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« Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit ! » et si cette fameuse sentence consacrée aux réseaux sociaux et aux GAFAM pouvait s’appliquer à notre chère éducation nationale ? C’est en tous cas l’hypothèse explorée par le philosophe Vincent Legeay qui s’est plongé dans la genèse de l’école laïque et gratuite française au tournant du XIXe et du XIXe siècle.
Ce que l’on découvre en lisant son livre, c’est que l’instauration de l’école gratuite en 1881 n’était pas que le fruit de la charité et de la philanthropie de ce grand homme que fut Jules Ferry mais bien la mise en œuvre d’un dispositif de pouvoir et de gouvernement qui se doit de conscrire et donc produire une population. Regrouper, calibrer, tracer, trier les enfants qu’il s’agira par la suite de mettre à disposition du marché du travail et donc du capitalisme. Une éducation gratuite qui est aussi un investissement dans l’avenir, pour les familles comme pour les patrons. Mais Vincent Legeay ne se contente pas de raconter cette contre-histoire peu flatteuse, il propose aussi de décrypter les mécanismes par lesquels cette grande œuvre de façonnage et de sélection de la population s’est mise en place et a pu perdurer ; le recours arbitraire à un outil mathématique tel que la moyenne par exemple, qui nous semble tellement aller de soi aujourd’hui que plus personne ne s’interroge sur ce qui différencie réellement l’élève refoulé à 9,5 de celui admis à 10. Comme c’est aussi un livre de philosophie, le tour de force de l’ouvrage consiste à appeler Spinoza à la rescousse pour démontrer que ce que produit l’école comme nous la connaissons, c’est la réduction de l’existence et de ses possibles. Soit l’inverse exacte de l’aptitude, c’est-à-dire la disposition à être affecté par le plus grand nombre de choses, d’êtres et de situations possibles, qui est la condition de la joie et de l’intelligence collective (nous résumons très mal, voir la masterclass de Vincent Legay à 37:32). La critique faite, reste à explorer les différentes expérimentations alternatives qui ont accompagné le mouvement révolutionnaire : l’éducation intégrale, les conseils d’élèves et toutes les tentatives démocratiques et anarchistes qui refusent tout principe supérieur et a priori quant à la manière dont les enfants devraient s’éduquer.
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A quoi rient les fascistes ? Comment rigolent-ils ? C’est ce que propose de documenter Denis Saint-Amand dans un petit livre Contrer le rire fasciste, trolling et résistance.
Le rire permet de mettre à distance, d’alléger suffisamment le poids de ce qui opprime pour dégager l’espace et l’énergie d’agir. Mais il permet aussi d’exempter et d’exonérer la violence autant que la bêtise, celle du pouvoir et de ceux qui prennent son parti comme son relai. Denis Saint-Amand est spécialiste des poétiques de la parodie et de la satire, il étudie les mécanismes rhétoriques et les logiques des ces nouvelles formes de gloussements fascistes qui se répandent notamment sur les réseaux sociaux. Autant d’exemples qui appellent et inspirent les contre opérations nécessaires, autant que de joyeusetés pour les révoltes à venir. Du, « Le pouvoir est aveugle, ça crève les yeux » des Gilets jaunes sur les abords des Champs-Élysées dévastée, à la raillerie trollesques de « Npc » (« non playable character » ) qui déshumanisent l’autre, un tour d’horizon de ce l’humour fait et défait.
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Si les effets de la concentration des maison d’édition sont largement connus et s’intensifient de jours en jours, il existe un village éditorial qui résiste encore et toujours aux logiques envahissantes des gros groupes : la bande dessinée…
Enfin, c’est ce qu’on aimerait pouvoir imaginer, d’irréductibles bulleurs, des petits mickeys anticapitalistes repoussant avec force les assauts des grands patrons. Mais la réalité est bien moins réjouissante, et le monde du 9e art est lui aussi mis en danger par la concentration des maisons d’éditions.
Rescapés de l’édition industrielle de bande dessinée, Floriane et Quentin ont monté Courts Bouillon, une association qui cherche à commenter l’actualité de l’art séquentiel et encourager la création en dehors des contraintes concurrentielles.
Lors de cet entretien, nous allons refaire un tour d’horizon de la concentration des maisons d’éditions en passant par l’édition sans éditeur et le contrôle de la parole, avant de s’attarder sur quelques cas précis tels que l’avenir d’Astérix, aujourd’hui entre les mains de Bolloré et les conséquences directes de la concentration des maisons sur la précarisation des auteurs et autrices de BD.
Enfin, Floriane et Quentin présenteront leur initiative, qu’ils cherchent actuellement à concrétiser avec leur projet de revue La lutte des cases, actuellement en financement participatif : leur Ulule
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Eugénie Mérieau est professeure de droit constitutionnel et politologue, elle a notamment écrit La dictature, une antithèse de la démocratie ? et Géopolitique de l’Etat d’exception : les mondialisations de l’état d’urgence (éditions le Cavalier Bleu). Elle chante aussi L’Êtrangère dont le premier album, Je vous écris en cours de chute, sortira cet été. Nous lui avons proposé de venir jouer quelques morceaux dans nos bureaux.
Il neige du phosphore blanc
(Le Caire, 2024)
Depuis octobre 2023, Israël utilise des bombes au phosphore blanc causant d’atroces souffrances sur des zones agricoles, industrielles et résidentielles à Gaza et au Sud Liban. Le nombre de victimes n’est à ce jour pas connu. Citation anonyme attribuée à un-e gazaoui-e : « Le monde pense que Gaza est occupé par Israël. La vérité c’est que le monde est occupé par Israël à l’exception de Gaza ».
Inspirations et fragments :
La zone de désintérêt, Ladislas (publié dans lundimatin)
La Terre nous est étroite, Mahmoud Darwich
Chanson dans le sang, Jacques Prévert
La mort viendra et elle aura tes yeux
(Paris, 2025)
Seconde Guerre Mondiale : Duras, Char, Pavese, Aragon, Prévert, et Hô Chi Minh : communistes, anticolonialistes, antifascistes et résistant-es pour qui au milieu de la guerre, la lutte politique est poésie, surgissement de l’amour, de la passion et du désir. Jacques Prévert écrit « Il y a sur cette terre des gens qui s’entretuent ; c’est pas gai, je sais ; il y a aussi des gens qui s’entrevivent : j’irai les rejoindre ».
Inspirations et fragments :
La mort viendra et elle aura tes yeux, Cesare Pavese
La maladie de la mort, Marguerite Duras
Feuillets d’Hypnos, René Char
Prose du bonheur et d’Elsa, Louis Aragon
La lune et le poète, Hô Chi Minh
La vie n’a pas d’âge, Jacques Prévert
Mort d’une putain
(Genève, 2005)
Années 70 : Grisélidis Réal, poétesse suisse et prostituée, milite à Paris : « La prostitution est un acte révolutionnaire ».
Inspiration et fragments :
Cette chanson est une adaptation libre d’un texte de Grisélidis Réal, Mort d’une putain, écrit quelques semaines avant sa mort, avec des ajouts issus de Cantique de l’espoir, toujours de Grisélidis Réal.
Elle s’appelait Lou
(Bangkok, 2024)
En 2025, l’association Nous Toutes dénombre 165 féminicides en France. Depuis le début de l’année 2026, 36 femmes sont mortes assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint. Andrea Dworkin écrit « Les femmes n’ont que deux choix : mentir ou mourir. »
Inspirations et fragments :
Souvenez-vous, résistez, ne cédez pas, Andrea Dworkin
Les guérillères, Monique Wittig
Si rien ne bouge, Bertrand Cantat-Noir Désir
Liste des prénoms des femmes mortes par féminicide en 2023, par l’association Nous Toutes.
Le chant des ouvriers
(Lyon, 1846)
En 1848, on se révolte contre la journée de travail de 12 heures voire plus et les accidents mortels du travail dans les usines les mines et les chantiers. Aujourd’hui, le bâtiment demeure le premier lieu de mortalité en matière d’accidents du travail : 243 personnes sont mortes sur les chantiers en 2025, 55 depuis 2026. Thierry Metz, dans Journal d’un Manoeuvre : « Mes premiers gestes ici : creuser la terre. Ouvrir une fosse. Et disparaître. Quotidien du manœuvre ».
Inspirations et fragments :
Cette chanson est une adaptation libre et mise en musique d’un texte chanté de Pierre Dupont, écrit en 1846, devenu hymne révolutionnaire en 1848.
Bientôt la fin d
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Une légende voudrait qu’à chaque parution d’un nouveau livre critique du capitalisme, un grand patron fasse un AVC. Force est de constater que ce n’est pas le cas et que malgré les millions kilomètres de papier sur lesquelles s’étalent les analyses les plus fines des contradictions les plus obscures du capital, les capitalistes n’ont jamais été en si bonne forme. Et si depuis tout ce temps, nous avions pris le problème à l’envers ? Mondes postcapitalistes propose en tous cas de rouvrir la question révolutionnaire depuis ses fins et leurs moyens à travers plus de 70 chapitres qui sont autant d’entrées : monnaie, État, nucléaire, amour, climat, santé, conflits, échelles, transports, rêves, zoonoses, etc. On arpente, non pas des utopies sirupeuses et réconfortantes, mais des pistes plus ou moins escarpées ou aventureuses vers ce que pourrait être un monde par-delà le capitalisme.
Forcément, il s’agit de sortir de l’économie et évidemment de décrocher de l’État mais cela à partir d’une attention méticuleuse à tout ce dont nous avons été dépossédés et qu’il va bien falloir se réapproprier, détourner, démanteler ou saccager ; des gros trucs qui détruisent la planète autant que des réflexes infimes qui pourrissent la vie. À travers 900 pages et grâce à 80 contributeurs et contributrices, on ouvre des portes et on tente d’adéquatement déplier les problèmes que l’on trouve derrière. Inutile d’en attendre des remèdes ou des solutions, les idéologues et leurs fidèles se réconforteront ailleurs, c’est un travail d’enquête et toutes les directions pointées restent à expérimenter, contester, affiner. C’est un ouvrage majeur et potentiellement déterminant pour la suite, c’est d’ailleurs pour cette raison qu’il apparaîtra parfaitement anachronique aux plus résignés.
L’entretien ayant essentiellement porté sur la démarche, son cadrage et sa visée, nous publions en bonus dans l’édition de cette semaine, l’un des chapitres du livre : Animaux rédigé par Pierre-Olivier Dittmar. Cela permettra aux lecteurs et lectrices d’imaginer non seulement les menus que proposeront les cantines après la révolution mais aussi la manière dont Mondes capitalistes a été pensé et composé.
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Dans lundimatin, on écrit et on parle trop. Parfois il y a un peu de dessin ou de peinture voir des bribes de cinéma, de la musique par contre, il n’y en a jamais assez. Alors quand nous avons croisé Laura Perrudin et sa harpe, nous l’avons immédiatement invitée et ça a donné cet entretien musical qui dit certainement plus, en tous cas largement tout autant, que beaucoup de nos mots. Et sans doute que certaines vibrations et mélodies déploient des dimensions de l’existence heureusement plus épaisses que ce que l’on appelle platement politique. Un petit extrait est disponible en attendant et en cliquant sur la vignette.
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Lorsqu’il avait 14 ans, Ritchy Thibault est allé sur un rond-point, il est devenu l’une des figures du mouvement des Gilets jaunes. Depuis, il a été assistant parlementaire jusqu’à se faire bannir de l’assemblée nationale et congédier par son employeur, passé un nombre incalculable d’heures en cellules de garde à vue, fondé le PEPS , propagé pas mal de Zbeul, animé des émissions sur le web, écrit des articles ainsi que trois livres, et se prépare à affronter dans la joie et la bonne humeur trois procès au tribunal judiciaire de Paris qui l’opposent à la crème de ceux qui nous gouvernent (le président lui-même, évidemment mais aussi Bruno Retailleau ou encore Laurent Nunez). Pour comprendre d’où lui vient une telle énergie et pourquoi elle ne se départ par de beaucoup d’humour, il faut livre son dernier livre :
Voleurs de poules, combattre l’antitsiganisme (Libertalia). Cette irréductibilité au pouvoir autant que cette disposition au coup d’éclat, on ne peut la comprendre qu’à partir du récit historique et éthique qu’il fait de l’antitsiganisme et de la guerre livrée depuis toujours par l’État contres les populations Roms, Sinti, Manouches, Gitans, Yéniches et Voyageurs. Des formes de vie, qu’il a toujours fallu surveiller, contrôler, réduire et même éradiquer tant elles incarnent ce petit caillou dans la chaussure d’une civilisation qui ne peut tolérer qu’elle-même. Cette interview est aussi longue qu’elle est intelligente et drôle ; pour s’y repérer, nous l’avons accompagnée d’un chapitrage qui servira tout autant de sommaire. On y parle de l’antitsiganisme et de son histoire évidemment, mais depuis là découle tout le reste, jusqu’aux stratégies nécessaires et adéquats pour lutter contre l’État et le pouvoir sans jamais en accepter les méthodes, les schémas et les armes. Au reste, il s’agit certainement de l’unique occasion que vous aurez de sauver une poule en achetant un livre.
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Dans son dernier livre, La violence en spectacle (La Fabrique), Elsa Deck Marsault reprend le chantier entamé dans le précédent (Faire justice), en l’occurrence, tenter de comprendre comment la question du féminisme se noue avec celle de la justice. Il y a évidemment toute une pensée libérale qui se fait beaucoup de souci pour tous ces pauvres hommes qui pourraient se retrouver injustement mis à l’amende publiquement et sans que leurs soient octroyées les garanties du droit bourgeois. Mais ce n’est pas du tout de cela dont il est question ici.
Ce qu’étudie Elsa Deck Marsault, c’est la manière dont le mouvement féministe s’est historiquement rapporté au droit et à l’État, ou plutôt comment un certain féminisme dominant a évacué tout critique de la justice jusqu’à s’en remettre à l’État punitif. Pour cela, l’autrice questionne la construction même de la figure de la victime dans toutes ses ambivalences, à commencer par celle qui consiste à devoir renier toute forme de puissance politique. À la promesse de sécurité qu’elle considère autant comme une illusion que comme un piège, elle propose de substituer une attention collective et des procédures révolutionnaires, — forcément expérimentales —, qui permettent de destituer la justice en préservant le souci de l’autre.
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En 1966, à la question « Qu’est-ce qui prend la place de la philosophie aujourd’hui ? », Heidegger répondit : « La cybernétique. »
Aujourd’hui nous invitons Ivan Bouchardeau, docteur en philosophie et enseignant à l’Université de Toulouse, pour son livre États d’esprit. Cybernétique et techniques de gouvernement (Champ Vallon). Son travail aborde frontalement la question à laquelle Heidegger répond à la volée. Il se confronte au difficile problème de la définition de la "cybernétique", cette science du contrôle et de la communication, cette "utopie de l’information", ou encore, étymologiquement, cette science du gouvernement (kubernétès, en grec : gouvernail).
Dans son livre, Ivan Bouchardeau ne prend pas la cybernétique à la lettre, mais il la prend au sérieux, à la fois comme discours mythique dans les modalités de la science moderne opposant le chaos de l’entropie à l’ordre de l’information, et comme aboutissement de traditions pluriséculaires : pour les uns (Heidegger), la cybernétique venait se substituer à la philosophie en réalisant le Logos grec ; pour d’autres (Musso), elle était l’ultime incarnation de l’esprit depuis que l’idéologie chrétienne d’un dieu fait chair se serait répandu en occident. Pour d’autres encore, la cybernétique était le développement logique, nécessaire, et annoncé par Marx de la division sociale du travail en division cognitive du travail, et de la réification du capital en tant que technologie de la productivité mentale.
On y découvre (ou re-découvre) que la cybernétique ne fut pas qu’une tentative de science ou de mythification et de relance de la modernité après deux guerres mondiales, mais aussi un paradigme de gouvernement, une manière de faire tenir ensemble spontanéité contrôlée et planification douce, voire insensible. Ce paradigme fut mis en oeuvre tant par des socialistes, comme Allende au Chili avec le projet Cybersyn, que par les néo-libéraux qui y virent une méthode pour réaliser la main invisible du marché. Un ouvrage très riche, dont l’un des aspects les plus original est peut-être la mise en évidence du renversement de Heidegger par des apôtres de l’IA qui envisagèrent, il n’y a pas si longtemps, des « IA heideggérienne » dotées de leur être-au-monde.
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Comment optimiser et maximiser l’exploitation ? Quel est cet art du capitalisme qui consiste à discipliner le travail et donc les travailleurs ? C’est ce que propose de découvrir Anthony Galluzzo grâce au Manuel de management décomplexé qu’il vient de publier aux éditions Zones. 200 pages qui recensent les mille et une méthodes, techniques et tactiques mises en œuvre par le patronat global pour maintenir et perfectionner son emprise sur le monde ouvrier. Accessible à tous ceux qui auraient la flemme de faire une école de commerce ou d’employer des consultants, Galluzzo propose une enquête et une synthèse des meilleurs tuyaux.
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