D’Augustin, auquel nous consacrerons la fin de cette semaine, plus connu chez nos amis chrétiens comme St Augustin, qui naquit en 354 et mourut en 430 on peut dire, sans crainte de se tromper, qu’il fut le relai entre la philosophie antique et la philosophie médiévale.
On connaît sa vie à travers son maître livre, ses Confessions, qui inspireront tant d’auteurs par la suite, depuis Montaigne et ses Essais jusqu’à Rousseau qui en reprit le titre.
C’est de cette vie dont nous parlerons aujourd’hui tant elle est riche mais aussi centrale pour éclairer son oeuvre philosophique.
Augustin est né à Thagaste en Algérie, d’un père païen et d’une mère chrétienne, dans une famille modeste –son père est un petit propriétaire foncier. Il reçoit une culture classique lecteur de Virgile et de Cicéron avant d’ouvrir une école à Thagaste puis de s’établir à Rome et d’obtenir une chaire de rhétorique à Milan.
La vie d’Augustin est marquée par le destin de l’Empire romain ou plutôt sa chute puisqu’il verra la prise de Rome en 410 et mourra à Hippone, ville dont il est l’évêque alors que celle-ci est assiégée par les Vandales.
Chrétien romain, Augustin est la figure qui incarne la victoire du christianisme qui a triomphé et de la Gnose et des paganismes. C’est un homme de la fin de l’Antiquité, hanté, je l’ai dit, par la chute de l’Empire romain, dont la vie est donc tout entière traversée par la tension entre la gloire du Christ et la fin de l’Empire, le triomphe du pouvoir spirituel et l’effondrement du pouvoir temporel.
Toute sa vie ? Non bien sûr car la vie d’Augustin va être bouleversée par un événement dont il raconte qu’il coupe sa vie en deux : la rencontre de Dieu, la conversion au christianisme dont il a précisément laissé le récit dans ses Confessions.
C’est pourtant le manichéisme qui avait d’abord attiré le jeune Augustin, sa métaphysique du Bien et du Mal et l’ascétisme qui en découle. Mais aussi comme il le raconte les plaisirs de la vie, la bonne chère, le vin et l’amour. Marié, Augustin eut un fils nommé Adéodat.
Son séjour à Milan le détourne du manichéisme et le rapproche du néoplatonisme. Il y lit les Ennéades de Plotin qui vont l’amener à passer naturellement de l’intérêt pour la philosophie à la foi chrétienne.
On connaît la scène. Il la relate dans les Confessions. Alors qu’il se repose dans un petit jardinet à Milan, une voix se fait entendre qui lui enjoint de se convertir.
Il identifie le Nous de Plotin à la personne du Christ. L’amour de la sagesse c’est l’amour du Christ, dit sagesse de Dieu. Chercher le Christ c’est chercher la sagesse ; la philosophie s’accomplit donc dans le christianisme.
Ses premières oeuvres en 386-388 sont des dialogues philosophiques qui portent sur la vraie religion, la question de l’immortalité, la vie heureuse.
Augustin retrouve l’Afrique en 389. Il regroupe alors autour de lui une communauté d’études. En 396, il devient ensuite évêque d’Hippone où il transporte sa communauté. Il le restera pendant 34 ans. Entre 411 et 426, il rédige son autre grand œuvre, La Cité de Dieu
Les Confessions sont un ensemble de 13 livres écrits entre fin 397 et 401. Augustin y dévoile sa vie et son âme. Mais il répond aussi à ses ennemis qui dénonçaient ses erreurs passées, attestant la réalité de sa conversion morale et intellectuelle. Elle répondent donc à une intention apologétique.
« Dans ce ce même ouvrage, j’ai raconté ma conversion, comment Dieu me ramena vers la foi que je ravageais avec mes misérables bavardages de fou furieux ».
C’est ce qui lui a révélé la prédication de l’évêque de Milan qui a conduit à sa conversion : la source de ses péchés n’est autre que lui-même.
On est ici renvoyé à la double signification du terme de confessio et au lien entre
-la confession des péchés. Les Confessions sont d’abord des aveux, même si Augustin n’y détaille pas ses fautes. Que veut dire ici avouer ses péchés ? C’est en porter le poids de la faute, les assumer comme le résultat de ses actions et de ses penchants
-et une façon de louer la grandeur de Dieu qui l’en délivre.
Mais la confession d’un point de vue judiciaire – et Augustin fut un grand lecteur de Cicéron - est aussi un mode de défense classique qui ressortit à ce qu’on appelle en latin la depreciatio : l’accusé reconnaît sa faute et réclame le pardon que doit lui garantir le fait même de la reconnaître. On la trouve chez ses prédécesseurs, Origène ou Ambroise. Elle a un effet à la fois judiciaire et thérapeutique, curatif du non seulement à l’intervention divine mais au fait même des aveux. Fr Boyer qui a retraduit les Confessions les a appelées les Aveux.
Augustin reconnaît prééminence de la grâce divine, l’action de la grâce divine sur sa vie.
Il entreprend de s’humilier devant la gloire de Dieu en avouant ses péchés et en adressant à Dieu l’admiration des hommes qui célèbre les vertus du chrétien converti.