voie?

    « Veut-on vraiment que le secteur privé fasse des profits sur une crise qu’il a aidé à créer ? »

    Ces travaux d’élimination des plantes invasives, dont les résultats seront mesurés régulièrement par des experts indépendants, sont menés par l’ONG internationale The Nature Conservancy. « Jusqu’à présent, les investissements étaient insuffisants. Et on parle de financements innovants depuis des années, mais nous n'avions pas encore réussi à quantifier les bénéfices apportés par la nature. Cette approche nous fait passer d'un financement traditionnel, par projet et à court terme, à un modèle de long terme, capable de changer d’échelle », analyse Louise Stafford, la directrice locale de l’ONG.

    Mais le chercheur en économie politique à l’Université de Johannesburg (UJ) Patrick Bond met en garde, de façon globale, contre cette financiarisation de la protection de l’environnement. « Veut-on vraiment que le secteur privé fasse des profits sur une crise qu’il a aidé à créer ? Laisser des banquiers résoudre cette crise alors qu’ils ne sont même pas capables de maîtriser l'instabilité de leurs propres marchés, c’est de la folie », s’inquiète-t-il. Si ce produit financier est considéré comme une réussite, d’autres obligations de ce type pourraient suivre selon les acteurs du secteur.

    À lire aussiComment déceler (et contrecarrer) l'écoblanchiment?

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  • L'industrie musicale africaine: au Cap-Vert, la musique au cœur de l’économie nationale [10/10]

    L’économie du Cap-Vert est dominée par le tourisme, qui représente près d’un quart de son PIB. Les visiteurs sont attirés par les plages, les randonnées et la faune du pays, mais aussi… par sa musique. S'il s'agit d'un vecteur d’attractivité important pour le pays, le développement de l’industrie musicale n’y est pourtant pas si simple. Les producteurs bataillent pour dépasser l’isolement de l’archipel.

    Consacrer 5% du PIB au secteur culturel, telle est la volonté des autorités. Un objectif difficile à atteindre avec la crise. Les producteurs de musique, notamment José Da Silva, le manageur de Cesaria Évora, ont de leur côté créé un écosystème particulier car, comme dans le monde entier, l’économie de la musique a été bouleversée. Priorité : faire jouer les artistes en concert. « Les artistes aujourd'hui vivent pratiquement que de la scène. Ce que rapportent les disques, c'est vraiment très peu en musique traditionnelle. Donc, on les fait connaître sur scène et ça permet de voir quels titres bougent le plus. Et à partir de là de produire », explique-t-il.

    Selon le ministère de l’Économie, un quart des emplois au Cap-Vert découle de l’industrie de la musique, mais peu de travailleurs sont déclarés. Et au pays de Cesaria Évora, les artistes, comme le guitariste et arrangeur Hernani Almeida, 30 ans de carrière internationale, rencontrent toujours des difficultés pour trouver des financements. « C'est plus facile de faire des productions, parce qu'on a déjà des studios. C'est toujours le problème de l'argent. C'est très difficile de trouver des sponsors au Cap-Vert », regrette-t-il.

    À lire aussiAtlantic Music Expo: la musique comme arme diplomatique au Cap-vert

    « On ne mixe pas au Cap-Vert la musique urbaine »

    José Da Silva estime qu’il faut injecter entre 15 000 et 20 000 euros pour produire un disque de musique traditionnelle. Les attentes, les goûts du public ont aussi évolué, la production des styles comme la morna, qui ont fait connaitre l’archipel, est devenue un véritable défi : « Actuellement, en musique traditionnelle, c'est un vrai combat parce qu’on a de moins en moins d'écoute, de moins en moins de gens qui sont emballés, souligne-t-il. Il faut vraiment que le titre de musique traditionnelle soit très très fort pour qu’il intéresse un public plus large. »

    L’avenir du secteur passera donc par les musiques urbaines, de plus en plus populaires au Cap-Vert. Un marché porteur mais totalement nouveau avec ses propres règles, estime José Da Silva. « On ne mixe pas au Cap-Vert la musique urbaine, parce que je pense qu'on n'a pas la technologie qu'il faut. Donc on l'envoie pour la mixer à Lisbonne ou à Paris. Derrière, on lance la production du clip et voilà, on a un titre prêt à être lancé. C'est quelque chose de beaucoup plus simple et qui prend moins de temps souvent que la musique traditionnelle », poursuit-il. Les autorités gardent en tout cas leur ambition de mettre la musique au cœur du développement. En mai dernier, un accord a été signé avec l’Union africaine pour faire du pays la capitale africaine de la culture en 2028.

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