L’intervention armée spectaculaire au Venezuela « semble être montée à la tête de Donald Trump », s’exclame El Pais à Madrid. « Trump se délecte de l’effet intimidant de sa démonstration de force et se complait dans l’image d’un dirigeant prêt à utiliser l’armée la plus puissante du monde à tout moment et en tout lieu pour servir ses intérêts et ses caprices. »
En fait, renchérit Le Soir à Bruxelles : « La stratégie prédatrice de Trump c’est : “j’en ai besoin, donc c’est à moi“. (…) En même temps que ses troupes fonçaient sur Caracas pour enlever le dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro, Trump envoyait un message au monde : il peut faire tout ce qu’il veut. Depuis, il répète (pour ceux qui n’auraient pas compris) ses visées impérialistes, menaçant, entre autres, ouvertement le Groenland, un territoire appartenant au Danemark. »
Et pourquoi pas l’Écosse ?
« Le succès militaire a enivré toute la Maison Blanche, insiste le Washington Post. Après la capture spectaculaire de Maduro à Caracas le week-end dernier, Trump et ses conseillers ont adopté le langage de l’impérialisme du XIXe siècle. »
« Si Donald Trump pense que le Groenland devrait lui appartenir, combien de temps faudra-t-il avant qu’il ne jette son dévolu sur l’Écosse ? », ironise pour sa part le Guardian à Londres. En effet, pointe le quotidien britannique, « si l’on suit la logique expansionniste du président américain et de ses conseillers, les États-Unis sont en droit d’annexer à peu près n’importe quelle région du monde ».
Alors attention, prévient Libération à Paris : « c’est sans doute la conséquence majeure de l’intervention militaire américaine au Venezuela : cette prise de conscience que tout peut arriver. Donald Trump, avec cette opération, a fait une double démonstration : celle de la superpuissance militaire américaine, et celle que cette dernière pouvait être utilisée, hors de tout cadre légal international, contre à peu près n’importe qui ayant la mauvaise idée de contrarier les intérêts des États-Unis, notamment économiques. C’est évidemment le cas de l’Europe. »
La même logique que Poutine
« Nous vivons désormais dans un monde de sphères d’influence, pointe pour sa part le New York Times, d’où la comparaison fréquente entre la position de Donald Trump et celle du président russe Vladimir Poutine. "Au Venezuela, Trump a utilisé la même logique de force effroyable que Poutine avait utilisée pour justifier son attaque brutale contre l’Ukraine", a déclaré le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, le week-end dernier. Effroyable ou non, la logique reste en effet la même, pointe le quotidien américain. En février 2022, Poutine estimait qu’une puissance hostile aidant et armant son voisin ukrainien pourrait bientôt placer la Russie devant un fait accompli stratégique. Trump, observant un Venezuela de plus en plus indissociable de la Chine, est parvenu au même constat. »
Une opposition intérieure ?
Toutefois, Trump pourrait bien vite redescendre de son nuage. Car « à mesure que la stupeur se dissipe, l’opération américaine au Venezuela soulève de plus en plus de questions aux États-Unis, relève Le Monde à Paris,. Pas tant à propos de la chute du président du Venezuela, considéré comme un dirigeant autoritaire et corrompu que personne ou presque ne défend outre-Atlantique ; mais la suite des événements apparaît beaucoup moins bien anticipée. »
En effet, s’interroge Le Monde, « comment Donald Trump compte-t-il "diriger" le Venezuela à distance, alors que le régime chaviste reste aux commandes ? Et, plus important encore, l’impérialisme débridé du président américain et de son conseiller Stephen Miller, qui ciblent aussi Cuba, la Colombie, le Mexique et surtout le Groenland, est-il désormais la stratégie officielle du pays ? » Toutes ces questions « suscitent l’inquiétude ou le rejet de la part d’élus du Congrès, y compris républicains. »
Enfin ce constat établi par la Repubblica à Rome : « Aujourd'hui, les États-Unis perçoivent et divisent le monde selon leurs propres priorités. Les priorités d’une nation déprimée, apeurée et divisée. Le secteur industriel américain est en ruine, la dette fédérale est abyssale, la méfiance envers les institutions est sans précédent et le taux de natalité chute de façon alarmante. Sept Américains sur dix ne croient plus au rêve américain. Presque tous ont oublié la victoire historique de 1945. (…) Il était une fois l’Amérique, soupire le quotidien italien. Celle qui se croyait investie d’une mission de rédemption pour l’humanité et proclamait l’universalité de ses intérêts. »