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La perspective de l'élection régionale en Saxe-Anhalt, qui doit se tenir le 6 septembre, fait trembler l'Allemagne car pour la première fois depuis la guerre, l'extrême droite pourrait gouverner une région. Si immigration et sécurité figurent en bonne place dans le programme de l'AfD, la culture y joue aussi un rôle important. Le parti, en cas de victoire, compte bien imposer ses thèses dans ce domaine.
De notre correspondant à Berlin,
Hans-Thomas Tillschneider est l’idéologue en chef de l’AfD en Saxe-Anhalt. Le très radical programme du parti lui doit beaucoup. L’universitaire, spécialiste de l’islam et proche de la Nouvelle Droite et du mouvement identitaire, pourrait devenir ministre de la Culture et de l’Éducation si l’AfD arrive au pouvoir dans une semaine. « Penser allemand », c’est le slogan central du parti d’extrême droite qui s’oppose au « penser moderne » qu’affiche le gouvernement régional. La culture doit renforcer l’identité allemande et non mettre en avant le multiculturalisme.
Le Bauhaus, le célèbre courant artistique et architectural, s’est installé il y a un siècle à Dessau, en Saxe-Anhalt. Le site est classé au patrimoine de l’Unesco. Comme autrefois, il subit les attaques de l’extrême droite. « Le Bauhaus est connu dans le monde entier. Il est visible. Il est une cible parfaite, s'alarme la directrice de la fondation Bauhaus, Barbara Steiner. On retrouve dans les critiques d'aujourd’hui des arguments et des mots utilisés il y a un siècle pour nous discréditer. »
Inquiet, le ministre de la Culture fédéral a lancé un manifeste en faveur du Bauhaus, soutenu par des centaines d’institutions. Ce couple de visiteurs du musée à Dessau est également inquiet. « C’est un danger. Il faut absolument sauvegarder le Bauhaus », s'exclame la femme. « On veut penser allemand et refouler tout ce qui n’est pas allemand », alerte son mari.
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« La normalisation d'un discours néo-fasciste »Le monde culturel en Saxe-Anhalt se mobilise contre les plans de l’AfD. Environ 150 institutions ont rejoint le réseau « La culture, c’est la diversité et nos racines » pour dénoncer les projets de l’AfD. Pour les théâtres, ces plans signifieraient jouer d’abord des pièces allemandes ou mettant l’identité allemande en avant. Les régions qui ont d’importantes compétences en matière culturelle ont la main sur les subventions. « Il y a exactement ce qui ferait penser à un retour aux années 1930, analyse le Suisse Julien Chavaz, qui dirige le théâtre de Magdeburg, sacré théâtre de l’année en Allemagne l’an dernier. La normalisation d'un discours néo-fasciste est particulièrement visible, puissante et probablement porteuse de succès dans cette région. »
L’AfD veut par ailleurs quitter le réseau de l’audiovisuel public, remettre en cause l’obligation scolaire et privilégier en histoire les aspects positifs du passé. Les universités et la recherche seraient aussi remises au pas. « Si l’AfD accède au pouvoir dans une semaine, elle compte faire de la Saxe-Anhalt un laboratoire de sa politique culturelle », prévient Christoph Bartmann, l’auteur d’un livre sur le combat culturel de l’extrême droite. Les milieux culturels poursuivent leur mobilisation. Mais certains pourraient quitter la région en cas de victoire de l’AfD.
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C'est un art que l'on retrouve dans plusieurs régions du monde, vieux de plusieurs siècles, et pourtant peu à peu oublié : celui de la plumasserie – ou le fait de transformer des plumes en objets d'ornement, parures, vêtements et autres créations époustouflantes. En France, cet art connaît aujourd'hui un renouveau, grâce notamment au travail de Nelly Saunier, passée maître d'art et dont les créations peuplent, en ce moment, le château de Josselin en Bretagne et le musée du Quai Branly-Jacques Chirac à Paris.
Ce qui frappe d'abord dans l'atelier de Nelly Saunier, c'est cette immense bibliothèque de près de 6 mètres de haut, où s'empilent des dizaines de boîtes. Seulement ici, pas de livres : que des plumes ! « Je serais incapable de dire combien il y en a, réfléchit Nelly Saunier. Mais je sais qu'il y a ici 350 boîtes de plumes, et qu'elles sont toutes relativement pleines. » Comprendre : il y a ici des milliers de plumes, de toutes les formes, de toutes les tailles, de toutes les textures et de toutes les couleurs, qu'il lui faut sourcer, laver, trier, puis déployer dans leur écrin en attendant de pouvoir les utiliser.
Un univers quasi-magique dont cette plumassière ne se lasse pas : « C'est une passion sans fin, sourit cette pétillante sexagénaire. Même aujourd'hui, je suis toujours surprise par ce que les oiseaux ont à offrir. Il y a une infinité de couleurs, de textures, de nuances… » Plus de quarante ans après ses débuts, Nelly Saunier a toujours des étoiles dans les yeux pour parler de son métier.
Une vocation découverte dès l'adolescencePour la plumassière, la révélation s'impose à 14 ans, comme « une évidence » : « Je cherchais un métier, quelque chose que je puisse faire de mes mains. J'ai choisi la plumasserie, qui me reliait à mon univers d'enfance, c'est-à-dire les arbres et les oiseaux. » Peu à peu, Nelly Saunier apprend à donner une seconde vie aux plumes qui l'émerveillent tant, et à les « transcender » en leur donnant une nouvelle forme : vêtements, cadrans de montre, parures de bijoux, chapeaux et autres trompe-l'œil. Pour ce faire, elle manie expertement les cinq outils principaux du plumassier : un couteau tranchant, un couteau émoussé – « pour faire friser les plumes » –, des ciseaux, un réglet et une pince. Même si, ajoute-t-elle avec une pointe de malice, « l'art de la plume permet d'être créatif et d'inventer ses propres outils, ses propres façons de faire. »
Seulement voilà, à l'issue de sa formation, un vrai défi s'impose : à l'époque, l'art de la plumasserie est considéré comme un peu désuet. « Mais moi, j'y ai toujours cru ! », se souvient celle qui, avec le temps, est passée maître d'art. « Alors, comme je préfère le "faire", plutôt que de discourir, j'ai fait : j'ai répondu à des commandes d'horlogers, de designers, de couturiers, de joailliers…, de nombreux domaines où j'ai pu impulser l'idée qu'on pouvait faire vivre l'art de la plume autrement. » Pari réussi : aujourd'hui, parmi les clients de Nelly Saunier, on compte de nombreuses maisons de luxe, de Gucci à Louboutin en passant par Hermès, Givenchy ou Jean-Paul Gaultier. Autant de collaborations qui ont donné une visibilité à l'artisane autant qu'à son art. « J'en vois beaucoup, désormais, qui s'y mettent, sur les réseaux sociaux… Tant mieux, si cela fait des émules ! », s'enthousiasme-t-elle.
L'importance du lien à la natureCette réussite donne aussi à Nelly Saunier la liberté de façonner des créations plus personnelles, de véritables œuvres d'art ne répondant à aucun impératif. Des pièces qui incluent toujours un morceau de nature glané au gré de balades en forêt ou en bord de mer : « Je ramasse ce que la nature me donne, et qui est arrivé au bout d'un cycle de vie. » D'où la présence, dans son atelier, de morceaux de bois pétrifié, de galets ou de brindilles. « J'en fais ce que j'appelle des natures transformées », explique-t-elle. Ici, une branche morte devient un tronc d'arbre dont les tiges, faites de barbes de plumes, portent des feuilles aux couleurs excentriques, turquoises, orangées ou vertes. « C'est mon grand dada de jouer avec ce que la nature m'a offert en termes de nuances, de textures, de motifs… Dans mon sujet, les plumes deviennent des fleurs, des feuilles, des pétales, des fruits… tout ce que l'on veut, en fait ! » Entre ses mains, l'oiseau, insaisissable, devient plus proche et révèle une partie de ses secrets. « Ça me fascine, cette histoire d'oiseau. Ça ne me quittera jamais », souffle enfin Nelly Saunier. Avant de revenir à ses plumes, sa manière à elle de tutoyer les cieux.
Nelly Saunier x Jardins, au château de Josselin (Bretagne) jusqu'au 31 août 2026.
Plumes du Paradis, au musée du Quai Branly-Jacques Chirac jusqu'au 8 novembre 2026.
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Un marathon théâtral au milieu des sapins vosgiens. Cet été, le Théâtre du Peuple de Bussang célèbre son 130e anniversaire avec Hériter des brumes, un feuilleton en six épisodes qui mêle comédiens pros, amateurs et la nature elle-même : un voyage hors du temps où la scène s'ouvre littéralement sur le sous-bois.
Au Théâtre du Peuple, de Bussang, le décor n’est pas en peinture. Au fond de la scène, de grandes portes s'ouvrent sur la forêt vosgienne. Ce lieu pas comme les autres a été fondé en 1895 par l'écrivain Maurice Pottecher, avec sa femme Camille.
Leur projet : un plateau réunissant professionnels, paysans, ouvriers et habitants de la vallée, en pleine communion avec la nature alentour. Cette année, le Théâtre du Peuple se raconte lui-même. Hériter des brumes est un feuilleton en six épisodes. Six heures de spectacle, deux guerres mondiales, une troupe qui traverse le 20e siècle jusqu'à la mort de Maurice Pottecher en 1960. Sur scène, trois comédiens professionnels épaulés par cinq amateurs de la vallée.
Six heures de marathon scénique, une immersion totale dans la brume des Vosges et un public conquis qui ressort rincé, mais le sourire aux lèvres. Preuve que l’utopie du Théâtre du Peuple a gardé toute sa jeunesse.
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C'est la rentrée littéraire. 461 œuvres romanesques débarquent en librairie en cette rentrée. Un moment d'émulation pour la profession. Mais cette année, le secteur du livre fait grise mine. Les Français lisent moins. Et pour les libraires dont les charges augmentent et les marges diminuent, la situation est difficile. Il faut faire preuve d'imagination pour attirer les clients. Un reportage signé Elise Véran.
Que serait Paris sans ses librairies de quartier ? « Oui, c'est apaisant quand tu rentres dans une librairie, juste pour te vider un peu la tête », déclare une cliente. Pourtant, malgré l'attachement de la clientèle aux librairies indépendantes, beaucoup d'entre elles rencontrent des difficultés financières. 2025 a été une année noire pour le secteur, comptant plus de fermetures que d'ouvertures de nouvelles librairies.
« Je m'appelle Juliette Debrix. Pour notre trésorerie, on arrive à un équilibre précaire, je dirais, et par contre, les revenus restent les mêmes, explique la cofondatrice avec Anabelle Chaubet de la librairie Un livre et une tasse de thé. Dans le monde du livre, les marges sont très, très faibles et elles laissent peu de place à être rentable, tout simplement, surtout si on a un loyer, en particulier parisien, à payer. »
En situation précaire, les libraires remettent en question le partage du gâteau entre les différents acteurs de la chaîne du livre, de la fabrication à la distribution, comme Fernando Barros, propriétaire de la librairie Tschann à Montparnasse. « Entre le distributeur, l'éditeur, l'auteur aussi et les libraires, il y avait un équilibre qui était maintenu, maintenant l'équilibre est un peu rompu et toute la chaîne du livre est un peu touchée. Par exemple, l'augmentation des frais de transport de la part des distributeurs, c'est une chose dont on parle rarement mais qui est importante à la fin de l'année », précise-t-il.
L'épouvantail des libraires a un nom : Amazon. La vente de livres en ligne représente plus de 20 % du marché français.« Il arrive un moment effectivement, peut-être que la concurrence est disproportionnée. Les gens disent souvent quand ils viennent chez vous, vous avez tel livre ? Non ? Ah, je vais aller chez Amazon. Comme si Amazon était une panacée. Il y a une volonté évidente d'effacer une partie du paysage. C'est de ça qu'on doit avoir peur », ajoute Fernando Barros.
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Les libraires dénoncent les marges d'achat plus avantageuses dont les grandes plateformes bénéficient de la part des éditeurs. « Les grands distributeurs, ils fonctionnent comme pour des carottes et les livres, c'est pareil, plus on en achète et moins le prix est élevé à la carotte. Nous, on va acheter 20 000 euros de livres par mois et quand Amazon va en acheter 200 000, donc nécessairement nous, on va avoir une remise de 35 % quand Amazon va avoir 41 %, c'est sur ces 6 % là que va se faire la différence, ce qui est énorme », regrette Juliette Debrix.
Outre les difficultés du métier, les libraires souffrent aussi de la baisse du pouvoir d'achat. « Les paniers moyens sont de plus en plus petits. On remarque un vrai changement de consommation cette année… », souligne la libraire. La diminution globale du temps accordé à la lecture est aussi pointée du doigt : « Aujourd'hui, on se rend compte que les gens lisent beaucoup moins, ils sont tous accrochés par le petit écran du téléphone portable », regrette Fernando Barros. Pour attirer les clients, les libraires organisent des rencontres autour des livres.
« Nous, on a un public de psychanalystes, donc on fait des rencontres de psychanalystes en librairie », précise le propriétaire de la librairie Tschann. Et beaucoup décident de se diversifier, comme Juliette Debriex qui propose un service salon de thé ainsi qu'un rayon papeterie et puzzles : « Tout ce qui est hors livre, ça représente déjà 20 % de notre chiffre d'affaires ». De quoi se demander si demain, l'équilibre des librairies indépendantes pourra uniquement reposer sur le livre.
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Le Centre national du costume et de la scène, à Moulins, dans le département de l'Allier, célèbre cette année le 20e anniversaire de sa création. Depuis 2006, ce musée-réservoir stocke, conserve, et veille sur des milliers de costumes de scène passés à la retraite. Pour son exposition anniversaire intitulée « Tous en scène », il dévoile certains de ses trésors et met aussi en avant les métiers souvent méconnus de ses équipes. Parmi ces professions, celle de mannequineur.
« Attention, il y a un petit escalier. Ce n'est pas grand chose, mais il est ancien. » Pour nous conduire dans son atelier du Centre national du costume et de la scène (CNCS), à Moulins, dans le centre de la France, Fabienne Sabarros-Helly nous guide avec expertise à travers un dédale de couloirs, de petits escaliers et d'arrière-salles. Au détour d'un virage, dans la pénombre, on sursaute à la vue d'une dizaine de mannequins debout face à un mur. La responsable du pôle mannequinage du CNCS sourit : « Ah oui, j'ai oublié de vous prévenir, j'ai tellement l'habitude... Alors, attention, j'ouvre la porte ! ».
L'inverse du travail de costumierDans la vaste salle sans lumière du jour - conservation des costumes oblige - qui constitue la réserve à mannequins du CNCS, des dizaines de bustes de tous types s'amoncellent, rangés sur des étagères, alanguis sur des chariots, ou mis au coin. Combien exactement ? « Entre 800 et 900 », souffle Fabienne Sabarros-Helly.
Il faut dire que ces mannequins sont essentiels au fonctionnement du CNCS et représentent le travail quotidien d'un mannequineur. « Ce sont nos pinceaux, ou nos marteaux, si l'on veut : les mannequins, ce sont nous outils de travail ! » Un travail qui consiste à « faire l'inverse du métier de costumier », explique la maîtresse des lieux qui poursuit : « Les costumes de spectacle vivant sont faits sur mesure pour un artiste. Nous, à partir de ce costume, on va essayer de retrouver la silhouette et l'attitude de la personne. Le costume étant sur mesure, son support doit l'être aussi ». L'idée, ici, est à la fois de redonner vie à un vêtement exceptionnel, tout en le préservant.
« Il y a donc des règles de base à respecter, énumère Fabienne Sabarros-Helly. On utilise des matériaux doux, sans produits chimiques, qui n'accrochent pas. Et, bien évidemment, il faut respecter la taille du vêtement, pour ne pas tirer le tissu. On ne va pas mettre un mannequin bien en chair dans un costume aux petites dimensions. »
Un métier aussi manuel que sensibleChaque jour, plusieurs heures par jour, la volubile quinquagénaire s'installe dans cette réserve pour manipuler les mannequins et les costumes. « C'est manuel ! Il faut soulever les costumes, parfois très lourds, savoir manipuler les mannequins, ce qui n'est pas toujours évident. » Les tâches les plus classiques impliquent aussi de rembourrer des hanches ou, au contraire, d'affiner une ligne de taille, de découper du carton, de la ouate, de réaliser des moulages, bref, il faut mettre les mains à la pâte.
Mais le travail de mannequineur offre aussi des moments suspendus, comme ce jour que Fabienne Sabarros-Helly évoque avec tendresse. « Pour une exposition consacrée à Christian Lacroix, on travaillait sur un costume pas évident. Il n'était pas en très bon état, il était un peu spécial. On l'avait laissé dans un coin pour plus tard, un peu puni. Et puis un jour où on avait passé du temps dessus, on lui a mis ses bottes et là, il était avec nous, c'était magique ! Ce sont des moments joyeux ».
Il faut dire que Fabienne Sabarros-Helly passe assez de temps avec ses mannequins pour développer une forme de lien personnel avec eux. « Il y a quelque chose de l'ordre de l'intimité, de l'intériorité. On travaille presque avec l'âme de l'artiste, quelque part ! ».
Après près de 20 ans passés au CNCS, Fabienne Sabarros-Helly ne se lasse pas de ses fantômes, pour lesquels elle fait toujours des pieds et des mains. Quant à la charge de travail, elle ne diminue jamais : aujourd’hui en France, on ne compte qu’une quinzaine de mannequineurs répartis dans une poignée de musées.
Cabaret, la célèbre comédie musicale, fête cet automne ses 60 ans. Depuis plus de vingt ans, ce spectacle basé sur le livre de l'écrivain Christopher Isherwood se joue tous les étés à Berlin, là même où se déroule l'histoire, au début des années 1930 dans un Berlin hédoniste, mais où déjà les nazis gagnent du terrain. Un spectacle qui, près d'un siècle plus tard, conserve son actualité à l'heure où l'extrême droite bat des records en Allemagne.
De notre correspondant à Berlin,
« Willkommen, Bienvenue, Welcome » : c’est par un hymne à la capitale allemande que commence la célèbre comédie musicale Cabaret. Le KitKatClub symbolise le Berlin hédoniste des années 1920, une ville tolérante où l’émancipation est à l’affiche et où l’avant-garde culturelle fleurit. L’écrivain Christopher Isherwood, qui s’y installe en 1929, quitte sa prude Angleterre pour les « boys » dans une ville qui compte 170 lieux de rencontre homosexuels.
« Nous y sommes. Nollendorfstrasse 17, c’est là que se joue Cabaret, c’est là où Isherwood a habité », indique l’Irlandais Brendan Nash, qui propose depuis une quinzaine d’années une visite guidée consacrée à l’écrivain. « C’est fascinant et cette époque reste actuelle. Les Allemands ont l’impression que Weimar a été un échec et pensent à l’hyperinflation, à la crise économique et à la catastrophe qui suit avec les nazis. Mais ces 14 années sont aussi une période exceptionnelle », affirme celui qui a écrit lui-même trois livres sur la période. Une fascination que partage ce participant de la visite guidée : « C’est une période d’optimisme marquée par des idées progressistes, même si nous savons que ça s’est terminé par une tragédie. C’est fascinant pour moi. »
Christopher Isherwood livre en 1939 dans son livre Adieu à Berlin un panorama de cette « danse sur un volcan » à la fin de la République de Weimar que symbolise la chanteuse de cabaret Sally Bowles. Une République à l’agonie marquée par une crise économique et sociale et la montée du nazisme. Depuis plus de vingt ans, Cabaret est joué chaque été à Berlin sous un chapiteau en face de la chancellerie. « Le spectacle se déroule à Berlin durant une des périodes les plus marquantes de notre histoire. Les touristes veulent voir les traces du mur mais aussi en savoir plus sur le Troisième Reich et viennent voir Cabaret, une pièce intimement liée à Berlin et à l’Histoire allemande », explique Eric Schmidt-Mohan, qui dirige le Tipi am Kanzleramt.
À écouter dans La marche du mondeHitler et les nazis : comment la haine est arrivée au pouvoir ?
« Cabaret est plus actuel que jamais »« La vie est un cabaret » : Sally Bowles préfère rester faire carrière à Berlin. Peu importe que les nazis soient au pouvoir. L’écrivain Clifford Bradshaw quitte le pays comme le fera l’auteur d'Adieu à Berlin. La logeuse Mademoiselle Schneider renonce à se marier à son locataire juif Herr Schultz. Le nazi Ernst Ludwig lui a fait comprendre que ça n’était pas une bonne idée. « Qu’est-ce que j’aurais fait ? Est-ce que j’aurais été courageux ? A posteriori, on peut se demander si cela aurait été une bonne idée de résister. Nous voulons poser ces questions au public », questionne Thimo Pommerening, responsable de la production au Tipi.
Des questions qui restent actuelles alors que l’extrême droite atteint des sommets en Allemagne. « Cabaret est plus actuel que jamais. C’est un manuel d’histoire. Nous jouerons ce spectacle tant qu’il n’aura pas perdu sa pertinence », affirme Eric Schmidt-Mohan. Le Tipi propose également des représentations pour les scolaires à qui du matériel pédagogique est envoyé en amont. La prochaine aura lieu le 7 septembre, le lendemain de l’élection régionale en Saxe-Anhalt où le parti d’extrême droite AfD pourrait arriver au pouvoir.
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C'est une institution unique en Europe, et même au monde : en France, le Centre National du Costume et de la Scène souffle ses 20 bougies cette année. Depuis 2006, ce "musée-réservoir" situé à Moulins, dans le centre du pays, conserve et met en valeur des milliers de costumes tirés du spectacle vivant. Pour son exposition-anniversaire "Tous en Scène", le CNCS ouvre les portes sur une partie de ses trésors... et sur ses coulisses !
Une robe de plusieurs mètres de haut ; un imperméable en vinyle rouge avec un col en forme de rose géante ; des robes d'époque aux multiples soieries et broderies ; des jupes en froufrou, des masques d'animaux, des tenues en plumes... pour ses vingt ans, le Centre National du Costume et de la Scène (CNCS), à Moulins, a sorti le grand jeu, dans une scénographie extravagante et surtout ludique.
120 silhouettes exposées, 10.000 en stock
Créé en 2006 à l'initiative de l'Opéra de Paris, de la Comédie-Française et de la Bibliothèque nationale de France, le CNCS a des costumes plein ses armoires. "On a environ 10.000 costumes en réserve, énonce Delphine Pinasa, la directrice, mais pour les costumes, comme il s'agit plutôt de silhouettes, on parle plutôt d'éléments. Et alors là, on a plutôt 23.000, 24.000 éléments." Et de souffler : "Sachant qu'on n'a pas fini tous les inventaires !"
Toutes ces pièces sont issues de dépôts faits par les trois institutions fondatrices, mais aussi de dons privés, de legs, voire d'achats faits par le CNCS lors de ventes aux enchères par exemple. "Notre fonds s'élargit régulièrement, confirme Delphine Pinasa, même si chaque acquisition est soumise à un processus de validation."
Difficile donc de faire un choix, et pourtant, il a bien fallu : une infime partie des réserves du centre, 120 silhouettes, sont sorties de leur placard pour l'exposition "rétro-festive" Tous en Scène ! Cette sélection répond à des impératifs de place, bien sûr, mais aussi de conservation. "On ne peut pas exposer les costumes en permanence, car cela les abimerait," explique la maîtresse des lieux. D'où la nécessité d'un roulement permanent, "même si le public, parfois, aime bien retrouver des costumes qu'il connaît déjà," sourit Delphine Pinasa.
Deux pièces maîtresses
Si le choix, "bien que mûrement réfléchi, n'a pas toujours été facile," de l'aveu même de Delphine Pinasa, plusieurs pièces se sont tout de même imposées pour cette exposition anniversaire.
Parmi elles, une robe portée par la légendaire actrice Sarah Bernhardt dans Ruy Blas, en 1872. Le vêtement, fait de lampas et de satin de soie crème, orné de perles, de broderies et de paillettes, est une merveille de détails. "C'est un costume exceptionnel, vraiment unique dans nos collections," confirme la directrice du musée. Mais, à 150 ans, cette robe porte les traces de l'âge : tissu fragilisé, crevés usés jusqu'à la trame... le musée a donc fait le choix de la présenter à plat, pour ne pas l'abîmer plus, et de la montrer aux visiteurs grâce à un jeu de miroirs.
"Juste à côté de Sarah Bernhardt, autre interprète légendaire, Maria Callas," nous guide Delphine Pinasa. Là encore, c'est une robe, portée par la cantatrice en 1964 dans Norma. Désormais privé de son corps, le costume de mousseline aux tons roses et orangés semble pourtant plus vivant que jamais, grâce au travail de mannequinage réalisé.
Les métiers du costume mis à l'honneur
Car, pointe Delphine Pinasa, "l'idée centrale, c'était tout de même de parler des 20 ans du musée, et donc des métiers qui lui sont liés." Parmi ces professions méconnues donc, celle de mannequineur. "Pour résumer, on fait l'inverse du travail du costumier," s'amuse Fabienne Sabarros-Helly, la responsable du pôle mannequinage au CNCS. "Au lieu de partir d'un corps pour créer un costume, on part d'un costume pour essayer de lui redonner le corps qui l'a porté."
D'un geste, cette énergique quinquagénaire nous montre "le corps de Maria Callas," protégé par un emballage plastique. C'est sur une reproduction de ce moulage que repose, trois étages plus bas, la fameuse robe de Norma. "Ce costume, il n'est pas évident, indique Fabienne Sabarros-Helly. Il y a beaucoup de drapés assez particuliers à appréhender, cela prend déjà du temps de rentrer dans la matière." Ensuite, il a fallu recréer le corps de Maria Callas : prendre les mesures du costume, bien sûr, mais pas seulement. "Il y a aussi tout un travail d'iconographie, essayer de voir à quoi ressemblait la personne, à quoi ressemblaient les corps de l'époque." Dans les années 1960 par exemple, les femmes avaient la taille menue, soulignée, "presque triangulaire," précise, en experte, cette artisane, "mais avec un rebondi au niveau des hanches." A partir d'un mannequin "tout à fait basique," il a donc fallu retravailler la poitrine, les hanches... Bilan des courses : deux semaines de travail pour cette seule tenue.
Mais l'exposition raconte aussi, dans différentes vitrines, tous les autres métiers qui se croisent au CNCS : les costumiers bien sûr ; les plumassiers, spécialistes des plumes ; les conservateurs et conservatrices, qui assurent les meilleures conditions pour éviter la dégradation de costumes parfois en mauvais état ; et enfin, les scénographes, dont le travail consiste à donner vie aux expositions. Bref, toute une armée d'abeilles ouvrières qui, elles aussi, pour les 20 ans du CNCS, entrent en scène !
Des poissons électriques, guitare en bandoulière, montent la garde sous les pins de l’ile de Porquerolles à Hyères dans le Var. Grandeur nature, plantés là par l'artiste kényane Cosima Von Bonin, ils accueillent le visiteur jusqu'à la Villa Carmignac, sorte de comité d'accueil rock'n'roll pour une exposition qui n'a pas franchement l'intention de rester sage.
Derrière ces sculptures déjantées, Kévin Le Squer, responsable des expositions, décode : « Cosima Von Bonin détourne l'imagerie publicitaire des poissonneries pour mieux interroger, sous ses airs potaches, notre rapport aux océans ». Le ton est donné.
Pas de protocole guindé pour « Sea, Pop & Sun ». À l'entrée de la fondation Carmignac, on retire ses chaussures, on empoche un verre, et on file visiter l'art comme on traînerait chez des amis un dimanche d'été. Charles Carmignac, le directeur des lieux, assume la filiation : « Mon père Édouard Carmignac a fréquenté la Factory de Warhol dans le New York des années 1960-1970. Cette exposition tente de restituer, plus qu'une époque, une sensation, celle d'une liberté qu'on pouvait presque toucher ».
Un Summer of Love version MéditerranéeLe pop art, ce n'est pas que des produits de consommation de masse et des pin-up. C'est aussi une lumière, une énergie, un souffle contestataire. La fondation a choisi ce versant-là, celui du Summer of Love américain, mais aussi celui de mai 1968, version française sur une île où le soleil tape et où la mer n'est jamais loin, l'équation coule de source : riviera, vacances, insouciance affichée.
À l'intérieur de chaque salle, les tubes prennent le relais d'Otis Redding aux Beach Boys. « Surfing in the USA » ouvre sur un espace saturé de couleurs avec un surfeur hyperréaliste de Duane Hanson, une langouste géante de Jeff Koons ou encore les plages kitsch de Martin Parr. L'imagerie populaire dans toute sa splendeur car l'idée n'est pas de faire circuler le visiteur en silence devant des cimaises, mais de lui donner, par moments, l'envie de bouger.
Sur les quatre-vingts œuvres réunies, beaucoup sortent rarement des réserves. Roy Lichtenstein propose un lever de soleil version vitrail. Warhol, lui, surprend : pas de boites de conserve ni de Marilyn Monroe ici, mais des couchers de soleil sérigraphiés, quatre pièces extraites d'une série de six cent trente-deux, conçue à l'origine pour un hôtel. Une demi-sphère, des nuances brumeuses, jamais deux fois les mêmes, chaque combinaison de couleurs devait, selon l'artiste, produire une émotion différente chez qui la regardait.
Respect, et corps noirs libérésChangement de registre dans une salle rythmée par « Respect » d'Aretha Franklin ou des artistes femmes y reprennent la main sur la représentation du corps noir féminin. Des figures voluptueuses, alanguies, oisives, rêveuses plutôt que la femme qui travaille et souffre, motif rarissime dans l'histoire de l'art occidental. Montrer ces peintures la fondation Carmignac, n'a rien d'anodin, c'est un geste politique autant qu'esthétique.
Tout du long de l'exposition, le pop art made in USA discute avec les avant-gardes européennes. Et au milieu de ce joyeux bazar coloré trône le château de sable géant de Théo Mercier, monument éphémère qui rappelle la fragilité écologique de nos décors de carte postale.
Kévin Le Squer résume : « c'est une exposition solaire, dansante, pop jusqu'au bout des ongles mais qui, sous ses couleurs franches, laisse filtrer quelques murmures plus sombres sur la liberté et la fragilité de notre monde ».
Près de 30 ans après sa mort, le couturier Gianni Versace est honoré à Paris. Jusqu'au 6 septembre 2026, le musée Maillol abrite une rétrospective consacrée au créateur de la maison Versace – la toute première, en France, depuis 1986 ! L’occasion de redécouvrir le travail de l’enfant terrible de la mode italienne, dont les créations, oscillant toujours entre génie et mauvais goût, ne laissent jamais indifférent.
Allergiques au maximalisme, entrez à vos risques et périls ! Dès l'entrée de l'exposition « Gianni Versace : Rétrospective » au musée Maillol, les créations exubérantes du couturier, disparu en 1997, s'imposent. Couleurs vives, motifs kitsch, sequins, drapés, soieries, broderies, le tout concentré parfois sur la même silhouette : à l'heure du « less is more », les vêtements dessinés par Gianni Versace rappellent que, parfois, « more is more », tout simplement.
450 pièces réunies au même endroitPour mettre en valeur les 450 pièces - vêtements, chaussures, bijoux, accessoires de décoration - réunies par les commissaires auprès de différents collectionneurs, le musée Maillol s'est transformé en véritable catwalk. Le visiteur circule donc d'espace en espace, comme au centre d'un gigantesque défilé de mode. Un dispositif ambitieux et extravagant, conforme, d'une certaine manière, aux goûts de Gianni Versace. « Avec lui, tout devait toujours être fait à 100 %, voire à 1000 % ! » se souvient Doris Brugger. L'ancienne attachée de presse et amie du créateur a prêté une vingtaine de pièces de sa collection pour les besoins de l'exposition.
Dans cette profusion de silhouettes - une infime partie des 6 à 8.000 tenues conçues par Gianni Versace -, difficile de choisir. Pourtant, certaines restent emblématiques : « la collection Barocco est l'une des plus importantes exposées ici, estime Doris Brugger. Il y a aussi toutes les pièces avec les épingles à nourrice, la veste en cuir avec les croix et les étoiles brodées dessus... et, bien sûr, la robe avec le visage de Marilyn Monroe ! »
Parmi les espaces à ne pas manquer également : la collection de chemises en soie à motifs extravagants. Gianni Versace en a dessiné plusieurs centaines au cours de sa carrière, reconnaissables entre toutes. « Porter une telle chemise, c'était s'affirmer en tant que "Versacista", s'amuse Karl von der Ahé, l'un des deux commissaires de l'exposition. Cette pièce pouvait être un véritable ticket d'entrée dans l'univers de Gianni Versace.»
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Un créateur visionnaireTape-à-l'oeil et tapageur, le couturier n'en était pas moins un visionnaire. Parmi ses faits d'armes : la création d'un tissu métallique - l'Oroton - donnant l'illusion d'un vêtement coulé dans du métal liquide ; l'introduction du sexe dans la haute couture, avec sa collection « bondage » ; ou l'utilisation de l'épingle à nourrice comme accessoire de mode, devenue un véritable emblème de la marque.
Surtout, Gianni Versace fut l'un des premiers à promouvoir le « Made In Italy » « à une époque où, pour la mode, tout se passait à Paris », souligne Karl von der Ahé. « Toutes les matières premières qu'il utilisait étaient italiennes : la laine, le cuir, les bijoux... tout !, poursuit le commissaire, qui consacre sa vie à Gianni Versace depuis dix ans, Il était en mesure de s'approvisionner à Milan, dans le nord de l'Italie, et donc de s'assurer de la qualité de ce qu'il proposait. Cela a fait partie des points forts de sa mode, et c'était important pour lui. » Force est de constater que, malgré leurs 40 ans, certaines pièces exposées n'ont pas pris une ride ni perdu de leur éclat.
La mode-spectacleVisionnaire, Gianni Versace l'a été aussi lorsqu'il a compris l'importance de l'image et du divertissement. L'exposition raconte ainsi les premières collections où le couturier a fait défiler les mannequins les plus célèbres de l'époque - Linda Evangelista, Claudia Schiffer, Naomi Campbell... et le virage pris par Gianni Versace lorsqu'il est devenu le visage de sa propre marque. « Gianni ne s'entourait que des meilleurs photographes, et était régulièrement pris en photo pour des séries de portraits, raconte Saskia Lubnow, elle aussi commissaire de l'exposition. Cela lui permettait de maîtriser son image et le récit autour de sa marque. »
Et Karl von der Ahé d'abonder : « Gianni Versace a fait de la mode un spectacle, et en faisant cela, il a modernisé la haute couture. Sa tragédie, c'est qu'avec cette stratégie de marketing agressif, il a scié la branche sur laquelle il était assis. Lorsqu'on se concentre sur la célébrité, sur les visages, alors on ne parle plus de mode ». Près de 30 ans après l'assassinat du couturier devant sa maison de Floride, difficile de lui donner tort : Gianni Versace disparu, la marque est progressivement tombée en désuétude. Reste l'exposition « Gianni Versace : Rétrospective » pour offrir un dernier tour de piste à des silhouettes toujours aussi extraordinaires.
« Gianni Versace : Rétrospective », au musée Maillol à Paris, du 6 juin au 6 septembre 2026.
Cet été, direction l'île de Porquerolles à Hyères dans le sud de la France, où la Fondation Carmignac invite le pop art à prendre l'air. Des poissons guitaristes à Andy Warhol, de Jeff Koons aux Beach Boys en bande-son : « Sea, Pop & Sun » revisite un mouvement qu'on croyait tout connaître. Et si, sous les couleurs et la musique, cette exposition en disait bien plus qu'il n'y paraît ?
« Sea, Pop & Sun », une exposition à la Fondation Carmignac sur l'île de Porquerolles à voir jusqu'au 1ᵉʳ novembre 2026.
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