durée : 00:19:44 - Ciel bleu Ciel, Texte français Élisabeth Angel-Perez Avec Aurélia Alcaïs, Magne Hävard Bräkke, Louis-Do de Lencquesaing La ville, Texte français Philippe Djian Avec Valérie Lang, Aurélia Alcaïs, Louis-Do de Lencquesaing et Jeanne Alcaïs Sans titre (Vaclav et Amélia), Texte français Louis-Do de Lencquesaing et Gérard Watkins Avec Aurélia Alcaïs, Magne Howard Bräkke, et Jean Marc Stéhlé. Musique Quentin Sirjacq. Réalisation Jacques Taroni. Au départ il y a le désir d'en finir avec Crimp. Après avoir monté "la Campagne" et "Probablement les Bahamas", il fallait se décider à aborder un autre auteur, à changer un peu de rivages. Mais arrive "la Ville", le pendant urbain de "la Campagne", lu d'abord en anglais tant cela urgeait, et qu'il me paraissait, dès la première lecture, in envisageable de ne pas monter. Un devoir que de clore le cycle. Pourtant cela ne se fit pas, question de droit ou de vitesse, en tout cas on me doubla. Avec "la Ville" Martin Crimp creuse la comédie du mystère pour tenter de trouver la place de l'imaginaire. Claire veut qu'on l'embrasse, mais pas maintenant, et certainement pas par son mari. Chris veut célébrer son nouveau job en roulant dans les embouteillages. Jenny, l'infirmière de voisine, vient se plaindre des cris des enfants. Mais le jardin est vide, et la clé de la salle de jeu a disparu. Quel jeu étrange se joue donc là? Trois personnages encore, plus un enfant cette fois, un mensonge, un désir, une langue naturelle, une histoire de journal et de rencontre, des petites histoires qui se racontent, un verni social, et un monde se déploie, celui de nos villes intérieures. Le naturalisme se grippe, et nous apparaît l'irréalité du monde. Et à la fin l'enfant jouera son morceau au piano, celui qui traverse le jardin depuis le début, une ritournelle qui hante nos mémoires. Elle se trompe, s'arrête et recommence. Se trompe encore, s'arrête et recommence. Et le rideau tombe, sur cet inachèvement. La désolation est complète. En tournée avec "Probablement le Bahamas", à Toulouse plus précisément, on me demande d'organiser quelque chose autour, pour animer le théâtre. Nous lisons "Ashes to Ashes" de Pinter, Martin Crimp est là. Il nous accompagne, dans son Français impeccable, en lisant les didascalies. Cela donne envi de continuer. Nous lui demandons, la pièce de Pinter étant assez courte, s'il n'imaginerait pas une suite ou un prologue. Un mois ou deux plus tard, je reçois "Sans titre " (Vaclav et Amelia) un acte bref et incisif, écrit spécialement pour accompagner la pièce du "maître". Le projet de monter les deux textes tardent à se mettre en place, encore. Pinter meurt. Blandine Masson et France Culture m'offrent de réaliser un programme sur Crimp. Deux heures. J'accepte, pour en finir, à moins que ce ne soit pour commencer, en tout cas pour faire ce qu'on a décidé un jour. We never give up. Dans " Sans Titre " (Vaclav et Amélia), il est question d'un retour sur le lieu de l'exil. Une femme, accompagné de son mari, revient là elle fut recueillie, à la frontière, dans cette ferme hostile. Pour retraverser sa vie ? La parole du passeur ravivera la tragédie, la sienne, celle de nos guerres à jamais résolues. La langue effleure, affleure, " circonvolutionne " nos terreurs pour mieux les faire éclater. Il s'agit encore de montrer en disant sans jamais nommer. Ce dont on ne peut parler, il faut le revivre. Pour compléter le programme, et l'ouvrir, nous avons ajouté un acte court, de ces petits essais que Crimp écrit comme pour faire des gammes. Une sorte d'Haïku en forme de dialogue, une ritournelle de mot pour cerner le cour de la fiction et finir par atteindre son sujet. " Bleu ciel Bleu ". Trois voix ici tournent autour d'une histoire en train de s'écrie, essaient de l'imaginer, et à force s'y trouvent plongées, corps et âme. "Ciel bleu ciel", comme un horizon sans tache, peuplé pourtant de nos fantômes, imaginaires ou réels. Louis-Do de Lencq