« Donald Trump tire à balles réelles sur la Banque centrale américaine », s’exclame Le Soir à Bruxelles. « Dans son “duel“ avec le patron de la Réserve fédérale, Donald Trump a dégainé et tiré, limogeant l’une des membres du conseil des gouverneurs de l’institution. »
En effet, relève Le Monde à Paris, « depuis son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump a entrepris de se débarrasser méthodiquement de tous ceux qui menacent de se mettre en travers de sa route, quelles que soient leur fonction ou leur rang. Adversaires politiques, soutiens déchus, juges, universitaires, médias, avocats, fonctionnaires fédéraux en ont fait les frais. »
Le risque d’une augmentation de la dette
Dernière victime en date, donc : Lisa Cook, membre du conseil des gouverneurs de la Fed, la Réserve fédérale des États-Unis, la banque centrale américaine chargé de décider de la politique monétaire de la première puissance économique du monde. Derrière ce limogeage, pointe Le Monde, « il y a la volonté évidente de modifier les équilibres au sein de l’institution monétaire pour orienter ses décisions en fonction des desiderata de la Maison Blanche. Depuis des mois, Donald Trump multiplie les insultes et les pressions à l’égard de Jerome Powell, le président de l’institution. Il l’a menacé à plusieurs reprises de le remplacer, parce qu’il ne baissait pas les taux d’intérêt assez rapidement à son goût. Organe collégial et indépendant du pouvoir exécutif depuis 1951, le conseil des gouverneurs s’y est jusqu’ici refusé, principalement en raison de la guerre commerciale que le président américain a lui-même déclenchée et qui menace de relancer l’inflation. »
Et attention, prévient Le Monde, « fragiliser la Fed par une ingérence politique directe sur ses décisions aurait des conséquences en cascade. Outre une baisse du dollar, la perte de confiance dans la fiabilité de la politique monétaire américaine entraînerait une augmentation de la prime de risque sur la dette à long terme des États-Unis et rendrait problématique son refinancement. »
Le risque inflationniste
Le Wall Street Journal ironise : « et si Trump dirigeait la Réserve fédérale ? Le limogeage de Lisa Cook montre qu’il veut placer la politique monétaire sous son contrôle personnel. Il y parviendra peut-être, mais le pays le regrettera. » En effet, précise le quotidien financier, « l’histoire nous apprend ce qu’il advient des banques centrales qui deviennent les bras armés des hommes politiques. Il n’y a qu’à voir l’inflation en Turquie sous la présidence de Recep Tayyip Erdogan ou encore en Argentine depuis des décennies. (…) Trump n’envisage que des tactiques à court terme et aux avantages politiques personnels qu’il peut en retirer. L’intégrité institutionnelle l’ennuie. Mais s’il réussit à prendre le contrôle de la Fed, lui et les Républicains seront comptables de toute l’inflation qui en découlera. »
Le New York Times pour sa part s’interroge : « la Cour suprême va-t-elle imposer de véritables limites à ce président ? » Et dans le cas d’espèce, s’opposer au limogeage de Lisa Cook ? Sans doute pas… Car, « la Cour suprême, rappelle le journal, s’est gravement écartée de son chemin au cours des sept derniers mois (depuis le début du mandat de Trump) — elle a autorisé des actions présidentielles qui menacent le fondement même d’un système de séparation des pouvoirs. »
Mainmise aussi sur la santé publique…
Enfin qu’il n’y a pas que la Fed dans le collimateur de Trump… Il y a aussi le CDC, le Centre des contrôles et de prévention des maladies, la principale agence sanitaire américaine. Sa directrice, Susan Monarez a été limogée hier, sur fond de désaccords avec le ministre de la Santé Robert Kennedy Jr.
« Kennedy et ses alliés reprochent depuis longtemps au CDC, rapporte le Washington Post, de faire preuve d’une trop grande complaisance à l’égard de l’industrie pharmaceutique et des fabricants de vaccins. »
A contrario, pointe Le Monde à Paris, « depuis son entrée en fonctions, Robert Kennedy Jr a enclenché une refonte de la politique vaccinale, limogeant des experts réputés, restreignant l’accès aux vaccins contre le Covid-19 ou coupant des fonds au développement de nouveaux vaccins. Des mesures prises souvent à l’encontre du consensus scientifique et fustigées par des experts extérieurs. »
Résultat : le CDC est désormais en « plein chaos », soupire le Guardian à Londres. Et de nombreux experts en matière de santé publique, cités par le quotidien britannique, qualifient l’implosion du CDC de « désastre total. »