Choses à Savoir - Culture générale

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Choses à Savoir - Culture générale episodes

  • Pourquoi certains détestent-ils le brocoli ?

    Certaines personnes trouvent le café extrêmement amer, supportent mal les choux de Bruxelles ou grimacent devant un pamplemousse, alors que d’autres ne ressentent presque rien. Cette différence n’est pas seulement une question d’habitude : elle est en partie inscrite dans nos gènes.

    On parle parfois de personnes « super-goûteuses », ou supertasters en anglais. Leur particularité est de percevoir certains goûts, en particulier l’amertume, beaucoup plus intensément que la moyenne.

    L’un des principaux responsables est un gène appelé TAS2R38. Ce gène donne les instructions nécessaires à la fabrication d’un récepteur de l’amertume présent sur les cellules gustatives de la langue.

    Or, il existe plusieurs versions de ce gène. Selon celle dont on hérite, notre récepteur sera plus ou moins sensible à certaines molécules amères.

    Les chercheurs utilisent notamment deux substances, appelées PTC et PROP, pour mesurer cette sensibilité. Pour certaines personnes, elles n’ont presque aucun goût. Pour d’autres, elles sont tellement amères qu’elles deviennent franchement désagréables.

    Mais être « super-goûteur » ne dépend pas uniquement d’un seul gène.

    La langue joue également un rôle. Certaines personnes possèdent davantage de papilles fongiformes, ces petites structures visibles notamment sur l’avant de la langue et qui contiennent les bourgeons gustatifs. Plus elles sont nombreuses, plus les signaux envoyés au cerveau peuvent être intenses.

    Résultat : un super-goûteur ne ressent pas seulement davantage l’amertume. Les aliments très sucrés, très salés, acides ou épicés peuvent également lui sembler particulièrement puissants.

    Cela peut influencer l’alimentation. Les super-goûteurs ont parfois tendance à éviter certains légumes crucifères, comme le brocoli, le chou ou le chou de Bruxelles, parce qu’ils perçoivent davantage leurs molécules amères. Ils peuvent également être moins attirés par certaines boissons alcoolisées ou par le café noir.

    À l’inverse, une personne peu sensible à l’amertume peut trouver ces mêmes aliments parfaitement agréables.

    Il ne faut cependant pas imaginer deux catégories parfaitement séparées. La perception du goût forme plutôt un continuum, influencé par plusieurs gènes, par le nombre de papilles gustatives, mais aussi par l’âge, l’environnement et les habitudes alimentaires.

    Ainsi, lorsque deux personnes goûtent exactement le même aliment, elles ne vivent pas forcément la même expérience.

    Votre voisin ne fait donc peut-être pas la fine bouche lorsqu’il trouve un légume insupportablement amer : sa langue et ses gènes peuvent réellement lui faire percevoir un monde gustatif beaucoup plus intense que le vôtre.

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    2 min
  • Pourquoi naturistes et militaires se partagent-ils la même île ?

    Il existe, au large du Var, une île française où deux mondes que tout semble opposer cohabitent depuis des décennies : celui des naturistes et celui de l’armée. Cette île, c’est l’île du Levant, l’une des trois principales îles d’Hyères, avec Porquerolles et Port-Cros.

    Longue d’environ huit kilomètres, l’île du Levant présente une particularité étonnante : seule une toute petite partie de son territoire est accessible au public. Environ 95 % de sa superficie est occupée par une zone militaire, tandis que l’extrémité occidentale accueille le célèbre domaine naturiste d’Héliopolis.

    L’histoire naturiste de l’île commence véritablement en 1931. Deux médecins, les frères André et Gaston Durville, y fondent Héliopolis. Leur projet ne consiste pas simplement à créer une station où l’on peut se promener nu. Ils défendent une conception beaucoup plus large du naturisme : vivre au grand air, faire de l’exercice, profiter du soleil et adopter une existence jugée plus saine et plus proche de la nature.

    Héliopolis devient progressivement l’un des hauts lieux historiques du naturisme français.

    Aujourd’hui encore, cette identité reste très présente. On y trouve des petites maisons, des sentiers bordés de végétation méditerranéenne et des plages où le naturisme est largement pratiqué. La circulation automobile y est extrêmement limitée, ce qui contribue à donner au lieu une atmosphère très particulière.

    Mais à quelques centaines de mètres seulement commence un univers totalement différent.

    L’essentiel de l’île appartient au ministère des Armées et est strictement interdit au public. Cette immense zone est notamment utilisée pour des essais militaires. Des missiles, des torpilles ou encore différents systèmes d’armes peuvent y être expérimentés.

    Une frontière sépare donc très concrètement les deux parties de l’île.

    D’un côté, les vacanciers, la baignade, le soleil et le naturisme. De l’autre, des installations hautement surveillées, le secret militaire et des technologies de défense.

    Le contraste est presque surréaliste : sur la même petite île méditerranéenne se côtoient ainsi l’un des plus anciens villages naturistes de France et un important site militaire.

    L’île du Levant est donc probablement l’un des rares endroits au monde où l’on peut passer ses vacances entièrement nu… à proximité immédiate d’une zone où sont testés des missiles.

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    3 min
  • Pourquoi la mafia pratiquait-elle l’incaprettamento ?

    Le mot est presque inconnu en français : « incaprettamento ». Pourtant, derrière ce terme italien se cache l’une des méthodes d’exécution les plus sinistres associées à la mafia sicilienne.

    Le mot vient de « capretto », qui signifie « chevreau » en italien. L’idée est donc littéralement d’attacher quelqu’un comme on attacherait un jeune animal.

    Dans l’incaprettamento, la victime est ligotée dans une position extrêmement contrainte. Une corde relie les membres au cou de manière à ce que les mouvements ou l’épuisement augmentent progressivement la pression autour de la gorge. Le supplice est donc conçu pour provoquer une asphyxie lente.

    Mais ce qui rend cette pratique particulièrement importante dans l’histoire de la mafia, ce n’est pas seulement sa cruauté. C’est aussi sa signification.

    Dans des organisations criminelles comme Cosa Nostra, la manière de tuer pouvait servir de message. Une exécution n’était pas toujours destinée uniquement à éliminer quelqu’un. Elle pouvait aussi avertir les autres.

    L’incaprettamento aurait ainsi été utilisé contre des personnes considérées comme traîtres, désobéissantes ou coupables d’avoir rompu la loi du silence, ce que l’on appelle l’omertà.

    Le corps pouvait ensuite être abandonné de façon à être découvert. La méthode employée devenait alors une sorte de langage. Ceux qui connaissaient les codes mafieux comprenaient immédiatement le message : la victime avait transgressé une règle et avait été punie.

    Le choix du terme « incaprettamento » ajoute même une dimension d’humiliation. Dans les campagnes italiennes, un chevreau pouvait être immobilisé en lui attachant les pattes. Appliquer cette image à un être humain revenait donc à le traiter symboliquement comme un animal.

    Cette pratique est notamment associée aux périodes de grande violence mafieuse en Sicile au cours du XXe siècle, en particulier lors des règlements de comptes internes.

    L’incaprettamento illustre ainsi une caractéristique essentielle du crime organisé : la violence n’y est pas toujours seulement physique. Elle peut aussi être théâtralisée.

    Le but n’est alors pas uniquement de tuer une personne, mais de faire comprendre quelque chose à toutes les autres.

    Et dans le monde de la mafia, ce message était simple : certaines règles ne devaient jamais être transgressées.

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    3 min
  • Pourquoi les loups-garous se transforment-ils à la pleine lune ?

    Quand on pense au loup-garou, la scène semble évidente : la pleine lune apparaît dans le ciel, un homme commence à se couvrir de poils, ses dents s’allongent et il se transforme en loup. Pourtant, cette association entre loups-garous et pleine lune est beaucoup plus récente qu’on ne l’imagine.

    Le mythe de l’homme qui se transforme en loup remonte à l’Antiquité. Dans la mythologie grecque, le roi Lycaon est par exemple transformé en loup par Zeus pour le punir. C’est d’ailleurs de son nom que vient le mot « lycanthropie ». Mais dans cette histoire, aucune pleine lune n’intervient.

    Même chose au Moyen Âge et à la Renaissance. Les récits européens évoquent de nombreuses façons de devenir loup-garou : une malédiction, un pacte avec le diable, une peau de loup magique, une ceinture enchantée ou encore certains rituels. Là encore, la transformation n’a pas forcément lieu lorsque la lune est pleine.

    Alors pourquoi la lune ?

    Parce que, depuis l’Antiquité, elle est associée aux comportements étranges et à la folie. On pensait que ses différentes phases pouvaient influencer l’esprit humain. Cette croyance a laissé des traces jusque dans notre vocabulaire : le mot anglais « lunatic », qui signifie fou, vient du latin « luna », la Lune.

    La pleine lune possède aussi un avantage évident pour les conteurs : elle éclaire la nuit. Avant l’éclairage électrique, les nuits de pleine lune étaient particulièrement lumineuses. Elles constituaient donc un décor idéal pour imaginer des créatures nocturnes rôdant dans les campagnes.

    Mais c’est surtout le cinéma qui va fixer définitivement cette règle dans notre imaginaire.

    En 1935, le film Werewolf of London lie explicitement les transformations du personnage aux nuits de pleine lune. Puis les films de monstres produits par les studios Universal dans les années 1940 popularisent massivement cette idée. Fait étonnant : le célèbre Wolf Man de 1941 n’impose pas encore clairement la pleine lune comme déclencheur. C’est notamment sa suite, Frankenstein Meets the Wolf Man, sortie en 1943, qui renforce cette règle.

    Hollywood a donc transformé une association parmi d’autres en véritable loi du loup-garou.

    Depuis, films, séries, romans et bandes dessinées l’ont répétée tellement souvent que nous avons fini par croire qu’elle appartenait aux légendes depuis des millénaires.

    En réalité, le loup-garou est très ancien. Mais son rendez-vous obligatoire avec la pleine lune est, lui, largement une création de la culture populaire moderne.

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    3 min
  • Pourquoi Göbekli Tepe bouleverse-t-il l’histoire de l’humanité ?

    Ce site se trouve dans le sud-est de l’actuelle Turquie. Il est d'abord exceptionnel par son âge. En effet, ses premières grandes constructions remontent à environ 9 600 avant notre ère, soit il y a plus de 11 000 ans. Elles sont donc bien plus anciennes que les pyramides d’Égypte ou Stonehenge.


    Mais ce qui rend Göbekli Tepe vraiment fascinant, c’est surtout l’identité de ceux qui l’ont construit.


    Oui, car pendant longtemps, on a imaginé l’histoire des sociétés humaines selon un schéma assez simple. D’abord, les hommes auraient appris à cultiver des plantes et à domestiquer les animaux. Et grâce à l’agriculture, ils seraient devenus sédentaires. Des villages seraient apparus, puis des sociétés de plus en plus complexes, capables enfin de construire de grands monuments et d’organiser des cultes collectifs.


    Ce modèle a notamment été popularisé au XXe siècle par l’archéologue Gordon Childe.


    Or Göbekli Tepe ne rentre pas vraiment dans ce scénario.


    En effet, ses bâtisseurs étaient encore, pour l’essentiel, des chasseurs-cueilleurs. Ils vivaient de la chasse, de la collecte et de céréales sauvages. Pourtant, ils ont réussi à ériger d’immenses piliers de calcaire en forme de T, dont certains dépassent cinq mètres de hauteur.


    En outre ces pierres monumentales sont parfois décorées de serpents, de sangliers, de renards, d’oiseaux ou d’autres animaux.


    Et leur construction suppose une organisation collective remarquable. Il fallait extraire les blocs, les transporter, les dresser, coordonner de nombreux individus et probablement nourrir ceux qui travaillaient sur le chantier.


    Tout cela avant même l’apparition complète de l’agriculture.


    Il faut savoir que pendant longtemps ce site a été présenté comme un immense sanctuaire utilisé par des groupes venus se réunir pour des cérémonies. Mais aujourd’hui, les archéologues pensent que la réalité était probablement plus complexe. Certaines structures pourraient aussi avoir eu une fonction domestique.


    Göbekli Tepe nous oblige donc à revoir une vieille idée : les grands monuments et les sociétés organisées ne sont peut-être pas simplement nés grâce à l’agriculture.


    Il est même possible que ce soit en partie l’inverse : le besoin de rassembler de nombreux individus pour des cérémonies ou de grands travaux aurait pu encourager la production régulière de nourriture, puis la culture des céréales.


    Autrement dit, Göbekli Tepe nous rappelle que la naissance de la civilisation ne s’est probablement pas faite selon une progression simple et linéaire.

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    3 min
  • Pourquoi les iPhone affichent toujours 9h41 dans les pubs ?

    Avez-vous déjà remarqué un détail étrange dans les publicités Apple ? Sur les photos officielles des iPhone et des iPad, l’heure affichée est presque toujours la même : 9 h 41.


    Ce choix n’a rien d’un hasard. Et son origine remonte aux célèbres présentations de Steve Jobs.


    Tout commence le 9 janvier 2007, lors de la keynote pendant laquelle Apple dévoile le tout premier iPhone. La conférence commence à 9 heures du matin. Et comme toujours chez Apple, tout est minuté avec une grande précision.


    L’entreprise sait approximativement à quel moment Steve Jobs va enfin révéler son nouveau produit au public. L’objectif est alors assez subtil : lorsque l’image géante de l’iPhone apparaîtra derrière lui, l’heure affichée sur l’écran du téléphone doit correspondre presque exactement à l’heure réelle dans la salle.


    Apple estime que la révélation aura lieu environ quarante minutes après le début de la conférence. L’iPhone présenté ce jour-là affiche donc 9 h 42, avec une petite marge destinée à tenir compte du déroulement réel de la présentation.


    L’idée est que les spectateurs puissent regarder leur montre puis l’écran géant et constater, presque inconsciemment, que les deux heures correspondent. Un détail minuscule, mais parfaitement représentatif de l’attention qu’Apple porte à la mise en scène de ses produits.


    Quelques années plus tard, en 2010, Steve Jobs présente cette fois le premier iPad. Là encore, la conférence commence à 9 heures. Mais le moment de la révélation intervient environ 41 minutes plus tard.


    L’iPad apparaît donc à l’écran en affichant… 9 h 41.


    Et cette fois, l’heure va rester.


    Depuis, 9 h 41 est devenue une véritable convention graphique chez Apple. Sur les images promotionnelles des iPhone et des iPad, qu’il s’agisse du site officiel, d’affiches ou de présentations, l’heure est généralement réglée sur 9 h 41.


    Contrairement à certaines légendes, ce chiffre n’a donc aucune signification mystique. Il ne correspond pas non plus à l’heure de naissance de Steve Jobs.


    C’est simplement le vestige d’une technique de présentation conçue pour rendre les keynotes encore plus réalistes et spectaculaires.


    Petite exception : l’Apple Watch. Sur ses publicités, elle affiche généralement autour de 10 h 09. Cette fois, Apple reprend une vieille tradition de l’horlogerie : placer les aiguilles autour de 10 h 10 permet de dégager le logo et de donner au cadran une apparence plus équilibrée.


    Même l’heure affichée sur un produit Apple est donc, en réalité, soigneusement calculée.

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    3 min
  • Pourquoi Jésus n’a-t-il jamais été peint ni dessiné de son vivant ?

    Nous connaissons tous le visage de Jésus : cheveux longs, barbe, traits fins, regard grave. Pourtant, ce visage est une invention artistique. Il n’existe aucun portrait connu de Jésus réalisé de son vivant, ni même dans les décennies qui ont immédiatement suivi sa mort.


    Comment l’expliquer ?


    D’abord, Jésus vit au Ier siècle dans une société où le portrait individuel est loin d’être aussi courant qu’aujourd’hui. Dans l’Empire romain, on fait surtout réaliser le portrait des empereurs, des notables ou des personnes fortunées. Or Jésus est un prédicateur juif itinérant de Galilée, sans position politique officielle ni richesse particulière. Il n’y avait donc aucune raison sociale évidente de commander son portrait.


    Il faut également tenir compte de son environnement religieux. Le deuxième commandement de la Bible condamne la fabrication d’images destinées à être adorées. Cela a favorisé dans certaines traditions juives une méfiance envers les représentations religieuses. Mais il serait faux d’en conclure que les Juifs interdisaient systématiquement toute image humaine : des synagogues antiques ont par exemple livré des représentations figuratives.


    Surtout, les premiers disciples de Jésus semblent avoir accordé beaucoup plus d’importance à ses paroles, sa mort et sa résurrection qu’à son apparence physique. Les Évangiles eux-mêmes ne donnent pratiquement aucune indication permettant de reconstituer son visage : ni couleur des cheveux, ni couleur des yeux, ni taille, ni forme du visage.


    Pendant près de deux siècles, le christianisme se développe donc sans véritable portrait de son fondateur. Les premières formes identifiables d’art chrétien conservées apparaissent surtout vers la fin du IIe et au IIIe siècle.


    Et lorsqu’on commence enfin à représenter Jésus, les artistes ne savent évidemment plus à quoi il ressemblait.


    Ils utilisent donc des modèles de leur époque. Dans les catacombes romaines du IIIe siècle, Jésus peut ainsi apparaître sous les traits d’un jeune homme imberbe, notamment sous la forme symbolique du « Bon Pasteur ». Plus tard seulement se généralise l’image du Christ adulte, barbu et aux cheveux relativement longs que nous connaissons aujourd’hui.


    Autrement dit, les portraits traditionnels de Jésus ne sont probablement pas la transmission fidèle d’un véritable visage.


    Ce sont des constructions artistiques élaborées plusieurs siècles après sa mort.


    Et le véritable visage de Jésus, lui, reste inconnu.

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    3 min
  • Comment une tortue a-t-elle tué un grand dramaturge ?

    Eschyle est l’un des plus grands noms de la littérature grecque. Né vers 525 avant notre ère, il est souvent considéré comme l’un des pères de la tragédie. Pourtant, sa propre mort serait digne d’une comédie particulièrement absurde.


    Selon une célèbre tradition antique, Eschyle serait mort après avoir reçu… une tortue sur la tête.


    L’histoire se déroule vers 456 avant J.-C., à Géla, en Sicile, où le dramaturge passe les dernières années de sa vie.


    Un rapace aurait saisi une tortue puis se serait envolé avec elle. Ce comportement n’est pas aussi extravagant qu’il en a l’air. Certaines tortues possèdent une carapace extrêmement résistante. Pour accéder à leur chair, des rapaces peuvent les emporter en altitude puis les laisser tomber sur une surface dure afin de briser leur carapace.


    Or, selon le récit antique, le rapace aperçoit le crâne chauve d’Eschyle et le prend pour une pierre.


    Il lâche donc sa tortue.


    L’animal tombe directement sur la tête du dramaturge et le tue.


    L’histoire devient encore plus extraordinaire chez Pline l’Ancien, qui la raconte plusieurs siècles plus tard dans son Histoire naturelle. Selon lui, un oracle aurait prédit à Eschyle qu’il mourrait à cause de quelque chose tombant d’en haut. Pour éviter ce destin, le poète aurait décidé de rester à l’extérieur, loin des bâtiments susceptibles de s’effondrer.


    Précaution manifestement insuffisante : le danger serait finalement venu du ciel lui-même.


    Mais cette anecdote doit être prise avec prudence. Nous ne disposons d’aucun témoignage contemporain permettant d’établir que la tortue est réellement responsable de la mort d’Eschyle. Les récits détaillés apparaissent dans des sources plus tardives, et les biographies des personnages célèbres de l’Antiquité ont souvent été enrichies d’histoires spectaculaires ou symboliques.


    Ce que l’on sait avec davantage de certitude, c’est qu’Eschyle est mort à Géla, en Sicile, vers l’âge de 69 ans.


    La tortue appartient donc peut-être davantage à la légende qu’à l’histoire.


    Mais il faut reconnaître que pour l’un des maîtres absolus de la tragédie grecque, difficile d’imaginer une fin plus tragiquement ironique.

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    3 min
  • Pourquoi certains Juifs ont-ils reçu le titre "d'aryen d'honneur" ?

    Le régime nazi prétendait fonder sa politique sur une distinction rigide entre les « Aryens » et les Juifs. Pourtant, dans la pratique, il lui arriva de contourner ses propres règles et d’accorder à certaines personnes d’origine juive un statut exceptionnel. On les qualifiait alors parfois d’« Aryens d’honneur ».


    Pour comprendre ce paradoxe, il faut revenir aux lois de Nuremberg de 1935. Elles classaient les habitants en fonction de l’origine de leurs grands-parents. Certaines personnes étaient considérées comme juives, tandis que d’autres, ayant une ascendance juive partielle, étaient classées comme « Mischlinge », c’est-à-dire métisses selon la terminologie raciale nazie.


    Mais ces classifications pouvaient poser problème au régime lui-même. Certains hommes ayant des origines juives étaient des militaires importants, des scientifiques réputés, des industriels utiles ou encore d’anciens proches du parti nazi.


    Plutôt que de renoncer à son idéologie raciale, le pouvoir créa donc des exceptions.


    L’expression « Aryen d’honneur », ou Ehrenarier en allemand, désignait ainsi couramment quelqu’un qui aurait dû subir certaines discriminations raciales, mais que les autorités décidaient de traiter, totalement ou partiellement, comme un « Aryen ». Il ne s’agissait cependant pas d’une catégorie juridique clairement définie : les exemptions pouvaient prendre différentes formes et dépendaient largement du bon vouloir des dirigeants nazis.


    Un cas célèbre est celui d’Emil Maurice, l’un des premiers compagnons d’Hitler et membre de la SS. Lorsque ses origines juives furent découvertes, Hitler intervint personnellement pour lui permettre de rester dans l’organisation. Le général de la Luftwaffe Erhard Milch bénéficia lui aussi d’un traitement particulier lorsque des interrogations apparurent sur son ascendance.


    Ces exceptions révèlent surtout le caractère arbitraire du système nazi : les prétendues règles biologiques pouvaient être modifiées lorsque les intérêts politiques, militaires ou personnels du régime l’exigeaient.


    On retrouve des situations comparables dans la France occupée. Le philosophe Vladimir Jankélévitch, juif et révoqué de l’université par le régime de Vichy, se vit notamment proposer une forme d’« aryanisation ». Il refusa, estimant qu’il n’avait pas à demander pardon pour une origine dont il n’avait évidemment pas à avoir honte.


    L’existence des « Aryens d’honneur » montre donc une contradiction fondamentale du nazisme : une idéologie prétendument fondée sur des lois raciales absolues pouvait elle-même suspendre ces lois lorsqu’une personne devenait suffisamment utile au régime.

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    3 min
  • Pourquoi le mystère des jumeaux de Cândido Godói intrigue-t-il encore ?

    Au sud du Brésil, dans l’État du Rio Grande do Sul, se trouve une petite commune devenue célèbre pour une particularité étonnante : Cândido Godói compte un nombre exceptionnellement élevé de jumeaux.


    Dans certains secteurs de la commune, notamment à Linha São Pedro, la proportion de naissances gémellaires a parfois été plusieurs fois supérieure à la moyenne habituelle. De quoi alimenter, pendant des décennies, les rumeurs les plus folles.


    La plus spectaculaire concerne Josef Mengele.


    Ce médecin nazi, tristement célèbre pour ses expérimentations menées à Auschwitz, s’intéressait tout particulièrement aux jumeaux. Après la Seconde Guerre mondiale, il parvient à fuir l’Europe et se réfugie en Amérique du Sud. Il vit notamment en Argentine, au Paraguay puis au Brésil.


    À partir de là est née une théorie : Mengele aurait séjourné à Cândido Godói dans les années 1960 et aurait procédé à des expériences sur les femmes du village afin d’augmenter le nombre de grossesses gémellaires.


    Selon certaines versions, il se serait présenté comme médecin ou vétérinaire et aurait distribué des médicaments ou pratiqué des traitements expérimentaux.


    Le problème, c’est qu’aucune preuve solide ne vient confirmer cette histoire.


    Des chercheurs ont étudié plusieurs décennies de registres de naissance et de baptême. Leur conclusion est importante : le nombre exceptionnel de jumeaux dans la région ne commence pas avec l’arrivée supposée de Mengele. Le phénomène existait déjà auparavant.


    Autrement dit, l’hypothèse d’une expérience secrète menée par le médecin nazi est aujourd’hui considérée comme très improbable.


    Alors comment expliquer cette concentration de jumeaux ?


    L’explication la plus sérieuse est génétique.


    Cândido Godói a été fondée par une population relativement restreinte, composée notamment d’immigrants européens d’origine allemande. Dans ce type de communauté assez isolée, certains variants génétiques rares peuvent devenir beaucoup plus fréquents simplement parce qu’ils étaient présents chez quelques-uns des premiers habitants.


    C’est ce qu’on appelle « l’effet fondateur ».


    Or certaines familles de Cândido Godói semblent justement présenter une prédisposition héréditaire aux grossesses gémellaires.


    Des chercheurs ont également étudié plusieurs variations génétiques, notamment autour du gène TP53, mais aucune mutation unique n’explique à elle seule le phénomène.


    Le véritable mystère de Cândido Godói n’est donc probablement pas lié à Josef Mengele.


    Il tient plutôt à une question de génétique des populations : comment quelques familles fondatrices ont-elles pu transmettre, génération après génération, une prédisposition produisant autant de jumeaux dans un territoire aussi restreint ?

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