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Les banques africaines sont de plus en plus nombreuses à s'implanter sur la place financière parisienne. Si le Brexit a accéléré l'arrivée de certains établissements, le retrait progressif de banques françaises du continent africain crée aussi de nouvelles opportunités pour ces acteurs, qui cherchent à faire fructifier les entreprises entre l'Europe et l'Afrique.
First Bank of Nigeria, Ecobank, BGFI Bank… Une dizaine de banques africaines sont aujourd'hui présentes à Paris. Parmi les plus récentes, Access Bank, qui a ouvert une succursale il y a quatre ans, via sa filiale britannique. Après le Brexit, disposer d'une présence au sein de l'Union européenne était devenu indispensable, explique Justin Maria, directeur de la succursale parisienne de The Access Bank UK : « Il y a eu un choix politique d'attirer un maximum de banques en France, comparativement à d'autres places importantes en Europe, et notamment celle de Francfort. Paris a quand même un rôle pivot sur ce redéploiement en Europe pour des groupes bancaires installés en Angleterre ».
Les clients d'Access Bank en France sont principalement des entreprises qui commercent avec l'Afrique ou y investissent. Pour Justin Maria, l'essor des banques africaines en Europe s'explique également par le retrait progressif de plusieurs banques françaises du continent : « La nature a horreur du vide. Si vous retirez une banque française d'Afrique subsaharienne, vous avez une banque d'Afrique subsaharienne qui va racheter cette filiale. La Société Générale s'est retirée du Cameroun très récemment. La Société Générale, depuis Paris, à travers sa filiale camerounaise, avait une vraie connaissance du marché camerounais. Aujourd'hui, elle se retire. Je ne dis pas qu'elle a perdu sa connaissance du marché en quelques semaines, mais les banques africaines qui sont à Paris ont au moins une meilleure connaissance que Société Générale sur le marché camerounais ».
« Pas encore une déferlante »Pour ces établissements, le retrait des banques françaises représente une opportunité de récupérer progressivement une partie de leur clientèle. Mais le phénomène ne doit pas être surestimé, estime Benoît Chervalier, président Afrique de Business Europe : « Ce n'est pas non plus une déferlante dans le sens où toutes les banques africaines ne vont pas être présentes à la fois sur la place européenne et sur la place de Paris. Quand on regarde dans le détail, on voit que la majeure partie de ces banques sont des bureaux de représentation. Elles ne peuvent pas exercer d'activités bancaires en propre et ne sont pas régies sous le statut d'établissement de crédit, même si certaines franchissent ce pas ».
United Bank for Africa pourrait prochainement rejoindre ce cercle restreint. Présente à Paris depuis 2009, la banque du milliardaire nigérian Tony Elumelu est en attente de l'agrément des autorités françaises en tant qu'établissement de crédit. Elle deviendrait alors la troisième banque africaine à obtenir ce statut en France.
À lire aussiIntelcia: comment le géant marocain des centres d'appels s'est imposé en France [3/5]
De Casablanca aux Ardennes, Intelcia a fait de la France un marché clé de son développement. Le géant marocain de l'externalisation y emploie aujourd'hui près de 3 500 personnes et mise sur l'intelligence artificielle pour accompagner, plutôt que remplacer, ses salariés.
Avec 800 millions d'euros de chiffre d'affaires et une présence dans une vingtaine de pays, Intelcia est aujourd'hui l'un des leaders mondiaux de l'outsourcing, l'externalisation de services comme la relation client ou la gestion d'infrastructures informatiques. Après dix ans sous le contrôle du groupe français Altice, l'entreprise est revenue entre les mains de ses dirigeants historiques marocains. « Aujourd'hui, 100 % de l'entreprise est détenue par ses managers », affirme Karim Bernoussi, le directeur général.
Créée à Casablanca par des ingénieurs marocains, Intelcia s'adressait d'abord au marché français depuis ses centres d'appels installés au Maroc. Mais pour poursuivre sa croissance, le groupe décide en 2011 de s'implanter directement en France. « On s'est dit qu'il fallait être proche des clients français, explique Karim Bernoussi, on ne pouvait pas faire que de l'offshore, on ne pouvait pas produire pour ses clients qu'au Maroc ou en Afrique subsaharienne, il fallait être présent sur le marché. En 2011, on a eu l'opportunité de faire l'acquisition d'un acteur qui avait à peu près 1 000 collaborateurs sur quatre sites en France. Et ça nous a permis d'un coup, en 2011, d'avoir une vraie présence en France. »
Aujourd'hui, Intelcia emploie près de 3 500 personnes dans l'Hexagone. Le groupe travaille aussi bien pour des administrations, comme France Travail, que pour de grandes entreprises privées. Il est notamment le premier employeur du département des Ardennes.
« L'avenir se fait avec un combo IA et humain »L'an dernier, Intelcia a toutefois été visée par des accusations sur les conditions de travail de certains salariés. Une question écrite à l'Assemblée nationale évoquait notamment « des humiliations quotidiennes, des convocations publiques » et « une précarité organisée ». Des critiques rejetées par Karim Bernoussi : « On est dans un secteur dans lequel, si vous ne traitez pas vos salariés avec transparence, si vous ne mettez pas en place un climat de confiance, vous ne pouvez pas performer puisque notre première richesse, ce sont nos employés. Nous avons un regard très important sur la manière dont nos salariés sont employés, dont ils sont traités et sur la façon dont on les fait grandir. »
L'autre défi du secteur est désormais l'essor de l'intelligence artificielle, qui transforme rapidement le fonctionnement des centres d'appels. Pour Karim Bernoussi, cette évolution ne remet pas en cause les emplois en France.
« L'avenir se fait avec un combo IA et humain. Aujourd'hui, l'IA va permettre à nos agents de travailler de manière beaucoup plus efficace. Lorsque vous demandez un nouveau code pour une carte de crédit, vous n'avez pas besoin d'un humain pour vous le donner. En revanche, tout contact avec un client est une opportunité pour les marques de faire passer un message ou de réaliser des ventes. Et ça, le meilleur moyen de le faire, c'est avec l'humain. »
Selon une étude du cabinet américain Gartner, près d'un tiers des responsables de services clients ont déjà engagé ou prévoient des réductions d'effectifs liées à l'intelligence artificielle d'ici l'année prochaine. L'Organisation internationale du travail estime toutefois que la transformation des tâches est plus probable que la disparition complète des emplois.
À lire aussiCes entreprises africaines qui investissent en France: Creativo El Matador, le pari d'un transformateur nigérian [2/5]
Deuxième épisode de notre série consacrée aux entreprises africaines qui investissent en France avec la nigériane Creativo El Matador, spécialisée dans la transformation de matières premières agricoles et qui voit dans l'Hexagone de nouvelles opportunités de croissance.
L'objectif de Creativo El Matador est de raccourcir les circuits commerciaux entre l'Afrique et l'Europe. Pour son directeur général, Adebowale Adeyeye, il est temps de mettre fin à un modèle où les matières premières africaines sont transformées en Asie avant d'être commercialisées sur le marché européen.
« Il est nécessaire de renforcer notre relation directe avec la France, de rompre avec ce commerce triangulaire et de réfléchir à la manière dont nous pouvons créer de la valeur à la fois localement et en France, pour des produits consommés en France mais issus d’Afrique. C’est la stratégie que nous mettons en œuvre. Avec le cacao, la noix de cajou, la gomme arabique, ou le gingembre. Notre objectif, c'est de réduire les délais de transport et de transit, de maximiser la création de valeur, et de permettre aux consommateurs d’accéder à des produits de la meilleure qualité, au meilleur prix », explique-t-il.
Pour concrétiser cette stratégie, l'entreprise a ouvert un bureau à Paris afin de partir à la conquête du marché européen. Pour Adebowale Adeyeye, la France s'est imposée naturellement. « La France entretient des relations historiques très fortes avec l’Afrique. De nombreux pays africains sont francophones et d’anciennes colonies françaises, ce qui explique la solidité de ces liens. Je suis d’origine nigériane et j’ai grandi entouré de pays francophones. La France dispose d’une politique africaine très affirmée. Son intérêt pour l’Afrique, ainsi que son engagement en matière d’investissement et de développement du continent, sont également des raisons qui ont motivé notre décision. »
Un entrepôt puis une usine près de MarseilleLe bureau français de Creativo El Matador doit créer 24 emplois en trois ans. L'entreprise est accompagnée par Business France. Pour Nicole Blazik, directrice des projets d'investissements internationaux de l'agence, basée à Johannesburg, cette implantation s'inscrit dans une stratégie de développement classique :
« Il veut être entre les deux continents, il veut exporter ses produits, vendre en Europe et également sourcer des produits européens et français pour les faire revenir en Afrique. Souvent, les entreprises commencent avec un bureau commercial et ensuite elles veulent enchaîner avec une unité de production. Exactement ce que Creativo El Matador va faire ».
Longtemps considérée comme un frein, la barrière de la langue n'est plus un obstacle, sourit Adebowale Adeyeye. Et l'accent du sud de la France non plus… Creativo El Matador vient d'acquérir un terrain près de Marseille où seront construits un entrepôt et une usine de transformation, dont la mise en service est prévue d'ici la fin de l'année.
À lire aussiCes entreprises africaines qui investissent en France: la pharma sud-africaine Aspen [1/5]
Les entreprises africaines sont encore peu nombreuses à investir en France, mais certaines y développent des activités industrielles. Premier volet de notre série consacrée à ces investissements avec le laboratoire sud-africain Aspen, qui a fait de son usine normande l'un de ses principaux sites de production en Europe.
Douze ans après le rachat d'une usine à Notre-Dame-de-Bondeville, près de Rouen, le groupe pharmaceutique sud-africain Aspen continue d'investir en France. Le site produit notamment des anticoagulants injectables et des seringues destinés aux marchés français et européen.
« Nous avons acquis en France une usine qui fabriquait déjà des médicaments très importants : des anticoagulants injectables, explique Stavros Nicolaou, directeur exécutif d'Aspen, pour qui la France est devenue un marché stratégique. Au total, nos investissements, avant et après le Covid, dépassent largement les 200 millions d'euros. Nous sommes le plus important investisseur africain en France. C'est un marché majeur pour nous. »
Avec près de 700 salariés en France, Aspen fait figure d'exception. Les entreprises africaines qui investissent dans l'industrie française restent rares. Mais, selon Stavros Nicolaou, les mentalités évoluent progressivement. « Je pense justement qu'il faut casser cette image. Beaucoup de gens associent encore les entreprises africaines à des demandes d'aide ou de soutien financier, souligne-t-il. Aspen démontre exactement le contraire. Nous avons investi massivement en Europe, non seulement en France, mais aussi en Allemagne et aux Pays-Bas. D'habitude ce sont les présidents africains qui appellent les dirigeants européens pour demander des médicaments essentiels, mais pendant le Covid, c'étaient les Premiers ministres français et italien qui nous téléphonaient pour nous demander de mettre ces médicaments à leur disposition. »
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Une vitrine internationalePour Stanislas Zézé, économiste ivoirien et président de Bloomfield Investment Corporation, ces implantations répondent moins à une logique commerciale qu'à une stratégie de crédibilité internationale. « Les profits les plus élevés sont en Afrique, les besoins les plus élevés sont en Afrique. Donc, évidemment, c'est dans une logique de croissance, analyse l'économiste. Ça n'a pas beaucoup de sens parce que la croissance dans les pays développés est très faible. Je ne sais pas pourquoi on irait chercher la croissance en Europe pendant qu'on vient d'un continent où il y a le plus de croissance. C'est surtout une logique d'avoir une stature internationale et de dire : "Je suis en France, je suis aux États-Unis." Mais le plus gros de leur chiffre d'affaires se fait en Afrique, et c'est tout à fait normal. »
Cette présence africaine en France reste toutefois limitée. En 2024, les investissements en provenance du continent ont représenté 39 projets, à l'origine de 593 créations d'emplois dans l'Hexagone.
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En Tunisie, l'été symbolise le retour des Tunisiens résidant à l'étranger qui viennent passer des vacances dans le pays. Leur retour est synonyme d'un apport en devises conséquent pour le pays : près de 7,8 milliards de dinars (environ 2,3 milliards d'euros) selon la Banque centrale tunisienne. Les professionnels travaillant sur la migration et la diaspora aimeraient cependant mieux capitaliser sur les échanges entre les deux pays, afin que la Tunisie soit plus qu'un pays de vacances.
De notre correspondante à Tunis,
Face à une population européenne vieillissante, la Tunisie est un vivier de compétences pour le travail saisonnier. C'est ce que démontre Hélène Hammouda, chef du projet TAM, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui explique qu'il existe des contrats adaptés. « C'est le cas du contrat saisonnier, qui permet à une même personne de partir six mois par an en France, mais de garder sa résidence et sa vie en Tunisie. C'est le cas aussi du contrat jeune professionnel, qui offre un accès facilité au marché du travail français, ajoute-t-elle. La contrepartie, c'est l'obligation de retour. Les autres contrats existants n'impliquent pas forcément le retour. »
Actuellement, environ 10 000 professionnels circulent entre la Tunisie et la France, et l'Office français de l'immigration et de l'intégration a choisi de travailler avec les secteurs dans lesquels la mobilité n'est pas encore installée et pour lesquels il n'y a pas encore de parcours balisé : « Nous avons fait ce choix parce qu'on pense qu'il y a de la demande, d'un côté, et qu'il y a des compétences de l'autre. Donc nous avons dans l'idée de travailler sur le secteur "transport et logistique". Et dans les métiers du soin, nous travaillons avec la partie tunisienne sur la mobilité des aides-soignants. »
Face au chômage qui touche près d'un tiers des jeunes diplômés, l'option du travail à l'étranger fait aussi partie des programmes de l'Agence nationale pour l'emploi et le travail indépendant (ANETI). « La Tunisie a mis en place plusieurs accords de partenariat cadre avec plusieurs pays, à savoir l'Italie, la France, l'Allemagne et dernièrement la Libye », précise Hatem Dahmen, directeur général de cette agence, qui s'occupe de plus de 200 000 demandeurs d'emploi.
Législation sur le télétravail plus soupleDe l'autre côté de la rive, en France, les travailleurs tunisiens déjà installés dans l'Hexagone souhaiteraient eux bénéficier de plus de flexibilité, pour garder un pied dans les deux pays et investir en Tunisie. Cela pourrait passer par une législation plus souple sur le télétravail, selon Walid Belhaj Amor, membre du conseil d'administration de l'Association tunisienne des grandes écoles (ATUGE) : « Beaucoup d'entreprises ont adopté le télétravail en Europe, mais il n'y a pas d'accord transfrontalier sur le télétravail. Nous, ce qu'on dit, c'est qu'aujourd'hui, dans le cadre de la politique de voisinage, il serait utile d'envisager un cadre du télétravail entre la Tunisie et la France, la Tunisie et l'Europe. »
Cette mobilité des compétences est encore très entravée par des contraintes administratives et fiscales en Tunisie, malgré l'apport qu'elle représente pour le pays, aussi bien sur le plan financier que professionnel.
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Le Gabon, qui fait face à une chute de sa production pétrolière, mise désormais sur l'exploitation minière. Les annonces se sont succédé ces derniers mois, avec des engagements financiers de plusieurs centaines de millions de dollars. Des travaux de recherche et d'exploration sont en cours dans plusieurs provinces du pays et d'ici à 2030, le pays pourrait devenir un des leaders mondiaux de la production des minerais.
Avec notre correspondant à Libreville,
Sept mois après son arrivée à la tête du ministère des Mines du Gabon, Sosthène Nguema Nguema dit sentir un frémissement en passe de faire de l'exploitation minière le nouveau moteur de l'économie gabonaise actuellement dépendante des recettes pétrolières. « Nous avons identifié et fait une programmation par rapport à l'ouverture de plusieurs mines entre 2026 et 2030. Dans cette fourchette, il a été identifié à peu près huit mines qui pourront voir le jour. Donc on aura la mine de Milingui pour le fer, la mine de la potasse, la mine d'Etéké pour l'or, la mine de Baniaka pour le fer. On a la mine de Mébaga, pour le fer également. Et on a la mine de M'Bilan pour le fer », détaille le ministre.
L'ouverture des nouvelles exploitations créera naturellement des milliers d'emplois. Le ministre projette surtout une croissance à deux chiffres dans le secteur. « Nous sommes à hauteur de 6% aujourd'hui et nous envisageons de relever ce pourcentage dans les mois et les années qui suivent pour essayer de franchir la barre de 15-20% », précise Sosthène Nguema Nguema.
Espoirs de retombées économiquesTout cela est possible, mais l'économiste Orphée Mouelé, formé à l'université Omar Bongo, pose le préalable du développement des infrastructures. « D'un point de vue technique, le succès repose sur plusieurs facteurs essentiels : la construction des infrastructures de transport, des routes, des chemins de fer, des ports, des ponts pour pouvoir acheminer correctement les minerais. Ensuite, le renforcement des capacités de production énergétique. L'énergie est fondamentale », assure l'expert.
L'ONG Éthique et bonne gouvernance salue les perspectives économiques du secteur minier. Cependant, le docteur Edmiaune Zouga, sa présidente, espère un réel impact social de ces futures exploitations. « Le plus important pour nous, c'est l'impact social. Il faudrait que cela touche, booste le citoyen lambda. Il faudrait que le Gabonais ressente cet impact économique dans son assiette », espère-t-elle. En parallèle avec sa politique d'exploitation massive de ses minerais, le gouvernement impulse une nouvelle politique de transformation locale de ses matières premières pour créer plus de richesses et d'emplois dans le pays.
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Après quatre années florissantes, où ils ont atteint en moyenne trois milliards de dollars par an, les investissements étrangers au Sénégal (IDE) ont chuté à 37 millions de dollars en 2025, comme le pointe le rapport annuel de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced). S'agit-il de la fin d'un cycle massif d'investissements, ou d'une frilosité vis-à-vis du gouvernement et de sa politique financière ?
L'effondrement des investissements est avant tout conjoncturel : les grands projets pétroliers et gaziers de Sangomar et de Grand Tortue ont entraîné un afflux de financements ces dernières années, mais le gros de ces investissements est terminé. L'heure est maintenant à la production.
Le Sénégal aurait pu cependant recevoir beaucoup plus que les 37 millions de dollars comptabilisés en 2025, estime Moubarak Lo, ancien conseiller économique de la primature, aujourd'hui consultant : « Le Sénégal peut, de manière structurelle, maintenir trois à cinq milliards de dollars par an [d'investissements], mais cela suppose une promotion active de l'économie. Or, le pays n'a pas de réseau de promotion des investissements à l'étranger, contrairement à d'autres pays. On fait des roadshows mais ça ne suffit pas. On ne peut pas se limiter à attendre, il faut être proactif, on sait le faire pour l'investissement en portefeuille dans les titres d'État ou les bons du Trésor ou les obligations, mais on ne sait pas le faire pour les investissements directs et c'est cet aggiornamento qu'il faut faire. »
Manque de visibilitéL'endettement colossal du Sénégal – dette évaluée à 132% du PIB fin 2024 par le FMI – pourrait, sur le papier, agir comme un repoussoir. Mais dans les faits, il n'y a pas de raison qu'elle pèse sur les investisseurs privés, selon l'expert sénégalais. Justin Maria, directeur France d'Access Bank, confirme que la dette n'est pas un argument. Il cite à titre d'exemple la France, qui attire des investisseurs privés malgré sa dette publique de 3 500 milliards d'euros.
Pour lui, c'est l'absence de visibilité qui peut inquiéter : « Le Sénégal est devenu un pays à risque. Pas tant sur les fondamentaux à long terme, car personne n'a de boule de cristal ; par contre, à court terme, on n'a pas de vision sur l'état des finances publiques, l'état des liquidités, c'est ce qui bloque les investisseurs. »
« On peut redresser la barre l'année prochaine »Moubarak Lo réfute le qualificatif de pays à risque et pense que le Sénégal a les moyens de retrouver très vite son attractivité, même si le Fonds monétaire international, qui a suspendu son programme fin 2024, est toujours en discussion avec Dakar.
« Aujourd'hui, le pays a une vingtaine ou une trentaine de projets d'envergure. Il faut prendre chaque projet, aller voir les cinq ou six entreprises clés au niveau mondial et convaincre l'une d'elles d'investir dans le pays. On peut redresser la barre dès cette année, ou plus certainement en 2027, le Sénégal », assure l'économiste.
Contrairement au Sénégal, d'autres pays ont vu leurs investissements directs augmenter l'année dernière. La Guinée arrive en tête, avec plus de 7 700 millions de dollars reçus en 2025, selon le rapport de la Cnuced.
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En RDC, dès le 1ᵉʳ août 2026, les sociétés minières sont censées céder 10 % de leur capital social aux nationaux, selon les révisions du Code minier de 2018. Cette réforme vise à renforcer l’actionnariat congolais dans le secteur minier considéré comme le plus stratégique, car il contribue à près de 50 % aux recettes de l'État. Le moratoire du ministère des Mines a expiré le 31 juillet. Cependant, cette réforme soulève des interrogations.
Avec notre correspondante à Lubumbashi,
Désormais, 5 % du capital social des sociétés minières doivent revenir à des personnes physiques congolaises et 5 % aux travailleurs des entreprises. Le Code minier impose que les nationaux détiennent au total 10 % du capital social. Et les sociétés avaient jusqu’à la fin du mois de juillet pour se conformer à la loi. « Cette disposition est l’une des mesures phares de la révision du Code minier de 2018. Le problème, c'est son application. Il faut reconnaître que dans le contexte de corruption généralisée comme on le connaît aujourd’hui, comment appliquer une telle mesure ? », s’interroge Léonide Mupepe, chercheur spécialiste du secteur minier.
Parmi les bénéficiaires de cette réforme, il y a des employés des sociétés minières. Cependant, les mécanismes d’application ne sont pas encore connus, s’inquiètent les organisations syndicales. « Notre préoccupation, c'est de savoir comment cela pourra être appliqué et quelles sont les dispositions pratiques qui peuvent être prises en cas de rupture de contrat ? Doit-on distribuer à chaque agent une part sociale qui lui reviendra de droit même s'il quitte l'entreprise ? », questionne de son côté Kapenga Kandolo, le secrétaire général adjoint du syndicat Conscience des travailleurs et paysans du Congo (CTC).
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Assurer la transparence de la répartition des partsLe coût des actions suscite aussi des inquiétudes. Jean-Pierre Okenda, un acteur de la société civile basé à Kinshasa, craint que l’ouverture du capital ne profite qu’aux personnes politiquement influentes. « Le capital minimum d'une société minière aujourd'hui représente quand même 40 % du coût du projet », rappelle l’expert. 10 % de cette somme représentent donc un montant particulièrement important. « C’est ce qui, pour moi, logiquement va bloquer. Les parts réservées aux Congolais peuvent être accaparées par l’élite politique ou l'élite proche du pouvoir », alerte-t-il.
D’autres acteurs de la société civile exigent de l’État congolais plus de transparence en mettant en place un registre des propriétaires effectifs des sociétés minières et en prévenant ainsi le recours aux sociétés écran. « Si 10 % du capital doivent être détenus par des Congolais, le registre permettra justement de vérifier qui en sont les véritables bénéficiaires, d'éviter les prête-noms et de renforcer la transparence », met en avant Murielle Mwambay, membre de l’ONG La sentinelle des ressources naturelles. Au ministère des Mines, un projet de décret portant sur les mécanismes d’application de l’actionnariat congolais est en cours d’élaboration.
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Une première phase de financement pour les 800 km de route entre Douala, au Cameroun, et Bangui, en République centrafricaine. Elle vient d'être annoncée par la Banque mondiale et se monte à 425 millions de USD. Le début des travaux sur ce tronçon communément appelé corridor économique Douala-Bangui est fixé pour l’an prochain. 80 % des produits vers la RCA, et 70 % vers le Tchad transitent par cet axe aujourd'hui en mauvais état.
De notre correspondant à Yaoundé,
L’aménagement du corridor économique Douala-Bangui est censé moderniser et automatiser les opérations de pesage et aussi réduire les délais de transport des marchandises entre les deux pays. « Il y aura un dispositif de présélection installé sur la voie et ce sont les véhicules qui sont soupçonnés d’être en surcharge qui vont se faire peser à la station, et de manière automatique. Les amendes, s’il y en a, vont être enregistrées et le reçu directement imprimé », explique Donnat Takueté, directeur général des études au ministère des Travaux publics.
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Il faut aujourd'hui compter de 9 à 12 jours pour parcourir 1400 km entre Douala au Cameroun et Bangui en RCA. Le mauvais état de la route y est pour beaucoup. Les tracasseries administratives aussi en raison notamment des 17 postes de contrôle informels, selon la Banque mondiale. L’institution va donc concentrer les premiers financements sur le Cameroun. « Pour la première phase de financement, le Cameroun va bénéficier d’un montant de 425 millions de dollars, il va aussi bénéficier à la Centrafrique pour un montant de 90 millions de dollars et à la Cemac, via un appui régional pour préparer les phases ultérieures de ce projet », détaille Anne-Cécile Souhaid, directrice de la division région Afrique de l’Ouest et du Centre de la Banque mondiale.
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Un projet de plusieurs années
Côté Cameroun, il est question de reconstruire des routes et d'en réhabiliter d’autres pour fluidifier le trafic entre Douala et la RCA. Emmanuel Nganou Djoumessi, ministre des Travaux publics, énumère les tronçons concernés : « Reconstruction de la route Yaoundé-Douala de 215 km, réhabilitation de la section Yaoundé-Bonis-Ayos de 332 km et réhabilitation de la section Bonis-Bertoua, soit un programme de mise à niveau de 800 km de routes, un programme conçu pour croiser les attentes de l’économie ».
L’aménagement du corridor économique Douala-Bangui s’étendra sur plusieurs années et devrait créer 2 000 à 4 000 emplois directs et indirects.
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Après plus de quinze jours de coupures d'électricité liées au délestage pendant la canicule, les pertes s'accumulent en Tunisie. Restaurants, usines et petits entrepreneurs font face à des dégâts matériels et à des arrêts de production, tandis que le coût économique reste encore difficile à chiffrer.
Dans un café de Tunis, Nadia Sassi prend une pause après un rendez-vous à la banque. Cette apicultrice a vu son atelier partir en fumée après des coupures d'électricité à répétition. Elle a perdu l'ensemble de son matériel ainsi que ses stocks de cire d'abeille.
« Vous avez l'atelier où je fais le miel et la partie où je fabrique des produits à base de cire, des bougies, etc. Tout est en bois. Avec les coupures qui interviennent 10 à 20 fois par jour, cela a créé une surchauffe sur le circuit électrique. Comme il faisait déjà très chaud, tout a pris feu dans la nuit. J'ai tout perdu », raconte-t-elle.
Ancienne vitrine du programme public d'aide aux jeunes entrepreneuses Raidat, Nadia Sassi se retrouve désormais à négocier un report de ses échéances de crédit, faute de pouvoir relancer sa production.
« J'ai sept familles qui travaillent avec moi. Je viens à Tunis pour connaître les procédures afin d'obtenir une indemnisation de la STEG, la Société tunisienne de l'électricité et du gaz. Mais l'assurance ne couvre pas tout et, de toute façon, cela va prendre beaucoup de temps. C'est pour cela que j'ai demandé un report du paiement de mon crédit », explique-t-elle.
Des pertes dans l'agroalimentaire et l'industrieNadia Sassi est loin d'être un cas isolé. Selon les organisations professionnelles, près de 13 % de la production nationale de volailles ont été perdus. Certaines boulangeries n'ont pas pu cuire leur pain pendant plusieurs jours. D'après l'UTICA, l'Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat, 70 % des restaurants ont été touchés et entre 400 et 500 tonnes de viande ont dû être détruites faute de respect de la chaîne du froid. Dans le textile, les usines ont enregistré jusqu'à 55 heures d'arrêt en une semaine, avec des dommages sur certains équipements.
Les autorités n'ont pas encore publié d'estimation globale des pertes économiques. Pour l'expert en énergie Sami Ben Rejeb, les opérations de délestage auraient toutefois pu être mieux anticipées : « La population tunisienne n'est pas habituée à ce genre de coupures. C'est la première fois que cela arrive, donc même les mécanismes de réaction ne sont pas prêts. »
En déficit énergétique, la Tunisie importe du gaz algérien pour alimenter une partie de ses centrales électriques. Elle dépend également des importations d'électricité en provenance de l'Algérie, qui couvrent environ 13 % de ses besoins. Une dépendance qui montre aujourd'hui ses limites, selon Sami Ben Rejeb : « S'il n'y avait pas eu cette canicule, nous aurions pu continuer à importer d'Algérie comme d'habitude ou augmenter un peu la production de nos centrales. Mais avec une baisse de 20 % de notre capacité de production, une demande en forte hausse et l'impossibilité d'importer davantage depuis l'Algérie, les coupures étaient inévitables. »
L'Algérie a elle aussi été confrontée à une forte vague de chaleur et à un pic historique de consommation électrique. Une importante panne survenue le 12 juillet a affecté une partie de son réseau, également interconnecté avec celui de la Tunisie.
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