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  • En Zambie, à qui profite la richesse minière?

    En Zambie, dans la province de la Copperbelt, se trouvent d'immenses réserves de cuivre et d’autres minerais de la transition, essentiels pour la fabrication des batteries électriques. Une région stratégique pour toutes les grandes puissances mondiales qui souhaitent s’accaparer ces minerais et pour la Zambie qui espère tirer profit de ces ressources pour sortir de son endettement évalué à environ 30 milliards de dollars en 2024. Le président sortant, Hakainde Hichilema, candidat à sa propre succession, a ainsi fait une promesse de campagne : tripler la production de cuivre pour renflouer les caisses d’un État déclaré en faillite en 2021. Mais sur place, le constat est amer.

    De notre envoyé spécial à Chingola,

    Pour répondre à la question que vous rapportent les mines de cuivre ? Eugene Mulanga de la fondation Caritas nous emmène au bord de la rivière Kafue : « C’est ici à Chingola que la pollution des mines est la plus importante, dénonce-t-il. Pollution de la rivière et de ses rives mais également pollution du sol. C’est pour ça que la plupart des agriculteurs sont affectés, ainsi que la faune et la vie aquatique. Je crois que c’est le pire endroit de Zambie tant la pollution est répandue. »

    Depuis des années, des entreprises minières rejettent illégalement leurs résidus dans la rivière. Et le bilan est désastreux. Tout est contaminé aux métaux lourds. La rivière et les poissons bien sûr, mais également les sols, l’air et même l’eau du robinet. Une catastrophe écologique, sanitaire et économique qui fait enrager Felix Chipoya, directeur de l’Alliance territoriale, une ONG locale. « Quand les sols sont contaminés, cela signifie que les agriculteurs doivent utiliser davantage d’engrais. Or ces engrais sont de plus en plus chers et les petits producteurs ne peuvent pas les acheter. Tout ça pourquoi ? Parce que les sols sont pollués. Donc, les agriculteurs s’enfoncent dans la pauvreté. Ce n’est pas ça le développement », s’irrite-t-il. 

    À lire aussiEn Afrique, la course aux minerais stratégiques bat son plein sur la «ceinture de cuivre»

    Pour une « situation gagnant-gagnant »

    C’est tout le paradoxe de la Copperbelt. Une région extrêmement riche dont la population reste très pauvre. Car ces immenses réserves de cuivre, exploitées par des multinationales étrangères, n’ont pas permis son développement. « Le premier objectif des investisseurs, c’est de faire des profits. Mais, de la même façon qu’ils font des profits, nous aussi, les Zambiens, nous devons en tirer des bénéfices », insiste Felix Chipoya.  

    En 2022, près de 65 % de la population zambienne vivait avec moins de 2 dollars par jour. Pour redresser la situation, l’actuel président Hakainde Hichilema, candidat à sa propre succession lors de la prochaine élection présidentielle d'août 2026, souhaite tripler la production de cuivre du pays. Encore faut-il que cette future manne financière profite réellement au pays. « Nous pensons qu’il est tout à fait possible d’arriver à une situation gagnant-gagnant, plaide Eugene Mulanga. D’autant plus que le cuivre, le cobalt et tous ces minerais sont très recherchés dans le monde. Nous aimerions que le gouvernement adopte une autre approche, en taxant davantage l’industrie minière ». Pour les habitants de la Copperbelt, il est temps que les mines de cuivre leur apportent autre chose que la pollution. 

    À écouter dans Grand reportageZambie : dans la Copperbelt, des minerais et des larmes

    3 min
  • Le potentiel inexploité de la culture des algues en Afrique

    Et si la lutte contre l'insécurité alimentaire en Afrique passait par la culture et la consommation d'algues ? C'est une ressource abondante, facile à cultiver, peu consommatrice d'énergie, riche en protéines et en fibres et pourtant largement sous-exploitée. Certains pays du continent font tout de même office de précurseurs.

    À lire aussiMadagascar: à la recherche d'une souche 100% malgache pour booster la culture de l'algue

     

     

     

    3 min
  • Au Gabon, l'iboga, une opportunité dans la lutte contre la dépendance aux opiacés

    Le Gabon souhaite tirer bénéfice d’un regain d’intérêt international pour l’iboga, dans le cadre de la lutte contre la dépendance aux opiacés, en particulier aux États-Unis. Les autorités ont récemment renforcé le cadre légal de l’exploitation de cet arbuste endémique symbolique du pays, car associé aux rites traditionnels. Ses promoteurs espèrent la formation d’une véritable filière pour contrer le marché noir.

    De notre envoyé spécial de retour de Libreville,

    Ulysse Bekale est aménagiste au village Grand Bolokoboué, près du Cap Esterias, un projet de développement agricole de l’ONG gabonaise Initiative-développement-recherche-conseil (IDRC Africa) qui inclut l’iboga en plus du maraîchage et d’un élevage avicole. « C'est notre patrimoine, nous devons le protéger », plaide-t-il. Mais il déplore l’exploitation de l’iboga par des étrangers sans réel profit pour le Gabon. « Pourquoi on ne le transforme pas chez nous ? Nous pouvons dupliquer et faire de ça un médicament national », suggère-t-il. Lui-même a le projet d’étendre les plantations d’iboga sur cinq hectares.

    La transformation, Yoan Mboussou l’a déjà entamée. « Gélules d'écorce râpée, on fait des chocolats à base d'iboga, on fait des liqueurs à base d'iboga et tout ça, ça s'appelle le Mayay », détaille le médecin qui tente de développer les produits dérivés de l’iboga qu’il conçoit dans son laboratoire. Il loue le potentiel économique des plantes traditionnelles du Gabon. « C'est en faisant d'abord la promotion des méthodes thérapeutiques, en créant des centres justement où les personnes pourront venir expérimenter la prise d'iboga dans un cadre sécurisé. Il faut que le Gabon arrive à unifier autour de lui la recherche médicale autour de l'iboga. Il faudrait que nous puissions disposer d'un plateau technique compétent, qui nous permet d'extraire les principes actifs de nos différentes plantes médicinales afin de s'arrimer aux normes internationales de qualité et de sécurité », détaille-t-il.

    À lire aussiGabon : le bois d'iboga, convoité par tous les laboratoires du monde

    Politique de recherche et développement

    Fin mai, le gouvernement a pris un décret encadrant l’accès, l’utilisation, l’exploitation, la recherche, la transformation et la commercialisation de l'iboga, de ses dérivés et des savoirs traditionnels associés. Yoan Mboussou s’en félicite, il attend désormais davantage. « Maintenant, le deuxième point, c'est d'accompagner les acteurs qui ont déjà commencé à s'intéresser à cette plante, c'est-à-dire les agriculteurs, les transformateurs, et de mettre en place toute une politique de marketing et de diplomatie culturelle autour de la plante de l'iboga », espère-t-il.

    Aux États-Unis, l’administration Trump pousse pour accélérer les recherches sur les effets de l’iboga dans la prise en charge des dépendances aux opiacés et des syndromes post-traumatiques. Psychotrope puissant, potentiellement dangereux si consommé sans supervision, l’iboga est considéré comme stupéfiant et interdit dans plusieurs pays, dont la France.

    À écouter aussi« Visions chamaniques » : de l’ayahuasca au Pérou à l’iboga au Gabon

    3 min
  • Or: la redistribution des investissements rebat les cartes en Afrique de l'Ouest

    Alors que le Mali, le Burkina Faso et le Ghana renforcent leur contrôle sur leur secteur aurifère, les compagnies minières internationales réorientent leurs investissements vers des pays jugés plus prévisibles. La Côte d'Ivoire, la Guinée, mais aussi la Mauritanie et le Sénégal espèrent profiter de cette redistribution.

    La ruée vers l'or se poursuit en Afrique de l'Ouest. Les États multiplient les efforts pour attirer les investissements dans l'exploration et l'exploitation aurifères. Dans ce contexte, la Côte d'Ivoire et la Guinée apparaissent aujourd'hui comme les destinations les plus attractives pour les groupes miniers, profitant notamment des hésitations des investisseurs à développer de nouveaux projets au Mali, au Burkina Faso ou au Ghana.

    En Côte d'Ivoire, le gigantesque projet Koné entrera en production avant la fin de l'année, avec plusieurs mois d'avance sur le calendrier initial. Située près de la frontière malienne, cette future mine continue de gagner en importance : ses ressources sont désormais estimées à plus de 6,3 millions d'onces d'or.

    À lire aussiMontage Gold: la success story minière du moment en Côte d'Ivoire

    La société canadienne Montage Gold poursuit parallèlement ses investissements dans le pays, avec l'acquisition du projet Didievi auprès d'African Gold. « Un projet comme celui de Koné n'est possible aujourd'hui que grâce aux investissements que le pays a réalisés dans les infrastructures et l'énergie. Nous avons acheté un deuxième projet, celui d'African Gold à Didievi. C'est un projet très prometteur. Cela montre notre volonté de continuer à accroître notre présence en Côte d'Ivoire grâce au potentiel géologique et à la stabilité économique du pays », explique Martino De Ciccio, PDG de Montage Gold.

    Des investisseurs en quête de stabilité

    La Côte d'Ivoire et la Guinée profitent d'un contexte régional marqué par la prudence des grands groupes miniers. Au Mali, au Burkina Faso et au Ghana, les gouvernements ont engagé une reprise en main de leur secteur aurifère, en renforçant le contrôle public et en augmentant la part des revenus captée par l'État.

    À lire aussiLe Burkina Faso suspend l'exportation de la production artisanale d'or

    La Mauritanie entend également tirer parti de cette redistribution des investissements. Le pays met en avant un important potentiel géologique et un cadre réglementaire jugé rassurant. « La Mauritanie dispose d'un bon potentiel parce qu'elle possède encore de vastes zones qui n'ont pas été explorées. Beaucoup de sociétés vont aujourd'hui en Côte d'Ivoire, mais aussi en Mauritanie. Nous avons de nombreux permis qui viennent d'être libérés. Notre force, c'est bien sûr la géologie, mais aussi le cadre légal et réglementaire. Les conditions sont très claires, les accords sont respectés et les investisseurs bénéficient d'une véritable visibilité sur leurs projets miniers », souligne Ahmed Taleb Mohamed, conseiller au ministère mauritanien des Mines.

    Le Sénégal souhaite lui aussi développer davantage son industrie aurifère. Trois mines industrielles sont déjà en activité dans la région de Kédougou, exploitées notamment par Endeavour Mining et Resolute Mining. Mais les audits lancés par le nouveau gouvernement sur plusieurs contrats miniers suscitent des interrogations chez certains investisseurs. « Les investisseurs aiment la stabilité. Si à chaque changement de gouvernement certaines conventions ou certains contrats sont remis en question, cela peut poser un problème pour les futurs investisseurs. Un projet minier repose sur un modèle économique construit sur plusieurs années. Les investisseurs ont besoin de stabilité. Je pense que les autorités l'ont compris et que c'est ce qui permettra d'attirer d'autres investisseurs. Car le potentiel est là, il est énorme », estime Ousmane Mbaye, président de la Chambre des mines du Sénégal.

    En 2025, le secteur minier représentait environ 4 % du PIB sénégalais et 31 % des exportations du pays. Avec une production de 10,4 tonnes d'or, le métal jaune constitue désormais la première ressource minière du Sénégal.

    À lire aussiGhana: l'État accentue sa mainmise sur l'exploitation de l'or dans le pays

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    3 min
  • Guinée: les premiers trains de voyageurs attendus sur le Trans-guinéen en 2027

    La ligne ferroviaire du Trans-guinéen, construite dans le cadre du projet minier Simandou, est désormais achevée. Longue de 650 kilomètres, elle relie la Guinée forestière au port de Morebayah, au sud de Conakry. Pour l'heure réservée au transport du minerai de fer, elle devrait accueillir ses premiers voyageurs dès 2027, selon la Compagnie du Trans-guinéen.

    La Compagnie du Trans-guinéen (CTG), propriétaire et exploitante des infrastructures ferroviaires, monte progressivement en puissance. Au total, 150 locomotives et 7 000 wagons ont été commandés et sont livrés au fur et à mesure. L'objectif est d'atteindre un transport de 10 millions de tonnes de minerai de fer par mois.

    Mais la ligne ne sera pas exclusivement dédiée à l'activité minière. Les premiers trains de voyageurs devraient circuler dans le courant de l'année 2027, assure Barry Mamoudou Nagnalen, président du conseil d'administration de la CTG. « Nous avons des trains miniers, des trains de marchandises pour les produits miniers, mais aussi pour les produits agricoles. Il faut le savoir, le projet Simandou s'est développé dans l'une des zones agricoles les plus importantes du pays. Et c'est également pour transporter les passagers, parce que les accords prévoient la mise en service de 20 trains par semaine pour transporter les personnes et leurs biens. (...) Nous voulons que la première gare soit construite avant un an. Courant de l'année 2027, il y aura du transport de passagers. »

    Au total, dix gares sont prévues, de Bella à Forécariah, en passant par Mamou. Certaines accueilleront des voyageurs, tandis que d'autres seront exclusivement consacrées au fret. Le réseau devrait permettre jusqu'à deux allers-retours quotidiens pour les passagers.

    Des interrogations sur l'accessibilité et le prix des billets

    Le projet suscite toutefois des interrogations. Pour Amadou Bah, directeur exécutif de l'ONG Action Mines Guinée, la localisation des gares sera déterminante pour garantir le succès du transport ferroviaire de voyageurs. « Le Trans-guinéen est excentré de la plupart des villes. Quel dispositif devra être mis en place pour faciliter l'utilisation du chemin de fer par les voyageurs, mais également par ceux qui ont à convoyer du fret ? La question du prix se pose également, puisque voyager en train devrait normalement être plus abordable que d'autres moyens de transport. Pour le moment, nous n'avons aucun indice permettant de savoir à quel tarif les citoyens pourront voyager. »

    La CTG promet de son côté des billets à des tarifs « décents et accessibles ». La compagnie assurera elle-même la gestion de la ligne, même si elle n'exclut pas de faire appel à un sous-traitant pour l'exploitation du transport.

    Barry Mamoudou Nagnalen assure que les recrutements sont déjà bien engagés. « Toutes les infrastructures logistiques sont gérées par la CTG, qui continue à recruter et compte aujourd'hui environ une centaine d'employés. Les sous-traitants emploient déjà près d'un millier de personnes. Nous avons commencé l'exploitation et nous ne faisons que monter en puissance. La Guinée commence déjà à prendre sa place dans le monde en matière d'exploitation du minerai de fer de qualité. »

    La compagnie affirme enfin que le travail de localisation des futures gares est quasiment achevé

    3 min
  • En RDC, l’épidémie d’Ebola pénalise fortement l'économie

    La RDC essuie un lourd bilan de la pandémie d’Ebola à virus Bundibugyo. Le dernier bilan fait état de 506 décès et 1 561 cas confirmés recensés dans le pays. Au-delà de l’aspect sanitaire, cette épidémie impacte également lourdement l’économie du pays et de la région.

    Depuis la fermeture de la frontière avec l’Ouganda fin mai, Aïsha Kalumba, commercante à Goma, peine à faire vivre son affaire. « C’est compliqué. Il y a tant de pertes. D’abord, on ne vend plus, il n’y a pas d’entrée de marchandises et nous-même, nous sommes bloqués », témoigne-t-elle au micro de RFI. Des conséquences, qui se font ressentir directement dans son porte-monnaie. « Depuis le début de la crise, j’ai perdu beaucoup d’argent. À la fin du mois, je pouvais avoir un bénéfice de 2 500 ou 3 000 dollars, mais aujourd’hui à la fin du mois, on se retrouve avec 400 dollars ».

    Aïsha n’est pas un cas isolé. Christophe Lonema Mukwa esr le président de la Fédération des entreprises au Congo dans la province de l’Ituri. « Nous avons constaté qu'il y a un impact vraiment négatif de cette épidémie Ebola chez nous. Pourquoi ? Parce qu’il y a des restrictions. Nous n'avons pas de vols, la frontière avec l'Ouganda est fermée. On ne peut pas parler de commerce sans déplacements. Nous avons des difficultés pour nous ravitailler en produits de première nécessité, témoigne-t-il. On constate aussi la rareté de certaines denrées alimentaires ici en Ituri. Donc en général, ça joue négativement sur l'économie et ça pénalise les opérateurs économiques. »

    Un million de personnes pourraient basculer dans l'extrême pauvreté

    L’agence de développement des Nations unies alerte sur cette crise qui menace de faire basculer près d’un million de personnes supplémentaires dans l’extrême-pauvreté en RDC. Dans un scénario optimiste, le pays essuierait une perte d’un milliard de dollars de son PIB et la destruction de 55 000 emplois. Le scénario pessimiste estime les pertes à près de 3,6 milliards de dollars à l’échelle du continent. « D'abord, l'épidémie coûte cher et le gouvernement de la RDC a déjà décaissé 50 millions de dollars pour soutenir la riposte plus les contributions des partenaires internationaux », détaille Damien Mama le représentant résident du PNUD en RDC.

    « Lorsque le PIB se contracte et que les espaces budgétaires sont sous pression, de façon automatique, les conséquences sont telles que le gouvernement est bien obligé de reprioriser les investissements à faire et de mettre plus de ressources dans la riposte, au détriment, d'autres secteurs qui sont très importants, qui sont liés aux services essentiels : l'éducation, l'eau et l'assainissement, la santé et tout le reste », pointe le Damien Mama. Pour limiter les impacts économiques, le PNUD conseille d’ouvrir les frontières sous contrôle sanitaire stricte, de renforcer le soutien aux populations les plus vulnérables et appelle à préserver les dépenses sociales essentielles.  

    3 min
  • Côte d'Ivoire: à Yamoussoukro, le boom de l’immobilier ravit les investisseurs, inquiète les agriculteurs

    À Yamoussoukro, les terrains prennent de la valeur et les chantiers poussent à vue d’œil. La capitale politique ivoirienne est en train de devenir l’un des nouveaux pôles de l’investissement immobilier du pays. Une ruée vers le foncier qui redessine aussi les villages et soulève la question de l’avenir des terres agricoles.

    Avec notre correspondant à Yamoussoukro,

    Muni de son drone, Francis Djaha fait découvrir les parcelles qu’il commercialise à des clients potentiels. D’ici, la vue est imprenable sur la basilique, l’un des monuments les plus emblématiques du pays. Vu du ciel, des dizaines de lots sont déjà délimités. Selon l’emplacement et la superficie, les terrains se négocient entre 15 et 40 millions de FCFA. Agent immobilier depuis cinq ans, Francis Djaha constate un intérêt grandissant pour Yamoussoukro : « On a des particuliers qui veulent construire des logements résidentiels, des industriels. On a des commerciaux qui veulent des lots pour des bureaux, des gens qui veulent des terrains agricoles. On a aussi des gens qui veulent acheter des maisons toutes faites. »

    Dans plusieurs quartiers, les chantiers se multiplient et les investisseurs affluent. Si la capitale politique attire autant, c’est d’abord parce que le foncier y reste disponible. Mais ce n’est pas le seul argument. « Les routes sont très grandes, au point que l’on circule facilement d’un point à un autre. Et puis la ville est très paisible. Les infrastructures que le président Houphouët-Boigny a construites à Yamoussoukro permettent de se différencier des autres villes. Et puis on est au centre. De Yamoussoukro, on peut aller facilement partout », détaille encore Francis Djaha.

    Des terres arables grignotées

    Des atouts qui séduisent de plus en plus d’acquéreurs. Certains viennent d’Abidjan, d’autres de l’intérieur du pays ou encore de la diaspora, attirés par des prix encore jugés accessibles et par les perspectives de développement de la capitale politique. C’est le cas de ce chef d’entreprise, qui préfère garder l’anonymat. Attiré par l’expansion de la capitale, il vient d’acquérir une parcelle et envisage déjà la suite. « L’objectif, c’est un projet de résidence que nous souhaiterions mettre à la disposition de la population », confie-t-il.

    Mais cette ruée vers le foncier transforme aussi les villages qui entourent Yamoussoukro. Des terres autrefois consacrées aux cultures de cacao, d’igname ou de manioc cèdent progressivement la place aux lotissements. Une mutation qui nourrit des espoirs de développement, mais aussi des inquiétudes sur l’avenir du patrimoine foncier des populations locales. À Séman Sanhourikro, à quelques kilomètres de la capitale politique, Michel N’Goran, conseiller du chef du village, observe ces changements avec préoccupation. « En faisant les lotissements, nous ne pouvons plus cultiver la terre. D’ici 50 ans, 30 ans, je pense que ce qui est arrivé aux Ebriés à Abidjan va arriver aussi aux Akouès et Nanafouès de Yamoussoukro. Nous n’aurons plus de terres cultivables », alerte-t-il.

    Le Plan national de développement quinquennal prévoit de relier Abidjan à Yamoussoukro en 45 minutes grâce à une ligne de train à grande vitesse. De quoi renforcer l’attractivité de la capitale politique ivoirienne. 

    3 min
  • En Afrique de l'Ouest, les institutions financières se mobilisent pour développer l'immobilier

    L’Afrique de l’Ouest souffre d’un déficit de logements très important, estimé à 3,5 millions d'unités d'habitation par la Banque mondiale. Une partie du problème : l’accès au crédit immobilier des particuliers. Dans la région, les institutions cherchent à créer des opportunités de financements pour les populations qui souhaitent acheter un logement. C’est le cas avec une opération récente de titrisation de la  Banque ouest-africaine de développement (BOAD), et le programme Zaka.

    « C’est une demande très importante des clients », confirme Korédé Odjo-Bella, la directrice de la Banque des particuliers d'Ecobank en Côte d'Ivoire. Le prêt immobilier est au cœur de l’activité d’Ecobank qui, à travers cinq de ses filiales dans la région, a bénéficié de cette levée de financements de 4,5 milliards de francs CFA dédiés au logement.

    « Le fait de coupler cette opération de titrisation avec cette nouvelle offre de prêts immobiliers pouvant aller jusqu'à 25 ans, ça va nous permettre d'alléger les mensualités. On va permettre à davantage de ménages d'accéder progressivement à la propriété, se réjouit la directrice. Ça permet de toucher plus de monde, des personnes qui gagnent autour de 1 000 $, un peu moins et plus, qui pourront maintenant accéder à des biens immobiliers qui seront autour de 60 millions de francs CFA ».

    À écouter dans 8 milliards de voisinsPeut-on sortir de la complexité foncière en Afrique?

    Permettre aux revenus modérés d'accéder à la propriété

    Car la difficulté pour les banques commerciales est bien d’avoir suffisamment de liquidités disponibles pour proposer ces prêts. À la manœuvre de l’opération financière, la Banque ouest-africaine de développement, mais aussi Afinhab, l’agence financière dédiée à l’habitat. « Notre rôle, c'est de mobiliser des ressources longues sur les marchés financiers. Nous faisons l'intermédiaire entre les marchés financiers, explique Yedau Ogoundele, la directrice générale d'Afinhab, mais également les partenaires au développement et les banques pour pouvoir prêter aux banques à des conditions avantageuses, maturités longues, taux d'intérêt relativement faible, pour que les banques, à leur tour, aient les moyens de prêter à leurs clients qui ont des revenus modérés ». Avec toujours dans le viseur, permettre aux populations à revenus modérés – instituteurs, sage-femmes, artisans – de pouvoir accéder à la propriété.  

    Dans cette opération, Proparco, institution financière française de développement, s’est positionnée comme investisseur de référence. « Ce qui est intéressant avec cette opération, c'est que, en plus de pouvoir vraiment travailler sur le cœur de notre stratégie, on l'a fait avec un instrument qui permettait de mobiliser de l'épargne locale et des investisseurs institutionnels locaux, précise Emmanuelle Riedel Drouin, la directrice des financements de Proparco. Ça, c'est également au cœur de notre stratégie. Aujourd'hui, ce que l'on souhaite faire, ce n’est pas financer tout tout seul, c'est vraiment être un catalyseur pour pouvoir amener avec nous sur nos opérations d'autres investisseurs et de préférence des investisseurs locaux. » Bouclée en seulement une demi-journée, cette opération est considérée comme un succès.  

    À lire aussiCôte d'Ivoire: à Abidjan, la difficile équation du logement

    3 min
  • La RDC mise sur ses jeunes pour créer 150 000 entreprises par an

    Dans la ville de Kalemie, à l’est de la RDC, de plus en plus de jeunes entrepreneurs émergent avec des projets innovants. Malgré les défis liés à l’accès aux financements et au manque de capitaux, ces jeunes se lancent non seulement dans l’agriculture ou l’élevage, mais aussi dans le secteur industriel et celui de la mode. De son côté, l’Agence nationale de développement de l’entrepreneuriat congolais, Anadec, ambitionne la création en RDC de 150 000 entreprises par an.

    De notre envoyée spéciale de retour de Kalemie,

    Des feux de circulation innovants, c’est un nouveau produit lancé à Kalamie par Pontien Katumbwe, le directeur de l’entreprise Construction générale et plomberie, et ses 20 employés. Une innovation qui a un coût, explique-t-il : « Le projet, c’est le système de feu rouge que j’ai créé localement ici à Kalemie. Il fonctionne avec l’énergie solaire. Ça, c’est un prototype pour lequel j’ai dépensé 550 $. Mais pour un grand projet, par rond-point, le budget peut aller jusqu’à 150 000 $. »

    Alima Maganga est une jeune entrepreneure dans la mode. Il y a 5 ans, elle a créé Centya Mode, une maison de haute couture. Perle après perle, la jeune styliste transforme le tissu en une création unique. « En fait, ces perles, je les pose avec les mains. Mon ambition est d’aller plus loin car nous avons encore de sérieux problèmes. La plupart des futurs mariés sont obligés de passer la commande de leurs tenues, notamment en Turquie, parce qu’elles ne sont pas disponibles sur place, regrette-t-elle. Je voudrais capter tous ces clients, mais les moyens sont limités ».

    À lire aussiRDC: la Fédération des entreprises réclame la suspension d’un système de facturation unique

    1,3 milliard de dollars pour soutenir l’entrepreneuriat des jeunes

    Des ressources limitées, c’est le défi auquel fait également face Urbain Musema Mulembo, ingénieur chimiste. Directeur de l’Académie Mulembo, il a récemment mis sur le marché un produit innovant au profit des agriculteurs avec une production sur commande. « Nutrisole est un produit local et biologique. Ce n’est pas un fertilisant, je peux dire que c'est un médicament qui vient traiter le sol. Il apporte des nutriments et des minéraux au sol », présente-t-il. Il ne produit actuellement que sur commande faute de moyens. « Nous avons besoin d’équipements et d’un capital pour augmenter notre production », souligne-t-il.

    Pour faire face à ce défi de financement, l’Agence nationale de développement de l’entrepreneuriat congolais (Anadec) se charge de les accompagner non seulement dans la création d’entreprises, mais aussi pour avoir accès aux financements du gouvernement. « Quand un entrepreneur, qui a été coaché, suivi et encadré par l'Anadec, a son dossier, je rédige une lettre de transmission au Fogec, qui est le fonds de garantie de l'entrepreneuriat au Congo. Fogec regarde le dossier puis le gère avec l’entrepreneur », met en avant Godefroy Kizaba, le directeur général de l’Anadec.

    En février dernier, le gouvernement congolais a annoncé la mise en place d’un fonds de 1,3 milliard de dollars sur six ans pour soutenir notamment l’entreprenariat des jeunes.

    À lire aussiRDC: 5,3 milliards de dollars de pertes en dix ans, les entreprises publiques devenues un boulet pour l'économie

    3 min
  • Au Nigéria, Lagos mise sur les ferries électriques pour traverser la lagune

    La Banque européenne d’investissement soutient le lancement d’un réseau de ferries électriques sur la lagune de Lagos. Objectif : des trajets plus rapides, moins polluants et mieux intégrés aux autres transports.

    De notre correspondante à Lagos

    D’ici 2028, c’est en ferries électriques que les habitants de la mégalopole de Lagos pourront traverser la lagune grâce à 75 nouvelles embarcations prévues par le projet Omi Eko (« les eaux de Lagos » en yoruba). Cette démarche s’inscrit dans la stratégie Global Gateway de l’Union européenne, pensée pour soutenir des transports verts sur le continent africain.

    C'est une aubaine pour la mégalopole nigériane, selon Ambroise Fayolle, vice‑président de la Banque européenne d’investissement, en visite à Lagos : « Ce qu’on voit ici à Lagos, c'est qu'il y a un élément qui manque très fortement. C'est de moderniser toute la flotte de bateaux. On va créer de nouvelles routes dans la lagune, pour pouvoir emmener un certain nombre d’habitants de Lagos pour avoir justement cette capacité à bénéficier de conditions meilleures, meilleures pour l’environnement, meilleures pour l’efficacité économique de l'activité de Lagos. »

    Des trajets quotidiens plus courts pour des milliers de Lagosiens

    Relier le quartier d’Ikoyi, sur la presqu'île, à la commune d’Ikorodu, sur la partie continentale de la ville, prend aujourd’hui jusqu’à deux heures par la route aux heures de pointe. Sur l’eau, le trajet dure un peu plus de 30 minutes, mais sur des embarcations de faible capacité et vieillissantes.

    C’est le quotidien de nombreux Lagosiens, comme en témoigne Oyeyemi : « Je travaille sur les îles comme ingénieur et je viens ici tous les jours, d’Ikorodu jusqu’aux îles. Ça fait gagner du temps pour se déplacer, mais ce serait mieux si on pouvait avoir plus de bateaux, pour réduire les longues files d’attente. Les gens habitent très loin à cause du prix des loyers sur les îles, mais doivent supporter le prix des transports. »

    Ces nouveaux bateaux, capables d’accueillir jusqu'à 440 passagers, remplaceront les actuels à moteur diesel. L’autorité locale des voies navigables promet ainsi une économie de 41 000 tonnes de CO2 chaque année.

    Mais l’ambition va plus loin : faire de Lagos un modèle de transport multimodal.

    Oluwadamilola Emmanuel, conseiller spécial du gouverneur de l’État de Lagos sur l’économie bleue, résume l'ambition : « Comme dans toutes les grandes villes, il y a des embouteillages, mais ce que nous faisons c’est donner aux gens des options de modes de transport. Ce qui signifie connecter le transport routier au transport fluvial, et là où c’est possible, au transport ferroviaire. »

    Ce projet, encore inédit en Afrique, a vocation à être répliqué sur le reste du continent.

    3 min

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