Franck LAFAGE, diplômé de science politique, docteur en philosophie et en droit, spécialiste des résistances politiques, religieuses et culturelles. Auteur de Lodovico Manin, dernier doge de Venise (1789-1797) ou la servitude du pouvoir (L’Harmattan)
Peut-être, au cours de l’été, irez-vous passer quelques jours à Venise. Que n’a-t-on écrit sur sa lagune, ses rues labyrinthiques, ses palais, ses merveilles, son marchand imaginé par Shakespeare, son décor de théâtre et j’en passe. On oublie que Venise fut, à une certaine époque, l’équivalent de New York, le cœur battant d’une grande puissance maritime régnant sur le monde d’alors, la Méditerranée, qu’on doit à la République de Venise une bonne part de la victoire des armées chrétiennes à la bataille de Lépante en 1571. Une cité qui, six ans plus tard, en 1576, fut frappée par une épidémie de peste qui emporta un tiers de sa population. Pour implorer la fin du fléau, le Sénat et la République font le vœu d'élever une église dédiée au Christ Rédempteur. C’était il y a 450 ans. Mais les civilisations sont mortelles. Et si Venise survécut à la peste, elle disparut comme l’empire romain dont la République était une lointaine réplique. En 1797. Comme Romulus Augustule, dernier empereur de l’Empire romain d’Occident, Ludovico Manin est le dernier doge de Venise, le 120e du nom. En mai 1797, il abdique sous la pression d’un certain Bonaparte. Comment un Etat vieux de mille ans peut-il disparaître en quelques semaines ? Il y a une leçon à retenir : quand les élites n’y croient plus, qu’elles ne songent plus qu’à se servir d’un pouvoir qu’elles négligent, que l’égoïsme l’emporte sur le bien commun, c’est que la fin est proche. Bonaparte n’eut pas grand mal à s’emparer de Venise qu’il ne conservera même pas puisque la cité deviendra une périphérie de l’empire d’Autriche. Franck Lafage, spécialiste des résistances à la modernité, explique le fonctionnement du pouvoir vénitien et des différentes strates de la République aristocratique dont l’étoile avait pâli à mesure que le centre de gravité s’était déplacé de la Méditerranée au reste du monde.
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