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Le tai chi chuan permet d'éprouver dans sa chair nombre de notions clés de l'écologie. Cet art de vie apprend à se soucier et à prendre soin de soi, des autres et de l'environnement. Cette pratique fait circuler le souffle compris et ressenti " comme ce qui relie". Le souffle met en relation les différentes parties de l'individu tout en stimulant les échanges entre l'intérieur et l'extérieur.
L'essence de la pratique est l'union des complémentaires. Le corps et l'esprit, la nature et la culture, l'individu et l'environnement interagissent de nouveau engendrant ainsi un sentiment de plénitude.
Les pratiques conjointes du tai chi chuan et de l'anthropologie m'ont permis de retrouver le chemin du retour vers moi-même. Ces deux praxis sont à la fois des sciences, des arts et des expériences intérieures. Toutes deux visent à comprendre les interactions de l'être humain avec ses environnements social, culturel et naturel.
Le maître en tai chi chuan ne cherche plus à reproduire des formes toutes faites. Il s'ingénie à adhérer aux forces qui donnent naissance aux formes. La rencontre avec le terrain favorise le passage de la raison à l'intuition, de la vie considérée comme un programme à la vie ressentie comme un processus créatif.
Accorder son corps, c'est comme accorder un instrument de musique ; l'important est de "sonner juste". Nous communiquons par le langage mais aussi et surtout par le corps. Les normes institutionnelles, les valeurs sociales, ainsi que les relations de pouvoir , s'incorporent principalement par mimétisme. Échappant à la conscience critique, elles sont rarement remises en question.
La pratique du tai chi chuan m'a montré comment accorder son corps, comment accéder à des ressources cachées. En accordant son corps, l'adepte s'accorde au monde.
L'objectif du tai chi chuan est d'être tai chi. Être tai chi, c'est être fluide dans ses gestes, dans ses pensées et dans sa manière d'entrer en relation avec le monde. La pratique de cet art de vie nous aide à réaliser en nous l'union des complémentaires opposés (yin-yang). C'est un travail sur le souffle qui anime notre corps tout autant que le cosmos. Ces exercices utilisent des images intériorisées dans des états de conscience amplifiés. Être tai chi, c'est tout simplement être entier.
Tous les pratiquants de tai chi chuan et de qi gong recherchent la maîtrise de l'énergie. Ils en rêvent. J'ai eu la chance d'être l'élève proche de deux grands maîtres chinois. Celui qui m'a le plus apporté au niveau de la compréhension et de la maîtrise de l'énergie était un pharmacien vivant tout près de chez moi. Personnage atypique, il avait été initié aux pratiques d'alchimie intérieure au sein de la communauté taïwanaise de Belgique dans les années 1960-1970. Paul Schmitt était notamment un géobiologue réputé, un cavalier expérimenté et un pilote d'essai pour BMW.
Le tai chi chuan est une technique remarquable d'exploration et de réconciliation de nos différentes dimensions. Cet art de vie m'a permis de rencontrer quelques "hommes vrais" vivant leur reliance. Même si l'on nous vante les mérites de l'individualisme forcené, la nature de l'être humain est de tisser du lien. La relation à l'autre est une nécessité vitale. Le tai chi chuan, via notre corps, cultive en outre la mémoire ainsi que notre aptitude à penser.
Le magnifique festival des Inattendues fut l'occasion de revoir Huang Kanghui, mon partenaire d'entraînement en tai chi chuan dans les années 1990 à l'Université de Pékin. Il est maintenant l'un des experts les plus reconnus en Chine. Nous avons présenté un enchaînement créé par le fameux Men Hui Feng. Nous étions accompagnés par deux maîtres de musique : un violoncelliste et une joueuse de pipa. Lorsque toute la foule s'est mise à bouger d'un seul corps, nous avons pris conscience de notre rôle de passeur.
Sun Lutang fut l'un des plus grands maîtres de l'histoire du tai chi chuan. On lui doit les liens entre les arts martiaux et la pensée traditionnelle chinoise. Ses écrits contiennent des perles extraordinaires sur le travail intérieur. Quelques clés sont néanmoins indispensables pour accéder à cette méthode d'accomplissement remarquable. Il m'a fallu plus de 20 ans de pratique, de recherche et d'enseignement pour commencer à goûter à la substantifique moelle de ce parcours initiatique.
Pratiquer ce que l'on étudie et étudier ce que l'on pratique, cela semble aller de soi. Ce n'est pourtant pas le cas dans notre société qui cloisonne. La séparation entre pratique et théorie est certainement l'une des plus dommageables. L'expérience m'a montré que la position de praticien-chercheur est davantage qu'une addition d'habiletés. Elle est véritablement une démultiplication des compétences. N'est-ce pas une manière d'oeuvrer à l'unité corps-esprit tant revendiquée de nos jours ?
Nous sommes des êtres relationnels. Les nouveaux modèles scientifiques sont constitués de multiples réseaux et toiles enchevêtrés. La pratique du tai chi permet de ressentir dans sa chair ces nouvelles modélisations représentant l'être humain traversé par les flux de la vie. Nous devenons attentifs aux économies, recyclages et renouvellement des énergies. La distinction entre l'environnement et l'être qui l'habite devient de plus en plus caduque.
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