Regards Philo

Regards Philo

By Open Mind GalaxySociety & Culture
Download on the App Store

Regards Philo episodes

  • CHP07 - 07. La Mettrie alias Monsieur Machine

    1. Introduction

    Dans cet épisode, Michel Onfray explore la figure de Julien Offray de La Mettrie, philosophe matérialiste du XVIIIe siècle, célèbre pour son ouvrage L’Homme-Machine. Il analyse son itinéraire intellectuel, ses ruptures avec les traditions philosophiques dominantes et la radicalité de son matérialisme. Onfray remet en question les idées reçues sur La Mettrie et montre comment il s'inscrit dans une tradition de pensée subversive.

    2. Une trajectoire intellectuelle marquée par la médecine

    De la médecine à la philosophie

    La Mettrie commence sa carrière comme médecin et étudie à Leyde auprès d’Herman Boerhaave, un des plus grands physiologistes de son temps. Son expérience médicale influence profondément sa philosophie, en particulier son rejet du dualisme cartésien et son insistance sur la continuité entre le corps et l’esprit.

    Une pensée issue de l’anatomie et de la physiologie

    Sur le champ de bataille, La Mettrie observe directement l’impact des blessures et des maladies sur la conscience et le comportement humain. Cette expérience le conduit à affirmer que l’âme n’est rien d’autre qu’une fonction du corps, une conclusion qui le place en rupture avec la pensée dominante de son époque.

    3. L’Homme-Machine : une révolution philosophique

    Une critique du dualisme

    Dans L’Homme-Machine, La Mettrie défend une vision strictement matérialiste de l’être humain. Il rejette l’idée d’une âme immatérielle et postule que la pensée est un produit du corps, au même titre que la digestion ou la circulation du sang.

    L’homme, un automate perfectionné

    S’inspirant des avancées mécaniques de son temps, il compare le corps humain à une machine sophistiquée, fonctionnant selon des lois naturelles sans intervention divine. Cette analogie choque profondément les autorités religieuses et philosophiques.

    4. La philosophie du plaisir et du bonheur

    Une éthique matérialiste et hédoniste

    Contrairement aux penseurs ascétiques, La Mettrie prône une morale fondée sur le plaisir. Il considère que la quête du bonheur doit être le principe directeur de la vie humaine et critique les morales répressives qui condamnent les jouissances corporelles.

    Une philosophie du corps et des sens

    Il affirme que nos perceptions et nos désirs sont les seuls guides valables pour mener une existence heureuse. Cette position le rapproche de l’épicurisme et de Montaigne, tout en annonçant certaines idées modernes sur le bien-être et la psychologie.

    5. Une pensée persécutée et une mort controversée

    Fuite et exil

    Les écrits de La Mettrie lui valent une violente réaction des autorités religieuses et philosophiques. Contraint de quitter la France, il trouve refuge à la cour de Frédéric II de Prusse, où il peut poursuivre son travail en toute liberté.

    Une mort énigmatique

    Il meurt en 1751, officiellement d’une crise d’indigestion après un repas trop copieux. Certains y voient un empoisonnement déguisé, preuve que sa philosophie radicale dérangeait profondément.

    💡 Conclusion

    Michel Onfray met en avant la modernité et la radicalité de La Mettrie, qui défend une vision du monde où tout est matière et où le bonheur est une finalité en soi. Son matérialisme intransigeant, longtemps marginalisé, pose les bases de nombreuses réflexions contemporaines sur la conscience, la physiologie et l’éthique du plaisir.

    📚 Philosophes mentionnés

    * Épicure (341 av. J.-C. – 270 av. J.-C.) — Philosophe matérialiste et hédoniste.

    * Lucrèce (env. 94 av. J.-C. – env. 55 av. J.-C.) — Poète et philosophe épicurien.

    * Montaigne (1533 – 1592) — Philosophe humaniste et sceptique.

    * Pierre Gassendi (1592 – 1655) — Philosophe empiriste et matérialiste.

    * René Descartes (1596 – 1650) — Philosophe rationaliste, défenseur du dualisme.

    * Baruch Spinoza (1632 – 1677) — Philosophe rationaliste et panthéiste.

    * Jean Meslier (1664 – 1729) — Prêtre et philosophe matérialiste, auteur du Testament.

    * Julien Offray de La Mettrie (1709 – 1751) — Philosophe matérialiste et médecin, auteur de L’Homme-Machine.

    * Frédéric II de Prusse (1712 – 1786) — Roi de Prusse, protecteur des philosophes des Lumières.

    * Paul-Henri Thiry d’Holbach (1723 – 1789) — Philosophe matérialiste et athée.

    * Friedrich Nietzsche (1844 – 1900) — Philosophe allemand, critique du rationalisme et du dualisme.

    * Gilles Deleuze (1925 – 1995) — Philosophe français, auteur de Le Pli. Leibniz et le baroque.

    Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie



    Get full access to Open Mind Galaxy at openmindgalaxy.substack.com/subscribe
    56 min
  • CHP07 - 06. L’égalité des jouissances

    1. Introduction

    Dans cet épisode, Michel Onfray clôt son cycle sur Jean Meslier en explorant la dimension politique de sa pensée. Il analyse les principes fondamentaux qui sous-tendent sa critique du pouvoir, sa vision de l’égalité et son projet de société fondé sur le partage équitable des richesses. Onfray montre comment Meslier anticipe les débats révolutionnaires et les courants socialistes qui émergeront après lui.

    2. Une critique radicale des inégalités

    Jean Meslier : communiste avant l’heure ?

    Meslier est souvent qualifié de pré-socialiste ou de pré-communiste, car il prône une redistribution des richesses et une égalité économique entre les citoyens. Il dénonce les injustices féodales et affirme que les privilèges de naissance ne sont que des usurpations maintenues par la force et la religion.

    Le concept d’égalité des jouissances

    L’expression "égalité des jouissances", que l’on retrouvera plus tard chez les révolutionnaires de 1789, traduit l’idée que tous les individus devraient avoir accès aux plaisirs de la vie, et non une élite restreinte. Pour Meslier, la richesse ne doit pas être monopolisée par quelques-uns, mais répartie équitablement pour assurer le bien-être collectif.

    3. Une explication matérialiste des inégalités

    Une critique du péché originel et de la justification divine du mal

    Meslier s’oppose frontalement à l’explication chrétienne du mal, qui repose sur la notion de péché originel. Il refuse l’idée que la souffrance et la pauvreté sont des fatalités imposées par Dieu, et y voit plutôt le résultat de structures sociales oppressives.

    Une approche éthologique du mal

    Plutôt que d’invoquer une origine divine des injustices, Meslier adopte une analyse matérialiste et éthologique (bien qu’il n’emploie pas ce terme). Il explique que les conflits et les inégalités proviennent de la rareté des ressources et de la compétition pour leur accaparement. Cette lecture préfigure certaines analyses modernes sur la lutte des classes et les dynamiques de domination.

    4. Vers une société égalitaire

    Redistribution des richesses et suppression de la rareté

    Meslier propose de réorganiser la société pour mettre fin aux inégalités économiques. Plutôt que de laisser une minorité accumuler les richesses pendant que la majorité vit dans la misère, il prône un système où chacun aurait accès à un niveau de vie décent.

    L’importance du bien commun et de la solidarité

    Pour lui, le bonheur individuel passe par le bien-être collectif. Il défend une vision communautaire de la société, où les biens et les ressources seraient partagés de manière à garantir la prospérité de tous.

    5. L’influence de Meslier sur la pensée révolutionnaire

    Un précurseur du socialisme et de l’anarchisme

    Bien que Meslier écrive 70 ans avant la Révolution française, ses idées anticipent celles des sans-culottes et des mouvements égalitaires du XVIIIe et XIXe siècles. Son rejet de la monarchie et de l’Église, ainsi que son appel à une répartition juste des richesses, le placent parmi les précurseurs du socialisme utopique.

    Une pensée toujours d’actualité

    Onfray insiste sur la pertinence contemporaine des thèses de Meslier. L’égalité des jouissances, la lutte contre les inégalités et la critique des institutions oppressives restent des questions centrales dans les débats politiques et philosophiques modernes.

    💡 Conclusion

    Michel Onfray achève son étude de Jean Meslier en soulignant l’originalité et la radicalité de sa pensée. En prônant une société égalitaire, libérée des dogmes religieux et des privilèges héréditaires, Meslier se révèle comme un philosophe visionnaire, dont les idées ont traversé les siècles et influencé les courants révolutionnaires et matérialistes.

    📚 Philosophes mentionnés

    * Épicure (341 av. J.-C. – 270 av. J.-C.) — Philosophe matérialiste et hédoniste.

    * Lucrèce (env. 94 av. J.-C. – env. 55 av. J.-C.) — Poète et philosophe épicurien.

    * Jean Meslier (1664 – 1729) — Prêtre et philosophe matérialiste, auteur du Testament.

    * Baruch Spinoza (1632 – 1677) — Philosophe rationaliste et panthéiste.

    * Julien Offray de La Mettrie (1709 – 1751) — Philosophe matérialiste et médecin.

    * Jean-Jacques Rousseau (1712 – 1778) — Philosophe des Lumières, théoricien de la souveraineté populaire.

    * Paul-Henri Thiry d’Holbach (1723 – 1789) — Philosophe matérialiste et athée.

    * Pierre-Joseph Proudhon (1809 – 1865) — Philosophe et économiste, fondateur du socialisme libertaire.

    * Karl Marx (1818 – 1883) — Philosophe et théoricien du communisme.

    * Friedrich Nietzsche (1844 – 1900) — Philosophe allemand, critique du rationalisme et du dualisme.

    * Gilles Deleuze (1925 – 1995) — Philosophe français, auteur de Le Pli. Leibniz et le baroque.

    Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie



    Get full access to Open Mind Galaxy at openmindgalaxy.substack.com/subscribe
    55 min
  • CHP07 - 05. Une ontologie matérialiste

    1. Introduction

    Dans cet épisode, Michel Onfray poursuit son étude de Jean Meslier en explorant l’ontologie matérialiste qu’il développe. Contrairement aux doctrines idéalistes et théistes qui dominent son époque, Meslier affirme que tout est matière, rejetant toute forme de transcendance. Onfray replace cette pensée dans le contexte philosophique du XVIIe et XVIIIe siècle, montrant comment elle s'inscrit dans une tradition matérialiste qui s’oppose au cartésianisme et au christianisme.

    2. L'ontologie : science de l’être

    Définition et origine

    L’ontologie est l’étude de l’être en tant qu’être. Aristote la définit comme la science de ce qui est, indépendamment de ses qualités particulières. Onfray explique comment cette discipline s’est développée, de la métaphysique aristotélicienne jusqu’aux débats modernes sur la nature de la réalité.

    Une ontologie matérialiste

    Meslier propose une ontologie strictement matérialiste : tout ce qui existe est matière et mouvement. Il rejette toute forme d’âme immatérielle et toute dualité entre corps et esprit. Sa pensée s’oppose ainsi au dualisme cartésien qui postule l’existence d’une substance pensante distincte de la substance matérielle.

    3. Une philosophie née de l’expérience

    L’observation du réel plutôt que la spéculation

    Meslier ne construit pas sa philosophie sur des abstractions théoriques, mais sur l’observation du monde. En tant que curé de campagne, il voit quotidiennement la misère des paysans et les injustices sociales, ce qui nourrit sa pensée critique. Sa philosophie est ainsi ancrée dans le réel et non dans les cercles intellectuels de son époque.

    L’importance du vécu et de la pitié

    Onfray insiste sur la dimension morale et sociale de l’ontologie de Meslier. Il ne s’agit pas simplement d’un matérialisme théorique, mais d’une pensée qui vise à améliorer la condition humaine en dénonçant les oppressions religieuses et politiques.

    4. La nature et la matière comme seules réalités

    Rejet du dualisme et de la transcendance

    Meslier refuse l'idée d’un Dieu créateur et d’une âme immatérielle. Pour lui, il n’y a qu’une seule réalité : la nature, qui fonctionne selon des lois mécaniques. Il rejoint en cela les conceptions de Spinoza et des premiers matérialistes antiques.

    Une vision moniste du monde

    Ce matérialisme ne laisse aucune place aux hiérarchies transcendantes imposées par la religion. Tout, y compris la pensée et la conscience, n’est qu’un agencement de matière. Cette approche radicale remet en cause les fondements mêmes du christianisme.

    5. Conséquences philosophiques et politiques

    Vers une morale matérialiste

    Si tout est matière, alors la morale ne peut pas être dictée par une divinité. Elle doit être fondée sur la réalité humaine et non sur des dogmes imposés. Meslier propose ainsi une éthique fondée sur le bonheur et la justice sociale.

    Un fondement pour une pensée révolutionnaire

    Cette ontologie matérialiste nourrit aussi une critique politique virulente. En niant toute légitimité divine au pouvoir, Meslier prépare le terrain pour une remise en cause totale de la monarchie et des privilèges aristocratiques.

    💡 Conclusion

    Michel Onfray met en avant l’importance de Jean Meslier comme l’un des premiers penseurs matérialistes modernes. Son ontologie, fondée sur l’observation et le rejet de toute transcendance, marque une rupture radicale avec la pensée dominante de son époque. Elle ouvre la voie aux philosophies athées et révolutionnaires qui se développeront au siècle suivant.

    📚 Philosophes mentionnés

    * Aristote (384 av. J.-C. – 322 av. J.-C.) — Philosophe grec, fondateur de la métaphysique.

    * Épicure (341 av. J.-C. – 270 av. J.-C.) — Philosophe matérialiste et hédoniste.

    * Lucrèce (env. 94 av. J.-C. – env. 55 av. J.-C.) — Poète et philosophe épicurien.

    * René Descartes (1596 – 1650) — Philosophe rationaliste, défenseur du dualisme.

    * Baruch Spinoza (1632 – 1677) — Philosophe rationaliste et panthéiste.

    * Jean Meslier (1664 – 1729) — Prêtre et philosophe matérialiste, auteur du Testament.

    * Julien Offray de La Mettrie (1709 – 1751) — Philosophe matérialiste et médecin.

    * Paul-Henri Thiry d’Holbach (1723 – 1789) — Philosophe matérialiste et athée.

    * Karl Marx (1818 – 1883) — Philosophe et théoricien du communisme.

    * Friedrich Nietzsche (1844 – 1900) — Philosophe allemand, critique du rationalisme et du dualisme.

    * Gilles Deleuze (1925 – 1995) — Philosophe français, auteur de Le Pli. Leibniz et le baroque.

    Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie



    Get full access to Open Mind Galaxy at openmindgalaxy.substack.com/subscribe
    56 min
  • CHP07 - 04. Feu sur les christicoles !

    1. Introduction

    Dans cet épisode, Michel Onfray poursuit son analyse de Jean Meslier en approfondissant sa critique radicale du christianisme. Il reprend l’un des termes inventés par Meslier, "christicoles", pour désigner de manière moqueuse ceux qui suivent le Christ. Onfray met en lumière la violence de l’attaque contre la religion et l’originalité de la démarche de Meslier, qui déconstruit méthodiquement les dogmes chrétiens en s’appuyant sur la raison.

    2. L’émergence d’un athéisme explicite

    Jean Meslier, le premier athée déclaré ?

    Onfray défend l’idée que Meslier est le premier véritable athée de l’histoire des idées. Contrairement aux panthéistes comme Spinoza, aux sceptiques comme Montaigne ou aux déistes comme Voltaire, Meslier ne se contente pas de critiquer l’Église : il affirme sans ambiguïté l’inexistence de Dieu.

    Une rupture avec les critiques modérées

    Les Lumières sont souvent associées à une critique mesurée de la religion, portée par des penseurs comme Voltaire ou Rousseau. Meslier, lui, rejette toute forme de compromis et développe un athéisme radical, fondé sur une analyse rationnelle des textes religieux.

    3. Une exégèse destructrice des textes sacrés

    Une lecture critique de la Bible

    Meslier adopte une méthode inédite : il lit la Bible comme un texte humain, soumis aux erreurs et aux contradictions. Il met en évidence les incohérences des Évangiles et souligne les aspects absurdes des dogmes chrétiens.

    Le problème du Dieu bon et omnipotent

    L’un des arguments les plus puissants de Meslier est la remise en question de la bonté divine. Il souligne que :

    * L’Ancien Testament décrit un Dieu jaloux, violent et capricieux.

    * L’idée d’un Dieu bon est incompatible avec l’existence du mal et de la souffrance.

    * Les châtiments éternels (enfer, purgatoire) sont en contradiction avec l’image d’un Dieu miséricordieux.

    4. Une critique radicale du christianisme

    Une invention humaine au service du pouvoir

    Meslier ne se contente pas de démonter les dogmes : il explique pourquoi la religion a été inventée. Selon lui, le christianisme est un outil de domination, conçu pour maintenir les peuples dans l’ignorance et la soumission.

    Une critique du clergé et des élites

    Meslier attaque violemment les prêtres et les dirigeants religieux, qu’il accuse de tromper le peuple pour mieux le contrôler. Il dénonce leur hypocrisie et leur collusion avec la monarchie.

    5. Un manifeste révolutionnaire

    Un appel à la révolte

    Meslier ne se contente pas d’une critique théorique : il appelle ouvertement les opprimés à renverser leurs oppresseurs. Il annonce ainsi des idées qui seront développées plus tard par les révolutionnaires de 1789 et même par le marxisme.

    Une pensée clandestine mais influente

    Son Testament circulera clandestinement et influencera des figures majeures de la pensée matérialiste et anticléricale, comme d’Holbach et La Mettrie. Bien que censuré, son impact sur la philosophie radicale sera durable.

    💡 Conclusion

    Michel Onfray met en lumière l’importance de Jean Meslier comme précurseur de l’athéisme moderne. Son œuvre, longtemps occultée, constitue un tournant majeur dans l’histoire de la pensée critique. En s’attaquant frontalement aux fondements du christianisme, Meslier ouvre la voie à une critique matérialiste du religieux qui influencera les siècles suivants.

    📚 Philosophes mentionnés

    * Épicure (341 av. J.-C. – 270 av. J.-C.) — Philosophe matérialiste et hédoniste.

    * Lucrèce (env. 94 av. J.-C. – env. 55 av. J.-C.) — Poète et philosophe épicurien.

    * Michel de Montaigne (1533 – 1592) — Philosophe humaniste et sceptique.

    * Baruch Spinoza (1632 – 1677) — Philosophe rationaliste et panthéiste.

    * Jean Meslier (1664 – 1729) — Prêtre et philosophe matérialiste, auteur du Testament.

    * Voltaire (1694 – 1778) — Philosophe des Lumières, critique des dogmes religieux, mais ayant édulcoré l’œuvre de Meslier.

    * Julien Offray de La Mettrie (1709 – 1751) — Philosophe matérialiste et médecin.

    * Paul-Henri Thiry d’Holbach (1723 – 1789) — Philosophe matérialiste et athée.

    * Karl Marx (1818 – 1883) — Philosophe et théoricien du communisme.

    * Friedrich Nietzsche (1844 – 1900) — Philosophe allemand, critique du rationalisme et du dualisme.

    * Gilles Deleuze (1925 – 1995) — Philosophe français, auteur de Le Pli. Leibniz et le baroque.

    Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie



    Get full access to Open Mind Galaxy at openmindgalaxy.substack.com/subscribe
    56 min
  • CHP07 - 03. Jean Meslier, curé athée

    1. Introduction

    Dans cet épisode, Michel Onfray consacre une analyse approfondie à Jean Meslier, figure radicale et souvent oubliée du XVIIIe siècle. Curé de campagne devenu athée, Meslier incarne l’archétype des "ultras des Lumières", développant une critique virulente du christianisme, de la monarchie et des inégalités sociales. Onfray examine la portée révolutionnaire de son Testament et la manière dont son œuvre fut censurée, tronquée et instrumentalisée après sa mort.

    2. Un curé de campagne hors norme

    Une existence effacée mais subversive

    Jean Meslier (1664-1729) est un personnage paradoxal : prêtre catholique officiant dans un petit village des Ardennes, il mène une vie simple et austère tout en nourrissant une pensée d’une radicalité extrême. Peu de traces subsistent de lui, et son œuvre n’a été révélée qu’après sa mort, lorsqu’on a découvert son Testament, un texte explosif dénonçant la religion et le pouvoir.

    Un homme proche des paysans et révolté par leur misère

    Contrairement aux ecclésiastiques mondains, Meslier vit au contact des paysans et observe leur exploitation quotidienne. Cette expérience nourrit sa colère contre l’Église et l’État, qu’il accuse de maintenir le peuple dans l’ignorance et la servitude.

    3. Un manifeste athée et révolutionnaire

    Un athéisme radical et assumé

    Jean Meslier est le premier philosophe à affirmer sans ambiguïté l’inexistence de Dieu. Contrairement aux déistes des Lumières, qui critiquent l’Église tout en conservant une foi en un être suprême, il rejette toute transcendance et considère la religion comme une imposture fabriquée pour asservir les masses.

    Une critique systématique du christianisme

    Dans son Testament, Meslier démonte méthodiquement les dogmes chrétiens :

    * La Bible est une collection d’histoires absurdes et contradictoires.

    * Jésus-Christ est un imposteur, et les prophètes ne sont que des fous ou des manipulateurs.

    * Les prêtres et les moines vivent aux dépens des pauvres, entretenant une religion fondée sur la peur et la soumission.

    4. Une pensée sociale et politique révolutionnaire

    Un précurseur du communisme ?

    Meslier prône une réorganisation totale de la société, fondée sur l’égalité et le partage des richesses. Il critique violemment la monarchie et appelle les paysans à se soulever contre leurs oppresseurs. Il est parfois considéré comme un précurseur du communisme, bien avant Marx et les penseurs socialistes du XIXe siècle.

    Une vision matérialiste et libertaire

    Refusant toute notion de providence ou de destinée, Meslier propose une vision strictement matérialiste du monde. Il prône une morale basée sur le plaisir et le bonheur terrestre, dénonçant le christianisme comme une doctrine de souffrance et de résignation.

    5. Un texte censuré et récupéré

    Voltaire et la falsification du Testament

    Après la mort de Meslier, son œuvre circule clandestinement sous forme de copies manuscrites. Voltaire, bien qu’admiratif de certaines idées de Meslier, publie une version expurgée du Testament, atténuant son athéisme et son radicalisme politique pour en faire un texte déiste acceptable.

    Un penseur oublié et redécouvert

    Longtemps censuré et méconnu, Meslier fut redécouvert par des historiens et des philosophes au XXe siècle. Son œuvre constitue aujourd’hui un témoignage précieux des courants les plus subversifs du XVIIIe siècle, et son influence se retrouve chez des penseurs matérialistes et révolutionnaires ultérieurs.

    💡 Conclusion

    Michel Onfray remet en lumière la figure de Jean Meslier, un philosophe clandestin dont la pensée radicale annonce de nombreuses révolutions à venir. Par son rejet absolu de la religion et sa critique sociale virulente, il incarne une facette méconnue et essentielle du siècle des Lumières.

    📚 Philosophes mentionnés

    * Épicure (341 av. J.-C. – 270 av. J.-C.) — Philosophe matérialiste et hédoniste.

    * Lucrèce (env. 94 av. J.-C. – env. 55 av. J.-C.) — Poète et philosophe épicurien.

    * Michel de Montaigne (1533 – 1592) — Philosophe humaniste et sceptique.

    * Jean Meslier (1664 – 1729) — Prêtre et philosophe matérialiste, auteur du Testament.

    * Julien Offray de La Mettrie (1709 – 1751) — Philosophe matérialiste et médecin.

    * Paul-Henri Thiry d’Holbach (1723 – 1789) — Philosophe matérialiste et athée.

    * Voltaire (1694 – 1778) — Philosophe des Lumières, critique des dogmes religieux, mais ayant édulcoré l’œuvre de Meslier.

    * Karl Marx (1818 – 1883) — Philosophe et théoricien du communisme.

    * Friedrich Nietzsche (1844 – 1900) — Philosophe allemand, critique du rationalisme et du dualisme.

    * Gilles Deleuze (1925 – 1995) — Philosophe français, auteur de Le Pli. Leibniz et le baroque.

    Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie



    Get full access to Open Mind Galaxy at openmindgalaxy.substack.com/subscribe
    56 min
  • CHP07 - 02. Les ultras des lumières

    1. Introduction

    Dans cet épisode, Michel Onfray approfondit son exploration du XVIIIe siècle en s’intéressant à une frange souvent oubliée de la pensée des Lumières : les ultras des Lumières. Il s’agit de penseurs radicaux qui, loin de se limiter à une critique modérée de la religion et du pouvoir monarchique, prônent une remise en question totale des structures existantes. Onfray analyse leur influence clandestine, la censure dont ils sont victimes et leur rôle dans la formation d’une pensée véritablement révolutionnaire.

    2. Une pensée clandestine et subversive

    Les manuscrits clandestins

    Contrairement aux figures institutionnalisées des Lumières comme Voltaire ou Rousseau, les ultras des Lumières diffusent leurs idées par des canaux plus discrets. Leurs écrits circulent sous forme de manuscrits clandestins, recopiés et transmis de main en main. Ces textes abordent des thèmes explosifs comme l’athéisme, la matérialité de l’âme ou la critique des dogmes religieux.

    Une contestation souterraine

    Les salons philosophiques, bien que lieux de réflexion et d’échange, restent souvent réservés aux élites. Par opposition, ces textes clandestins permettent une diffusion plus large des idées subversives, touchant des cercles plus populaires. La "rue pense", selon l’expression d’Onfray, et ces idées radicales finissent par influencer les débats publics.

    3. Les thèmes centraux des ultras des Lumières

    L’athéisme affirmé

    Alors que la majorité des philosophes des Lumières restent déistes, défendant une idée de Dieu qui se distingue du christianisme, les ultras franchissent une étape supplémentaire : ils nient l’existence de toute divinité. Ils remettent en cause l’idée même de Providence et refusent toute forme de transcendance.

    Le matérialisme intégral

    Reprenant les thèses d’Épicure et de Lucrèce, ces penseurs défendent un matérialisme radical : il n’existe que la matière, et l’âme est une construction purement corporelle. Cette position s’oppose à la vision dualiste héritée de Descartes et contestée par Spinoza.

    La critique de la monarchie et des inégalités sociales

    Les ultras des Lumières ne se contentent pas d’une monarchie "éclairée" ou d’une réforme des institutions. Ils vont jusqu’à prôner l’abolition du pouvoir monarchique et l’émergence d’un modèle politique fondé sur la raison et la justice sociale. Certains, comme Jean Meslier, proposent même une vision proto-communiste avant l’heure.

    4. La censure et les risques encourus

    Des écrits dangereux

    Les idées des ultras des Lumières sont perçues comme une menace directe par les pouvoirs en place. Les auteurs de ces manuscrits risquent la prison, l’exil ou pire encore. Certains ouvrages sont imprimés sous des pseudonymes ou attribués à de faux éditeurs pour échapper à la censure.

    Le rôle des colporteurs

    Ces textes interdits circulent grâce à des réseaux de colportage, qui diffusent les idées dans les provinces et les classes populaires. Cette diffusion souterraine contribue à l’émergence d’une conscience critique qui dépasse le cadre des élites intellectuelles.

    5. Une influence durable

    Une pensée annonçant la Révolution

    Même si ces penseurs restent marginaux à leur époque, leur influence se fait sentir dans les débats révolutionnaires qui éclateront à la fin du siècle. Leurs critiques radicales de la monarchie et de la religion nourriront les discours des révolutionnaires les plus radicaux.

    Un héritage dans la philosophie moderne

    Les ultras des Lumières anticipent certaines idées qui seront pleinement développées au XIXe et XXe siècles, notamment en matière de matérialisme, d’athéisme et de critique sociale. Leurs réflexions trouveront un écho chez Nietzsche, Marx ou encore les anarchistes du XIXe siècle.

    💡 Conclusion

    Michel Onfray révèle un XVIIIe siècle bien plus complexe et subversif que la version officielle souvent enseignée. Derrière les figures consensuelles des Lumières, il met en lumière un courant radical et clandestin, véritable laboratoire d’idées révolutionnaires. Ces penseurs, bien que méconnus, ont contribué à la dissolution progressive des fondements religieux et monarchiques de l’Ancien Régime.

    📚 Philosophes mentionnés

    * Épicure (341 av. J.-C. – 270 av. J.-C.) — Philosophe matérialiste et hédoniste.

    * Lucrèce (env. 94 av. J.-C. – env. 55 av. J.-C.) — Poète et philosophe épicurien.

    * René Descartes (1596 – 1650) — Philosophe rationaliste, fondateur du dualisme.

    * Baruch Spinoza (1632 – 1677) — Philosophe rationaliste et panthéiste.

    * Jean Meslier (1664 – 1729) — Prêtre et philosophe matérialiste, auteur du Testament.

    * Julien Offray de La Mettrie (1709 – 1751) — Philosophe matérialiste et médecin.

    * Paul-Henri Thiry d’Holbach (1723 – 1789) — Philosophe matérialiste et athée.

    * Friedrich Nietzsche (1844 – 1900) — Philosophe allemand, critique du rationalisme et du dualisme.

    * Karl Marx (1818 – 1883) — Philosophe et théoricien du communisme.

    * Gilles Deleuze (1925 – 1995) — Philosophe français, auteur de Le Pli. Leibniz et le baroque.

    Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie



    Get full access to Open Mind Galaxy at openmindgalaxy.substack.com/subscribe
    56 min
  • CHP07 - 01. Un siècle dit éclairé

    1. Introduction

    Dans cet épisode, Michel Onfray inaugure une nouvelle année de sa Contre-Histoire de la philosophie, consacrée au XVIIIe siècle. Il s’attache à démonter l’idée d’un "siècle des Lumières" uniforme et linéaire, souvent présenté comme une marche triomphante vers la Révolution française. À travers une analyse critique, il met en lumière les contradictions, les figures oubliées et les résistances au sein même de cette période intellectuelle foisonnante.

    2. Le XVIIIe siècle : un siècle des Lumières ?

    L’illusion rétrospective

    Onfray met en garde contre une lecture téléologique du XVIIIe siècle, qui le présenterait comme une préparation directe à la Révolution de 1789. Il rappelle que de nombreux philosophes des Lumières étaient opposés à une rupture violente et souhaitaient au contraire des réformes progressives, voire la préservation de la monarchie.

    Une historiographie sélective

    L’histoire officielle met en avant quelques figures emblématiques comme Montesquieu, Voltaire et Rousseau, en laissant de côté d’autres penseurs moins consensuels ou plus radicaux. Onfray souligne la nécessité de relire ces auteurs dans leur globalité, en tenant compte non seulement de leurs écrits philosophiques, mais aussi de leur biographie et de leurs engagements concrets.

    3. La métaphore de la lumière et ses usages

    Origines et récupération idéologique

    L’idée d’un "siècle des Lumières" repose sur une métaphore ancienne qui associe la connaissance à la clarté et l’ignorance aux ténèbres. Onfray retrace l’histoire de cette métaphore, de Platon et son mythe de la caverne jusqu’au "sol invictus" romain, en passant par l’héritage chrétien qui assimile Dieu à la lumière.

    Une appropriation politique et philosophique

    Au XVIIIe siècle, cette image est reprise par des penseurs comme Descartes (avec la "lumière naturelle de la raison"), Voltaire et les encyclopédistes. Elle structure un récit où la raison progresse inexorablement contre les superstitions et l’obscurantisme religieux, un récit que Onfray considère comme simplificateur et biaisé.

    4. Les résistances aux Lumières

    Un siècle d’obscurantisme ?

    Onfray insiste sur le fait que le XVIIIe siècle est aussi un siècle d’opposition à la raison et aux Lumières. Il évoque la montée des courants mystiques, l’influence persistante de la religion et le succès de figures comme Lavater, qui développent des "sciences" pseudo-philosophiques comme la physiognomonie.

    Les antiphilosophes

    Une part importante de la pensée du XVIIIe siècle est constituée d’auteurs réactionnaires, souvent ignorés par l’historiographie dominante. Ces "antiphilosophes" combattent les idées des Lumières en défendant la monarchie et l’Église. Leur production intellectuelle, largement diffusée à l’époque, mérite d’être étudiée pour comprendre les véritables débats du siècle.

    5. Vers une lecture alternative du XVIIIe siècle

    Les "ultras des Lumières"

    Onfray annonce qu’il s’intéressera aux figures les plus radicales du XVIIIe siècle, qu’il qualifie d’"ultras des Lumières". Contrairement aux penseurs modérés comme Voltaire ou Rousseau, ces philosophes vont au bout de la critique rationnelle, sans concessions envers la religion ou la monarchie.

    Un siècle plus complexe qu’il n’y paraît

    Plutôt que d’accepter une vision simpliste du XVIIIe siècle comme un âge d’or de la raison, Onfray propose d’examiner les tensions et les contradictions qui traversent cette période. Il invite à redécouvrir des auteurs oubliés et à déconstruire les mythes entourant les figures canoniques des Lumières.

    💡 Conclusion

    Michel Onfray inaugure cette nouvelle année en remettant en question l’image convenue du "siècle des Lumières". Il propose une lecture critique qui met en évidence les résistances aux idées progressistes, la diversité des courants intellectuels et l’importance des figures radicales souvent occultées. Cette approche annonce une relecture engagée et alternative du XVIIIe siècle.

    📚 Philosophes mentionnés

    * Platon (env. 428 av. J.-C. – 348 av. J.-C.) — Philosophe idéaliste grec, auteur du mythe de la caverne.

    * Descartes (1596 – 1650) — Philosophe rationaliste, théoricien des "lumières naturelles de la raison".

    * Jean Meslier (1664 – 1729) — Prêtre et philosophe matérialiste, critique du christianisme.

    * Montesquieu (1689 – 1755) — Philosophe et juriste, auteur de De l’esprit des lois.

    * Voltaire (1694 – 1778) — Philosophe des Lumières, critique des dogmes religieux.

    * Julien Offray de La Mettrie (1709 – 1751) — Philosophe matérialiste et médecin.

    * Jean-Jacques Rousseau (1712 – 1778) — Philosophe et écrivain, auteur du Contrat social.

    * Johann Kaspar Lavater (1741 – 1801) — Théologien suisse, inventeur de la physiognomonie.

    * Paul-Henri Thiry d’Holbach (1723 – 1789) — Philosophe matérialiste et athée.

    * Gilles Deleuze (1925 – 1995) — Philosophe français, auteur de Le Pli. Leibniz et le baroque.

    * Friedrich Nietzsche (1844 – 1900) — Philosophe allemand, critique du rationalisme et du dualisme.

    Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie



    Get full access to Open Mind Galaxy at openmindgalaxy.substack.com/subscribe
    56 min
  • CHP06 - 11. Le crépuscule de Dieu

    1. Introduction

    Dans cet épisode, Michel Onfray clôt son étude du XVIIe siècle en explorant un phénomène fondamental : le "crépuscule de Dieu". Il s'agit du lent déclin de la centralité de la religion dans la pensée philosophique, préparant ainsi l’émergence des Lumières. Onfray met en lumière l’existence d’un autre grand siècle, distinct de l’historiographie officielle, où se développe une pensée critique et libertaire.

    2. Un autre grand siècle

    La lecture alternative du XVIIe siècle

    Onfray distingue deux lectures du "Grand Siècle" :

    * Celle de l’historiographie officielle, centrée sur Descartes, Pascal, le jansénisme et la tradition apologétique.

    * Celle d’un XVIIe siècle parallèle, marqué par la pensée libertine et baroque, qui remet en question les dogmes religieux et politiques.

    Les trois forces du siècle

    Selon Onfray, le XVIIe siècle se structure en trois temps philosophiques majeurs :

    * Les libertins baroques, de Pierre Charron à Cyrano de Bergerac, en passant par Gassendi.

    * Le spinozisme, où Spinoza incarne une pensée de l’immanence et du panthéisme.

    * La pensée libertaire anonyme, qui se diffuse sous la forme de manuscrits clandestins et de discours informels.

    3. La pensée critique et la montée du scepticisme

    Les manuscrits anonymes et la diffusion des idées subversives

    De nombreux textes circulent sous le manteau, remettant en cause l’ordre établi. Ces écrits, souvent anonymes, sont lus et commentés dans les cercles intellectuels, formant une culture clandestine du doute et de la critique.

    L'usage méthodique de la raison contre la religion

    Les penseurs libertins et baroques partagent une confiance en la raison et en l’expérimentation scientifique. Ils contestent le rôle oppressant de la religion et dénoncent les limites qu’elle impose à la libre pensée.

    4. Spinoza et la radicalisation du libertinage

    Spinoza, un libertin baroque ?

    Onfray propose une lecture audacieuse de Spinoza comme une figure proche des libertins baroques. Il partage avec eux un usage méthodique de la raison et une critique sans concession des dogmes religieux et politiques.

    Vers une morale sans Dieu

    Spinoza rompt avec la morale transcendante et propose une éthique fondée sur l’immanence. Il considère que la quête du souverain bien passe par la joie et la connaissance, plutôt que par l’obéissance à des lois divines.

    5. L’agonie du christianisme et la naissance de la modernité

    La marginalisation de Dieu dans la morale

    Les libertins baroques et Spinoza posent les bases d’une morale indépendante de la religion. Ils affirment que les règles éthiques doivent émerger de la nature humaine et non d’une autorité divine.

    Les prémices des Lumières

    En reléguant Dieu à un rôle de plus en plus marginal, ces penseurs annoncent les débats du XVIIIe siècle. L’athéisme n’est pas encore pleinement affirmé, mais la critique religieuse s’intensifie, préparant le terrain pour la Révolution française et la sécularisation de la société.

    💡 Conclusion

    Michel Onfray clôt son étude du XVIIe siècle en mettant en lumière une pensée subversive et critique qui a préparé l’avènement des Lumières. Le "crépuscule de Dieu" amorcé par les libertins baroques et Spinoza marque le début d’un basculement vers un monde où la raison prend le pas sur la foi. Il annonce que son prochain cycle portera sur le matérialisme sensualiste français du XVIIIe siècle.

    📚 Philosophes mentionnés

    * Pierre Charron (1541 – 1603) — Philosophe sceptique et précurseur de la laïcité.

    * François La Mothe Le Vayer (1588 – 1672) — Philosophe sceptique et libertin érudit.

    * Gassendi (1592 – 1655) — Philosophe épicurien et matérialiste.

    * René Descartes (1596 – 1650) — Philosophe rationaliste, fondateur du cartésianisme.

    * Cyrano de Bergerac (1619 – 1655) — Écrivain et philosophe libertin.

    * Blaise Pascal (1623 – 1662) — Philosophe et apologiste du christianisme.

    * Baruch Spinoza (1632 – 1677) — Philosophe rationaliste et panthéiste.

    * Jean Meslier (1664 – 1729) — Prêtre et philosophe matérialiste, auteur du Testament.

    * Paul-Henri Thiry d’Holbach (1723 – 1789) — Philosophe matérialiste et athée.

    * Julien Offray de La Mettrie (1709 – 1751) — Philosophe matérialiste et médecin.

    * Friedrich Nietzsche (1844 – 1900) — Philosophe allemand, auteur de Le Crépuscule des idoles.

    * Gilles Deleuze (1925 – 1995) — Philosophe français, auteur de Spinoza et le problème de l'expression.

    Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie



    Get full access to Open Mind Galaxy at openmindgalaxy.substack.com/subscribe
    56 min
  • CHP06 - 10. Que peut le corps ?

    1. Introduction

    Dans cet épisode, Michel Onfray poursuit son exploration de la pensée de Spinoza en s’intéressant à une question fondamentale posée dans L’Éthique : « Que peut le corps ? ». Il met en lumière la manière dont Spinoza révolutionne la conception du corps en l’émancipant des dualismes classiques, notamment celui de Descartes, et en affirmant une approche moniste où corps et esprit sont deux expressions d’une même réalité.

    2. Le corps selon Spinoza

    Un rejet du dualisme cartésien

    Spinoza s’oppose à la vision cartésienne qui sépare radicalement l’âme et le corps. Pour lui, il n’existe pas deux substances distinctes, mais une seule et même réalité qui se manifeste sous deux attributs : la pensée et l’étendue. Ainsi, l’esprit et le corps ne sont pas deux entités séparées, mais une seule et même chose vue sous deux angles différents.

    L’immanence et la continuité du réel

    Dans la perspective spinoziste, le corps n’est pas un simple mécanisme au service d’un esprit souverain. Il possède une puissance propre qui se déploie selon les lois naturelles. Spinoza inscrit ainsi sa philosophie dans une logique d’immanence, où tout est régi par la nécessité et où le corps doit être compris dans son interaction avec le monde plutôt que dans une opposition avec l’âme.

    3. La puissance du corps et ses limites

    Le conatus : la persévérance dans l’être

    Un concept clé de la pensée de Spinoza est le conatus, cette tendance fondamentale de chaque être à persévérer dans son être. Pour le corps humain, cela signifie qu’il cherche naturellement à augmenter sa puissance d’agir et à éviter ce qui le diminue.

    Les affects et les passions

    Le corps est affecté en permanence par des rencontres avec d’autres corps. Ces interactions génèrent des affects qui augmentent ou diminuent notre puissance d’être. Spinoza distingue ainsi les passions tristes (qui réduisent notre capacité à agir) des passions joyeuses (qui l’augmentent). La sagesse consiste à cultiver les affects positifs et à comprendre les causes des affects négatifs pour mieux les maîtriser.

    4. Une éthique corporelle : vers une liberté incarnée

    Le dépassement des illusions du libre arbitre

    Spinoza récuse l’idée du libre arbitre en affirmant que nos actions sont toujours déterminées par des causes extérieures et par la nature même de notre corps. La liberté ne consiste donc pas à choisir arbitrairement, mais à comprendre les déterminismes qui nous façonnent afin d’agir en accord avec notre nature profonde.

    La connaissance et la joie comme moteurs de l’action

    L’objectif ultime de cette éthique corporelle est d’atteindre un état de béatitude, où l’on agit non plus sous l’effet des passions, mais sous la conduite de la raison. Cela suppose une connaissance approfondie de soi-même et de son corps, afin d’accéder à un mode de vie fondé sur la joie et la puissance d’être.

    💡 Conclusion

    Michel Onfray met en évidence la modernité de la pensée de Spinoza sur le corps, qui anticipe de nombreuses avancées des neurosciences et de la philosophie contemporaine. En affirmant que nous ne savons pas encore ce que peut le corps, Spinoza nous invite à une exploration continue de notre puissance d’agir et de notre liberté, non comme un absolu, mais comme un processus de connaissance et d’optimisation des affects.

    📚 Philosophes mentionnés

    * Épicure (341 av. J.-C. – 270 av. J.-C.) — Philosophe matérialiste et hédoniste.

    * Lucrèce (env. 94 av. J.-C. – env. 55 av. J.-C.) — Poète et philosophe épicurien.

    * René Descartes (1596 – 1650) — Philosophe rationaliste, défenseur du dualisme.

    * Baruch Spinoza (1632 – 1677) — Philosophe rationaliste et panthéiste.

    * Friedrich Nietzsche (1844 – 1900) — Philosophe allemand, penseur du corps et du dépassement de soi.

    * Gilles Deleuze (1925 – 1995) — Philosophe français, auteur de Spinoza et le problème de l'expression.

    * Antonio Damasio (né en 1944) — Neurologue et philosophe des sciences cognitives, influencé par Spinoza.

    Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie



    Get full access to Open Mind Galaxy at openmindgalaxy.substack.com/subscribe
    55 min
  • CHP06 - 09. Une force dans une forme

    1. Introduction

    Dans cet épisode, Michel Onfray poursuit son étude de Spinoza en abordant la structure et la méthode de son œuvre majeure, L’Éthique. Il explore la rigueur géométrique de la pensée spinoziste et la manière dont cette forme contraignante permet d’exprimer une force philosophique révolutionnaire. Onfray interroge également la pertinence de cette méthode pour rendre accessible la pensée de Spinoza.

    2. La méthode géométrique et la puissance du raisonnement

    Un modèle hérité d’Euclide

    Spinoza construit L’Éthique sur un modèle inspiré d’Euclide : chaque proposition est démontrée selon un enchaînement rigoureux d’axiomes, de définitions et de corollaires. Cette approche vise à garantir l’exactitude du raisonnement et à éliminer toute subjectivité dans l’exposé de ses thèses philosophiques.

    Une forme contraignante mais libératrice

    Bien que cette structure puisse sembler aride, Onfray montre qu’elle reflète la volonté de Spinoza d’inscrire la philosophie dans un cadre rationnel inattaquable. Il ne s’agit pas d’un simple exercice de style, mais d’un moyen d’ancrer la connaissance dans un enchaînement logique implacable.

    3. Comprendre le réel au-delà des illusions

    Ni rire, ni pleurer, mais comprendre

    Onfray rappelle une célèbre formule attribuée à Spinoza : « Ni rire, ni pleurer, mais comprendre ». Bien que Spinoza ne l’ait jamais écrite sous cette forme, cette maxime traduit son approche philosophique : dépasser les émotions et les jugements moraux pour analyser rationnellement le monde.

    Une critique des illusions religieuses et politiques

    Spinoza s’attaque aux croyances et superstitions qui empêchent l’homme d’accéder à la vérité. Il déconstruit les dogmes religieux, les miracles et l’idée d’un Dieu anthropomorphique, affirmant que la véritable compréhension du monde passe par la reconnaissance des lois naturelles et de la nécessité.

    4. La liberté par la connaissance

    La séparation de la philosophie et de la théologie

    Un des apports fondamentaux de Spinoza est d’avoir affirmé l’indépendance de la philosophie vis-à-vis de la théologie. Cette séparation permet de libérer la pensée rationnelle de l’emprise religieuse et de construire un savoir basé sur la raison et l’expérience.

    Un déterminisme libérateur

    Pour Spinoza, tout dans la nature obéit à des lois nécessaires. Loin de conduire au fatalisme, cette vision permet d’atteindre la liberté véritable : en comprenant les causes qui nous déterminent, nous pouvons mieux agir en accord avec notre nature et éviter les passions tristes.

    💡 Conclusion

    Michel Onfray met en avant la force conceptuelle de la pensée spinoziste, contenue dans la rigueur d’une forme géométrique qui semble austère mais qui permet d’atteindre une compréhension rationnelle du monde. Spinoza apparaît ainsi comme un penseur révolutionnaire, ouvrant la voie à une philosophie de la liberté fondée sur la connaissance et l’immanence.

    📚 Philosophes mentionnés

    * Héraclite (env. 544 av. J.-C. – 480 av. J.-C.) — Philosophe présocratique du changement et du devenir.

    * Démocrite (env. 460 av. J.-C. – env. 370 av. J.-C.) — Philosophe atomiste et matérialiste.

    * Platon (env. 428 av. J.-C. – 348 av. J.-C.) — Philosophe idéaliste grec.

    * Aristote (384 av. J.-C. – 322 av. J.-C.) — Philosophe grec, fondateur du savoir encyclopédique.

    * Épicure (341 av. J.-C. – 270 av. J.-C.) — Philosophe matérialiste et hédoniste.

    * Euclide (env. 300 av. J.-C.) — Mathématicien grec, auteur des Éléments.

    * Lucrèce (env. 94 av. J.-C. – env. 55 av. J.-C.) — Poète et philosophe épicurien.

    * Nicolas Machiavel (1469 – 1527) — Philosophe politique, auteur du Prince.

    * René Descartes (1596 – 1650) — Philosophe rationaliste, fondateur du cartésianisme.

    * Baruch Spinoza (1632 – 1677) — Philosophe rationaliste et panthéiste.

    * Friedrich Nietzsche (1844 – 1900) — Philosophe allemand, auteur de Par-delà bien et mal.

    * Gilles Deleuze (1925 – 1995) — Philosophe français, auteur de Spinoza et le problème de l'expression.

    Crédits : Michel Onfray et la Contre-histoire de la philosophie



    Get full access to Open Mind Galaxy at openmindgalaxy.substack.com/subscribe
    55 min

About Regards Philo

From the publisher's feed

Plongez dans une aventure intellectuelle où les grands récits établis sont déconstruits, et où les voix oubliées reprennent leur place.