L’attaque de Donald Trump sur le Venezuela et l’enlèvement de Nicolas Maduro, peuvent-ils avoir un impact sur les cours du pétrole ? Et si oui, sera-t-il baissier ou haussier ? Si à très court terme pour l'instant les cours n'ont réagi qu'à la marge, à moyen ou long terme les scénarios pourraient être différents.
À part quelques frémissements dans les premières heures, pour l’instant les cours du brut n’ont pas bougé de manière significative. La première raison, c'est que la production du Venezuela, qui était de 2,5 millions de b/j il y a 20 ans – et même de 3,5 millions b/j quand le pays était le premier exportateur mondial dans les années 1970 – a chuté en dessous du million de barils par jour. Elle était de 900 000 b/j en novembre et se situe aujourd’hui autour de 750 000 b/j. Un volume qui n'est pas totalement exporté, 15 à 20 % de ce pétrole reste dans le pays.
Au dernier trimestre 2025, les exportations du Venezuela n’ont représenté que 1,5 % des flux pétroliers maritimes mondiaux, rappelle Homayoun Falakshahi, chef analyste pétrole au cabinet franco-belge de suivi maritime Kpler.
Donc, si perturbation de la production il devait y avoir dans les prochains mois, et même interruption totale dans le pire des cas, cela resterait gérable pour le marché, assure Arne Lohmann Rasmussen, analyste en chef chez Global Risk Management. Le marché a d'ailleurs déjà intégré dans les prix la baisse de la production vénézuélienne ce dernier trimestre.
Suroffre de pétrole sur le marché mondial
Une perturbation de la production vénézuélienne serait d’autant moins problématique qu’il y a abondance de pétrole dans le monde. Depuis plusieurs mois, un surplus est annoncé en ce début d’année 2026, en raison d’une moindre demande liée à la saison hivernale, et de la mise sur le marché ces derniers mois d’une partie des volumes que plusieurs pays de l’Opep+ avaient décidé de ne pas produire. Cet excédent, estimé par Kpler à environ 3 millions de b/j, au premier trimestre, est une des explications du niveau actuel des cours.
Même si d’ici février, la production du Venezuela devait baisser encore de 100 000 à 200 000 barils – en raison notamment d’un manque de pétroliers disponibles, un nombre record étant aujourd’hui déjà chargés et en mer –, et atteindre les 600 000 barils par jour, cela ne devrait avoir qu’un impact très relatif sur les prix.
Le cabinet Kpler estime que les risques géopolitiques que constituent la situation au Venezuela, en Iran, en plus de la guerre en Ukraine devraient continuer à soutenir les prix dans les prochains mois et les faire progressivement remonter au-dessus de 65 dollars le baril pour ne parler que du Brent, qui pourrait atteindre 67 dollars d’ici décembre. Un niveau qui est, par ailleurs, essentiel pour que les nouveaux forages de gaz de schiste soient à l’équilibre aux États-Unis, rappelle un des experts de Kpler.
Quand la production remontera
À moyen terme, les niveaux de production du Venezuela vont remonter, à la faveur des premiers investissements, tels que des réparations dans des usines exploitées par Chevron, la levée du blocus et l’obtention d’une nouvelle dérogation pour la compagnie américaine. La production pourrait revenir à près d’un million de barils par jour en l'espace de trois mois, selon Kpler.
Pour faire un bond majeur dans la production, il faudra en revanche des années d’investissements considérables – une douzaine de milliards de dollars d’investissements nécessaires annuellement pendant 5 à 10 ans – pour retrouver une production digne des capacités du pays, explique Homayoun Falakshahi.
Dans un scénario très optimiste, si des contrats sont signés d'ici à l'année prochaine avec des entreprises étrangères, les volumes pourraient atteindre, d'ici à trois ans, deux millions de b/j. L’impact sur les prix sera alors à reconsidérer, tout comme l’impact géopolitique d’une telle montée en puissance du Venezuela.
Un empire pétrolier pour Donald Trump
En mettant la main sur le pétrole vénézuélien, Donald Trump gagne en influence. C'est la thèse défendue par Javier Blas, spécialiste des questions énergétiques de l’agence Bloomberg et co-auteur du livre Un monde à vendre, publié aux éditions Novice. Le président américain a désormais, dit-il, un empire pétrolier, et « jamais aucun président américain n’a eu depuis Franklin Roosevelt un levier économique et politique si grand ».
Son influence va maintenant de l'Amérique du Sud au Canada. Washington a les moyens, selon le chroniqueur, d’agir aujourd'hui plus ou moins directement sur 40 % de la production mondiale de pétrole et donc sur les prix. Un accès illimité aux réserves vénézuéliennes, inexploitées à ce stade, renforcerait encore plus ce pouvoir de Donald Trump lors d'éventuels futurs bras de fer avec ses adversaires producteurs de pétrole.
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