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Le taijiquan partage de nombreuses similitudes avec l’alchimie intérieure (neidan), combinant divers éléments de la cosmologie traditionnelle chinoise. La pratique commence par le contact avec le chaos originel (posture wuji) et évolue vers le taiji à travers différentes séquences de mouvements. Cette discipline initiatique permet ultimement de transcender les apparences et d’accéder à une compréhension plus profonde de l’existence.
La séquence « Saisir la queue de l’oiseau » est une étape fondamentale du taijiquan qui survient juste après l’ouverture de la forme et fait référence à l’envol mystique. Elle établit le rythme fondamental de la pratique à travers des mouvements d’extension et de concentration, de déploiement et de repliement. Cette séquence est particulièrement significative, car elle correspond aux quatre trigrammes de base utilisés en alchimie. Lorsque le pratiquant maîtrise cette séquence, il parvient à un état où son être entier respire avec l’univers, devenant comme une sphère en expansion et en condensation.
Le neidan, ou alchimie intérieure chinoise, est apparu vers le 8e siècle et vise l'illumination par l'union au Tao. Cette pratique méditative combine des éléments de l'alchimie extérieure, du Yijing/Livre des mutations, de la cosmologie traditionnelle et des techniques du souffle.
Le processus se déroule en trois étapes principales : la transformation de l'essence en souffle, du souffle en esprit, et de l'esprit en vide. L'adepte travaille entre le chaudron (haut/Ciel) et le fourneau (bas/Terre), suivant un « régime du feu » qui s'aligne sur les rythmes universels.
Le parcours initiatique implique le franchissement de trois passes corporelles : près du coccyx, entre les omoplates, et à l'os occipital. Bien que ces étapes soient souvent décrites en termes physiques, elles représentent avant tout une progression spirituelle vers l’éveil.
L'objectif final est de transcender le plan cosmologique pour atteindre une dimension métaphysique, permettant à l'adepte de "refaire le monde" à travers sa propre transformation.
Cet épisode explore les parallèles entre les traditions chamaniques nordiques et taoïstes, en se concentrant particulièrement sur le vol mystique et les rêves lucides.
Odin, dans la tradition nordique, changeait de forme pendant que son corps gisait comme endormi ou mort. Il pouvait se transformer en oiseau, bête, poisson ou serpent pour voyager instantanément vers des contrées lointaines.
Laozi, dans la tradition taoïste, pratiquait également ces voyages extatiques. Quand il « s'ébattait à l'origine des choses », son corps ressemblait à un morceau de bois sec et paraissait inerte, sans vie.
Les deux traditions partagent des thèmes communs, comme la métamorphose corporelle, le symbolisme de l'ours, et l'importance de l'étoile Polaire. Le taijiquan est une pratique qui incorpore ces éléments chamaniques ancestraux. La compréhension profonde de cet art nécessite d'aller au-delà des simples aspects bien-être et santé pour embrasser ses racines chamaniques. Une commercialisation superficielle néglige souvent la profondeur spirituelle et philosophique.
Les mouvements en cercle et en spirale du taijiquan représentent les mouvements cosmiques, similaires à la danse des planètes autour du soleil. Le centre y occupe une place essentielle. La pratique s'organise autour d'un centre, qui représente le principe originel et le point de départ de toute chose. Ce centre, tel un "moteur immobile", agit comme l'ordonnateur interne qui maintient l'harmonie du monde, tandis que la périphérie représente le domaine du mouvement et de la transformation.
Le taijiquan enseigne que la véritable quête spirituelle est un voyage vers le centre de soi-même. Cette pratique révèle que le chercheur est à la fois le voyageur et l'objet de sa quête, faisant de lui le centre même de sa démarche spirituelle.
Cette symbolique du centre se retrouve dans diverses traditions, par exemple la danse des derviches tourneurs, qui représente à la fois le mouvement cosmique des planètes et la quête spirituelle.
Le texte explore les liens entre le taoïsme, le chamanisme et le taijiquan. Dans la tradition taoïste, la capacité de métamorphose et de voyage spirituel occupe une place centrale, permettant aux sages de se fondre dans leur environnement et de voyager entre les mondes célestes et terrestres. Ces voyages mystiques, souvent associés aux quatre pôles cardinaux et aux montagnes sacrées, trouvent leur écho dans les pratiques méditatives.
Le taijiquan hérite de cette tradition en proposant un chemin d'intériorisation où le pratiquant progresse du visible vers l'invisible, du grossier vers le subtil. La pratique implique l'exploration des espaces intérieurs à travers des mouvements codifiés, reliant les trois mondes (souterrain, terrestre et céleste) par des déplacements et des postures spécifiques.
Les formes du taijiquan peuvent être vues comme des itinéraires initiatiques permettant d'explorer les différentes dimensions du monde intérieur et extérieur, tout en maintenant un équilibre entre l'envol spirituel et l'ancrage terrestre.
Le chamanisme est une pratique spirituelle ancestrale où le chaman sert d'intermédiaire entre le monde visible et invisible. La technique chamanique fondamentale repose sur la capacité du chaman à voyager entre trois niveaux cosmiques - le Ciel, la Terre et les Enfers - reliés par un axe central. Ces voyages s'effectuent en état d'extase, permettant au chaman d'incorporer les forces de la nature sans pour autant être possédé par elles.
En Chine ancienne, cette pratique a fortement influencé le taoïsme, comme en témoignent les nombreux récits de "vols magiques" dans l'histoire légendaire chinoise. Les chamans utilisent également des techniques comme la danse rituelle pour atteindre des états de conscience modifiés. L'imitation des animaux joue un rôle crucial, permettant d'accéder à une dimension supérieure de la vie et d'atteindre une communion avec les rythmes cosmiques.
Agir dans les mondes visible et invisible, imiter les animaux, se synchroniser avec les rythmes cosmiques, danser rituellement pour atteindre des états de conscience amplifiés représentent des caractéristiques essentielles du taijiquan.
Cet épisode explore la relation complexe entre mythe et raison, montrant que ces deux modes de pensée, loin d'être simplement opposés, ont toujours coexisté dans l'histoire humaine. Nos ancêtres combinaient déjà une pensée empirique et rationnelle avec une dimension mythologique et magique.
L'anthropologie contemporaine a réhabilité cette dualité, reconnaissant que ces deux modes de pensée peuvent fonctionner de manière complémentaire sans se dégrader mutuellement. Cette coexistence s'est manifestée dans diverses civilisations.
Ce n'est qu'après Newton que l'Occident a opéré une séparation radicale entre mythe et raison. Pourtant, même dans notre monde moderne, les mythes persistent et s'entremêlent avec la rationalité dans notre vie quotidienne.
Le taijiquan illustre remarquablement comment ces deux modes de pensée peuvent s'articuler de façon harmonieuse, suggérant qu'il serait néfaste de rejeter l'un ou l'autre. La compréhension véritable nécessite une pensée complexe capable d'intégrer ces deux dimensions, distinctes, mais interdépendantes, à l'image du yin et du yang.
Contrairement à la vision moderne qui le considère comme une affabulation, le mythe représente en réalité une forme sophistiquée de langage symbolique porteuse de vérités fondamentales. Il transcende le simple récit pour devenir un modèle exemplaire universel qui peut être réactualisé.
Le mythe combine histoire humaine et mémoire du monde. Sa véritable fonction est d'aider à la transformation et à la prise de conscience de l'être, offrant des solutions aux questionnements existentiels. En permettant à chacun de se reconnaître dans ses personnages-symboles, il guide l'individu de l'ignorance vers la connaissance, dévoilant ainsi les mystères fondamentaux de l'existence.
Entrer dans la légende de Zhang San Feng et dans le mythe de la création du taijiquan sur le mont Wudang, c’est devenir le Guerrier Véritable et entrer dans la Montagne. L’objectif n’est pas de vénérer Zhang San Feng et de commémorer l’événement de la création du taijiquan, mais de suivre le modèle exemplaire de Zhang San Feng et de réactualiser l’événement, c’est-à-dire de recréer le taijiquan.
Petit détour par le yi quan
Le dacheng quan, appelé à l'origine yi quan, fut fondé par Wang Xiangzhai (1885-1963), qui chercha à capter la quintessence de plusieurs boxes chinoises — xingyiquan, taijiquan, baguazhang — en y mêlant physiologie et mécanique, la posture de l'arbre pour socle. Combiner ces sources traditionnelles et les théories scientifiques relevait, dans les années 1930-1940, d'une démarche visionnaire ; ma propre recherche allant dans ce sens, ce détour s'imposait. Pourtant ce n'est pas l'art qui m'inspire, mais l'itinéraire du fondateur : non le résultat, mais le processus qui y mène. Quel intérêt à être « déposé » au sommet sans avoir éprouvé le chemin ? Cette liste de principes — interdépendance du mouvement et de l'immobilité, force unitaire dans les trois dimensions et six directions, liaison entre intention, force, forme, qi et esprit — pourrait sans peine être attribuée à un expert en taijiquan. Les fondements du yi quan m'ont été transmis par Jan Kallenbach, lors d'un séjour en Chine.
Toute compétition sportive, porte-flambeau de la société du spectacle, semble cultiver des passions tristes et un surdimensionnement des muscles et des egos qui paraît aux antipodes du taijiquan. Je ne défends pas l'indéfendable, mais les affirmations malhonnêtes doivent être écartées : mon parcours international — athlète, entraîneur, arbitre, chef de délégation — m'a inculqué le travail exigeant, l'analyse des facteurs de progrès et ce lâcher-prise où les records deviennent accessoires. De ces années, c'est surtout une méthode d'évaluation du mouvement juste qui aura été retenue, héritée des matériels d'arbitrage de l'International Wushu Federation reçus à Shanghai en 1995 : différencier le relâché du mou, l'ancré du raide, le vivant du flottant. Mais qui jugera les juges, et leur tendance au « tape-à-l'œil » qui ignore la force interne ? Ce principe — en taijiquan, ne jamais pousser le mouvement jusqu'au bout — se trouve enfin relié aux travaux d'Olivier Hamant sur la robustesse.
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