« Pessa’h, la fête de la liberté pour tous les juifs du monde. Pâques, la fête de la Résurrection pour les chrétiens. (…) Pâques, le glas interminable du Liban sous les bombes. Norouz (la fête du printemps pour les Iraniens, c’était il y a 15 jours), l’agonie sans fin d’un pays qui dure depuis 47 ans. Est-ce ainsi que les hommes vivent ? », soupire Le Temps à Genève.
« Le pape Léon XIV, rapporte le Washington Post, a profité de son premier discours de Pâques, hier, pour lancer un appel retentissant à la paix en ces temps de guerre renouvelée, déclarant : "Que ceux qui ont des armes les déposent !" »
« Et ces derniers jours, relève La Croix à Paris, les fidèles auront aussi sans doute entendu ces mots de Léon XIV : Dieu "n’écoute pas les prières de ceux qui font la guerre" et de ceux qui ont "les mains pleines de sang" ». Allusion à peine voilée à ceux qui, à Washington ou Téhéran, affirment que Dieu est à leurs côtés…
Surenchère guerrière et verbale
37e jour de conflit. Pas de trêve pascale pour la guerre… « Deux morts dans une frappe de missile iranienne à Haïfa, les recherches se poursuivent pour retrouver deux autres personnes », pointe Haaretz à Tel Aviv.
« Frappes israéliennes meurtrières à Aïn Saadé et Jenah, la banlieue sud de Beyrouth sous le feu », constate L’Orient-Le Jour.
Et en Iran, les bombes… Et la surenchère verbale, encore et toujours, de part et d’autre… « Ouvrez ce putain de détroit, bande de fous furieux, ou vous vivrez en enfer ! », a lancé hier Donald Trump aux Iraniens. Propos rapportés notamment par le Guardian à Londres. Pour sa part, « L’Iran menace de représailles "bien plus dévastatrices" si des cibles civiles sont atteintes ».
« Des menaces qui n’empêchent pas une certaine activité diplomatique, relève Le Soir à Bruxelles. Oman, situé face à l’Iran dans le détroit d’Ormuz, a affirmé avoir discuté avec Téhéran de sa réouverture, tandis que le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi s’est entretenu par téléphone avec ses homologues pakistanais et égyptien, dont les pays mènent des efforts pour une issue au conflit ».
Dans le même temps, Donald Trump, habitué à souffler le chaud et le froid, repousse encore de 24 heures son ultimatum à l’Iran.
Trump s’est tiré une balle dans le pied…
En fait, analyse le Guardian, « la guerre chaotique menée par Trump contre l’Iran s'éternise depuis six semaines car il combat un adversaire qu’il ne comprend pas ». Il fait face à un « régime qui, depuis des décennies, a bâti un cadre national et régional, ainsi qu’un système de pensée, où le succès se mesure à sa capacité à se maintenir en vie selon ses propres termes face à l’hégémonie américaine ».
De ce fait, poursuit le quotidien britannique, « aucun des scénarios prévus ne s’est réalisé. Le conflit ébranle les marchés de l’énergie. On prévoit déjà une "récession économique mondiale" en cas de guerre prolongée. Donald Trump n’est pas parvenu à convaincre les alliés européens et du Golfe de participer à l’offensive ni aux efforts visant à rouvrir le détroit d’Ormuz. Et le régime iranien reste invaincu, engendrant des coûts croissants pour les équipements et le personnel militaires américains ».
Et finalement, complète le Washington Post, Trump s’est tiré une balle dans le pied… « Cette guerre a renforcé les extrémistes iraniens, bloqué une voie maritime vitale et offert une aubaine à la Russie qui pourrait engranger des milliards de dollars supplémentaires chaque mois grâce à la hausse du prix du pétrole et à la levée des sanctions américaines. (…) Bien sûr, la situation pourrait évoluer, tempère le Washington Post. Les guerres sont imprévisibles. Mais jusqu’à présent, aucune intervention militaire américaine n’a engendré autant de coûts pour si peu de bénéfices ».
Vers un nouvel ordre mondial ?
Enfin, ce point de vue du New York Times : « si le contrôle iranien sur le détroit d’Ormuz persiste pendant des mois, voire des années, comme on peut le craindre, il bouleversera profondément l’ordre mondial, au détriment des États-Unis. (…) Pendant des décennies, le système du Golfe persique était simple, pointe le journal : les producteurs de pétrole exportaient, les marchés fixaient les prix et les États-Unis sécurisaient la voie maritime. Ce système permettait une concurrence sans instabilité. Aujourd’hui, il s’effondre. (…) Et un nouvel ordre mondial pourrait émerger, pointe le New York Times. Imaginons l’Iran contrôlant environ 20 % du pétrole mondial, la Russie environ 11 % et la Chine capable d’en absorber une grande partie. Ils formeraient un cartel pour priver l’Occident de 30 % du pétrole mondial. Nul besoin d’analyse complexe pour en entrevoir les conséquences catastrophiques : un déclin brutal de la puissance des États-Unis et de l’Europe et un basculement mondial vers la Chine, la Russie et l’Iran ».