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Or


La forme du taiji est d’une certaine façon un déploiement par les images et dans le domaine des images. En Chine, le xiang a une longue histoire, il est à la fois figure, image et symbole. Le xiang permet de saisir la configuration des formes originelles de l’être. Toute l’alchimie intérieure (neidan), se rattachant directement à la tradition du Livre des mutations (Yijing) relève du domaine des images (xiang).
Aussi bien en taijiquan, qu’en alchimie, les xiang sont les médiateurs. Utilisées comme des motifs, les images permettent de relier plusieurs niveaux de sens aussi bien en profondeur qu’en extension. Capables de s’organiser en configurations mobiles et/ou d’assumer des fonctions diverses, les images permettent d’actionner des entités, de les charger de différents niveaux d’existence et de signification.
En taijiquan, les images sont l’âme du mouvement. Elles animent celui-ci de l’intérieur en lui donnant consistance, vie et signifiance. L’image permet à la fois de saisir l’«anatomie » et la « physiologie » du mouvement.
Les artistes, inventeurs, créateurs ainsi que les initiés voyageant dans les zones profondes de leur être ramènent dans leur conscient une ample moisson d’images-symboles. Le rôle des techniques initiatiques est d’apprendre à accomplir ces « voyages » qui remontent aux sources et de revenir dans le monde, avec une moisson d’images-symboles. L’imagination est cette capacité de capter, de former et d’imiter des images.
L’aspect mécanique de la posture et du mouvement sont essentiels, nous y consacrons d’ailleurs une attention toute particulière. C’est une condition nécessaire, mais non suffisante. Se contenter de l’aspect technique revient à réduire le taijiquan à une simple gymnastique. L’aspect ésotérique de la pratique réellement traditionnelle commence une fois la technique intégrée, la technique n’est pas une fin(alité), elle est un moyen et un début, le début d’un long voyage au cœur du taijiquan, un long périple au cœur de soi. Tout cela passe par une multitude de questions et d’interrogations.
Un symbole est une figure qui réunit deux réalités, nous pourrions tout aussi bien dire deux pans du réel, deux mondes : le monde de la matière et celui de l’esprit, celui de la Terre et celui du Ciel.
La fonction du symbole est de conduire à une harmonisation de toutes les forces virtuelles et dynamiques que l’être humain porte en lui. Le symbole, outil qui permet de capter la réalité, facilite les processus de découverte, de compréhension et de création. Le travail sur (et avec) le symbole est donc une voie d’accomplissement et d’unification de l’être.
Un même symbole peut avoir plusieurs significations, parfois même contradictoires. Son ambivalence lui fait gagner en profondeur ce qu’il perd en précision. Sa multivalence est une expression de l’unité dans la diversité. Entrer dans le monde du symbole, c’est quitter un « monde fermé » pour entrer dans un « monde ouvert ». Ce passage n’est pas exempt de dangers.
Il semble que l’Occident et l’Extrême-Orient, sous des formes différentes, aient vécu les mêmes évolutions aux mêmes moments. La réduction de l’être humain au dualisme corps/âme ou corps/psychisme ou encore corps/qi procède de la même démarche limitative et réductionniste. En dépit des grands discours spirituels, la grande majorité des pratiquants et des théoriciens du taijiquan, sans même sans rendre compte, sont enfermés dans le paradigme dualiste.
Depuis le début de ma pratique, je n’ai jamais considéré la forme (les formes) comme une finalité. J’ai utilisé (et j’utilise) la forme (aspect extérieur) pour découvrir le moule (pattern/forme intérieure) qui me permet de remonter jusqu’à l’Esprit.
Ma recherche ne va pas dans le sens de remonter le cours d’une histoire linéaire à la recherche d’une forme qui, parce qu’elle serait plus ancienne, serait forcément plus authentique. Je suis en quête non de l’original, mais de l’originel.
À l’origine, confucianisme et taoïsme sont des mouvements spontanés avec un enseignement fluide et vivant communiqué à des groupes de tailles restreintes. Après quelques siècles, l’un et l’autre s’érigeront en doctrine. Le confucianisme se fige en ritualisme et bureaucratie tandis que le taoïsme se délite en superstitions. Le premier succombe à un excès de « terre » et le second à un excès de « ciel ».
Comme l’histoire n’est qu’un éternel recommencement, le taijiquan aujourd’hui en Occident est confronté aux mêmes problématiques : d’un côté, le cadre institutionnel des fédérations et de l’autre, la magie du Qi. Dans le premier cadre, les structures limitantes étouffent et provoquent une perte de vie tandis que dans le second, faute d’un minimum de structures, la vie se disperse. On a le choix entre rigidité ou laxisme. Dans les deux cas, on se coupe de l’esprit. La voie du milieu est la plus étroite, la plus difficile et la moins fréquentée.
Le taoïsme religieux (utopisme dogmatique, superstition, magie horizontale) illustre les risques et écueils à éviter par tout pratiquant ou groupe engagé dans une recherche sincère. La magie horizontale amène à développer son pouvoir sur les autres par l’utilisation de trucs et recettes tandis que la magie verticale vise à se relier à un principe universel transcendant (le Dao par exemple) afin de récupérer son propre pouvoir (que l’on exerce sur soi-même).
Comme Confucius, nous assistons nous aussi à un délitement de l’ordre politique combiné à la disparition d’une certaine conception du monde, le phénomène atteint maintenant une dimension mondiale. Comme Platon était confronté à la désintégration de l’ancienne institution qu’était la cité grecque, nous sommes aujourd’hui confrontés à la désintégration de l’ancienne institution que sont nos États. Avons-nous, aurons-nous des philosophes comme Platon, des penseurs comme Confucius ? Serons-nous capables de les entendre, de les comprendre et d’agir dans les directions qu’ils nous montre(ro)nt ?
Wang Fuzhi (1619-1692) est considéré comme l’un des plus éminents philosophes chinois. Pour lui, l’unité de l’homme et du monde est réalisée dans l’énergie vitale. Il récuse le non manifesté (wu) taoïste afin de réaffirmer la réalité éternelle et indescriptible de l’énergie universelle (qi). Pour lui, il n’y a rien à chercher en dehors de l’interaction du Yin et du Yang qui suffit à expliquer entièrement le fonctionnement de l’univers. Il s’agirait en quelque sorte d’un monisme vitaliste.
Dai Zhen (1724-1777) est issu de l’élite intellectuelle qui se développe dans le milieu des riches marchands du Jingnan. Ce génie rigoureux et curieux représente une parfaite illustration du nouvel esprit critique qui se développe en Chine à cette époque. Sa devise est de « ne rechercher le vrai que dans les faits réels ». Il est sans aucun doute le digne homologue de ses contemporains européens, les Encyclopédistes.
À partir du 11ème siècle, les néoconfucéens mirent également l’accent sur la vocation de l’homme à s’unir avec le cosmos, préoccupation première des taoïstes depuis toujours, mais avec une coloration plus humaniste, caractéristique de la tradition confucéenne : il s’agit alors d’accomplir en soi ce qui est spécifiquement humain tout en participant à l’œuvre créatrice du Ciel et de la Terre. Isabelle Robinet précise que l’une des vertus cardinales du néoconfucianisme est la connaissance zhi qui n’est pas seulement une connaissance cognitive, mais aussi une expérience existentielle intégrée, et qui porte à la fois sur le sens des choses de l’univers afin de s’y conformer, et sur soi-même pour trouver sa nature propre, car l’un et l’autre ne font qu’un. (...) Cette connaissance est indissociable de sa mise en acte, sans quoi elle n’est pas : « Savoir est le début de l’action, agir en est le parachèvement » dit le néoconfucéen Wang Yangming (1472-1529).
Plus qu’un homme ou un penseur, Confucius représente un véritable phénomène culturel. Plus qu’une école de pensée, le confucianisme se confond avec le destin de la civilisation chinoise depuis plus de 2.500 ans.
Anne Cheng dégage trois pôles essentiels dans son enseignement : l’apprendre, le sens de l’humain et l’esprit rituel. Pour Maître Kong, apprendre est à la fois une démarche intellectuelle et une expérience de vie. Il n’y a pas de séparation entre théorie et pratique. L’éducation, selon Confucius, ne saurait être purement livresque, la connaissance consiste davantage dans le développement d’une aptitude que dans l’acquisition d’un contenu intellectuel. Apprendre, c’est finalement apprendre à être humain, car notre humanité n’est pas un donné, elle se construit et se tisse dans nos rapports avec les autres.
Les deux principaux héritiers de Confucius ont formé un corps de doctrine appelé confucianisme qui, sous les Han, fut choisi comme philosophie d’État. Le système d’examen basé sur le corpus confucéen resta en vigueur jusqu’à la fin de l’Empire en 1911.
À la fin du 4e siècle apparaît un nouveau taoïsme dans lequel les pratiques physiologiques se trouvent transposées sur le plan spirituel, notamment avec le courant du Shangqing (La Haute Pureté).
L’alchimie intérieure (neidan) ne cherche pas à fabriquer un produit, elle est avant tout une méthode d’ordonnancement et de façonnement du monde et de soi-même entraînant une compréhension au sens d’intégration existentielle et intellectuelle.
Sous les dynasties Ming et Qing (1368-1911), c’est le déclin … Il faudra attendre la politique de libéralisation lancée par Deng Xiaoping en 1979 pour que le taoïsme puisse commencer à tenter, non sans mal, de revivifier ses anciennes traditions.
Les cultes populaires envers les Immortels abondaient sous les Han. Dans le courant du 2e siècle après J.– C. apparaît une forme de taoïsme collectif (politico-religieux) bien différente de celle des petits groupes indépendants que l’on avait connus jusqu’alors. Ces mouvements messianiques et utopistes connurent un grand succès.
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