« Le Kremlin confirme que Vladimir Poutine et Donald Trump vont se parler ce mardi, pointe Le Monde à Paris. Le président américain a affirmé ces dernières heures que “beaucoup de choses avaient déjà été discutées avec les deux parties, l’Ukraine et la Russie“ après des réunions séparées entre responsables américains, russes et ukrainiens en Arabie saoudite et à Moscou. Le président américain a évoqué des “partages de certains avoirs“ dont des “terres“ et des “usines de production d’énergie“. “Nous n’avons jamais été aussi proches d’un accord de paix“, a déclaré hier en fin de journée, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, qui n’a cependant pas écarté la possibilité de sanctions américaines contre la Russie si les discussions ne se passent pas comme espéré ».
«
Quelque chose va changer… »
Trump et Poutine vont donc se parler directement au téléphone aujourd’hui. « Ce qui constitue sans doute, estime le Times à Londres, la conversation la plus importante de Trump avec un dirigeant étranger depuis son retour à la Maison Blanche en janvier. Et il semble que quelque chose va changer », affirme le quotidien britannique.
Dans les colonnes du journal, Sergey Radchenko, expert en politique étrangère russe à l’École des relations internationales Johns Hopkins, affirme que Poutine profitera de cet échange direct pour « flatter Trump : il va lui faire miroiter, dit-il, la vision d’une grande relation russo-américaine et des accords économiques. Et il poursuivra ses efforts pour affaiblir Zelensky, espérant que Trump lui offrira sa tête sur un plateau d’argent. Je ne pense pas qu’il renoncera à ses objectifs politiques fondamentaux en Ukraine, affirme encore Sergey Radchenko. Donc, à mon avis, conclut-il, la question clé n’est pas de savoir si Poutine sacrifiera une meilleure relation avec Trump pour l’Ukraine, mais si Trump sacrifiera l’Ukraine pour une meilleure relation avec Poutine (…) ».
D’ailleurs, pointe El Pais à Madrid, « les déclarations de Trump montrent de plus en plus clairement que pour parvenir à la paix, l’Ukraine devra abandonner une partie de son territoire, malgré l’insistance de Kiev à maintenir l’intégrité de son sol ».
Le «
deal » est-il déjà conclu ?
Et si « la partition était écrite à l’avance entre Moscou et Washington ? », s’interroge pour sa part Le Figaro à Paris. « Et si le sort de l’Ukraine, comme le contenu d’un futur accord de paix, avait déjà été décidé en amont entre Trump et Poutine ? Et si un accord de cessez-le-feu basé sur le gel des lignes de front, la levée des sanctions et un “deal“ sur les minerais, avait déjà fait l’objet de discussions approfondies entre Moscou et Washington et que tout le reste, les déclarations et les réunions diplomatiques, n’étaient que du théâtre, une comédie, de la poudre aux yeux ? »
Pour Le Figaro, ce scénario est plus que probable… « Les négociations de paix avancent dans l’ombre, entre les deux capitales, au détriment des Ukrainiens, affirme le journal. “Washington et Moscou partagent une même priorité : relancer la relation bilatérale, c’est-à-dire procéder à un "reset", explique l’ancien diplomate Michel Duclos. Ce “redémarrage des relations“ doit permettre, selon lui, à Moscou de “rejoindre le club des superpuissances qui gèrent les affaires du monde“ et à Washington de retrouver une “relation de travail avec Moscou pour traiter les dossiers régionaux“. (…) Michel Duclos voit deux scénarios, pointe encore Le Figaro. Dans le premier, “Vladimir Poutine atteint l’essentiel de ce qu’il veut, tant Donald Trump est avide d’obtenir un "succès". Dans le second, “un minimum d’amour-propre conduit le président américain à une résistance : dans ce cas, c’est sur des demi-mesures que s’accordent les deux parties“. Mais, affirme encore l’ancien diplomate, les deux scénarios appellent à “un sursaut stratégique européen“ ».
Et l’Europe ?
Justement, « l’Europe se réveille », se félicite Libération. « Il faut reconnaître une vertu à Trump : sans lui, l’Europe en serait toujours à peser le pour et le contre de l’indépendance stratégique… Grâce à la politique de gribouille de Washington, l’Union européenne prend le large. On se souvient d’Emmanuel Macron parlant de l’Otan en état de mort cérébrale. Maintenant, c’est fait. Entretemps, constate encore Libération, le Royaume-Uni est de nouveau là, avec l’Allemagne, la Pologne, la Turquie, mais aussi le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande. Tous ces pays qui faisaient confiance aux États-Unis ne comptent plus sur Donald Trump pour sauver l’Ukraine. L’Europe et sa coalition veulent s’armer, veulent leur industrie d’armement. La piste ouverte par Emmanuel Macron est la bonne. Mais, prévient Libération, il n’y a pas de temps à perdre ».