Benyamin Netanyahu est sous pression à un mois et demi des élections législatives, à la fois de ses électeurs et des pays étrangers. Les sondages montrent que sa coalition pourrait perdre sa majorité. Et une enquête affirme désormais qu'il avait été informé d'une attaque en préparation du Hamas, quelques jours avant le 7 octobre 2023, et n'a pas transmis l'information, a provoqué une avalanche de critiques. L’analyse du sociologue Alain Dieckhoff, chercheur au CNRS et ancien directeur du CERI de Sciences Po. Il a dirigé l’ouvrage collectif Radicalités religieuses, au cœur d’une mutation mondiale, Albin Michel.
RFI : C'est le dernier jour pour le dépôt des listes pour les législatives en Israël qui auront lieu le 27 octobre. La campagne commence enfin. Elle se poursuit dans un contexte difficile pour le Premier ministre Benyamin Netanyahu, de plus en plus critiqué par les dirigeants occidentaux. Londres officialise aujourd'hui des sanctions en réaction à la colonisation en Cisjordanie et aux violences qui sont commises dans ce territoire occupé. Cela a-t-il un effet sur le vote des Israéliens ?
Alain Dieckhoff : En tout cas, pas les pressions ou les mesures politiques que pourraient prendre des pays occidentaux comme la Grande-Bretagne ou d'autres. Je pense que cela n'aura pas d'effet en interne. En revanche, oui, il y a un débat interne très vif avec la polarisation de la société : d'un côté, ceux qui continuent à soutenir contre vents et marées le Premier ministre Benyamin Netanyahu, et de l'autre ceux qui le critiquent.
Ce qu'il faut dire aussi d'emblée, c'est que la capacité de résilience de Benyamin Netanyahu ne doit pas être sous-estimée. Il a baissé dans les sondages depuis maintenant deux ans et demi, mais, malgré tout, le socle de ses soutiens persiste aussi. Les jeux restent ouverts pour les élections fin octobre.
Il a fait de la colonisation le cœur de la campagne. Peut-il se permettre de lâcher un peu de lest pour satisfaire les alliés occidentaux, sans perdre le soutien, crucial pour lui, des partis d'extrême droite qui composent aujourd'hui sa coalition au gouvernement ?
C'est très clair que ce qui prime, avant tout, pour lui, c'est sa survie politique et donc l'alliance avec l'extrême droite. Il ne fera rien pour paraître « soft ». Au contraire, il va montrer qu'il reste ferme sur la ligne inflexible qui est la sienne, sur la colonisation, de façon à pouvoir conserver cette alliance avec l'extrême droite et éventuellement la reconduire après les élections de la fin du mois d'octobre.
En revanche, il est en difficulté concernant le 7 octobre 2023, l'attaque terroriste d'une ampleur totalement inédite menée par le Hamas. Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu aurait été alerté par les Émirats arabes unis d'une attaque en préparation et n'aurait rien fait de cette information : c'est ce que dit le journal Haaretz. Cela peut-il lui nuire ?
Je pense que ça lui nuira de façon assez marginale. Ceux qui sont contre lui, même avant ces révélations, y verront une confirmation du fait qu'il ne faut pas lui faire confiance. Et les autres, qui continuent à soutenir le Premier ministre, diront que, soit l'information est fausse, soit qu'elle n'avait peut-être pas une importance telle qu'il fallait considérer qu'elle annonçait, d'une façon, je dirais, relativement proche, l'attaque terroriste du 7-Octobre. Comme on dit, chacun voit midi à sa porte.
Je pense que, sur la campagne électorale, cela aura finalement, en termes de décision des électeurs, un impact assez limité.
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Le parti de Benyamin Netanyahu n'est pas en bonne posture, même si pour l'instant il fait tout pour garder ses alliés et espérer pouvoir former de nouveau une coalition. Où en sont les autres partis politiques israéliens ? Peut-il y avoir une alternance, fin octobre, à l'issue du vote ?
Il ne faut pas aller trop vite en besogne parce qu'on est dans un pays où le système est proportionnel. Cela veut dire que oui, c'est important de savoir quel parti sortira vainqueur des élections du 27 octobre, mais c'est aussi important de savoir quel parti sera ou non en mesure de constituer une coalition. Cela, évidemment, on ne le sait pas avant d'avoir le résultat le 28 octobre au matin.
Pour le moment, ce qu'on peut dire en fonction des sondages, c'est que son parti Likoud enregistre une baisse, c'est évident, mais pas un effondrement. Il reste en moyenne autour de 24-25 sièges dans les sondages, il en a 32 aujourd'hui. Mais de l'autre côté, le parti qui en gagne le plus est un nouveau parti, celui de l'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot.
On a beaucoup parlé de Gadi Eisenkot ces derniers temps. Qu'est-ce qui marche pour lui ?
Lui part de zéro puisqu'il n'est pas représenté pour le moment au Parlement et il arrive aussi à 23-24 sièges, à peu près à parité avec le Likoud. En revanche, le parti qui avait, avant la création du parti de Gadi Eisenkot, le vent en poupe, a baissé, c'est-à-dire le parti qui unit Naftali Bennett et Yaïr Lapid perd des sièges, par rapport à ce que Yaïr Lapid a aujourd'hui tout seul au Parlement.
Cela veut dire que, dans le fond, oui, il y a une possibilité d'alternance, mais elle ne sera quand même pas évidente. Il faudra constituer, encore une fois, comme je le disais, des coalitions : ce sera difficile pour les deux. Si on regarde les prévisions électorales qui existent, les choses peuvent encore changer en l'espace de huit semaines.
Concernant le climat dans lequel se déroule cette campagne, la presse a parlé de la campagne la plus immonde de l'histoire d'Israël. Il y a quelques jours, le leader de gauche Yaïr Golan avait dénoncé de nombreuses menaces de mort à son égard. Son fils aussi. Pensez-vous qu'il y a un risque de violences réelles ?
Pour le moment, on n'en a pas enregistré, mais c'est sûr qu'il y a un climat extrêmement polarisé, un climat de divisions internes très fortes et d'antagonismes : il n'y a pas de doute.
Malheureusement, dans le passé, il y a parfois eu des campagnes électorales extrêmement vives. Je pense en particulier aux années 1980, lorsqu'il y avait déjà le Likoud au pouvoir et une opposition travailliste à l'époque. Il y a eu une campagne électorale en 1984, par exemple, qui a été très virulente. On peut retrouver quelque chose de ce type. Je pense que les uns et les autres éviteront d'aller à une confrontation qui serait véritablement violente.
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