Chronique des matières premières

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  • La banane, une success story mondiale menacée?

    La banane, pratique à consommer et moins chère que la plupart des autres fruits, a plein d'atouts. Et les consommateurs le lui rendent bien. Ils sont de plus en plus nombreux dans le monde, et même en France, pays qui était à la traîne qui mais vient de rattraper la moyenne européenne. Derrière ce succès se cache cependant une filière sur laquelle pèse de plus en plus de menaces.

    « Le système bananier mondial est à un point de basculement », résume Denis Loeillet, économiste de la filière au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). Que l'on parle de la production ou de la commercialisation, l'environnement dans lequel évolue la filière s'est considérablement complexifié ces dernières années, résume de son côté l'AIB, l'interprofession française. 

    Difficile d'être exhaustif tant la liste des points de tension est longue. Parmi les défis majeurs du secteur figure la diffusion de la TR4, une maladie qui touche désormais 26 pays dont l'Équateur, le premier exportateur mondial. Cent millions de tonnes de bananes sont potentiellement menacées, selon une estimation du Cirad.

    Le changement climatique, qui se manifeste par une hausse des températures moyennes, perturbe le régime des pluies et a un impact sur les cycles fruitiers ainsi que sur les caractéristiques même des bananes, des fruits qui ont besoin d'une très grande régularité climatique, précise Philippe Pons, président de l' Association interprofessionnelle de la banane. 

    Logistique sous tension

    La filière banane est directement affectée par les perturbations logistiques mondiales. Les variations du niveau d'eau du canal de Panama affectent les possibilités de navigation et donc le rythme des exportations. Le conflit en Mer rouge et au Moyen-Orient provoque des congestions portuaires, mobilise les conteneurs sur des routes plus longues et réduit donc leur disponibilité. La planification des trajets est devenue plus compliquée pour les opérateurs. Or, la banane est un fruit périssable, qui a besoin de flux réguliers.

    Autre facteur d'actualité qui pèse sur le secteur : la flambée des coûts de production. La guerre en Ukraine et le blocage du détroit d'Ormuz ont fait bondir le prix des hydrocarbures, avec des conséquences sur le coût du transport maritime et terrestre mais aussi sur le coût supporté par les murisseries, ces établissements dans lesquels les fruits passent plusieurs jours, à une température très contrôlée. La hausse des coûts de l'énergie a aussi eu un impact sur le prix des engrais et des emballages en carton dans lesquels voyagent les fruits jaunes.

    La nécessité d'un sursaut collectif

    L'avenir de la filière est plus ou moins sombre selon les point de vue, mais « transition » et « changements » font désormais partie du vocabulaire des acteurs. Les producteurs ne feront pas l'économie de faire évoluer leurs pratiques, ce qui implique une réflexion sur l'usage des produits phytosanitaires et une accélération de la recherche variétale en amont : tout le monde est conscient que cultiver, dans les plantations commerciales, une variété unique, la Cavendish, est un choix risqué.

    Avec des coûts de production plus élevés et incompressibles, la rentabilité de la filière est désormais questionnée : il paraît difficile d'aller vers une banane plus durable, tout en gardant un prix aussi attractif qu'aujourd'hui pour les consommateurs. « La durabilité de la filière passe par une responsabilité collective et partagée », explique Philippe Pons. 

    À lire aussiAu Sénégal, le gel des importations de bananes relance la production locale

    3 min
  • Quand les quotas chinois bouleversent le commerce mondial du bœuf

    Après l'Australie, le Brésil a atteint à son tour son quota d'exportation annuel de viande de bœuf sur le marché chinois. Résultat : la viande brésilienne se voit désormais surtaxée. La Chine avait imposé la mesure au début de l'année pour protéger sa filière de production.

    À partir du 1er octobre, le bœuf brésilien se voit fermer la porte du marché chinois jusqu'à la fin de l'année et la réinitialisation des quotas d'exportation. Selon les chiffres du ministère chinois du Commerce, depuis janvier, le Brésil a exporté plus d'1,1 million de tonnes de viande de bœuf. Désormais, la viande de bœuf provenant du Brésil sera visée par des droits douanes de 55% qui s'ajouteront aux droits de douane existants.

    Brasilia s'était préparée à cette échéance et certains transformateurs de viande avaient déjà commencé à licencier des employés ou à les mettre en congé collectif pour s'adapter à la baisse de la demande à l'approche du seuil maximal d'exportations autorisé par la Chine.

    Une concurrence accrue sur les marchés de report

    Le Brésil va donc devoir trouver des marchés de report pour écouler son bœuf, tout comme les autres grands producteurs de viande bovine qui auront atteint leurs quotas d'exportations vers la Chine. Cela devrait logiquement accroître la concurrence entre pays producteurs sur les marchés importateurs, comme la Corée du Sud, le Vietnam, le Japon mais aussi la Russie.

    Le Brésil, premier producteur mondial de viande bovine, peut néanmoins compter sur une viande compétitive sur un marché déjà tendu en raison, notamment, du réchauffement climatique qui pèse lourdement sur la filière.

    Les importations américaines de bœuf en hausse de 19% sur un an

    Les producteurs brésiliens peuvent également compter sur les États-Unis, où la filière bovine connaît une crise sans précédent. La production américaine chute depuis 40 ans. Résultat : des prix en nette hausse. En cinq ans, le prix du bœuf a augmenté de 50% aux États-Unis.

    « Les États Unis importent plus qu'ils n'exportent. Ils ne produisent pas assez de bœuf et les prix sont élevés. Cela crée une situation paradoxale : Donald Trump a détaxé les importations de bœuf argentin car il veut faire baisser le prix de la viande sur le marché américain », explique Jean-Paul Simier, expert de la filière viande et co-auteur du rapport Cyclope sur les matières premières.

    Les importations de bœuf argentin aux États-Unis ont ainsi augmenté de 500% au premier trimestre 2026. Le plafond annuel est passé de 20 000 tonnes à 100 000 tonnes. En août, Donald Trump a également annoncé l'importation de 300 000 tonnes de bœuf d'Argentine et du Brésil, destiné à produire de la viande hachée. Des produits qui ont bénéficié de droits de douane réduits. Objectif affiché par le gouvernement américain : importer de la viande maigre pour faire baisser le prix du steak haché américain, qui subit une forte inflation.

    3 min
  • Karité: une année encore très spéciale débute en Afrique de l'ouest

    On l'utilise sous forme de cosmétique, et surtout dans les préparations culinaires pour remplacer le beurre de cacao. La campagne de commercialisation de l'année 2026-2027 du karité vient d'être officiellement lancée chez plusieurs producteurs du continent africain. Cette année, comme c'est le cas depuis deux ans, le commerce du karité est entravé par des restrictions à l'exportation.

    À ce stade, l'interdiction d'exporter des amandes de karité reste totale au Nigeria, en Côte d'Ivoire et au Mali. Le Togo et le Bénin autorisent l'exportation mais avec une taxe élevée. Au Burkina Faso, le régime est encore plus strict, même si sur le papier, l'interdiction totale d'exporter a été levée au mois de mai dernier.

    Au Ghana, la filière reste dans l'attente de restrictions annoncées par les autorités il y a plusieurs mois. Le pays est donc pour l'instant le plus ouvert aux acheteurs internationaux. C'est d'ailleurs là que les prix sont les plus élevés.

    Fortes disparités des prix

    Localement on constate de fortes disparités : au Ghana, les amandes de karité se négocient parfois à plus de 600 francs CFA au kilo alors qu'au Nigeria, le prix était la semaine dernière d'environ 300 FCFA/kg selon le bulletin agricole N'Kalo.

    À l'international, les prix sont globalement hauts en raison des tensions sur le marché, mais aussi à cause de l'influence du prix du beurre de cacao qui a augmenté ces six derniers mois. Or, le karité, une fois transformé, en est un substitut très prisé par l'industrie agroalimentaire.

    Les perspectives restent celles d'un marché tendu. C'est d'autant plus vrai que les gros acheteurs, qui représentent 60% du marché, se font encore très discrets en ce début de campagne. Dès qu'ils seront de nouveau acheteurs, les prix risquent de s'envoler, prévient un acteur de la filière.

    Réorganisation des circuits commerciaux

    Ces freins à l'exportation en vigueur depuis deux ans ont perturbé les circuits commerciaux. Il y a de nouveaux acteurs qui émergent, la hausse des prix attirant des intermédiaires qui n'avaient jamais travaillé dans le karité.

    Il y a aussi de nouveaux canaux d'approvisionnement. Les interdictions officielles sont contournées, sans grande surprise. Lors de la dernière campagne, des cargaisons d'amandes de karité sont sorties des pays qui ont fermé leurs frontières, même si les volumes sont impossibles à quantifier.

    Les usines qui pourraient, en théorie, transformer plusieurs dizaines de milliers de tonnes d'amandes ont néanmoins des difficultés à acheter. Certaines n'ont tourné l'année dernière qu'à 20 ou 30% de leur capacité. Cette campagne ne s'annonce pas plus facile pour ces gros industriels, qu'ils soient installés au Burkina Faso ou en Côte d'Ivoire.

    À lire aussiKarité, quatre pays producteurs ferment leurs exportations d'amandes brutes

    3 min
  • Les plantations de cacao sous la menace du phénomène climatique El Niño

    Les répercussions potentielles d'El Niño sur les plantations des pays producteurs de fèves inquiètent. El Niño met l'océan Pacifique en surchauffe et provoque de fortes précipitations ou des sécheresses selon les régions du monde. La perturbation climatique devrait s'amplifier cet automne mais s'annonce d'ores et déjà d'une intensité historique. Dans le secteur du cacao, la baisse de production pourrait être de 300 000 à 400 000 tonnes, répartie entre l'Afrique de l'Ouest et l'Amérique du Sud.

    L'Équateur, producteur majeur de fèves, est aux premières loges et se prépare à souffrir de pluies excessives, qui risquent de favoriser le développement de maladies dans les plantations. Le Ghana, numéro 2 mondial, s'attend pour sa part à une diminution de sa production de 20 à 40 %, selon l'Agence nationale d'exportation (CMCG).

    La Côte d'Ivoire, son voisin, n'a pas fourni d'estimation, mais en 1983, El Niño avait provoqué une sécheresse terrible en Côte d'Ivoire, avec des feux de plantation et de forêt dans tout l'est et le centre et, au bout du compte, la perte de 10 000 ha de cacao, se souvient François Ruf, expert de la filière cacao de Côte d'Ivoire. Il ajoute que le couvert forestier désormais quasi inexistant ne pourra pas atténuer de la même manière un éventuel choc similaire.

    La crainte pour cet automne, c'est que l'harmattan souffle plus chaud et plus fort que d'ordinaire en Afrique de l'Ouest, et qu'il vienne malmener des plantations qui ont déjà souffert d'avoir reçu trop de pluie fin mai-début juin, au moment crucial de la floraison.

    Impact difficile à évaluer

    L'impact d'El Niño reste cependant difficile à prédire de manière fiable, les estimations sont à prendre avec des pincettes car si El Niño est bien présent, ses conséquences précises relèvent encore de la spéculation, prévient le responsable des achats de cacao chez Mondelez International, Darren O'Brien.

    En Côte d'Ivoire, le Conseil du café-cacao a tout de même ralenti ses ventes par anticipation, pour s'assurer d'avoir les volumes physiques nécessaires pour honorer ses contrats. Cette prudence est liée à El Niño, mais aussi à la baisse structurelle de la production, en raison de virus de l'œdème des pousses du cacaoyer (Swollen shoot) et du vieillissement des plantations.

    Les rendements sont en baisse, d'année en année, et font craindre une chute des volumes récoltés d'ici 2030 en Afrique de l'Ouest si rien n'est fait pour redresser la barre, explique un acteur de la filière.

    À lire aussiEn Côte d’Ivoire, des chercheurs testent une bio-solution contre le Swollen Shoot, la maladie du cacao

    Contexte porteur pour les prix

    Ce contexte est propice à une hausse des prix. Les records de fin 2024 sont loin, mais les risques qui pèsent sur les récoltes ont fait grimper les cours ces six derniers mois. Courant septembre, les précipitations en Afrique de l'Ouest ont atténué les inquiétudes, mais les prix restent au-dessus de 5 700 dollars la tonne. Le premier transformateur d'Asie, Guan Chong Cocoa, n'exclut pas de voir le seuil des 8 000 dollars la tonne atteint d'ici fin décembre.

    L'autre inconnue qui pèsera sur les marchés, c'est la demande : elle a été très bonne en Asie au deuxième trimestre mais moins dynamique en Europe, le premier marché où l'on consomme du chocolat.

    À lire aussiLa demande croissante de biocarburants et les risques liés à El Niño font grimper les prix de l'huile de palme

    2 min
  • La demande croissante de biocarburants et les risques liés à El Niño font grimper les prix de l'huile de palme

    Tirés par la demande croissante de biocarburants, les cours de l'huile de palme grimpent. Une progression qui traduit aussi les inquiétudes face aux effets du phénomène climatique El Niño.

    En fin de semaine, le prix de l'huile de palme à la Bourse de Kuala Lumpur a atteint 4 967 ringgits la tonne, soit environ 1 219 dollars, son plus haut niveau depuis décembre 2024. Deux raisons expliquent cela : les prévisions météo défavorables alimentent les achats spéculatifs. Car le marché anticipe déjà un impact négatif d'El Niño sur les productions indonésienne et malaisienne qui dominent à 85 % l'approvisionnement mondial.

    Une ambitieuse réforme indonésienne

    Deuxième raison, les acheteurs cherchent à sécuriser leurs approvisionnements avant le 1er octobre. C'est à cette date qu'entre en vigueur en Indonésie un programme biodiesel qui vise à convertir une plus grande partie de la récolte en biocarburant. Le gouvernement indonésien n'a pas attendu la récente menace d'embargo américain pour réduire sa dépendance au diesel importé. Le pays impose désormais un mélange composé de 50 % de biodiesel à base d’huile de palme et de 50 % de gazole fossile. Ainsi une partie des volumes d'huile de palme destinés aux marchés mondiaux est détournée vers le marché intérieur.  

    El Niño menace la production

    En parallèle, l'apparition d'El Niño dans le Pacifique provoque des sécheresses. Par exemple, en Indonésie, cela pourrait faire chuter la production de près de 2 millions de tonnes cette année par rapport à 2025. Des pertes de production d'huile de palme sont aussi attendues en Malaisie, le deuxième producteur mondial.

    Autre raison qui met la pression sur le marché : les récentes attaques en mer Noire ont réduit les exportations d'huile de tournesol en provenance de la Russie et de l'Ukraine. Les acheteurs, notamment en Inde, commencent à se tourner vers les produits concurrents, comme l'huile de palme, pour pallier cette pénurie. 

    La demande mondiale ne faiblit pas

    Selon les analystes, les prix d'huile de palme devraient atteindre un pic autour de mars-avril 2027 à environ 4 930 ringgits la tonne, avant de commencer à reculer légèrement. La demande, elle, reste soutenue, grâce au secteur des biocarburants, à l'industrie alimentaire et à l'essor de produits cosmétiques d'origine végétale. 

    À lire aussiForêts et plantations de palmiers à huile peuvent‑elles vraiment coexister? Des résultats prometteurs en provenance de Bornéo

    3 min
  • L'administration Trump souhaite interdire les exportations de diesel pendant 90 jours

    La guerre au Moyen-Orient et les attaques de drones ukrainiens contre les infrastructures pétrolières russes font grimper les prix du diesel à des niveaux record. Afin de les faire baisser pour les ménages et les entreprises américaines, la Maison Blanche a trouvé une parade : une interdiction totale des exportations de gazole pendant 90 jours. Est-ce une bonne idée ?

    Le plan du président, qui serait encore en cours d'élaboration, selon le journal Politico, provoque déjà des divergences au sein de l'administration Trump et suscite les réticences des dirigeants de l'industrie du raffinage. Interdire les exportations de gazole serait, selon eux, une très mauvaise idée.

    Une interdiction d'exporter ferait grimper les prix pour les Américains

    À court terme, les livraisons destinées initialement à l'Europe et à l'Asie pourraient éventuellement être réinjectées dans les réseaux de distribution américains. Plus d'offres sur le marché intérieur baisserait mécaniquement les prix. Mais à long terme, cela ne ferait qu'aggraver les choses. Les raffineries seraient obligées de ralentir leur cadence et de produire moins de carburant, faute de débouchés à l'exportation. Ce qui de nouveau ferait flamber les prix. Jeudi, le prix du diesel à la pompe aux États-Unis a atteint 6,53 dollars le gallon, selon l'Association américaine des automobilistes (AAA), alors qu'il était de 3,76 dollars avant la guerre, fin février.

    À lire aussiPourquoi la reconstitution des réserves américaines de pétrole sera difficile ?

    Dans certaines régions des États-Unis, notamment dans les États agricoles, des producteurs de soja ou de maïs souffrent de l'explosion des prix du diesel. Ils et elles exploitent des machines agricoles pour récolter et transporter leurs cultures. Une restriction totale des exportations de diesel s'adresserait donc à cet électorat rural, traditionnellement attaché au Parti républicain, mais à présent inquiet et plein de colère. Certains parlementaires républicains ont d'ailleurs réclamé cette interdiction ces derniers jours. 

    L'Europe redoute un nouveau choc

    Une telle restriction constituerait un nouveau choc pour l'Europe. En août, les États-Unis ont fourni la moitié des importations de diesel importé par l'Union européenne. La conséquence directe de la décision des États membres d'interdire les livraisons de pétrole russe sur le continent à partir de 2027. La menace d'un embargo américain a fait bondir le prix à la pompe du gazole à 2,23 euros le litre en moyenne contre 2,16 euros une semaine plus tôt.

    À lire aussiAllemagne: face à la hausse des prix du gazole, la colère des automobilistes

    3 min
  • Pourquoi, malgré une correction à la baisse, le marché de l'argent se maintient à des niveaux élevés?

    Après avoir atteint les sommets en début d'année, les cours d'argent sont en baisse. Le prix du métal blanc oscille actuellement autour de 66 dollars l'once, loin de son pic historique de 124 dollars l'once, fin janvier. Cette situation est-elle amenée à durer ? 

    Selon les experts, la baisse actuelle des cours de l'argent n'est qu'une correction générale du marché. L'ensemble des métaux précieux, comme l'or, le platine ou le palladium, est entré dans cette phase de correction. Toutefois, malgré cette baisse, le métal blanc conserve presque la moitié de sa hausse précédente.

    La demande industrielle tire le marché de l'argent

    Plus de la moitié de l'argent extrait dans le monde est destiné à l'industrie. Du photovoltaïque à l'automobile, en passant par les équipements électroniques, les industriels utilisent ce composant en raison de sa conductivité exceptionnelle, de sa résistance et de sa fiabilité. C'est donc la demande industrielle qui tire ce marché. Un marché beaucoup plus volatile que celui de l'or. Et soumis, à présent, à des tendances contraires.

    La pression des taux

    La hausse des taux de la Réserve fédérale américaine freine l'économie. Les obligations américaines sont toutefois mieux rémunérées et le dollar se raffermit. « Comme d'autres métaux précieux, l'argent est fortement dépendant du marché des changes. Conserver un argent métal dans un coffre devient dans ces conditions moins attractif. D'où cette baisse des cours depuis janvier », explique Marc Dagher, fondateur de DT Expert, un cabinet de conseils en investissement boursier.

    L'offre reste déficitaire

    En parallèle, la demande industrielle, portée par l'électrification de nombreux secteurs, reste très forte. Problème : l'offre d'argent disponible sur le marché est déficitaire. Depuis environ six ans, la production minière actuelle ne suffit pas à couvrir les besoins. Et contrairement à l'or, l'argent industriel est très peu recyclé. Résultat : une partie de la production mondiale d'argent est absorbée, alors que les stocks s'épuisent. Cette situation maintient les prix à des niveaux hauts.

    Le cuivre pourrait remplacer l'argent

    Certains fabricants cherchent à remplacer l'argent, notamment par le cuivre. Cet été, le géant chinois du photovoltaïque Longi a supprimé totalement l'argent de ses panneaux solaires. En revanche, d’autres secteurs prennent progressivement le relais : centres de données liés à l’intelligence artificielle, électronique, automobile ou aérien. Selon notre expert, les cours de l'argent pourraient à long terme repartir à la hausse.

    À lire aussiL'argent atteint des niveaux historiques et confirme sa super forme en 2025

    3 min
  • La Chine, premier producteur mondial de caviar

    En quelques années, la Chine est devenue le premier producteur mondial de caviar. À Yidu, dans la province centrale du Hubei, cette industrie s’est développée en faisant sortir les élevages d’esturgeons de la rivière. Les cages polluantes ont disparu et d’anciens pêcheurs ont été reconvertis.

    Plus d’un pot de caviar sur deux produits dans le monde vient désormais de Chine : près de 437 tonnes en 2025, soit 54 % de la production mondiale. Yidu est l’un des principaux centres de cette industrie. Plus de 10 000 boîtes sont envoyées chaque jour vers une vingtaine de pays et régions, notamment en Europe et au Moyen-Orient. L’entreprise locale affirme que la ville représente à elle seule près de 30 % du marché mondial.

    Dans la « vallée des Esturgeons », plus d’un million de poissons sont répartis dans un millier de bassins. Le nouveau centre de transformation, ouvert en octobre dernier, peut produire jusqu’à 120 tonnes de caviar par an.

    Produire plus vite à moindre coût

    La Chine est parvenue à produire autant de caviar en raccourcissant d’abord le temps nécessaire à son élevage. Une femelle esturgeon met normalement plus de dix ans à produire les œufs utilisés pour le caviar. À Yidu, des croisements entre différentes espèces ont permis de ramener cette attente à sept ou huit ans.

    Des chercheurs chinois ont aussi mis au point une méthode permettant de distinguer plus tôt les femelles des mâles. Jusqu’alors, les éleveurs pouvaient attendre jusqu'à dix ans avant de découvrir qu’un poisson ne produirait jamais d’œufs.

    Avec cette production à grande échelle, les prix ont baissé : dans certains supermarchés chinois, on trouve aujourd’hui des boîtes à moins de 200 yuans, environ 24 euros.

    Des élevages sortis de la rivière

    Les autorités locales présentent également cette industrie comme une réussite écologique. Dans les années 1990, la rivière Qingjiang était couverte de cages d’élevage. Les restes de nourriture et les déjections des poissons étaient rejetés directement dans l’eau, qui s’était fortement dégradée.

    Le retrait des cages a commencé en 2016. Deux ans plus tard ouvrait le premier atelier d’élevage terrestre. Aujourd’hui, 200 000 panneaux solaires fournissent la moitié de l’électricité du site et l’eau prélevée dans la rivière est traitée avant d’y être rejetée.

    Le passage à l’élevage terrestre a aussi donné du travail à d’anciens pêcheurs. L’entreprise compte plus de 70 emplois permanents et environ 200 emplois saisonniers. Des chiffres avancés par l’entreprise et les autorités locales.

    À lire aussiTrois expatriés français produisent le caviar à Madagascar

    2 min
  • La pénurie discrète d'huile de moteur, cette autre conséquence de la guerre au Moyen-Orient

    L'huile de moteur, appelée aussi l'huile de vidange, est un produit indispensable pour faire rouler votre voiture. Mais depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, la pénurie d'huile de moteur guette l'industrie automobile.

    Des garagistes au Japon aux stations-service des supermarchés américains, en passant par les constructeurs automobiles européens, tous les acteurs du secteur constatent des problèmes d'approvisionnement en huiles de moteur synthétiques. Produit de raffinage du pétrole brut auquel on ajoute des additifs, l'huile de moteur est en rupture de stocks. Certaines enseignes aux États-Unis ont même commencé à rationner leurs ventes aux particuliers.

    Les perturbations ont commencé en mars dernier, après une attaque iranienne contre l'usine de Shell au Qatar, un important site de production d'huile de base, le composant principal du lubrifiant moteur. Les stocks constitués en Europe et aux États-Unis ont permis d'absorber ce premier choc. Mais depuis, les entrepôts se sont vidés et les prix ont commencé à flamber. Exemple : aux États-Unis, le prix d'huiles de base a presque quadruplé par rapport aux niveaux d'avant le conflit. 

    Des approvisionnements alternatifs

    La Corée du Sud figure parmi les principaux exportateurs de ces huiles de base. Mais le pays est lui-même, sous pression, en raison des perturbations liées aux expéditions de pétrole brut depuis le Golfe. Faute de pouvoir compter sur leurs fournisseurs habituels, certains constructeurs automobiles, comme Stellantis et Toyota, ont autorisé des produits de substitution.

    Des solutions de fortune, pas idéales à long terme et qui augmentent la consommation de carburant. Ces alternatives permettent aux ateliers d'entretien de continuer à travailler malgré le manque d'huile synthétique sur le marché, mais ne règlent pas le problème de fond.

    En attendant, les automobilistes subissent des retards pour les vidanges de moteurs. Et les vidanges sont de plus en plus chères.

    Pas d'amélioration avant plusieurs mois 

    Composant discret, mais indispensable pour la bonne santé du véhicule, le marché mondial de l'huile de moteur est estimé à 44,03 milliards de dollars en 2026, et pourrait atteindre 58,51 milliards de dollars d'ici 2035, selon Global Growth Insight.

    L'incertitude persiste, toutefois, car même en cas de réouverture immédiate du détroit d'Ormuz, les fabricants ne pourront pas reconstituer leurs stocks avant plusieurs mois. La pénurie d'huile de moteur risque de perdurer jusqu'en 2027.

    À lire aussiLes pays européens réactivent leurs boucliers face à la hausse des prix du carburant

    3 min
  • Les prix du riz brisé au plus haut portés la demande en Chine et aux Philippines

    Les prix du riz sont au plus haut depuis février 2025, portés par l'augmentation des coûts de l'énergie, notamment celui du transport. Cela s'explique aussi par l'influence de l'Inde, le premier exportateur mondial, qui devrait voir sa production baisser.

    La récolte du géant indien devrait atteindre son plus bas niveau depuis vingt ans. Ce ne sont que des projections, mais ce recul est estimé à 10 millions de tonnes par le président de l'association indienne des exportateurs, soit 6% de moins.

    Pour retrouver une baisse aussi forte, il faut remonter à 2009-2010, une saison marquée par une sécheresse hors norme, liée au phénomène El Niño. Et en 2026, la perturbation climatique est montrée du doigt une nouvelle fois : depuis le début de la mousson, en juin, l'Inde a enregistré une diminution de 15% des précipitations en moyenne. Dans certaines régions rizicoles, le déficit hydrique atteint plus de 40%. Or, moins d'eau pendant la période de maturation des plants, cela veut dire des rendements qui baissent.

    Ces aléas météo s'ajoutent à des surfaces en diminution de 4% pour le riz semé juste avant l'été, selon les données gouvernementales.

    D'immenses stocks indiens

    L'Inde devrait tout de même produire plus de 144 millions de tonnes de riz, selon les projections. Ce qui compte et ce qui rassure aussi, c'est que le pays a des stocks considérables qui dépassent largement les objectifs fixés par l'État.

    Les réserves indiennes sont donc suffisantes pour que les exportations se maintiennent. Le Pakistan, le Vietnam et la Thaïlande ont, eux aussi, de quoi approvisionner le marché. Il n'y a donc pas de risque de pénurie à court terme. 

    Plus de concurrence pour le riz brisé

    S'il n'y a pas de tension sur l'offre, les besoins restent importants en Asie, donc si risque il y a, il concerne les prix qui sont effectivement en train de grimper. Parmi les pays qui sont en demande, il y a les Philippines qui pourraient importer cette année 50% de plus que l'année dernière, et notamment du riz brisé, une qualité moins chère que celle composée de grains entiers.

    La Chine est également très présente sur le marché des brisures, qu'elle utilise pour l'alimentation animale, et « il n'y a pas de raison que le pays ralentisse ses achats », explique un négociant. Cela pourrait donc devenir un peu plus compliqué pour le Sénégal, premier pays consommateur de riz brisé en Afrique.

    Si le Sénégal trouve moins de riz en Chine ou au Pakistan, il pourra se fournir chez d'autres producteurs d'Amérique latine tels que le Brésil, l'Argentine ou encore l'Uruguay. Les prix détermineront le choix de l'origine, le riz brisé est la variété qui connaît actuellement la plus forte hausse. 

    À écouter aussiDe l’Asie à l'Afrique, les défis du marché mondial du riz

    2 min

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Céréales, minerais ou pétrole, les ressources naturelles sont au cœur de l’économie. Chaque jour, la chronique des matières premières décrypte les tendances de ces marchés souvent méconnus.

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