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(Si vous ne comprenez pas l'anglais et que vous n'entendez pas les sous-titres, ils sont lisibles sur la version vidéo de cet entretien)
Depuis que le pouvoir existe, on a essayé de le nommer. L’enjeu est de taille. En effet, nous présupposons (à tort ou à raison) qu’il n’y a qu’en comprenant adéquatement ses logiques, ses mécanismes et ses représentations qu’il est possible de le combattre ou de l’esquiver. Nous héritons de toute une palette de concepts et de mots plus ou moins ronflants et accessibles : société de classe (Marx), du spectacle (Debord), de contrôle (Deleuze), on en passe et des moins bons. De fait, la société (ou ce qu’il en reste) évolue et la domination s’affine et se perfectionne (ou se brutalise), il est donc impératif de nommer aussi précisément ce par quoi nous sommes tenus ou écrasés. C’est ce que tente de faire Ian Alan Paul avec son livre La société réticulaire que nous avons traduit et publié en octobre dernier.
L’idée est simple mais se devait d’être élaborée : au pouvoir souverain de l’État et à la discipline de l’économie, au spectacle et à la biopolitique, s’est surajoutée ces dernières années une nouvelle couche : la forme réseau. Cette société réticulaire se manifeste par un maillage toujours plus serré de la surveillance autant que par notre dédoublement subjectif derrière des filtres et posts instagram. L’IA rédige nos déclarations d’amour et optimise des bombardements meurtriers, l’accumulation massive de données nous prévient d’une épidémie de grippe avant même qu’elle soit propagée et transforme toute la complexité de nos vies en pâte à modeler pour publicités. Bref, la société réticulaire, c’est une manière de nommer la pointe avancée de l’organisation du capital et du pouvoir aujourd’hui dans l’objectif de la faire dérailler.
Pour que tout cela ne reste pas trop abstrait, on est parti de la situation actuelle aux Etats-Unis et de la résistance à ICE. D’un côté des entreprises de la tech qui vendent leurs données au gouvernement pour traquer les migrants, de l’autre des patrouilles de quartier qui s’organisent sur des messageries cryptées pour avertir les habitants de chaque opération de police.
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La maternité, cette expérience singulière qui consiste à « faire naître », occupe une place gigantesque dans la vie des femmes (et même aussi un peu des hommes). La maternité, en tant que lieu et institution qui accueille, sécurise, réglemente et organise les naissances, a parallèlement toujours été l’objet d’enjeux politiques et gouvernementaux. Pourtant et étrangement, nous pensons très peu politiquement la maternité, que ce soit l’évènement qui marque une vie en en mettant une autre au monde ou l’institution qui calibre pour toutes la manière dont cela doit se passer. C’est ce que propose de faire Clélia Gasquet-Blanchard dans Faire naître, ce que le capitalisme fait à la maternité qui vient de paraître aux éditions La Fabrique.
Géographe et maîtresse de conférences à l’École des hautes études en santé publique, c’est à partir d’un travail de recherche que l’autrice analyse les conséquences du capitalisme sur la gestion et le vécu des naissances ainsi que la manière dont les institutions gouvernent et administrent la vie, y compris à naître. Le livre s’attèle à ouvrir les questions, les tensions et les contradictions qui traversent la maternité telle qu’elle s’organise : comment la gestion du risque et de la sécurité compose avec un événement par essence incertain et imprévisible ? Pourquoi le rapport à la douleur, l’administration d’une péridurale ou le recours à une césarienne sont traversés par des problématiques qui excèdent l’expérience singulière des femmes ? En quoi la rationalisation, la technicisation et l’optimisation des naissances reconfigurent notre rapport au monde et à la mise au monde ? Comment les différentes formes de féminisme se sont rapportées à des enjeux aussi intimes, décisifs et évidemment politiques ?
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En février 2023, se tenait comme chaque année à Budapest, le « jour de l’honneur », soit l’un des plus grands rassemblements néo-nazis d’Europe. Selon la justice hongroise et Victor Orban lui-même, c’est dans ce contexte que quelques nostalgiques du 3e Reich auraient été houspillés par des antifascistes. S’en est suivi une enquête judiciaire et la traque, à travers toute l’Europe de 17 militants anti-nazis, tout cela avec le concours des services de renseignement et même de l’antiterrorisme de plusieurs états membres, dont la France. Gino a été interpellé par la Sous-direction Antiterroriste à Paris en novembre 2024 pour être extradé vers la Hongrie. Après quatre mois et demi de détention à Fresnes, les juges français ont finalement refusé de l’extrader au vu du peu de garanties offertes par la Hongrie quant à l’indépendance de son système judiciaire et des conditions de détention réservées aux opposants politiques. En décembre 2025, c’est un nouveau mandat d’arrêt européen qui est émis contre le jeune antifasciste et qui reprend mot pour mot celui émis par la Hongrie deux ans plus tôt sauf que cette fois, il émane de l’Allemagne.
A nouveau la Sous-direction Antiterroriste, à nouveau la garde à vue et à nouveau la prison sauf que cette fois les juges le remettent rapidement en liberté, le temps que son pourvoi contre l’extradition soit examiné.
Certains y verront un acharnement incompréhensible pour des faits a priori bénins (rudoyer des nazis), ce qui se joue est pourtant de la plus haute importance tant ils démontrent l’existence à l’échelle européenne d’une répression conjointe et assumée de l’antifascisme. Collaboration en termes de renseignements évidemment mais aussi sur le plan judiciaire ; en Allemagne comme en Hongrie, c’est la qualification d’organisation criminelle (l’équivalent de l’association de malfaiteurs chez nous) qui autorise des moyens judiciaires ahurissants et des peines extrêmement lourdes. Maja, une militante allemande, est incarcérée en Hongrie depuis plus d’un an, avant le début de son procès 14 années de détention lui ont été proposées en échange d’un plaidé coupable qu’elle a refusé. Un militant allemand a déjà écopé de 5 ans de prison dans son pays. Ils sont 17 au total sur qui pèsent la menace de nombreuses années d’incarcération. Quant à Gino, le mandat d’arrêt hongrois le visant évoque une peine de 22 années. La première audience concernant son second refus d’être extradé se tiendra mercredi 28 janvier à la cour d’appel de Paris sur l’Île de la Cité.
Pour mieux comprendre « l’affaire Budapest » et ses enjeux, voir nos articles :
Affaire Budapest : des néo-nazis, des juges, la SDAT et Viktor Orban
La nuit sera longue - Zerocalcare
Une bande dessinée pour comprendre l’affaire « Budapest » et libérer Gino
La justice ne serait-elle plus qu’un mot en Europe ?
Eric Vuillard sur l’affaire « Gino »
Lettre de l’antifasciste Maja devant ses juges hongrois
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Il y a un peu plus d’un an, nous avions invité le philosophe Michel Feher pour discuter de la fascisation en cours et de son excellent livres Producteurs et parasites - L’imaginaire si désirable du Rassemblement national, à revoir par ici. Nous avions alors évoqué la seconde élection de Donald Trump qui n’était pas encore entré en fonction et de ce qui s’annonçait en terme de politique intérieure et fasciste. Michel Feher connaît très bien les États-Unis où il vit en partie, il travaille par ailleurs actuellement sur la nouvelle configuration géopolitique mondiale. Il était donc indispensable de l’inviter afin qu’il nous éclaire sur sa compréhension de ce second mandat Trump, des enjeux derrière la capture de Maduro et de ses retentissements sur la politique intérieure américaine. On a bien fait, il nous a tout très bien expliqué ! Le sommaire ci-dessous pour se faire une idée de la trame de cet entretien.
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Au vu des évènements en cours en Iran, nous diffusons exceptionnellement un second lundisoir cette semaine.
Depuis trois semaines, l’Iran connaît le plus grand soulèvement populaire depuis l’instauration de la République Islamique en 1979. Le 8 janvier, la foule a pris la rue dans toutes les villes du pays, des bâtiments officiels ont été incendiés et des miliciens du régime tués. Depuis, le pouvoir a coupé toutes les télécommunications, les chiffres de la répression varient : certains parlent de 3000 manifestants abattus, la chaîne CBS de 20 000, des images de sacs mortuaires entassés commencent à circuler. Lorsque nous avons invité Soma du collectif Roja, Chowra Makaremi autrice de Femme ! Vie ! Liberté ! Échos d’un soulèvement révolutionnaire en Iran (La Découverte, 2023) et Parham Shahrjerdi, psychanaliste et contributeur régulier de lundimatin, le courage et l’audace des rues iraniennes imposaient l’euphorie ou au moins l’enthousiasme. Quelques jours plus tard, c’est l’incertitude et l’inquiétude qui dominent, dans l’attente de savoir ce que le mouvement est parvenu à défaire et jusqu’où le régime est allé pour s’accrocher au pouvoir.
Dans cette discussion, nos invités analysent ce soulèvement sans précédent en l’inscrivant dans l’histoire du régime et de sa contestation mais aussi dans le moment historique et géopolitique actuel. Quelles sont les conditions objectives qui poussent à ne voir aucune autre option que la chute du régime ? Que signifient les menaces d’ingérence pour un mouvement fondamentalement populaire ? En quoi les bouffonneries de la gauche campiste française sont symétriques et solidaires du soutien empoisonné de l’extrême droite mondiale ? Et quelles voies semblent praticables pour les iraniens encerclés par tant de vautours ?
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Lorsqu’un événement historique advient, nous avons le curieux réflexe d’en cherche la cause ou la motivation plus ou moins avouée ou dissimulée. On fera ici l’hypothèse inverse : pour que Donald Trump et son gouvernement décident d’aller kidnapper le président d’un État voisin, ce ne peut être seulement pour lui faire les poches en s’appropriant son pétrole. Au reste, la question politique qui nous intéresse est moins de révéler on ne sait quelle vérité cachée mais d’essayer d’analyser ce qu’un tel événement va ouvrir ou fermer, désinhiber ou entraver. Pour aborder le pendant économique de cet enlèvement de Maduro, nous avons donc invité Benjamin Bürbaumer. Économiste spécialiste de la mondialisation et de l’économie politique internationale, nous l’avions reçu l’année dernière autour de son excellent livre Chine/États-Unis, le capitalisme contre la mondialisation(La Découverte), voir l’interview par ici. Il s’agit de comprendre ce que tout cela dit de l’état de la puissance états-unienne et de ce que cela re-configure ou non dans la dynamique capitaliste mondiale.
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Comment manger en temps de crise, pour presque rien voire rien du tout ? Le poète Yoann Thommerel mène l’enquête auprès des fauché.es de Seine-Saint-Denis. Au gré des rencontres fortuites et des invitations, cela donne Manger low cost (éditions Nous) à la fois livre de recettes, manuel de survie et livre de poésie sur la Hess. « La Hess ? C’est quand chez toi y a tellement rien dans le frigo que même les prisonniers mangent mieux. Ou si tu préfères, des fois c’est tellement la Hess que t’as même pas de frigo. » On apprendra entres autres comment préparer une pizza en prison, comment cuisiner les fanes, comment rôtir un niglo (hérisson), l’art de se gaver à l’œil dans les vernissages, ou les règles d’or pour voler sans stress au Monoprix.
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Ce lundisoir nous invitons Christian Ingrao, le big boss de l’histoire française du nazisme. Après Johann Chapoutot qui nous avait parlé du « nazisme zombi », voilà qu’il va nous falloir comprendre ce qu’est le « nazisme quantique ». C’est l’hypothèse de Christian Ingrao dans Soleil noir du paroxysme. Ça a l’air fou, mais c’est en réalité totalement génial.
Non seulement nous allons comprendre comment les structures imaginaires de la chasse et de la domestication les plus profondes peuvent soudain surgir en quelques mois à travers les pratiques de guerre des brigades de « chasseurs noirs » nazis sur le front de l’Est, mais nous allons aussi méditer sur la méthode de l’historien lorsque ses objets atteignent des paroxysmes de violence qui rendent tout témoin muet et tétanique. Et puis pourquoi se suicide-t-on en masse à la suite d’une défaite militaire comme en Allemagne nazie ou comme dans le Japon impérial ? Enfin, l’histoire peut-elle emprunter à la physique et à la mécanique quantiques ses concepts et ses instruments pour penser ses propres « incomplétudes » ?
Allé, on vous laisse découvrir tout ça, c’est du lourd, du délirant et du super sérieux à la fois, bref, c’est de qualité quantique, à la fois onde et corpuscule. Une belle citation avant de regarder :
« Il n’en reste pas moins que le système de « reproduction » des sociétés européennes occidentales du long Moyen Âge qu’ils décrivent est formé de millions d’orgasmes – essentiellement masculins, je le crains fort – et de centaines de millions d’instants suspendus, où des couples tremblants de désir se sont abstenus de faire l’amour, myriades vertigineuses d’étreintes interrompues par des femmes ou des hommes qui bâtissaient – malgré et avec la jouissance, ce paroxysme des corps… – ce qui se dégradait par décohérence en un modèle démographique de limitation des naissances par retard de l’âge au mariage. Ces milliards de possibles, pour certains seulement advenus, qui sont en eux-mêmes les états d’un système, son histoire et son devenir, n’ont jamais été mesurés ni observés.Vous aimez ou au moins lisez lundimatin et vous souhaitez pouvoir continuer ? Ca tombe bien, pour fêter nos dix années d’existence, nous lançons une grande campagne de financement. Pour nous aider et nous encourager, C’est par ici.
La colonisation en cours sur les territoires palestiniens occupés, soit dans sa phase coloniale de peuplement en Cisjordanie (assassinats, usurpations de terres agricoles, destruction des Oliviers, vol des habitats, apartheid urbain, régime militarisé), soit dans sa phase exterminatrice à Gaza (ethnocide, génocide, urbicide) a produit, sous nos contrées, un ensemble de dispositifs idéologiques qui, à nos yeux, ont une fonction principalement policière. Catherine Hass, dont nous ne raconterons pas, par pudeur, méthode et amitié, son rapport intime et personnel, tragique, à la question, vient de faire paraître aux éditions NOUS l’un des livres les plus juste et les plus intelligent, les plus innervé dans le témoignage des personnes réelles, pour comprendre les logiques de pensée morbides chez nous, relativement à ces « Terres enchaînées » que sont Palestine-Israël, chez eux, et qui enferment la pensée du possible, c’est-à-dire la politique.
Si le livre est la réunion de textes consacrés à la Palestine, d’une réflexion sur le paradigme de guerre antiterroriste à partir de Derrida, à des témoignages directs de Palestiniens interviewés par l’autrice et ses collègues, en passant par la magnifique lettre aux juifs italiens écrite par Franco Fortini en 1940, l’interview de l’historien de l’armée d’Hitler Omer Bartov, c’est une cohérence profonde qui se dessine au fil des pages et produit un effet singulier : nous passons, de chapitre en chapitre, de l’idéologie générale de l’époque, y compris de l’usage de l’accusation absolument délirante d’antisémitisme et de son « opération de police » spécifique, à, peu à peu, plus de réel et plus de possible en retrouvant les paroles mêmes des Palestiniens.
Une chose étonnante apparaît alors : pour les Palestiniens, beaucoup de ce que l’on prête comme vision du problème, n’existe pas. Le « juif » n’est jamais le problème, ce qu’il l’est c’est l’occupant, le colon, le bourreau. Quant à la solution politique, d’un État ou de deux selon quelles conditions imposées depuis l’extérieur, certains préfèrent se dégager de la contrainte et vont jusqu’à dire qu’ils envisagent, le plus sérieusement du monde, une hypothèse pacifiste, sans aucun État.
En choisissant de penser Palestine-Israël depuis la politique, et donc, selon sa définition, depuis le possible, Catherine Hass propose donc de penser la situation selon deux modalités 1) à partir du réel palestinien, c’est-à-dire à partir de témoignages, de propos rapportés, de l’enquête, et non à partir de l’image fantasmée que l’on peut - parfois à raison - s’en faire. Et, 2) à partir du fait qu’Israël n’importe pas tellement du point de vue de sa « judéité » mais davantage de son « étaticité », c’est-à-dire que le problème d’Israël repose bien plus sur le fait qu’il s’agit d’un État, qui, en tant qu’État colonial sur le modèle européen avec le soutien américain, fait une guerre, guerre « antiterroriste » qui s’inscrit dans le paradigme global et les apories annihilatrices que posent ce type de guerre. Pour ce geste hyper courageux, celui de tenir un fil étroit, celui du possible, nous nous sommes fait une joie de l’inviter ce soir.
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Dans la continuité de notre interview avec Romain Graziani (Les Lois et les Nombres) sur l’invention asiatique du totalitarisme comme pratique et idéologie de la loi-algorithme (le fa des Légistes antiques), surveillance généralisée, solidarité pénale collective et essaim corrompu de fonctionnaires-mandarins sous le pilotage du centre impérial, nous invitons Chloé Froissart, professeure de sciences politiques à l’INALCO au département d’études chinoises et Eva Pils, professeure de droit à l’université de Nuremberg, pour leur participation à l’élaboration du recueil d’articles et d’entretiens que constitue Penser en résistance dans la Chine d’aujourd’hui (dir. Anne Cheng et Chloé Froissart).
Nous avons engagé, il y a maintenant quelques temps, une conversation générale sur Lundimatin consacrée au fascisme et à ses variantes [2]. Nous n’avions pas évoqué le concept de « totalitarisme » pour de multiples raisons [3]. L’une de ces raisons est que si nous avons vu – avec Alpa Sha – les pratiques fascistes des tenants de l’Hindutva, du RSS et de Modi en Inde (dont la tonalité est d’inspiration nazie et fasciste italien) –, nous n’avions pas étudié le « fascisme » à travers l’histoire russe ou chinoise. Nous avons perçu ce qu’était la guerre en Ukraine grâce à de brillants entretiens, mais n’avions pas encore essayé de comprendre les spécificités « eurasiatiques » du fascisme (Russie, Chine, Japon).
Avec Penser en résistance dans la Chine d’aujourd’hui, le saut est fait. Car depuis 2012, de profondes tendances totalitaires – dont certaines viennent du Légisme antique, d’autres de l’exemple soviétique et du stalinisme, d’autres encore des délires spécifiques du Mao d’après 1957 – font retour en Chine, après une parenthèse complexe. « On assiste », comme l’écrit Chloé Froissart dans son introduction, « à une résurgence des traits fondamentaux du totalitarisme » (18). Résurgence qui s’accompagne de ce que le philosophe du groupe Socialisme et Barbarie, Claude Lefort appelait le « fantasme de l’Un ». Très concrètement la « pensée de Xi Jinping » est inscrite directement dans les statuts du Parti en 2017, la loi de sécurité nationale de 2015 a fait basculer le régime de l’exigence de « stabilité » à celle de « sécurité nationale » engendrant une « criminalisation des protestations et des dissensions »
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