Afrique économie

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  • Equity Bank et le Palais des thés, ambassadeurs du thé kenyan haut de gamme

    L'essentiel du thé kenyan se vend en vrac, au gouvernement ou à des multinationales, et finit en sachet. Moins de 5% des feuilles cultivées au Kenya sont exportées comme thé haut de gamme. D'où le projet d'Equity Bank, un groupe financier implanté en Afrique centrale et en Afrique de l'Est, de s'associer à la chaîne française Le Palais des thés pour créer de nouvelles opportunités commerciales.

    « Le Kenya est le premier exportateur au monde, mais nulle part, vous ne voyez du thé "made in Kenya" », explique François-Xavier Delmas, fondateur du Palais des Thés. Son engagement à commercialiser du thé haut de gamme kényan est donc « un double challenge », explique-t-il, car les fermiers sont habitués à privilégier le volume plutôt que le prix. « Il faut que les gens y croient sur place et il faut ici, en Occident, là où on est présent, faire comprendre aux buveurs de thé qu'au Kenya, on peut trouver des très bons thés », ajoute ce passionné. 

    Le Palais des Thés a jeté son dévolu sur la ferme de Gatanga. Située à 1 700m d'altitude, elle produit un thé haut de gamme depuis plusieurs années et cherchait de nouveaux partenaires à l'exportation. « Nous avons tellement d'espace, et nous avons tout ce qu'il faut pour nous agrandir, explique Cathryn Karanja, une des fondatrices de Gatanga Industries. Nous attendons juste d'avoir plus de commandes pour justifier une expansion. Nous espérons donc que le Palais des thés augmentera ses achats. Notre thé violet a un gros succès car il est très parfumé. C'est le seul thé que nous proposons d'ailleurs au marché français. Avec un peu de chance, nous arriverons à augmenter bientôt les volumes de ce thé particulier. »

    Un thé acheté 30 fois plus cher

    Ce thé de qualité a un avantage : celui d'être acheté 30 à 40 fois plus cher que le prix moyen du thé kényan. De quoi changer la vie des producteurs. C'est ce qui a séduit James Mwangui, président d'Equity Bank. « On a décidé de s'intéresser au thé du Kenya, car c'est une des plus importantes cultures de rente du pays qui concerne 600 000 producteurs, dont la plupart sont des clients de notre banque », explique James Mwangui, lui-même élevé par une mère cultivatrice de thé. « On s'est dit que pour leur rendre la pareille, il fallait les aider à connecter leur thé au marché international et à faire passer ce thé de simple produit d'exportation à un art de vivre, afin qu'il fasse partie des thés haut de gamme du monde entier », ajoute le président d'Equity Bank.

    Produire du thé haut de gamme, sous forme de feuilles, entières, récoltées à la main, requiert un savoir-faire particulier : flétrissage, roulage, oxydation, séchage... « Chaque étape doit être surveillée comme le lait sur le feu », précise François-Xavier Delmas. C'est aussi un investissement qui n'est pas à la portée de tous. Il a fallu dix ans à la ferme de Gatanga pour construire son usine et obtenir tous les documents nécessaires à l'activité d'exportateur privé.

    James Mwangui rêve que l'incitation financière « soit assez forte pour convaincre les fermiers de se concentrer sur la qualité, qu'ils cultivent du simple thé noir ou du thé de qualité supérieure ». Cette initiative pourrait aussi aider à transformer la production de café, de noix de macadamia, ou d'autres produits agricoles pour qu'ils passent de statut de produits de base à celui de matières premières « haut de gamme », espère encore le banquier.

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  • Le corridor gazier entre le Nigeria et le Maroc doit transformer l'Afrique de l'Ouest

    La Cédéao a apporté son soutien au gazoduc Nigeria-Maroc, un projet long de 7 000 kilomètres lancé il y a près de dix ans. Destiné à alimenter 13 pays d'Afrique de l'Ouest en gaz avant d'approvisionner le Maroc et l'Europe, il doit entrer en service à partir de 2031. Reste un défi majeur : réunir les 25 milliards de dollars nécessaires à sa construction.

    L'une des principales ambitions du gazoduc est de renforcer l'accès à l'énergie en Afrique de l'Ouest. La moitié des volumes transportés, soit environ 15 milliards de m3 de gaz par an, sera destinée aux 13 pays situés sur le tracé. L'autre moitié alimentera le Maroc, avant d'être exportée vers le marché européen.

    Pour Amina Benkhadra, directrice générale de l'Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) du Maroc, cette double vocation est au cœur du projet. « Il longera 13 pays sur la côte africaine, depuis le Nigeria jusqu'au Maroc et sera connecté à l'Europe, à l'Espagne à travers le gazoduc Maghreb-Europe, qui est déjà en production aujourd'hui », explique-t-elle.

    Une infrastructure pensée d'abord pour les besoins africains

    Au-delà de l'exportation, les promoteurs présentent le gazoduc comme un levier de développement pour les économies de la région. L'objectif est d'offrir une énergie plus stable aux ménages mais aussi aux secteurs industriels, notamment les activités minières, particulièrement consommatrices d'électricité.

    Pour Amina Benkhadra, cette disponibilité énergétique est un préalable à la croissance : « Beaucoup de pays sur le tracé ont besoin d'une énergie durable pour pouvoir assurer leur développement économique et social. Il y a plusieurs industries énergivores. Parlons par exemple des industries minières, qui ont besoin d'une énergie stable et durable comme le gaz. Et donc, c'est d'abord une énergie qui va être mise à leur disposition pour assurer le développement et la croissance dans leur pays. »

    Le soutien affiché par les 13 États concernés s'explique aussi par leurs intérêts économiques. Les futurs producteurs de gaz, comme le Sénégal ou la Mauritanie, pourraient utiliser cette infrastructure pour exporter une partie de leur production.

    Pour Francis Perrin, directeur de recherche à l'IRIS à Paris et chercheur associé au Policy Center for the New South à Rabat, l'accord politique de la Cédéao constitue une étape importante, sans pour autant garantir le succès du projet : « Quand l'idée de ce projet a été lancée par le Maroc et le Nigeria, qui sont les deux promoteurs principaux en 2016, ça pouvait apparaître comme un très beau rêve. La décision importante de la Cédéao ne veut pas dire que c'est gagné. Mais le projet a quand même avancé. Chacun des pays sur ce tracé a intérêt à ce que ce projet marche. C'est une base, ça permet d'avancer. Ce n'est pas une garantie absolue de succès, bien sûr. »

    Le défi du financement

    Le principal obstacle reste désormais financier. Construire près de 7 000 kilomètres de gazoduc représente un investissement estimé à 25 milliards de dollars. Selon Francis Perrin, le financement devrait associer des institutions internationales, des banques de développement, des agences de crédit à l'exportation et des investisseurs privés. La viabilité économique du projet dépendra avant tout de l'existence d'un marché capable d'absorber le gaz transporté.

    « Il pourrait y avoir des institutions financières internationales type Banque mondiale qui a déjà commencé à être contacté par le Maroc et le Nigeria, des banques de développement. On peut penser évidemment à la Banque africaine de développement et aux banques européennes. Il y aura aussi des agences de crédit à l'exportation. Des contacts ont commencé avec la US Export Import Bank et évidemment, dernier point, des financeurs privés, c'est vraiment ce couple "marché-financement" qui fonctionne. Il n'y a pas de financement sans marché, et il n'y a pas de marché sans financement. »

    À ses débuts, le projet avait même suscité l'intérêt du géant russe Gazprom, avant que la guerre en Ukraine ne rebatte les cartes géopolitiques. Les opérateurs nigérians et marocains visent désormais un lancement des travaux d'ici deux ans et les premières livraisons de gaz à partir de 2031.

    À lire aussiProjet de gazoduc Nigeria-Maroc: «L'accord de la Cédéao marque une étape majeure»

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  • Madagascar: l'argent des crédits carbone parvient difficilement aux communautés

    À Madagascar, une enquête de journalistes d'investigation révèle que les revenus des crédits carbone atteignent difficilement les communautés locales censées protéger les forêts. Malgré un premier versement d'environ 9 millions de dollars de la Banque mondiale en 2023, les lourdeurs administratives ralentissent les projets et les transferts de fonds.

    Transformer la protection des forêts en revenus : c'est l'objectif du mécanisme REDD+, pour « Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts ». À Madagascar, il s'applique à 14 aires protégées appartenant à l'État et gérées par des organisations privées. Lynda Andriatsitonta est journaliste d'investigation au sein du réseau Malina :

    « Sur le plan de partage des bénéfices du programme, 5% des revenus issus des crédits carbone sont alloués aux communautés locales, en récompense de leurs efforts de protection des forêts. Nous avons constaté que malgré le versement d'une première tranche du financement de la Banque mondiale, de nombreuses communautés locales n'ont toujours pas reçu les bénéfices qui leur sont destinés. Certaines ignoraient même l'existence de ces récompenses. »

    Des communautés locales tenues à l'écart des retombées

    La moitié des revenus revient aux gestionnaires d'aires protégées, chargés de les réinvestir dans des projets de reboisement, des activités génératrices de revenus ou de nouveaux services de base, en concertation avec les communautés locales, lesquelles doivent formuler leurs besoins par écrit. « Mais sur le terrain, la consultation semble rester lettre morte », affirment les journalistes de Malina, en pointant « des mécanismes de décision opaques ».

    Lovakanto Ravelomanana, coordinatrice du système REDD+ au sein du ministère de l'Environnement, avance une explication : « Le souci, c'est l'ampleur géographique. Deux millions d'hectares d'aires protégées sont concernés par ce programme. Au niveau des forêts très denses, des zones ne peuvent être accessibles qu'à moto sur des pistes très mauvaises, d'autres accessibles uniquement à pied. Chaque gestionnaire d'aire protégée doit s'adapter pour voir comment toucher le maximum de communautés locales. »

    Blocages et lenteurs administratives

    À cet enclavement s'ajoutent des freins administratifs selon Lovakanto Ravelomanana. Les communes, censées percevoir 13% de l'enveloppe, se plaignent de ne pas toutes avoir reçu l'argent deux ans et demi après le premier décaissement : « La machine administrative est très lourde. Dès qu'il y a des erreurs, on revient toujours à la case départ. Un même dossier peut rester pendant des mois au même endroit, au sein d'un même ministère. C'est vrai qu'on tâtonne, tout le monde apprend sur le tas, mais malheureusement la conséquence, ce sont tous ces retards qui s'accumulent. »

    L'accord signé entre la Banque mondiale et Madagascar prévoit le versement de deux autres tranches de crédits carbone, représentant ensemble 42 millions de dollars supplémentaires environ. À deux conditions toutefois : la réduction effective des émissions de gaz à effet de serre grâce à la protection des forêts. Et la mise en œuvre du plan de partage des revenus.

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  • Corridors ferroviaires africains: une économie politique complexe et des retombées encore limitées

    Lobito, Tazara ou encore Beira et Nacala : les corridors ferroviaires se sont multipliés ces dernières années en Afrique australe. Leur objectif principal : permettre l'exportation et l'évacuation des minerais d'Afrique centrale. Ils sont cependant vantés pour leur capacité à apporter du développement dans les régions qu'ils traversent. Pourtant, ce n'est pas si simple : une étude de l'IFRI pointe des problématiques de gestion, des trajets concurrentiels ou encore des difficultés d'intégration.

    Thierry Vircoulon, chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (Ifri), évoque l'« économie politique complexe » des corridors ferroviaires africains. Ces voies ferrées traversent différents pays et administrations, qui peinent parfois à se coordonner. « Dans la plupart des cas, ces organisations de gestion des corridors sont soit créées très tardivement, soit pas vraiment staffées. Elles ont vraiment des tout petits moyens, et dans certains cas même, elles n'existent pas. Il y a des corridors qui n'ont toujours pas d'organisme de gestion mutuelle », détaille-t-il. Exemple du pont de Kazungula, qui permet le passage du Botswana à la Zambie : c'est l'un des tronçons importants du corridor entre Durban et Lubumbashi. Il a été inauguré en 2021. Les présidents ont créé l'autorité commune de gestion du pont cette année.

    Ces corridors reçoivent des soutiens financiers de pays en concurrence sur les marchés internationaux des minerais critiques. Et si la multiplication de ces voies de connexion devait être positive pour le commerce africain, l'équation n'est pas si simple, selon l'auteur de l'étude : « Le raisonnement, c'était de dire que le port de Durban était saturé. Mais ce qu'il faut bien voir, c'est que tous les corridors n'ont pas le même prix. Le coût de transport n'est pas le même. Ce seront les corridors les moins chers qui deviendront les plus rentables et qui capteront évidemment l'essentiel du fret. Ce qui veut dire que pour les autres corridors, ce sera une perte financière et qu'ils deviendront beaucoup moins rentables. »

    Les politiques vantent l'apport économique, notamment pour les régions agricoles, qu'apporteraient ces voies ferroviaires. C'est ce qui a encore été mis en avant récemment dans le cas du corridor de Lobito. Cependant, au Mozambique, les corridors de Beira et Nacala n'ont pas permis l'explosion agro-industrielle tant vantée. Natacha Ribeiro, professeur à l'université Eduardo Mondlane de Maputo, explique : « Il n'y a aucun investissement de la part du gouvernement pour passer d'un niveau de production de subsistance à des niveaux plus commerciaux. Il y a eu des projets par le passé comme le projet d'irrigation de la Banque mondiale.» « Mais cela a été mis en place sans tenir compte des chaînes de valeur. Les communautés ont produit des denrées, mais comme il n'y avait pas de lien avec le marché, il y a eu un goulot d'étranglement. Je dirais donc que nous pourrions faire mieux », poursuit la chercheuse spécialiste des questions agricoles et des communautés rurales.

    Ces corridors permettent de gagner en prévisibilité et en temps de transport pour les marchandises. Un travail est cependant encore nécessaire pour assurer l'intégration des économies traversées par le rail.

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  • Au Sénégal, une première obligation financière pour la transition et l’autosuffisance alimentaire

    Au Sénégal, l'entreprise agricole Swami Agri, filiale du groupe indien Senegindia, lance un emprunt obligataire vert de 30 milliards de francs CFA (FCFA) pour financer des chambres froides solaires et une centrale photovoltaïque. La nouveauté : c'est le premier Agri Green Bond émis sur le marché financier régional de l'Uemoa, un marché encore jeune et dominé par la dette publique. Signe que les acteurs privés commencent, eux aussi, à s'en emparer pour financer transition énergétique et autosuffisance alimentaire.

    De notre correspondante à Dakar,

    Les obligations vertes, green bonds, servent à financer des projets de développement durable et dans ce cas, il s’agit d’un Agri Green Bond : le groupe agro-industriel indo-sénégalais Swami Agri lève 30 milliards de FCFA pour acquérir cinq chambres froides solaires et une centrale photovoltaïque. Des investissements clés pour le secteur. « Lorsqu'on parle de souveraineté alimentaire, de sécurité alimentaire, le vrai problème qu'on a dans nos régions, c'est l'acheminement des récoltes pour aller faire la transformation, mais aussi le stockage. Et c'est ça qui va permettre de réduire ces flambées de prix, cette inflation », estime Ababacar Diaw, le directeur général d'Impaxis Securities, la banque d'affaires sénégalaise qui arrange l'opération.

    Swami Agri produit à lui seul 80 % des pommes de terre et 9 % des oignons consommés dans le pays, sur près de 3 700 hectares exploités. L’objectif est de limiter les pertes grâce à ces nouvelles infrastructures, avec un effet direct attendu sur les prix pour les consommateurs. « Ça va permettre de réduire d'au moins 50 % les pertes postrécolte et de réduire à hauteur de 20 à 30 % les émissions de CO2. C'est un investissement qui vient aussi modifier structurellement la chaîne de valeur agricole », se réjouit le directeur général.

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    « Le marché [financier] apparaît comme une alternative »

    Impaxis Securities avait déjà lancé des obligations vertes, avec l'émission de la Banque d'investissement et de développement de la Cédéao (BIDC) en 2024, pour un montant de 400 millions de dollars. Le potentiel est là pour d'autres entreprises agricoles de la région, et pour une diversification des produits financiers disponibles, assure Abdou Diaw, journaliste économique et enseignant au Cesti. « L’une des difficultés majeures évoquées par les acteurs du secteur de l'entrepreneuriat, ce sont les garanties que les banques exigent d’eux. L'accès est très difficile, les taux d'intérêt [très élevés]. Je pense que les marchés [financiers] apparaissent comme une alternative pour pouvoir faire face à ces difficultés liées à l'accès au financement. Ce n'est plus réservé vraiment aux États ou bien aux institutions financières », détaille-t-il.

    Reste la question du cadre légal qui encadre ces émissions. « Je pense qu'il y a beaucoup d'efforts à faire au plan de la réglementation, au plan de la sensibilisation, de la communication aussi envers les acteurs pour pouvoir comprendre comment fonctionnent ces instruments », poursuit Abdou Diaw.

    La période de souscription est ouverte du 30 juillet au 5 août. Sur le plan technique, l'opération fonctionne comme une obligation classique, avec un coupon assorti d'un taux d'intérêt. Les investisseurs attendus sont majoritairement régionaux : assureurs, caisses de retraite, institutionnels, entreprises à forte trésorerie, mais aussi particuliers.

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  • Au Kenya, la fibre de sisal, une culture résiliente et un pari économique

    Dans le sud-est du Kenya, la culture du sisal séduit de plus en plus de petits agriculteurs. Résistante à la sécheresse, cette fibre naturelle offre une alternative économique, malgré des contraintes d’investissement et de temps.

    De notre correspondante de retour de Taita-Taveta,

    Dans la région de Taita-Taveta, les champs de sisal s’étalent à perte de vue. La grande majorité appartient à de grandes exploitations. Mais de petits agriculteurs s’y mettent aussi. Rachel Kilonzo a planté ses premiers pieds il y a 8 ans. Elle récolte deux fois par an : « Je pense que vous pouvez voir le sourire sur mon visage, parce que je me dis que la récolte approche. Et je sais que quand je récolterai, j'aurai de l'argent en poche. »

    Une réponse aux sécheresses récurrentes

    Cette région, près de la côte est du Kenya, subit des sécheresses de plus en plus fréquentes qui affectent les cultures traditionnelles de maïs et de légumineuses. Le sisal est perçu comme une alternative. « Le sisal résiste même en cas de sécheresse. Le mien a huit ans. Je ne l'ai jamais arrosé et il n'a jamais séché, témoigne Rachel Kilonzo. Je ne l'ai jamais traité non plus. C'est donc très économique. Il y a même eu une période où il n'a pas plu pendant presque un an. Mais dès que les premières pluies sont arrivées, mon sisal s’est très bien porté. »

    Rachel vend ses récoltes à une plus grande exploitation voisine. Le Kenya exporte environ 95 % de sa production de sisal. La fibre naturelle connaît un regain d’intérêt à l’échelle mondiale, explique Paul Opee, directeur adjoint des conseils de service technique au sein de l’organisme public en charge de la régulation des cultures à fibres au Kenya : « Le premier producteur de sisal au monde est le Brésil, suivi, de loin, par la Tanzanie, puis par le Kenya. Mais la demande mondiale est bien supérieure à l’offre, donc le secteur a encore un fort potentiel de croissance. »

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    Un potentiel freiné par les contraintes d’investissement

    L’organisme soutient les petits agriculteurs pour adopter la culture du sisal, tout comme la Taita Taveta Wildlife Association. En plus d’être résiliente, la plante permet de lutter contre l’érosion des sols. Mais l’agriculture à petite échelle représente encore moins de 5 % de la production kényane. « Pour cultiver du sisal, il faut commencer par faire pousser pendant environ 2 ans un jeune plant dans une pépinière, explique Paul Opee. Une fois mis en terre, il faut encore attendre 3 ans avant la première récolte. Ensuite, la récolte est possible pendant une dizaine d'années, avec un pic de production autour de la sixième année. Dans les zones arides et semi-arides, les populations sont relativement pauvres, leur demander de se lancer dans la culture du sisal alors qu'elles devront attendre cinq ans avant d’en tirer des revenus est quasiment impossible. »

    À cela s'ajoute le coût des outils nécessaires pour extraire les fibres des feuilles de sisal. Si le Kenya exporte ensuite principalement cette fibre, elle peut aussi être transformée en produits à plus forte valeur ajoutée, comme des paniers, un savoir-faire traditionnel dans la région.

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  • Au Kenya, du miel et de l’agroforesterie pour préserver l’environnement

    Le sud-est du Kenya, la région de Taita-Taveta, abrite éléphants, zèbres, girafes… Une faune sauvage très prisée des touristes, dont la protection nécessite d'importants efforts de conservation. Répartis entre une trentaine de ranchs et de réserves, ces espaces sont fédérés par la Taita Taveta Wildlife Conservancies Association. Soutenue notamment par le Fonds international pour la protection des animaux (Ifaw), l’organisation tente de concilier protection de la nature et développement des communautés locales, en les accompagnant vers des activités à la fois génératrices de revenus et respectueuses de l'environnement.

    De notre envoyée spéciale à Taita-Taveta,

    Dans les collines de Taita-Taveta au Kenya, les jeunes plants de macadamia de Josphat Ikamba commencent à pousser. « Ils devraient donner des noix l’année prochaine ! Avant, on plantait surtout du maïs, qu’on ne peut récolter qu’une fois. Alors que les macadamias peuvent produire pendant 10 à 20 ans, voire davantage », explique-t-il.

    Ici, beaucoup d’habitants vivent d’agriculture ou d’élevage à petite échelle. Mais Josphat déplore les conséquences du dérèglement climatique. « Avant la sécheresse, cette région était très fertile, témoigne-t-il. Maintenant, il arrive que l’on sème du maïs et qu’on ne récolte rien, car il n’y a pas assez de pluies. »

    Pour les soutenir, la Taita Taveta Wildlife Association leur a fourni plusieurs centaines de jeunes plants. L’agroforesterie est aussi perçue comme un moyen de préserver l’écosystème, dégradé au fil des années, explique Noel Kasololo, gestionnaire de programmes : « La population augmente, il y a donc de plus en plus d’activités qui ne sont pas compatibles avec la protection de l’environnement. Les gens construisent des maisons, d’autres se tournent vers l'exploitation minière. Nous faisons face à du surpâturage ou encore à de l'abattage d'arbres pour produire du charbon. Toutes ces activités contribuent à la dégradation des terres de pâturage. »

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    60 à 80 dollars par récolte de miel

    Des terres cruciales pour préserver l’élevage mais aussi tous les animaux sauvages, qui dépendent de ces ressources naturelles. L’organisation encourage donc le développement d’activités compatibles avec la protection de l’environnement. Et qui permettent aux communautés de tirer des bénéfices de la conservation. « Si vous créez une autre source de revenus, vous permettez de réduire la pression exercée sur l’usage des ressources naturelles, assure Noel Kasololo. Les communautés développent ces activités économiques au lieu de se tourner vers des activités illégales qui détruisent l'environnement, essentiel à la conservation de la faune sauvage. »

    L'agroforesterie est encouragée donc, mais aussi l’apiculture favorable à la pollinisation. Dans une autre localité, ce sont des ruches qui ont été installées près des cultures. Et malgré les quelques piqûres, Johana Kimwaga ne reviendrait pas en arrière. « Nous avons commencé il y a trois ans et aujourd'hui, cela fonctionne bien. C'est facile à entretenir : les abeilles trouvent elles-mêmes leur nourriture. Ce n'est pas comme une vache, pour laquelle il faut sans cesse couper de l'herbe. On peut récolter environ 8 à 10 kilos de miel par ruche, à chaque fois, ce qui rapporte environ 60 ou 80 dollars. Multiplié par trois récoltes par an, cela peut générer beaucoup d'argent ! », se réjouit le nouvel apiculteur. Le groupe a près de trente ruches et vend la totalité de son miel localement. Il espère déjà pouvoir agrandir sa production.

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  • Gabon: un premier centre de données pour héberger les données sensibles

    Le Gabon dispose désormais de son tout premier centre de données (data center). Inauguré par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, ce centre de données est un investissement privé du groupe panafricain ST Digital. Déjà présent dans huit pays africains, le groupe exploite également des centres de données en Côte d'Ivoire et au Cameroun.

    De notre correspondant à Libreville,

    Situé dans la zone économique spéciale de Nkok, près de Libreville, le nouveau centre de données bénéficie d'un emplacement stratégique grâce à une ligne d'alimentation électrique dédiée, destinée à limiter l'impact des coupures de courant régulières dans le pays.

    Un site hautement sécurisé

    Dans ce bâtiment flambant neuf de 3 000m², plusieurs ouvriers apportent les dernières finitions à un chantier réalisé en seulement onze mois. Pour Jean-François Ahanda, directeur technique, la sécurité des installations et des données est la priorité absolue : « On a des contrôles d'accès biométriques qui permettent de sécuriser l'ensemble des portes d'accès à ce centre de données. Si vous devez héberger des clients bancaires, vous devez avoir la sécurité. C'est pour ça que vous avez toutes ces mesures très strictes qui vous permettent de vraiment garantir l'inviolabilité du site. »

    Le responsable met également en avant le niveau technologique des équipements installés : « Nous sommes dans le sas de la première zone d'hébergement. Vous avez deux zones d'hébergement A et B. Vous pouvez voir. On a vraiment pas lésiné sur l'effort en matière de technologie. »

    Miser sur une alimentation électrique continue

    L'autre enjeu majeur du projet est d'assurer une disponibilité permanente de l'énergie. Le centre de données n'utilisera pas d'eau pour refroidir ses équipements et dispose de plusieurs systèmes de secours. « En cas de rupture du fournisseur d'énergie, les groupes électrogènes vont démarrer pour continuer à alimenter les équipements, ce qui se fait sans coupures puisqu'on a des onduleurs et des batteries. Nous avons également fait l'effort avec une alimentation en énergie solaire, puisque nous avons plus de 600 panneaux sur le toit qui permettent de venir en complément de l'alimentation principale que nous avons », reprend Jean-François Ahanda.

    Les promoteurs restent discrets sur le montant de cet investissement, financé par un fonds d'investissement africain. L'objectif est désormais de séduire une clientèle locale, régionale et internationale, explique Laïka Mba, directrice générale du centre de données : « On parle aux administrations, on parle aux grandes entreprises, aux PME, mais on parle aussi aux particuliers. On s'adresse à la sous-région, à la zone CEMAC, on s'adresse à tout acteur africain, les grands acteurs internationaux, comme une société américaine qui peut avoir besoin d'avoir un site de réplication ou alors d'hébergement de ces données en Afrique. Et le Gabon peut aujourd'hui se positionner dans ce sens. »

    Si ce centre est le premier du pays, il ne devrait pas rester unique. Il y a un an, le gouvernement gabonais a signé un accord avec le groupe américain Cybastion pour construire un second centre de données dans la capitale.

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  • Minéraux critiques: le continent africain cherche à tirer son épingle du jeu

    L'Agence internationale de l'énergie pointe dans son rapport annuel, publié en fin de semaine dernière, les tensions sur la disponibilité des minéraux critiques et une hausse importante des prix de certains d'entre eux. Le continent africain est évidemment un acteur central dans cette compétition mondiale et tente de tirer son épingle du jeu par différents moyens.

    Il y a d'abord le levier de l'offre et les répercussions sur les prix. L'année 2025 a été marquée par une hausse des cours d'un grand nombre de ces métaux critiques. « Les prix des métaux de base tels que l'aluminium, le cuivre et l'étain ont augmenté d'un tiers entre janvier 2025 et avril 2026, avec des cours du cuivre qui ont atteint des sommets. Les prix des matériaux destinés aux batteries se sont également redressés après une baisse en 2023 et 2024 », détaille Tim Gould, l'économiste en chef de l'Agence internationale de l'énergie. Le conflit au Moyen-Orient est en cause, mais pas seulement : « Les prix du lithium ont plus que doublé, tandis que ceux du cobalt ont augmenté d'environ 130%, en grande partie en raison des restrictions à l'exportation imposées par la République démocratique du Congo. »

    Après avoir suspendu les exportations de cobalt, la RDC a remplacé l'interdiction par un système de quotas. Kinshasa n'est pas le seul producteur africain à jouer sur ce levier. Tim Gould lors d'une présentation du rapport : « Ce que vous voyez actuellement à l'écran, c'est une forte augmentation du nombre de restrictions commerciales. Désormais, il ne s'agit plus seulement de la Chine. D'autres pays ont également mis en place de nouvelles restrictions, notamment le quota d'exportation de cobalt imposé par la RDC, que j'ai déjà mentionné, ainsi que les restrictions commerciales imposées par le Zimbabwe sur le lithium, par le Mozambique sur le graphite. »

    Madagascar mise sur son graphite

    Si l'AIE note une baisse des dépenses dans l'exploration minière, certains pays profitent néanmoins de l'engouement pour certains minerais. Au début de l'année, Madagascar a levé son moratoire sur les permis miniers, rouvrant la porte aux investisseurs. Une aubaine, notamment dans le domaine du graphite dominé actuellement par la Chine. « Les pays occidentaux, on va dire, que ce soit des Européens ou des Canadiens, ou des Américains ou des Australiens, sont à la recherche de ressources en graphite. Et il se trouve qu'il y en a à Madagascar. Ce qui permettrait in fine d'acquérir une certaine indépendance vis-à-vis de la Chine », remet en contexte Jean-Jacques Joung, consultant minier et fin connaisseur de l'île.

    Et Madagascar, qui dispose de l'une des trois plus grosses réserves mondiales de graphite, a sa partition à jouer. « Madagascar a une position très privilégiée dans le secteur du graphite, parce que les réserves sont importantes. Elles sont réparties sur plusieurs territoires dans le pays. Donc oui, effectivement, il y a un certain nombre d'investisseurs qui développent aujourd'hui des projets de mine de graphite. C'est tout à fait exact », confirme l'expert. 

    Les États du continent restent cependant largement tributaires d'investissements extérieurs, du manque d'infrastructure énergétiques. Dans un moyen terme beaucoup misent sur la transformation locale pour améliorer encore plus le profit tiré de leur sous-sol.

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  • Les prix des minéraux critiques bondissent, l'Afrique veut en tirer le meilleur profit

    Indispensables à des pans entiers de l'économie mondiale, les cours des minéraux critiques ont bondi en 2025 et en cette première moitié de l’année, met en avant dans son rapport publié ce jeudi l'Agence internationale de l'énergie. Les prix du lithium ont doublé, les prix ont augmenté de +130 % pour le cobalt. Pourtant, le continent africain, qui possède près d’un tiers des réserves mondiales, profite peu de cette manne financière. Pour plus de revenus, les autorités africaines souhaitent plus de transformation locale.

    De notre correspondant à Abidjan,

    Le lithium, le cobalt, le cuivre ou encore le graphite sont devenus les matières premières les plus convoitées de la transition énergétique. Le continent africain concentre près de 30% des réserves mondiales de minéraux critiques, pour une valeur estimée à environ 29 500 milliards de dollars. Pourtant, la majeure partie de ces minerais quitte encore l'Afrique sans être transformée. Ce qui représente un manque à gagner pour le continent, explique le docteur Albert Kouadio, spécialiste des mines extractives : « Lorsqu'un pays donne des permis de recherche à des entreprises étrangères à l'extraction, au mieux, il a un retour de 10%. Le cœur des industries, ce sont les minéraux. Si l'Afrique veut être développée, on doit chercher des stratégies pour préserver notre sous-sol. »

    L'enjeu dépasse le simple raffinage. L'ambition est de fabriquer sur le continent des composants, voire des produits finis. Une manière de créer davantage d'emplois, de développer une industrie locale et de capter une plus grande part de la richesse générée par ces ressources. « Il ne faut pas s'arrêter aux premières transformations. Ce n'est pas qu'une question de raffinage et de process. Il faut aussi aller en aval des chaînes de valeur. Ça veut dire transformer soi-même, capter les primes d'aval. Cela veut dire les primes de marque, les primes de distribution », estime Othman El Ferdaous, l'ambassadeur du Maroc en Côte d'Ivoire.

    Énergie et coopération

    Mais cette ambition ne pourra se concrétiser sans une énergie abondante, fiable et à un coût compétitif. Car raffiner les minerais, fabriquer des composants ou assembler des batteries sont des activités très gourmandes en électricité. Pour le diplomate marocain, l'un des préalables à cette industrialisation passe par le renforcement des infrastructures énergétiques à l'échelle du continent. « Il y a un projet continental, le gazoduc africain atlantique qui réunira le Nigeria au Maroc puis vers l'Europe. C'est très important parce qu'il va desservir plus d'une dizaine de pays, souligne encore le diplomate. Et tous ces pays côtiers vont pouvoir avoir du gaz africain pour transformer avec des centrales de cycle combiné et produire de l'électricité industrielle compétitive. »

    La Côte d'Ivoire, qui a récemment accueilli un forum sur le sujet, entend se positionner sur cette nouvelle chaîne de valeur. Moins en vue sur la question, le pays dispose cependant lui aussi des minéraux critiques dans son sous-sol, principalement dans sa moitié ouest. Mais pour transformer ces ressources et bâtir une véritable industrie africaine, aucun pays ne pourra agir seul, estime le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l'Énergie. « Pour un minerai critique donné, il y a tel nombre de pays qui pourraient se mettre ensemble pour l'exploitation et il y a d'autres pays qui pourraient venir pour la transformation du semi-fini avant qu'on aborde le marché international », argumente Mamadou Sangafowa Coulibaly. Pour y parvenir, encore faut-il mobiliser les financements. Le président de la Banque africaine de développement, Sidi Ould Tah, assure que l'institution accompagnera le développement de chaînes de valeur régionales.

    À lire aussiEn Zambie, à qui profite la richesse minière?

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