Nous achevons aujourd’hui notre tour d’horizon des Présocratiques ces philosophes de la
Grèce ancienne qui s’efforcèrent de comprendre le monde autour d’un élément : l’eau, l’air, le
feu et de l’ordonner autour d’un ou de plusieurs principes comme les atomes de Démocrite
dont nous avons parlé hier.
Aujourd’hui nous allons évoquer l’une des figures les plus fascinantes de l’histoire de la
Vous allez comprendre pourquoi.
Parménide a vécu à Elée. Il est le contemporain d’Héraclite. Il nous a laissé un poème de la
nature que nous connaissons par les extraits et les commentaires qu’en ont fait ses
Le Prologue de ce poème est extraordinaire. Il raconte un voyage mythique, celui du jeune
Parménide, emporté sur un char auquel sont attelées deux cavales, et que guident des jeunes
filles qui sont les enfants du Soleil. Au terme de ce voyage, il parvient chez une déesse qui
prétend lui enseigner à la fois la vérité et les opinions trompeuses des mortels. Si le premier
récit dit la vérité le second récit de la déesse est explicitement trompeur.
Cette idée d’un discours trompeur a indigné les commentateurs et il faut revenir au
magnifique début du poème pour en comprendre le sens. A un moment deux routes s’offrent
au voyageur. Deux Voies s’ouvrent à lui, la première que la déesse décrit en ces termes et
vous verrez que cela n’est simple mais tellement beau et profond !
Je vous le dis tel qu’on peut le traduire . « ce qui est, est Ce qui n’est pas ou non-être n’est
La première : ce qui est, est , la seconde : Ce qui n’est pas ou non-être n’est pas.
Ce qui rend la traduction de ce passage difficile et explique que les spécialistes continuent de
s’opposer, c’est que les deux voies sont indiquées dans le texte de la même façon , par un
même verbe. Dans le cas de la seconde une négation est ajoutée.
Que dit la déesse ? qu’il y a deux pensée possibles. L’une dit « est » et considère que le non-
être est impossible. L’autre nie l’être et affirme la nécessité du non-être.
selon Parménide seule serait ouverte la route qui permet de penser « est ».
De ce fait il s’oppose à la pensée d’Héraclite. Souvenez-vous pour Héraclite tout est
mouvement, tout tient dans la pensée des contraires. Pour Parménide comme ce qui est est il
ne peut jamais être nié même de façon momentanée. Il n’y a donc pas de changement ni de
Ce qu’il faut retenir ce sont les conséquences du choix.
-Tout d’abord Parménide formule le principe de non contradiction. On ne peut pas dire une
-Ensuite il est le fondateur de ce qu’on appelle l’ontologie, la science de l’Etre car quand il dit
« Un » dans le poème il ne parle pas de Dieu mais de l’Etre. Au passage Parménide semble
avoir été le premier à nommer l’Etre en philosophie. Et tout le sens de la philosophie va être
de s’interroger sur qu’est-ce que cet Etre ?
Par opposition le non-être de la seconde voie ne désigne pas une simple négation mais un
néant complet, total. De ce dernier on ne peut rien dire, ni rien connaître.
-Enfin Parménide est à l’origine de l’interrogation sur le double sens du verbe être : cela
veut-il dire seulement exister ou être identique à soi-même ? La philosophie s’interrogera plus
tard sur l’essence par opposition à l’existence.
Pourquoi la pensée de Parménide est-elle une pensée fondatrice de la philosophie ? En raison
du défi qu’il nous propose. Après lui tous les philosophes chercheront les moyens de penser et
de dire le non-être. Platon dans le Sophiste dira qu’on peut penser le non être en le passant
comme une « partie de l’autre » qui s’oppose à l’Etre. Il pense le non-être sous les traits de
Heidegger dira en remontant à Parménide que nous pouvons seulement penser les étants que
nous sommes et jamais l’Etre.
On voit donc surgir, au terme de notre semaine passée en compagnie des présocratiques, une
opposition fondatrice entre une philosophie de l’Etre et une philosophie du Devenir, comme
deux points de vue opposés sur le monde. C’est entre autres autour de cette opposition que se
développera toute l’histoire de la pensée.
Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine où nous parlerons des sophistes, de Platon