Nous sommes en 1856. Cette année-là, à Paris, l’abbé Jacques-Paul Migne, imprimeur, journaliste et éditeur, fait paraître un ouvrage intitulé : « Dictionnaire des superstitions, erreurs, préjugés et traditions populaires. » L’ouvrage comporte un article au titre étonnant et, on ne peut plus, direct : « Femme battue ». On peut y lire dès les premières lignes : « Est-ce réellement un moyen efficace de se faire aimer d’une femme que de la battre de temps à autre ? La question paraît certainement, au premier abord, de fort mauvais goût, brutale même, et nous n’en disconvenons nullement ; mais nous avons mission, dans ce livre, d’énumérer tous les préjugés que nous rencontrons sur notre route. Or, s’il faut en croire certaines gens, une négresse ou une Allemande, par exemple, ne se croit aimée d’un homme qu’autant qu’il fait usage du fouet ou du bâton avec elle (…) ». Deux ans plus tard, en 1858, le Dr Menville de Ponsan signe un essai intitulé « Histoire philosophique et médicale de la femme ». Il écrit : « Le corps de la femme est, si l’on peut parler ainsi, mille fois plus éloquent, plus doué de la parole que celui de l’homme. La physionomie masculine, le geste masculin ont certes une singulière énergie d’expression et d’accords, mais représentent la langue française, langue précise, forte et bornée. La personne de la femme, au contraire, rappelle la langue grecque, elle dit tout : instrument merveilleux de souplesse, de variété, de richesse, elle se prête à toutes les nuances : l’homme a dix regards, la femme en a cent ; l’homme a un sourire, la femme en a mille ». Quel regard les sociétés occidentales ont-elles porté sur le corps de la femme à travers les siècles. Ce corps a-t-il toujours été enfermé, à l'instigation des hommes, dans des normes imposant la douceur, la passivité et la soumission. Quelles ont été, depuis le Moyen Âge, les formes de résistance au fantasme, à l'aliénation, à l'idéalisation, à la répression ? Avec nous : Stanis Perez, coordonnateur de recherche à la Maison des sciences de l’homme Paris-Nord. Auteur de « LE CORPS DES FEMMES - Mille ans de fantasmes et de violences (XIe -XXIe siècle) ; Perrin. Sujets traités : Jacques-Paul Migne, femmes, corps, superstitions, passivité, soumission, Moyen Âge , résistance
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